Guerre et paix de Matilde et Luca Bernabei et Nicolas Traube

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Autant le dire tout de suite, cette adaptation de « Guerre et paix » est totalement catastrophique. Il faut chercher pour retrouver les scènes et la chronologie du roman. Tout est traité avec un manque de subtilité et une sensiblerie pénible. Le premier épisode de la série en est la démonstration calamiteuse. Une des premières scènes se déroule chez les Rostov où est organisé un bal. Natacha (Clémence Poésy) descend un escalier au bas duquel se trouve le prince André (Alessio Boni). C’est le coup de foudre, Natacha pense déjà qu’il est l’homme de ses rêves. Pire, André lui-même est sous le charme et ne pense plus dès lors qu’à la ravissante comtesse Rostov. Toute la scène est un contresens total puisque c’est à la mort de sa femme que André commence à s’ouvrir à la vie et aux autres. Tout l’histoire d’amour de Natacha et André est traitée de cette façon, tout est tiré vers le mélo, le larmoyant. C’est le cas également de l’histoire entre Anatole Kouraguine et Natacha. Le séducteur sans cœur est ici amoureux fou de Natacha ! Les sentiments amoureux d’Anatole se doublent d’une histoire de vengeance envers le prince André qui l’aurait obligé à épouser une paysanne lors d’une campagne militaire. Ces quelques remarques vous montrent l’ampleur du désastre et à quel point le scénario s’éloigne du roman.

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Et ce traitement larmoyant de « Guerre et paix » est fort dommage car cette adaptation avait de bons atouts. Des trois adaptations que j’ai regardées, celle-ci est la seule à rendre leur importance à Nicolas Rostov et à la princesse Marie Bolkonsky. Dans l’ensemble, les acteurs sont bons : Alessio Boni est un plaisant prince André, Alexandre Beyer réussit plutôt bien  dans le rôle de Pierre. Je suis moins convaincue par la prestation de Clémence Poésy dont la voix toujours dans un souffle finit par agacer. J’aurais aimé les voir dans une adaptation à la hauteur de l’œuvre de Tolstoï. Les costumes et les décors sont également somptueux.

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Cette version de « Guerre et paix » est une grande déception. Tirant sans cesse vers l’excès de sentimentalité, elle passe totalement à côté de son sujet.

Guerre et paix de Sergueï Bondartchouk

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L’adaptation de « Guerre et paix » de Sergueï Bondartchouk a été réalisée de 1965 à 1967. L’ensemble dure 7h10 et est composé de quatre parties comme le roman, elles sont intitulées : Andreï Bolkonski, Natacha Rostov, 1812 et Pierre Bezoukhov. Le film est l’un des plus chers de toute l’histoire du cinéma.

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Bien entendu en 7h10, Sergueï Bondartchouk a le temps de rendre toute l’ampleur du roman de Tolstoï et toute la complexité des personnages et il choisit de se concentrer principalement sur les trois principaux. Il y a une forte concordance entre les scènes montrées par King Vidor et celles de Bondartchouk.  Et ce dernier s’est donné les moyens de marquer les esprits, certaines scènes sont proprement spectaculaires comme la prise de Moscou où règne le chaos ou la bataille de Borodino et ses 120 000 figurants. Les deux grandes scènes de bataille, Austerlitz et Borodino, sont formidablement filmées, chorégraphiées à l’instar de la grande scène du bal où Natacha fait ses débuts. Cette recherche de mise en scène ne nuit pas au réalisme de ces scènes. Et il me semble qu’elles montrent assez bien ce que signifiait la guerre à cette époque : des attaques frontales, des centaines de milliers de pauvres soldats emmenés au front et tant de sacrifiés, des conditions de vie déplorables.

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Les scènes de vie civile et mondaine sont également réussies et très travaillées. Il faut souligner le choix de Bondartchouk de conserver l’emploi du français lors des réceptions de la haute société ce qu’avait également fait Tolstoï dans son roman (en tout cas dans la première version). J’ai beaucoup aimé la scène du premier bal de Natacha. Elle y arrive excitée par ce rendez-vous où sa vie semble commencer véritablement. Mais au départ personne ne la remarque. Elle nous fait face, elle regarde les danseurs avec un air de plus en plus triste. Derrière elle, un grand miroir nous montre les couples tournoyant au rythme de la musique. A un moment, passe le Prince Andreï, apparition furtive annonciatrice de leur rencontre. Entre ces différentes scènes, Sergueï Bondartchouk insiste beaucoup sur la présence de la nature par des images élégiaques des bois, des vallées. Cela donne un côté panthéiste au film que n’aurait pas renié Tolstoï.

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Les trois principaux acteurs sont au diapason de leurs personnages. Viatcheslav Tikhonov me semble trop âgé pour le rôle du Prince Andreï mais se dégage de son visage beaucoup de dignité et de noblesse. Mais, comme dans le film de King Vidor, la scène de sa mort est loin d’être le meilleur du film. Lioudmila Savelieva incarne la frivolité, l’insouciance de Natacha puis, au fil des évènements, elle gagne en gravité et en profondeur. Bondartchouk semble l’avoir choisi pour sa ressemblance avec Audrey Hepburn. Le réalisateur s’est lui-même emparé du rôle de Pierre : l’austérité et la discrétion même !

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Cette longue et fidèle adaptation de « Guerre et paix » est certes austère, un peu surannée par certains côtés mais je ne l’ai à aucun moment trouvée ennuyeuse. C’est une fresque spectaculaire et démesurée (assez russe en somme !). Encore une fois, l’épilogue du roman est supprimée, le film s’achève au moment des retrouvailles de Pierre et Natacha.

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Guerre et paix de King Vidor

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Ma chère Eliza nous a proposé de passer le mois de mars en Russie en compagnie de Léon Tolstoï et de son chef-d’œuvre « Guerre et Paix ». Ne souhaitant pas me replonger tout de suite dans le roman, j’ai décidé d’accompagner les valeureuses lectrices en regardant différentes adaptations du roman et je commence aujourd’hui par celle de King Vidor datant de 1956.

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La scène d’ouverture sert ici d’exposition : nous sommes chez les Rostov qui regardent passer une parade militaire par leurs fenêtres. Nous y faisons directement connaissance avec Pierre Bezoukhov (Henry Fonda) et la délicieuse Natacha Rostov (Audrey Hepburn). Cette scène n’existe bien entendu pas dans le roman mais nous retombons rapidement sur nos pieds avec la scène où Pierre part faire la fête avec Kouraguine et Dolokhov.

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Dans l’ensemble, le film de King Vidor respecte l’intrigue du roman et reprend les scènes importantes. Le duel de Pierre est une belle scène à la lumière froide et à l’atmosphère crépusculaire. La bataille de Borodino est très réussie, elle a de l’ampleur et du souffle. De même, la traversée de la Bérézina par les troupes françaises montre bien l’ampleur du désastre. Napoléon regarde ses troupes sombrer avec un regard las et désespéré. Dans l’ensemble, les décors sont très élégants et sobres. La palette de couleurs des intérieurs aussi bien que des costumes est pastel et pleine de gaieté. Elle s’assombrit en même temps que les évènements.

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Parlons maintenant du casting. Henry Fonda est excellent dans le rôle de Pierre, il porte le personnage avec la dignité et la gravité qui se doit. Sa prise de conscience, à Borodino, de la nature sanguinaire des guerres menées par son héros Napoléon est un moment fort et juste. Je suis beaucoup moins enthousiaste envers la prestation de Mel Ferrer qui joue le prince Andreï Bolkonski. Il est vrai que je suis exigeante pour ce personnage qui est mon préféré de la fresque de Tolstoï. Mais là, je trouve Ferrer assez fade et par moments un peu niais. La scène de la mort d’Andreï est un moment totalement raté et ridicule. J’ai gardé le meilleur pour la fin : la perle de cette adaptation c’est l’exquise Audrey Hepburn. Elle est absolument parfaite dans le rôle de Natacha Rostov : insouciante et virevoltante au début du film, humaine et responsable à la fin. Sa prestation est un ravissement de chaque instant, le film vaudrait d’être vu uniquement pour la voir évoluer.

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Le film de King Vidor est de facture très classique ; de par ses acteurs et ses décors elle est très plaisante à voir. C’est probablement la plus abordable et celle que je conseillerais à quelqu’un qui voudrait voir une adaptation de « Guerre et paix ». Il faut néanmoins préciser que la fin est malheureusement très hollywoodienne. Une fois la guerre terminée, Natacha et Pierre se retrouvent et se promènent main dans la main dans un champ verdoyant au son d’une symphonie glorieuse.

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Bilan plan Orsec et films de février

Depuis janvier, George et Miss Bouquinaix ont mis en place un plan Orsec pour sauver nos PAL en danger. Je me suis engagée à lire chaque mois 2 livres de ma PAL et 1 de ma PAL prêt (c’est un problème d’avoir des copines blogueuses !). Comme vous allez le constater, le contrat a bien été rempli en janvier mais un peu moins en février. Il va falloir que je me rattrape !

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Ce bilan mensuel me permet d’inaugurer un nouveau rendez-vous : les films du mois. Je me suis rendue compte que je ne partageais plus mes sorties ciné avec vous. Et pourtant, je continue à user mes pantalons dans les fauteuils rouges des salles obscures.

Voici mes coups de cœur de février :

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Lulu passe un entretien d’embauche pour être secrétaire mais peu sûre d’elle et sans expérience elle est refusée. Elle téléphone à son mari qui l’engueule et lui dit qu’elle s’est ridiculisée en allant à cet entretien. Lulu manque son train et commence alors une fugue loin de son foyer, une errance libératoire où les belles rencontres vont se multiplier. « Lulu femme nue » est un très beau film sur la renaissance d’une femme qui se laisse vivre et oublie le temps de quelques jours le poids des responsabilités. Le film est porté par une Karin Viard lumineuse entourée par Bouli Lanners, toujours parfait, et Claude Gensac, émouvante et attachante.

Minuscule

Vous ne regarderez plus votre boîte à sucre de la même manière après avoir vu « Minuscule ». La découverte de l’une d’entre elles par des fourmis noires va occasionner moultes aventures trépidantes et surtout une rencontre avec une charmante coccinelle. C’est un régal absolu de voir évoluer ces insectes vrombissant et bourdonnant. C’est drôle, émouvant, intelligent et cerise sur la gâteau : il y a un clin d’œil à « Psychose » qui a fini de me faire craquer pour ce film d’animation très réussi.

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« Le vent se lève » est le dernier opus de Hayao Miyazaki, le grand magicien du dessin animé prend sa retraite. On retrouve dans ce film sa grande obsession du vol. Son personnage principal, qui a existé, Jiro, ne rêve que de voler. Ayant une mauvaise vue, il ne peut devenir pilote et devient donc ingénieur aéronautique. Il sera le créateur du fameux avion zéro (la redoutable arme japonaise durant la 2nd Guerre Mondiale). Il y a moins de fantaisie dans ce dernier film que dans les précédents, moins de magie et de fantastique. Et je pense que cela m’a manqué, certains passages sur la création du modèle zéro m’ont semblé un peu longs. Malgré cela, je reste enchantée par l’univers de Miyazaki, ses dessins sont magnifiques et poétiques.

Et sinon :

  • « Much ado about nothing » de Joss Whedon est une adaptation honnête de la pièce de Shakespeare avec de bons comédiens mais qui n’arrive pas au niveau de celle de Kenneth Brannagh.
  • « Philomena » de Stephen Frears a un joli casting (Judi Dench et Steve Coogan) pour nous raconter l’histoire de cette irlandaise qui cherche à retrouver son fils qui lui a été enlevé cinquante ans plus tôt. L’émotion et l’humour se marient pour ce plaisant divertissement.
  • « American bluff » de David O’Russel. Contrairement au titre, vous ne serez pas bluffés par cette arnaque simplette et banale. Les acteurs, très bien, ne sauvent pas ce film beaucoup trop long.
  • « Les grandes ondes (à l’ouest) » de Lionel Baier est un road movie à travers le Portugal de 1974 où une équipe de journalistes suisses est envoyée pour mettre en valeur l’aide apportée par leur pays aux Lusitaniens. Et ils tombent au moment de la révolution des Œillets. Une comédie délicieuse, pleine de joie de vivre avec un casting impeccable.

Mr Skeffington de Vincent Sherman

Mr Skeffington

L’adaptation de « Mr Skeffington » date de 1944. Le film choisit de nous montrer tout ce qui précède le début du roman de Elizabeth Von Arnim. On découvre donc une jeune Fanny, encore célibataire, qui reçoit à New York ses invités et prétendants. Tous se pâment devant son incroyable beauté et elle minaude autant qu’il est possible. Lors de cette réception apparaît Mr Skeffington qui est le patron du frère de Fanny. Ce dernier a volé de l’argent à la banque de Mr Skeffington et est licencié. Fanny, le charmant, évite la plainte devant la justice. Dès lors, les deux personnages vont tenter de se séduire.

mr-skeffington_640x480La suite du film va nous montrer le mariage et la séparation du couple de la 1ère et le 2nd Guerre Mondiale. Le film dure en tout 2h25 et on retrouve le livre après 1h30. Le début est donc un peu long, trop détaillé car c’est le vieillissement de Fanny qui reste le plus intéressant.

mr-skeffington-davisLa force de cette adaptation est la performance de Bette Davis dans le rôle de Fanny Skeffington. Elle est aussi parfaite en jeune coquette qu’en vieille femme pathétique. Elle est agaçante, snob et finalement touchante. Claude Rains incarne un M. Skeffington sobre, patient et follement amoureux de son impossible femme.

mr_skeffington_1944_1Le film est très mélodramatique, il n’a pas l’ironie et le piquant du roman. Cette adaptation est typique de ce que produisait Hollywood dans les années 40 : une facture classique et soignée, de grands acteurs. Cette œuvre, qui aurait quand même méritée d’être raccourcie, reste plaisante à regarder. Bette Davis y fait montre, comme toujours, de son immense talent.

Sabotage d’Alfred Hitchcock

« Sabotage » date de 1936 et est tiré du roman de Joseph Conrad « L’agent secret ». Le scénario reprend les grandes lignes du livre.

Mr et Mrs Verloc tiennent un cinéma à Londres. Lors d’une soirée, l’électricité du quartier s’éteint. En réalité, tout Londres est plongée dans le noir suite au sabotage de la centrale électrique. C’est la panique devant le cinéma, Mrs Verloc (Sylvia Sydnet) tente de calmer ses clients. Le vendeur de légumes, Ted (John Loder), lui vient en aide et Mr Verloc (Oscar Homolka) finit par descendre de son appartement au-dessus du cinéma. Une fois la foule calmée, Mrs Verloc constate le comportement étrange de son mari. Il était absent lors de la coupure de courant mais il est incapable d’expliquer où il se trouvait. On découvre rapidement que Mr Verloc est surveillé par la police et notamment par Ted qui connaît mieux le panier à salade que l’étalage du marchand des quatre saisons.

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« Sabotage » s’ouvre sur une scène très intéressante. Le générique défile sur la définition du mot sabotage. La première image est un gros plan sur une ampoule électrique. Puis l’on voit la centrale d’où quelqu’un s’échappe. Retour sur l’ampoule qui s’éteint. A la centrale, la raison de la coupure est identifiée : du sable a fait dérailler les machines. Après cette scène, on découvre Mr Verloc regagnant son domicile. Il se lave les mains, l’eau se retire dans le siphon (en gros plan, annonciateur de celui du siphon de la douche dans « Psychose ») et au fond du lavabo reste du sable. En quelques plans rapides, l’identité du saboteur est connu du spectateur. Encore une fois, nous sommes dans la confidence et pas les autres personnages.

L’autre grande scène est difficilement racontable si l’on ne souhaite pas dévoiler toute l’intrigue. Elle se situe à la fin du film entre Mr et Mrs Verloc lors d’un repas. La tension se développe entre les deux personnages grâce à un jeu de regards très élaboré qui souligne à nouveau la maîtrise du cadrage d’Alfred Hitchcock.

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Malheureusement, le film comporte également des faiblesses. Sylvia Sydnet n’a pas un jeu extraordinaire, son visage reste assez impassible et on ne la sent pas particulièrement affectée par le décès de son jeune frère. De même la romance qui se noue entre Mrs Verloc et Ted est un peu superflue et inutile à l’intrigue.

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Un film du début de carrière de Hitchcock, peu connu et mineur mais comme toujours il y a des scènes virtuoses qui témoignent du talent naissant du réalisateur anglais.

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Hitchcock de Sacha Gervasi

Alfred Hitchcock a 60 ans, il vient de réaliser « La mort aux trousses » et est encore sous contrat pour un film avec la Paramount. Hitch (Anthony Hopkins) veut retrouver l’excitation de ses premiers films, il cherche un sujet pouvant frapper le spectateur. Il le trouve dans le livre de Robert Bloch, « Psychose », mais la Paramount refuse cette histoire de serial killer. Hitchcock va devoir financer son film par ses propres moyens.

Bien entendu un film autour du tournage de « Psychose » ne pouvait qu’aiguiser ma curiosité. La partie du biopic consacrée à cela est plutôt intéressante. Hitch a effectivement pris un risque en choisissant d’adapter « Psychose », on est bien loin du glamour de « La mort aux trousses » ou de « La main au collet ». Il en rajoute en tuant la vedette, Janet Leigh (Scarlett Johansson), au premier tiers du film. La censure s’affole face au thème nécrophile et face à la scène de la douche (à l’époque, la nudité était exclue). On voit donc Hitch se battre pour réaliser son film, déjouer la censure avec humour. Il invente aussi un nouveau moyen de communication pour attiser la curiosité des spectateurs : leur interdire l’entrée du cinéma si le film est commencé, et de raconter la fin.

Le problème c’est que le tournage de « Psychose » n’est qu’une toile de fond. L’essentiel du film de Sacha Gervasi n’est fait que de scènes de ménage, de jalousie entre Alma (Helen Mirren) et Alfred. Le réalisateur essaie même de créer un suspense avec la vie du couple : Alma va-t-elle avoir une liaison ? Ridicule et sans aucun intérêt. Sacha Gervasi nous montre un Alfred Hitchcock totalement caricatural et pitoyable. Pas la peine d’aller si loin pour souligner l’importance d’Alma dans la carrière de son mari. Il est d’ailleurs plus qu’improbable qu’elle l’aurait remplacé sur le tournage pour la réalisation d’une scène. Le réalisateur continue dans le ridicule lorsqu’il nous montre Hitch conversant avec Ed Gein (serial killer qui inspira le roman de Bloch) ou lorsqu’il observe le déshabillage de Vera Miles (Jessica Biel) à travers un trou dans le mur, le même que celui par lequel Nathan Bates regarde sa future victime dans le film. A-t-on besoin d’être soi-même un psychopathe pour réaliser un film sur le sujet ?

Bref je vous déconseille d’aller voir ce film même si les acteurs sont plutôt bons. Voir ou revoir « Psychose » vous sera bien plus bénéfique.

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L’inconnu du Nord-Express de Alfred Hitchcock

Dans un train, Guy Haines (Farley Granger) rencontre un inconnu nommé Bruno Anthony (Robert Walker). Ce dernier connaît en réalité précisément la vie de Guy qui est une star du tennis. Il sait qu’il cherche à divorcer pour se remarier avec une riche héritière mais sa femme est réticente. Quant à lui, Bruno ne supporte plus son père autoritaire. Il propose alors à Guy d’échanger leur crime. Chacun éliminant le gêneur de l’autre pour que le meurtrier n’ait aucun lien avec la victime. Le meurtre parfait.

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Librement inspiré du roman de Patricia Highsmith, « L’inconnu du Nord-Express » est une grande réussite bourrée de scènes cultes. De nouveau, le thème principal est l’échange de meurtres, le transfert de culpabilité. La relation entre Guy et Bruno est des plus ambigües. Lorsque les deux hommes sortent du train, Bruno a annoncé qu’il allait tuer la femme encombrante et vulgaire de Guy et ce dernier qu’il s’occupera du père du premier. La phrase est prononcée sur le ton de la boutade mais Guy n’est-il pas déjà conscient de ce qui va se passer ? Lorsqu’on lui annonce le décès de son épouse, il comprend immédiatement que Bruno est passé à l’acte. Mais Guy n’a sans doute pas mesuré l’ampleur de la folie de Bruno et à quel point ce pacte faustien l’engageait.  Bruno se met à le harceler, il est partout : sur les marches d’un bâtiment public, dans la foule assistant à un match de tennis (le seul à ne pas tourner la tête pour suivre les échanges), il lui téléphone et finit par le menacer.

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Bruno a en effet dérobé le briquet de Guy et il décide de le laisser sur le lieu du crime puisqu’il ne remplit pas sa part du contrat. Cela donne lieu à une scène tout en tension. Guy doit arrêter Bruno mais il a un match à jouer avant. Il ne cesse de regarder l’heure cherchant à en finir rapidement. En parallèle, Bruno se dirige vers le lieu du meurtre, il fait tomber le briquet dans le caniveau. Le suspense augmente des deux côtés : Guy finira-t-il son match à temps ? Bruno récupérera-t-il le briquet ? Cette tension arrivera à son paroxysme dans la scène finale où les deux hommes s’affrontent sur un manège.

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Hitchcock fait preuve de beaucoup de créativité dans ses plans. Je pourrais citer la scène du meurtre qui se passe entièrement dans les verres de lunettes que la femme de Guy a perdu.

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Mais je voudrais surtout insister sur l’extraordinaire scène d’ouverture. Hitchcock filme l’arrivée de Guy et Bruno à la gare au niveau des pieds. L’une après l’autre, les deux paires de jambes regagnent le quai puis grimpent dans un wagon. Le train démarre, Hitchcock filme les rails qui se croisent et s’écartent. On retrouve nos pieds qui s’installent à une table. Ils s’entrechoquent, la caméra remonte alors sur les visages. La rencontre a lieu. Un début brillant et génial.

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« L’inconnu du Nord-Express » est cinématographiquement très réussi et abouti. L’intrigue est elle-aussi réjouissante, notamment grâce à Bruno Anthony. Pour Hitchcock, meilleur est le méchant, meilleur est le film. C’est le cas ici, Bruno est pervers, cynique et parfaitement interprété par Robert Walker. Un grand classique.

Vu avec ma copine Maggie.

Jeune et innocent de Alfred Hitchcock

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Le soir dans un appartement, un couple se déchire sur fond de jalousie. Le lendemain matin, le corps de la femme est découvert sur la plage. Un ami de celle-ci, Robert Tinsdall (Derrick de Marney), trouve le cadavre et part en courant chercher de l’aide. Deux femmes le voient et pensent qu’il s’enfuit. La police va donc considérer Robert comme coupable, d’autant plus que la ceinture de son imperméable semble avoir servi pour étrangler la victime. Lors de sa garde-à-vue, Robert rencontre Erica Burgoyne (Nova Pilbeam), la fille du commissaire. Les deux jeunes gens vont bientôt se croiser à nouveau, après l’évasion de Robert du tribunal.

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« Jeune et innocent » date de 1937 et est dans la même veine que « Les 39 marches« . C’est un film extrêmement léger, amusant. On reste ici dans le grand thème de prédilection du réalisateur, à savoir le faux coupable. Une nouvelle fois cette idée est l’occasion de la création d’un couple. La relation entre Robert et Erica n’est pas aussi conflictuelle que celle des « 39 marches », ce qui enlève un peu de piment. Erica est très rapidement convaincue de l’innocence de son galant.

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Par moment le film tire vers le gag avec la tasse jetée qui crève un pneu ou l’eau de la fontaine qui monte et descend, rendant ainsi compliqué le soin d’une blessure, ou Robert offrant un nain de jardin à la tante d’Erica qu’il vient de prendre dans le jardin.

Je n’avais pas revu « Jeune et innocent » depuis très longtemps et dans mon souvenir le suspense y était plus marqué. Comme je le disais plus haut, le film est plus divertissant que tragique. Le danger semble assez éloigné de Robert et Erica. La scène de colin-maillard chez la tante d’Erica le montre bien. Celle-ci pose beaucoup de questions à Erica et Robert, se méfiant de ce dernier. C’est elle qui a les yeux bandés et elle cherche à retenir les deux jeunes gens en attrapant l’un des deux. C’est une scène amusante mais à aucun moment le spectateur ne s’inquiète réellement.

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Hitchcock réussit bien les purs divertissements comme « Les 39 marches » ou « Mais qui a tué Harry ? « . Mais ici il y a une dichotomie entre deux scènes (d’ailleurs les plus réussies) et le reste du film. La scène d’ouverture et celle du Grand Hôtel tirent le film vers le tragique et le suspense. La dispute du couple dégage des sentiments passionnels, une certaine violence qui disparaît rapidement du film. La scène du Grand Hôtel est une grande réussite et définit parfaitement le mot suspense pour Hitchcock : dévoiler au spectateur une info que les personnages ignorent. Ici un long travelling en hauteur nous amène doucement vers le visage de l’assassin. Le plan débute dans le hall de l’hôtel et se termine sur les yeux du criminel qui est batteur de l’orchestre qui joue dans le salon (la chanson à ce moment là parle d’ailleurs d’un batteur, un indice !). Je ne vous dévoile pas la raison pour laquelle on reconnaît l’assassin, je ne voudrais pas vous gâcher cette excellente trouvaille. Erica est dans le salon avec un autre personnage à la recherche de cet homme, nous savons qu’il est bien là, pas elle. Comment va-t-elle le retrouver ? La question crée le suspense. Ce beau travelling sera de nouveau utilisé dans « Les enchaînés » partant d’un lustre pour arriver à la main d’Ingrid Bergman.

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« Jeune et innocent » fonctionne un peu moins bien que « Les 39 marches » ou « Une femme disparaît » mais reste un film fort plaisant qui mérite d’être vu pour ce formidable travelling à l’intérieur du Grand Hôtel.

Un film vu avec ma copine Maggie.

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Frankenweenie de Tim Burton

Le jeune Victor Frankenstein est bouleversé après la mort de son chien Sparky, renversé par une voiture. Incapable de se remettre de cette disparition, il a l’idée folle de faire revivre son chien. Féru de science, Victor met en place une machinerie infernale qui redonne vie à Sparky. Son secret sera malheureusement rapidement mis à jour et crée des envieux. D’autres, beaucoup moins bien intentionnés, voudraient tenter de ramener les morts à la vie.

Tim Burton reprend là l’un de ses tous premiers courts-métrages réalisé en1984. Cette fois, le réalisateur choisit de raconter l’histoire de Victor et Sparky à l’aide de petites marionnettes comme dans « L’étrange Noël de Mr Jack » ou « Les noces funèbres ». Cette veine lui a toujours particulièrement réussi, je trouve que c’est dans ce cadre que s’exprime au mieux son univers gothique.

Tim Burton effectue un retour aux sources de son inspiration avec « Frankenweenie », à savoir les films d’horreur d’Universal et de la Hammer. Il reprend le noir et blanc très contrasté de ces films, à la limite de l’expressionnisme. Plusieurs clins d’œil à ces deux grandes maisons de production sont visibles. Les parents de Victor regardent à la télévision « Dracula » avec Christopher Lee et la chienne d’Elsa (la voisine de Victor) se retrouve, après avoir été touchée par la foudre, avec la coiffure de la fiancée de Frankenstein !

« Frankenweenie » m’a beaucoup fait penser à « Edward aux mains d’argent ». L’histoire se passe dans une banlieue américaine où toutes les maisons se ressemblent et où tout se sait rapidement. Comme Edward, Sparky devient une créature étrange et inquiétante pour le voisinage. Sa différence est immédiatement rejetée et un lynchage sera organisé par les voisins de Victor pour se débarrasser de l’intrus. Je trouve également que le professeur de science de Victor (qui a la voix de Martin Landau, encore un acteur Burtonien) ressemble beaucoup à Vincent Price qui était le créateur de Edward. La voisine de Victor a quant à elle la voix de Winona Ryder, la fiancée d’Edward.

Comme dans « Edward aux mains d’argent », Tim Burton glisse des pointes d’humour dans la noirceur ambiante. Il y a déjà la galerie pittoresque et étrange des camarades de classe, de vrais freaks ! Et les trouvailles à la résurrection de Sparky sont très amusantes comme sa queue qui se détache quand il la remue ou l’eau qui sort de ses coutures lorsqu’il boit.

J’ai donc été enchantée de retrouver la meilleure veine de Tim Burton dans ce conte gothique pour enfants.