Bilan livresque et cinéma de septembre

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Le mois de septembre est terminé et le mois américain avec. J’ai réussi cette année à tenir mon programme : 14 lectures sur des thématiques très variées. Ce mois de septembre fut riche en découvertes et je n’ai qu’une déception à mon actif : « Herland » de Charlotte Perkins Gilman.  Si je ne devais garder qu’un seul livre de ce mois américain, ce serait « My absolute darling » de Gabriel Tallent qui me marquera durablement. Mais, je suis également pressée de retrouver l’univers de Kent Haruf, de Ron Rash ou de Richard Ford. Je vais guetter avec impatience les nouveaux romans de Colson Whitehead, de Ellen Urbani, de Tommy Orange, de Jamey Bradbury et de Andrew Ridker. La littérature américaine est si riche de possibilités, d’univers, j’ai encore tant d’auteurs à découvrir que j’ai hâte de vous retrouver l’année prochaine pour une nouvelle édition du mois américain !

Le mois de septembre fut également l’occasion de poursuivre mes lectures pour le Grand Prix des lectrices Elle dont je fais partie cette année. Un vrai challenge qui m’inquiète un peu, je dois bien le reconnaître, en raison des délais qui nous sont imposés. J’espère y faire de belles découvertes, ce qui fut déjà le cas en fin de mois avec « Le ghetto intérieur » dont je vous parle très vite.

En septembre, j’ai également retrouvé mon cher Sorj Chalandon mais le rendez-vous est un peu manqué, je vous expliquerai très bientôt pourquoi. Ma lecture (ou relecture) des Rougon-Macquart s’est poursuivie ce mois-ci avec l’extraordinaire « Bête humaine ». Il n’en reste plus que trois à lire pour terminer cette incroyable et foisonnante fresque sous le second empire.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur sont les suivants :

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Marianne est artiste peintre du XVIIIème siècle. Elle est également enseignante et pose pour ses élèves. C’est lors d’une de ces séances de pose qu’elle découvre que l’un de ses tableaux a été sorti des réserves par ses élèves. « Portrait de la jeune fille en feu » la trouble terriblement et elle se remémore les origines de ce tableau. Elle avait dû rejoindre une île bretonne pour une commande : faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse, sans qu’elle le sache. Ce portrait doit être envoyé au futur mari d’Héloïse qui refuse catégoriquement cette union avec un inconnu.

Voilà un très beau film sur la naissance de l’amour et du désir. Marianne et Héloïse s’apprivoisent lentement, se rapprochent malgré la mission première de Marianne. L’histoire d’amour des deux femmes est aussi enflammée qu’elle est éphémère. Céline Sciamma filme magnifiquement la montée du désir, l’attirance puissante qui lie ses héroïnes. Les souffles, les regards, les gestes sont minutieusement étudiés pour souligner le trouble qui s’installe. Le décor est très épuré pour laisser toute la place à cette relation, la musique ne vient que peu troubler l’harmonie de Marianne et Héloïse. En réalité, le duo est un trio car la jeune servante Sophie accompagne leur amour naissant. Une sorte de sororité unit les trois femmes (les hommes sont d’ailleurs totalement absents du film). Céline Sciamma parle également d’art, du lien qui lie le créateur et son modèle entre séduction et méfiance. L’oeuvre sera-t-elle juste ? De très belles images nous montre les gestes du peintre en action. Bien évidemment, le film de Céline Sciamma ne serait rien sans ses formidables actrices : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami et Valeria Golino qui joue la mère d’Héloïse. « Portrait de la jeune fille en feu » est un film esthétiquement très réussi, très sobre et lumineux sur la passion entre deux jeunes femmes.

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Gatsby étudie dans une université de la Côte Est. Sa petite amie Asleigh doit aller à New York pour interviewer un grand réalisateur pour le journal de la fac. Gatsby se réjouit de pouvoir faire découvrir la ville où il a grandi à sa petite amie. Il prévoit déjà les lieux où il va l’emmener. Mais le weekend en amoureux ne se déroule pas comme il l’avait prévu. Le rendez-vous avec le réalisateur se prolonge désespérément.

Quel plaisir de retrouver Woody Allen dans un film qui rappelle ses plus grands succès : « Manhattan » ou « Annie Hall ». De « Un jour de pluie à New York » se dégagent une grande fraîcheur, un charme pétillant. Le jeune Gatsby aime les vieux films, le jazz et la pluie. Il est bien évidemment le double à l’écran du réalisateur (sa veste en tweed le prouve !!). Le pauvre jeune homme voit sa dulcinée lui échapper. Nous suivons en parallèle les amoureux qui virevoltent de rendez-vous en rendez-vous, enchaînant les quiproquos, les rebondissements parfois burlesques ou émouvants. La comédie romantique fonctionne parfaitement, elle est rythmée, piquante, drôle et tendre à la fois. La jeune garde des acteurs américains se retrouvent devant la caméra de Woody : Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez. Tous trois sont formidables et parfaitement en adéquation avec l’univers du réalisateur. Manhattan, le jazz, des amoureux qui se cherchent à travers la ville, Central Park, « Un jour de pluie » est un condensé de l’univers de Woody Allen. Son charme un brin suranné et mélancolique m’a totalement séduite.

Et sinon :

  • La vie scolaire de Grand Corps Malade et Medhi Idir : Samia est la nouvelle CPE d’un lycée en ZEP à St Denis. Elle arrive d’Ardèche et a souhaité changer de région pour des raisons personnelles. Elle découvre donc le quotidien des enseignants et des élèves dans une zone où les conditions sociales sont dégradées. Après « Patients », Grand Corps Malade et Medhi Idir s’intéresse à la situation de l’école en ZEP. Comme pour « Patients », une grande énergie se dégage de leur film. Le ton varie entre l’humour et la gravité. Certains personnages sont vraiment hilarants : l’élève mytho qui invente des excuses totalement improbables pour expliquer ses retards, le prof de sport qui mélange les disciples et crée le foot en roller, l’élève qui charrie un surveillant parce qu’il habite le même immeuble, etc… Mais les réalisateurs n’oublient surtout pas de souligner les difficultés rencontrés par les élèves qui ne voient pas comment leurs situations pourrait s’améliorer grâce à l’école. La fin du film n’est d’ailleurs pas très optimiste quant à l’avenir de ces gamins. La fracture sociale est toujours bien présente sur notre territoire. Les acteurs professionnels se mélangent aux non-professionnels et l’ensemble dégage beaucoup authenticité. Encore une fois, Grand Corps Malade et Medhi Idir nous offre un film plein d’humanité et de sincérité.

 

  • Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman : A Kaboul en 1998, les talibans font régner la terreur sur la ville. Des hommes sont pendus, des femmes sont lapidées en pleine rue. Personne n’ose plus rien faire, la peur paralyse la population. A l’exception de la jeune Zunaira qui continue à écouter du rock et à peintre ses murs d’images sensuelles. Elle forme un couple harmonieux avec Mohsen qui va bientôt perdre pied suite à un geste irréparable. La destinée de Zunaira va croiser celle de Atiq, gardien de la prison pour femmes. Je n’ai pas lu le roman de Yasmina Khadra dont ce dessin-animé est adapté. Mais ce dernier souligne bien ce que représente la terreur et la barbarie. La ville n’est que ruines, les hommes baissent la tête, les femmes sont de vague formes indéfinis sous les burqas. Le dessin reste dans les tons gris/bruns qui rendent parfaitement la tristesse de la ville à cette époque. Le personnage de Zunaira est très beau, elle reste dans la vie, la joie et éclaire le dessin-animé.

 

  • Fête de famille de Cédric Kahn : A l’occasion de son anniversaire, Andréa accueille toute sa famille dans sa grande maison à la campagne. Il y a le fils aîné Vincent, marié, deux enfants, qui semble bien étable dans la vie. Romain, le cadet, foutraque réalisateur qui est venu accompagné de sa petite amie. A ce tableau de famille manque la fille, Claire, partie aux Etats-Unis depuis de plusieurs années. Elle débarque sans prévenir et transforme rapidement le repas d’anniversaire en règlement de compte. C’est une drôle de famille que nous présente Cédric Kahn. Les membres sont autant capables de s’adorer que de se détester. Les piques, les remarques cinglantes fusent autant que les marques de tendresse. Le détonateur est Claire que l’on pense instable, folle et qui vient réclamer son héritage. Elle est l’élément perturbateur qui vient mettre à jour les dysfonctionnement familiaux qui semblent être nombreux. Cédric Kahn nous entraîne dans un repas de famille entre tragique et comique dont certains moments nous mettent mal à l’aise et évoquent « Festen ». Les acteurs du film sont tous très justes avec en tête Catherine Deneuve en matriarche totalement placide face au fracas qui l’entoure et qui ne veut absolument pas que la fête soit gâchée.

 

  • Downton Abbey de Michael Engler : Downton Abbey est en émoi suite à l’arrivée d’une missive : le roi George V et la reine Mary vont passer une journée au domaine de la famille Crowley. L’intrigue pourrait se résumer à cela même si celle-ci est parsemée de multiples histoires plus ou moins secondaires : l’affrontement entre les domestiques royaux et ceux de Downton, l’héritage d’une cousine de Lady Violet, la tentative d’assassinat du roi, les problèmes financiers de la famille, etc… Cela ne fait pas forcément un film et il faut reconnaître qu’il est à réserver aux admirateurs de la série. Mais le plaisir de retrouver la famille Crowley est bien réel lorsque l’on a suivi leurs aventures pendant six saisons. Le film s’ouvre comme la saison 1, avec l’arrivée d’une lettre qui cette fois n’aura pas de répercussions dramatiques. Joli clin d’œil qui permet de fermer la boucle. Les dialogues sont toujours aussi travaillés et ciselés. Ceux de Lady Violet sont toujours aussi piquants et Maggie Smith impériale. Malgré la légèreté du sujet, Julian Fellowes nous parle également de l’état de l’Angleterre en 1927 : la place des femmes (Lady Edith regrette d’avoir abandonné son travail), des homosexuels avec le retour de Thomas Barrow, la fin de l’aristocratie (Lady Mary se pose la question de la survie du domaine). Julian Fellowes a chois le grand écran pour clore sa saga, cela n’était pas forcément nécessaire mais le film reste plaisant pour les fans de la série.

 

8 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de septembre

  1. De bien belles lectures en ce mois de septembre ! Tu as bientôt terminé le cycle des Rougon-Macquart, un projet dans lequel je promets de me lancer depuis bien longtemps déjà…

    • J’aurais pu organiser un challenge Rougon-Macquart mais personne ne m’aurait suivi !!! Il faut absolument que tu le lises, il fait partir des meilleurs Zola !

      • J’ai pas encore ouvert un Zola, sauf Germinal, vu en film… la scène de coupages des couilles est toujours dans ma mémoire. ARGH

        Bon, faut me trouver du temps et moins de livres à lire !! 😀

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