Sans foi ni loi de Marion Brunet

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Garrett Black, 16 ans, voit débarquer chez lui une hors-la-loi blessée qui lui réclame de l’eau. Il obéit sans réfléchir, tétaniser par la peur de l’arme qu’elle pointe sur lui. Elle est malheureusement suivie par le marshall et ses acolytes. Garrett apprend alors le nom de la jeune femme : Abigail Stenson. Cette dernière n’a qu’un seul moyen de s’évader : kidnapper Garrett. L’adolescent tombe rapidement en admiration devant cette femme indépendante et indomptable : « Cette femme a tué deux hommes, n’a pas hésité à tirer sur Jim ; elle vient de m’éclater le nez et pourtant je la bouffe des yeux avec une fascination que je ne comprends pas moi-même. Je l’observe, toujours allongé dans l’herbe, le visage douloureux. Elle n’est pas vieille du tout mais trimbale une assurance que je n’ai jamais connue. » Voyager auprès de Ab Stenson va changer totalement la vie de Garrett.

Marion Brunet nous plonge dans un western classique avec hors-la-loi, saloon, courses poursuites à cheval, chasseur de primes, etc… Dans cet univers traditionnellement très masculin, Marion Brunet met au cœur de son roman une sorte de Calamity Jane. Ab Stenson est habillée comme un homme et elle se comporte comme l’un d’eux. Elle n’a pas d’autres choix pour vivre sa vie comme elle l’entend et restée indépendante. Orpheline, ballottée de famille en famille, Ab a du faire sa place par la force et les armes. Elle est libre mais elle connait aussi le lourd prix à payer pour le rester.

« Sans foi ni loi » est également un roman d’apprentissage, d’émancipation pour Garrett. Fils d’un pasteur brutal, il n’a aucune idée des possibilités que peut lui offrir la vie. Le voyage aux côtés de Ab va lui ouvrir l’esprit, lui montrer qu’une autre vie est possible et qu’il peut se rebeller. Il apprend surtout ce que signifie être libre.

Marion Brunet nous offre un western bien mené, très plaisant à lire, très classique dans la forme et le fond avec deux héros hautement sympathiques et attachants.

Merci Babelio pour cette lecture.

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L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich

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En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich, 25 ans, est étudiante en droit à Harvard. Elle fait en stage dans un cabinet d’avocats où on lui montre la vidéo d’un homme qui avoue le meurtre d’un enfant. L’homme, Ricky Langley, a été condamné à la peine de mort en 1994. En 2003, un nouveau procès a lieu pour demander la perpétuité. Un troisième procès aura lieu en 2009 pour que Ricky soit déclaré irresponsable de ses actes pour cause de maladie mentale, ce qui n’arrivera pas. Revenons à 2003, lors du visionnage des aveux de Ricky Langley, Alexandria Marzano-Lesnevich souhaite sa mort alors qu’elle a toujours été une farouche opposante à la peine de mort. Pourquoi cette confession ébranle-t-elle à ce point ses profondes convictions morales ?

C’est ce qu’elle va essayer de découvrir et « L’empreinte » est le fruit de cette recherche. Ce livre a été mûri et écrit durant douze ans. Un long travail d’enquête autour de l’affaire de Ricky Langley a bien entendu été nécessaire. Mais « L’empreinte » n’est pas qu’un non-fiction novel comme « De sang froid » de Truman Capote. Alexandria Marzano-Lesnevich entremêle à son enquête sur Ricky Langley, sa propre histoire personnelle. Les deux fils narratifs s’entrecroisent et entrent en résonance pour plusieurs raisons. Ricky Langley est pédophile, il en a parfaitement conscience et avant l’assassinat du petit Jeremy Guillory, il a à plusieurs reprises demander de l’aide. Il n’a pas été entendu et sa déviance est allée jusqu’au meurtre. Si Alexandria Marzano-Lesnevich est aussi marquée par cette affaire, c’est qu’elle a été elle-même victime d’abus sexuels lorsqu’elle était enfant par son grand-père, qui lui n’a jamais eu à répondre de ses actes.

Et pourtant la famille d’Alexandria Marzano-Lesnevich était au courant. Et là vient un deuxième point commun avec Ricky Langley. Les deux familles ont vécu des drames terribles, notamment la mort d’enfants en raison d’une maladie ou d’un accident. Et les deux familles choisissent le secret, le silence absolu sur les drames  qu’elles ont connus. Il ne faut pas regarder en arrière, toujours aller de l’avant. Sauf que les blessures se transmettent aux générations suivantes, en l’occurrence sur Alexandria Marzano-Lesnevich et Ricky Langley (les conditions de sa conception, de la grossesse de sa mère sont proprement ahurissantes.) C’est ce mutisme que Alexandria Marzano-Lesnevich veut faire éclater à travers son travail dans ce livre, elle veut connaître l’histoire de sa famille, comprendre pourquoi ses parents ont continué à voir son grand-père même après avoir eu connaissance des faits.

Et « L’empreinte » n’est qu’une volonté de compréhension, ce n’est en aucun cas une recherche de vengeance. Et ce qu’elle comprend, c’est à quel point l’âme humaine est complexe. Les êtres ne sont jamais fait d’un seul tenant. Ricky Langley et son grand-père ne sont pas que des pédophiles. Ricky Langley a essayé de vivre une vie normale avec des amis, en prison il a passé des diplômes et avait une conduite exemplaire. Le grand-père de l’auteure est aussi celui qui lui a appris a dessiné, a joué au backgammon. « Que là où était le silence, soit la parole. Que là où étaient les secrets, j’ouvre la voie à la complexité de la vérité. » 

« L’empreinte » mélange un travail d’enquête sur un fait divers et une autobiographie. Le texte est d’une grande fluidité, d’une grande pertinence. Alexandria Marzano-Lesnevich fait preuve de beaucoup de recul et de lucidité dans son travail d’analyse. Remarquable.

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My absolute darling de Gabriel Tallent

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Julia Alveston, dite Turtle, vit seule avec son père en Californie. Leur maison est isolée, proche de l’océan et d’une faste forêt. Son père pense que la civilisation américaine ne va pas tarder à s’effondrer et il apprend à sa fille à survivre dans la nature. Un enseignement qui se fait à la dure, souvent de manière brutale. Turtle ne connait rien d’autre que l’éducation de son père et se plie à ses exigences. A 14 ans, elle sait manier une arme à feu à la perfection, elle tire à l’arc et est capable de survivre seule dans une forêt. Les seules moments où elle est loin de son père, sont ceux qu’elle passe à l’école. Mais Turtle est trop asociale, trop revêche pour se laisser approcher. Elle n’a pas d’amis et se braque lors de ses cours. Les choses vont pourtant changer lorsqu’elle va rencontrer deux jeunes lycéens lors d’une de ses escapades en forêt.

« My absolute darling » est le premier roman de Gabriel Tallent, il a été acclamé aux Etats-Unis et également chez nous lors de sa sortie. Après l’avoir lu, je comprends parfaitement les éloges qu’il a reçus. Ce roman est d’une très grande force et il est très difficile de le lâcher une fois qu’on l’a ouvert. Le cœur du roman est la relation entre Turtle et son père. La mère est morte quelques années avant le début du roman. La relation entre les deux est toxique, mortifère et totalement exclusive. Même si le grand-père n’est pas loin, le père et la fille semblent vivre en huis-clos, repliés dans une maison dans un état déliquescent. Gabriel Tallent nous fait découvrir petit à petit à quel point cette relation est violente, abusive. Certaines scènes du livre sont très difficiles à lire et je me suis sentie oppressée par cet univers. Mais l’auteur sait aussi nous montrer que c’est également une relation très ambiguë. Turtle aime passionnément son père malgré tout ce qu’il lui inflige. Gabriel Tallent fait montre d’une grande acuité psychologique dans le traitement de son personnage principal et de son évolution. « My absolute darling » est un roman initiatique, l’éveil de la conscience de Turtle qui se débat avec sa culpabilité vis à vis de son père. A sa quête d’indépendance et d’émancipation va se transformer en thriller, la scène finale est glaçante et elle prend aux tripes.

Gabriel Tallent fustige à travers son roman la détention d’armes aux Etats-Unis et le survivalisme. Le père critique le modèle de vie de ses compatriotes expliquant à sa fille que ce monde consumériste court à sa perte. La nature est donc le seul refuge possible. Même si elle regorge de dangers, Gabriel Tallent nous offre de superbes descriptions de cette nature foisonnante que parcourt Turtle. « L’aube est à peine levée. Les longues tiges humides des fétuques rouges s’inclinent au-dessus d’elle. Turtle est allongée et observe à travers la lunette. Tout près du fusil, elle sent l’odeur de graisse et de poudre. Autour d’elle, le pré est lourd de rosée, la brume se détricote le long de la colline. A mesure que la journée se réchauffe, les longues tiges voûtées par les gouttes de rosée se démêlent soudain et jaillissent vers le ciel, leurs têtes gonflées de graines s’agitent. Il n’y a pas le moindre nuage dans le ciel, à l’exception d’un unique et lointain lenticulaire que la brise ballote et déchire en lambeaux. » La langue de Gabriel Tallent est à la fois précise et formidablement poétique pour décrire cette nature dans laquelle Turtle se réfugie.

« My absolute darling » est une véritable claque littéraire. Un roman initiatique se transformant en thriller dont de nombreuses scènes restent gravées longtemps dans l’esprit du lecteur. Ambitieux, âpre, étouffant et magnifique, « My absolute darling » est un roman que je ne suis pas prête d’oublier.

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Billet récapitulatif du mois américain 2019

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Présentation du mois :
1er septembre :

Thème : dystopie, roman d’anticipation

Autres :
2 septembre :

3 septembre : 

Thème : Nature, environnement

Autres :

4 septembre :

5 septembre :

6 septembre : 

Thème : document, récit

Autres :

7 septembre :

8 septembre :

Thème : album ou roman jeunesse
Autres :

9 septembre : 

10 septembre : 

Thème : L’adolescence
Autres :

11 septembre : 

12 septembre : 

13 septembre : 

Thème : Polar/roman noir
Autres :
14 septembre :
15 septembre :
En cuisine :

16 septembre : 

17 septembre : 

Thème : un roman ayant reçu le prix Pulitzer

Autres :

18 septembre :

19 septembre : 

20 septembre :
Thème : le Grand Ouest
Autres :
21 septembre :
22 septembre :
Thème : les minorités
Autres :

23 septembre : 

24 septembre :

Thème : 1er roman
Autres :

25 septembre : 

26 septembre :

 

Thème : un classique de la littérature américaine

Dans la forêt de Jean Hegland

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Nell, 17 ans, et sa sœur Eva, 18 ans, vivent dans la maison familiale sur la côte ouest des Etats-Unis. Elles vivent dans une maison isolée à côté d’une vaste forêt. Elles sont d’autant plus coupées du monde que celui-ci a radicalement changé : plus d’électricité, plus d’essence, plus de téléphone et plus d’internet. Elles ne savent pas ce qui s’est passé, des rumeurs de catastrophe, de guerre, de virus ont couru. « Pendant tout l’hiver dernier, les journaux – quand nous arrivions à les avoir – croulaient sous les nouvelles de désastres, et je me demande si ce n’est pas la convergence de toutes ces catastrophes qui nous a conduits à cette paralysie. » Malheureusement pour les deux jeunes filles, leurs parents sont morts : la mère d’un cancer avant les événements et le père d’un accident quelques mois auparavant. Nell et Eva sont totalement livrées à elles-mêmes et les réserves, faites par leur père, diminuent dangereusement.

« Dans la forêt » a été publié en 1996 aux Etats-Unis et a été sorti des limbes de l’édition par les éditions Gallmeister en 2017. Lire le roman d’anticipation de Jean Hegland en pleine canicule, le rend encore plus réaliste et glaçant. « Dans la forêt » est bien entendu également un roman d’apprentissage et de survie pour Nell, la narratrice, et sa sœur. Le mode de vie des deux jeunes femmes n’est, au départ, pas si différent de d’habitude. Il faut dire que leur quotidien a toujours été l’isolement. Comme la maison était très reculée par rapport à la ville la plus proche, Nell et Eva n’allaient pas à l’école. Elles n’ont donc pas d’amis (ou très peu), ne connaissent pas leurs voisins, les contacts avec le monde extérieur ne leur manque donc pas tant que ça. Elles ont l’habitude de vivre en vase-clos. La mort de leur père a néanmoins changé totalement la situation. Elles doivent dorénavant apprendre à vivre, à se nourrir totalement seules. Ce qui leur permet de tenir, ce sont leurs envies pour leurs vies futures car la situation va forcément finir par revenir à la normale. Nell veut entrer à Harvard et lit toute l’encyclopédie. Eva veut devenir danseuse et elle continue à s’entraîner sans musique et avec des chaussons qui tombent en lambeaux.

Bien évidement, la situation ne va pas s’arranger et Jean Hegland sème de nombreuses embûches sur le chemin de ses deux personnages. La forêt qui les entoure, se montre aussi menaçante qu’accueillante. « Il n’y a aucune échappatoire. Même le feu dans le poêle semble menaçant. (…) Nous sommes cernées par la violence, par la colère et le danger, aussi sûrement que nous sommes entourées par la forêt. La forêt a tué notre père, et de cette forêt viendra l’homme -ou les hommes- qui nous tueront. » Et effectivement, la violence va interrompre le quotidien que Nell et Eva avaient mis en place pour tenir. Mais cela va les obliger à enfin s’adapter, à se rapprocher de cette forêt, de cette nature qui peut tant leur apporter. Et finalement, la conclusion du roman devrait être une leçon, être plus proche de la nature, la respecter et la connaître peut nous permettre de mieux vivre.

« Dans la forêt » est un roman totalement réussi et maîtrisé de bout en bout. L’écriture est fluide, la tension savamment distillée, le rapport avec la nature puissant et les deux personnages centraux sont absolument incarnés.

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