Signora Sarfatti de Serge Airoldi

Après une décennie d’absence, Margherita Sarfatti revient en Italie dans sa propriété du Soldo. Elle s’était enfuie en 1938 en raison des lois raciales. Une ironie de l’Histoire pour cette juive convertie au catholicisme qui fut la maitresse de Mussolini. Margherita Sarfatti, la vénitienne fortunée et cultivée, influença les idées du Duce avant la 1ère guerre mondiale. Mais son ascendance sur cet homme bestial et sur certains intellectuels ou artistes ne dura pas. Au Soldo, un homme guette le retour de la Signora Sarfatti. Giovanni Battista, devenu jardinier du domaine après la 1ère guerre mondiale, est resté là durant toutes ses années. Il n’est pas ravi de revoir cette femme arrogante mais il a une dette avec elle.

« Signora Sarfatti » est une confrontation muette, jusqu’à une scène saisissante, entre Margherita Sarfatti et son jardinier. « Rien n’a changé, se convainc Margherita Sarfatti. Aussi loin que porte son regard, tout semble intact, demeuré dans l’état d’avant. » Tout le roman questionne la permanence et l’impermanence des êtres et des idées. Pour Giovanni Battista, les hommes n’ont pas changé malgré la paix retrouvée. Il ne peut oublier ou pardonner la folie meurtrière que furent les deux guerres mondiales. Et il constate chaque jour que les idées nauséabondes sont toujours présentes. Le retour de sa patronne ne fait que le conforter, elle qui n’a ni regret, ni remords et n’assume pas son rôle auprès du Duce. L’une des forces du roman tient dans ses deux personnages. Margherita Sarfatti a un côté détestable mais elle est également pitoyable dans son aveuglement et son déni. Giovanni Battista est quant à lui très touchant, désillusionné, taiseux. Il se réfugie dans les livres et la nature. Pour rendre compte de cette opposition, la langue de Serge Airoldi est précise, ciselée, poétique et élégante. Elle m’a séduite dès les premières lignes.

Le roman de Serge Airoldi raconte avec justesse ces moments de bascule de l’Histoire, les compromissions, les blessures inguérissables et le pardon impossible. Un très beau texte, poignant et érudit.

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