Chantage d’Alfred Hitchcock

« Chantage » s’ouvre sur la vie quotidienne de policiers londoniens : arrestation, interrogatoire, mise en accusation, prise d’empreintes, incarcération du suspect. A la fin de la journée, le policier retrouve sa fiancée à la sortie de son travail. Un quotidien ordinaire, bien huilé mais qui va bientôt se gripper. Frank (John Longden) retrouve donc sa petite amie Alice (Anny Ondra) à la sortie du commissariat. Ils vont passer la soirée dans un restaurant à la mode. Frank semble heureux de cette soirée mais Alice semble s’ennuyer en sa compagnie. Elle commence alors à faire de l’œil à un autre homme (Cyril Ritchard). Frank s’en aperçoit et quitte furieux le restaurant. Alice, la frivole, part donc avec le deuxième homme. Ce dernier l’invite chez lui, il est peintre et lui montre son travail. Alice badine, flirte et se met à essayer des costumes. Le peintre se jette alors sur elle et tente de la violer. Alice réussit à se saisir d’un couteau et à tuer son agresseur. Elle quitte les lieux en état de choc. Le lendemain, l’affaire est confiée à Frank qui comprend rapidement qu’Alice est probablement responsable du meurtre. Que faire ? Protéger sa fiancée ou conserver son intégrité de policier ? Le choix de Frank est vite effectué mais un maître-chanteur va venir compliquer la vie du couple.

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« Chantage » date de 1929 et il s’agit du premier film parlant d’Alfred Hitchcock. Il l’avait d’ailleurs tourné pour qu’il puisse sortir soit en muet soit en parlant, ne sachant pas ce que les producteurs allaient choisir. La petite anecdote amusante est le fait que l’actrice principale parlait très mal l’anglais alors que l’héroïne devait venir d’un milieu populaire. Anny Ondra a donc mimé les dialogues pendant qu’une actrice anglaise les récitait dans une cabine hors-cadre.

Après « The lodger », « Chantage » est le deuxième film à suspense de Hitchcock. C’est une œuvre parfaitement aboutie qui met en place beaucoup des thématiques chères à l’auteur. Un couple est au centre de l’intrigue, Frank et Alice doivent affronter et déjouer le destin ensemble. Inutile de vous citer des exemples, vous avez tous des couples célèbres et  glamour en tête lorsque est évoqué Alfred Hitchcock. La culpabilité est également très fortement présente dans cette œuvre. Elle donne lieu à des scènes très intéressantes. La culpabilité envahit complètement le quotidien d’Alice. La fameuse scène du petit déjeuner au lendemain du crime est très significative. Une voisine discute du meurtre avec les parents d’Alice, elle parle de couteau. La jeune femme n’entend plus alors que ce mot répété sans cesse. Elle est ensuite totalement paralysée lorsqu’elle doit se saisir du couteau à pain. Dans la scène de fin au British Museum, la course-poursuite entre la police et le maître-chanteur alterne avec des plans sur Alice rongée par son acte et la culpabilité. Cette scène au British Museum me fait d’ailleurs penser à d’autres fins de film sur des monuments célèbres :  « La cinquième colonne » dans la statue de la liberté et « La mort aux trousses » sur le mont Rushmore.

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Le cadrage est parfaitement soigné et maîtrisé dans « Chantage ». Hitchcock aime à jouer avec le secret, avec ce qui est caché, laissant ainsi l’imagination du spectateur combler les vides. Le meurtre n’est pas montré. La scène se passe entièrement derrière les rideaux du lit à baldaquin. Deux mains en émergent : celle d’Alice cherchant désespérément un objet pour se défendre, celle du peintre qui tombe mollement et sans vie. De même, on ne voit pas le maître-chanteur dans la rue. Son ombre apparaît sur la porte de l’immeuble que vient de quitter Alice après le meurtre.

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Ces différents éléments font de « Chantage » non pas une œuvre mineure de jeunesse mais l’un des tous premiers grands films d’Alfred Hitchcock.

Vu avec ma copine Maggie.

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La loi du silence de Alfred Hitchcock

Le film s’ouvre sur les images d’une ville déserte. Des panneaux « Direction » nous entraînent petit à petit vers une fenêtre ouverte. Dans la pièce, nous découvrons un cadavre. Le meurtrier vient de sortir, on le retrouve dans la rue. Il s’agit d’un prêtre et nous le suivons jusqu’à une église. Sur le trajet, l’assassin a ôté son aube. Il s’installe sur un banc de l’église où le père Logan (Montgomery Clift) va entendre sa confession. L’homme qui parle est Otto Keller (OE Hasse), le sacristain de l’église et il dévoile tout au père. Il vient d’assassiner l’avocat Vilette qui l’avait surpris en train de voler. La confession va obliger le père Logan à garder le silence. Les soupçons vont malheureusement se diriger vers le père Logan. Un prêtre a été vu la nuit du meurtre près de chez Vilette et ce dernier faisait chanter Logan pour une liaison antérieure à son ordination. Comment être reconnu innocent sans trahir le secret de la confession ? C’est le dilemme auquel est confronté le père Logan.

« La loi du silence » (« I confess », le titre original est bien meilleur) développe un des thèmes de prédilection d’Alfred Hitchcock : le faux coupable. L’idée est ici renouvelé par le biais de la religion. Le transfert de culpabilité se fait par la confession, Otto Keller se délaisse du poids de son crime sur le père Logan. Celui-ci finit par être coupable par omission, par non dénonciation. Je trouve l’idée très intéressante et subtile. Elle l’est d’autant plus que la vocation du père Logan est questionnée tout au long du film par son ancien amour (Anne Baxter) et par l’inspecteur (Karl Malden) en charge de l’enquête. La crédibilité de la foi de Logan se joue sur cette affaire.

La résistance, l’abnégation du père Logan s’incarnent dans le formidable Montgomery Clift qui est pour moi l’atout majeur du film. De nombreux gros plans montrent le visage de l’acteur. Le regard est quasiment le même durant tout le film, il est empli d’humanité et surtout de droiture. Rien ne semble pouvoir le faire vaciller, le faire dévier de sa foi. Le personnage est sous pression durant tout le film. La caméra ne le lâche pas, on le voit parcourir la ville à pieds de long en large en se demandant s’il va craquer face à la police.

J’ai toujours plaisir à revoir ce film qu’Alfred Hitchcock n’aimait pas beaucoup car il le jugeait trop sérieux et manquant d’ironie. La performance remarquable de Montgomery Clift, sa parfaite compréhension du rôle valent largement plusieurs visionnages.

Un film vu avec ma copine Maggie.

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Mais qui a tué Harry ? de Alfred Hitchcock

Le film s’ouvre sur un charmant paysage de la campagne du Vermont en automne. Tout semble paisible, reposant lorsque trois détonations retentissent. Le vieux Capitaine Wiles (Edmund Green) découvre un cadavre et pense être responsable du décès. Il était parti chassé le lapin mais est très mauvais tireur. Le capitaine décide de cacher le corps de cet inconnu. Mais le coin tranquille se transforme en véritable  zone touristique ! Le corps voit défiler devant lui un enfant, un médecin myope qui trébuche sur lui, un vagabond ayant besoin de chaussures. La dernière visite est celle de la mère de l’enfant, Jennifer (Shirley MacLaine dans son premier rôle), qui reconnaît dans le cadavre son mari Harry. Mais elle semble peu émue par cette disparition…Durant tout le film, une question se pose : que faire de Harry ?

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« Mais qui a tué Harry ? » est tiré du livre éponyme de Jack Trevor Story et il date de 1956, durant la riche période hollywoodienne du réalisateur. Ce film, qui semble mineur dans la filmographie de Hitchcock, est très symbolique de l’humour anglais. D’ailleurs, Hitch l’aimait beaucoup. La forme d’humour développé ici est le décalage. Il y a au départ un décalage entre le lieu et ce qui s’y passe. Hitch plante son cadre avec de nombreux plans sur des paysages extrêmement calme, une grande sérénité se dégage de cette campagne rougeoyante. On imagine que la vie des habitants est au diapason de ce lieu et que la vie s’y déroule paisiblement, sans anicroches. La présence du corps de Harry est alors complètement incongrue. La violence fait irruption là où on ne l’attend pas. En même temps, les habitants ne sont pas perturbés outre mesure par le cadavre. C’est le décalage le plus frappant. Tous les personnages sont d’un extraordinaire flegme face au mort. So british ! Aucun trouble ne se lit sur leurs visages à la découverte de Harry. Leur préoccupation se résume à le faire disparaître ou réapparaître d’ailleurs car Harry va être enterré et déterré à de nombreuses reprises ! Au final, ce corps encombrant va surtout créer du lien et faire naître des histoires d’amour ce qui est encore bien décalé ! Le capitaine apprend à connaître Miss Gravely (Mildred Natwick), vieille fille charmante et attentionnée. Jennifer fait la connaissance de l’artiste local (John Forsythe). Les couples se forment autour du cadavre.

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J’ai toujours beaucoup de plaisir à voir « Mais qui a tué Harry ? ». J’aime son humour, sa légèreté, son exubérance. Un très original divertissement.

Maggie a également regardé « Mais qui a tué Harry ? » , son avis est ici.

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La corde de Alfred Hitchcock

 

Brandon (John Dall) et Phillip (Farley Granger) sont deux étudiants new yorkais. Le film s’ouvre sur leur appartement, les deux hommes sont en train d’étrangler un de leurs amis avec une corde. Le corps est placé dans un grand coffre situé dans le living-room. Brandon et Phillip se préparent ensuite pour un dîner des plus macabres. Les parents et la fiancée du mort y sont conviés ainsi que Rupert Cadell (James Stewart), un ancien professeur. Ce dernier défendait l’idée du meurtre en tant qu’art, pour le plaisir du geste. Des êtres supérieurs pouvant choisir d’éliminer les plus faibles. Tout ça n’était qu’une théorie dans la bouche de Rupert, mais Brandon a toujours voulu impressionner son maître et est passé à l’action dans ce but. Son humour macabre va largement trouver à s’exprimer durant la soirée. Brandon installe les couverts du dîner directement sur le coffre où est le corps ; il ira même jusqu’à offrir des livres au père du mort attachés avec la fameuse corde. Mais, Phillip n’a pas les nerfs aussi solides que son camarade.

« La corde » date de 1948 et est adaptée d’une pièce de théâtre de Patrick Hamilton. Alfred Hitchcock a décidé d’inscrire son film dans un dispositif rappelant le théâtre. L’intrigue se déroule totalement en huis clos. Hitchcock a également choisi de donner l’impression d’un mouvement de caméra unique, d’un seul plan séquence. En fait, chaque prise dure 10 minutes, le temps contenu sur une bobine. Les passages entre chaque prise se font souvent grâce aux dos des acteurs. Le procédé est un peu maladroit, mais le dispositif choisi par le réalisateur compliquait beaucoup les choses. L’idée de la continuité dans le déroulement de la soirée est rapidement devenu pesante et Hitchcock le regretta beaucoup à la fin de sa carrière. Néanmoins, il arrive à placer quelques cadrages plus ambitieux pour augmenter le suspense. C’est le cas lorsque la domestique des deux étudiants débarrasse le coffre. On la voit enlever les assiettes, enlever la nappe, remettre les livres anciens dans le coffre. Les autres protagonistes sont hors champs ; on entend leurs conversations. Le coffre va-t-il être ouvert aux yeux de tous ?

« La corde » est à voir pour son humour macabre, cher au réalisateur, mais également pour son formidable trio d’acteurs. John Dall est tout en assurance, en maîtrise de soi et son arrogance devient vite écœurante. Farley Granger joue la fragilité, la faiblesse, c’est l’âme tourmentée du duo d’assassins. Il est humain, trop humain. Et bien sûr, il y a l’immense James Stewart, toujours impeccable quoi qu’il joue. A l’époque, Hollywood ne voulait plus de lui, le trouvait trop vieux. Merci à Hitch d’avoir relancé sa carrière !

Ce premier film en couleurs d’Alfred Hitchcock était une véritable gageure technique. Mais, finalement, l’intérêt de cette œuvre est ailleurs, dès son intrigue et dans ses acteurs.                                                                              

Un visionnage commun avec ma copine Maggie.    

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Les 39 marches d’Alfred Hitchcock

Comme je le signalais dans mon billet sur le livre, l’intrigue des « 39 marches » était faite pour Alfred Hitchcock : un jeune homme accusé à tort et un McGuffin portant sur la sécurité de l’Angleterre. Comme dans le livre, ce qui importe ici c’est la fuite, la cavalcade en Écosse de Richard Hannay (Robert Donat). L’esprit de John Buchan est bien présent même si Hitchcock modifie quelque peu l’histoire et rajoute des scènes. Le réalisateur explique dans le livre d’entretiens avec François Truffaut ce qui lui plaisait chez John Buchan : « Understatement c’est la présentation sur un ton léger d’évènements très dramatiques. » C’est un ton très britannique, Richard Hannay manque de se faire tuer à chaque instant mais il prend tout avec légèreté et détachement. Dans le livre de Buchan, sa fuite en Écosse était vraiment l’occasion de tuer l’ennui, de se divertir. Le danger le réjouit.

Différents aspects des « 39 marches » en font un classique du cinéma d’Hitchcock. Le dispositif du film est l’un des préférés du réalisateur : un homme innocent est poursuivi pour un crime qu’il n’a pas commis et seul le spectateur le sait, personne ne croit à son histoire. Hitchcock nous met dans une position très stressante, nous nous inquiétons pour Richard Hannay tout le long du film. Dans les « 39 marches », le ton reste néanmoins léger comme je le disais plus haut : Richard Hannay se déguise, échappe de manière rocambolesque à ses ennemis. Le rythme du film est le même que dans le livre, les aventures s’enchaînent très rapidement et sans transition. Le thème de l’homme innocent accusé à tort sera beaucoup plus dramatique dans « La loi du silence » ou « Le faux coupable ».

Alfred Hitchcock créé une ambiance paranoïaque. Richard Hannay ne connaît pas ses ennemis et finit par suspecter tout le monde. Lorsqu’il fuit Londres, Richard semble observer par les hommes de son compartiment (la caméra nous met à sa place, nous regardons au-dessus de son journal ce qui nous rend également paranos !). Dans la gare, les policiers semblent également à sa recherche. La meilleure scène est celle de la ferme. Richard y trouve refuge et il est reçu par un couple : une jeune femme et son mari, bourru et veule. La femme reconnaît Hannay à cause de l’avis de recherche dans le journal. Elle lui lance un regard sévère, lui la supplie des yeux. Le mari surprend leurs échanges et s’imagine qu’ils sont amants. Il espionne, surveille et renforce l’atmosphère paranoïaque où chacun soupçonne son voisin.

La grosse différence avec le roman c’est le personnage féminin (Madeleine Carroll) que croise Richard à plusieurs reprises. Là encore le couple est assez hitchcockien (voire hollywoodien) puisque les deux personnages sont comme chien et chat puis s’apprécient petit à petit. Le réalisateur réutilise souvent ce type de couple comme dans « La main au collet », « Les oiseaux » ou « Les enchaînés ». Les rapprochements improbables séduisent toujours beaucoup les spectateurs et apportent un petit plus glamour au suspens pur.

Le final des « 39 marches » est lui aussi très représentatif des films de Hitchcock. Le film s’ouvre et se ferme au music-hall avec Mister Memory qui a une mémoire phénoménal comme vous l’aurez deviné sans peine. Le fin mot de l’histoire est révélé sur scène comme dans « L’homme qui en savait trop » (1934) et « Jeune et innocent » (1937). Un beau final bien théâtral !

« Les 39 marches » est pour moi un film emblématique du cinéma de Alfred Hitchcock. Il allie le suspens, l’humour, le sens du cadrage et une pointe de glamour. C’est un film enjoué et rocambolesque qui vous fera assurément passer une excellente soirée. Et après avoir lu le livre et vu le film, courez au théâtre voir la formidable adaptation de Éric Métayer,  elle vaut véritablement le détour et vous fera hurler de rire.

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Psychose de Alfred Hitchcock

Pour ouvrir ce challenge, je me devais de commencer par le chef-d’œuvre absolu d’Alfred Hitchcock : Psychose. J’aurais pu sans mal écrire ce billet sans l’avoir revu, mais dans un souci de précision scientifique, je me suis sacrifiée et l’ai revisionnée pour la 50ème fois ! (j’exagère à peine…)

L’histoire commence à Phoenix en Arizona. Un couple discute dans une chambre d’hôtel. Marion Crane (Janet Leigh) et Sam Loomis (John Gavin) se voient en cachette, ce dernier refuse d’officialiser sa liaison avant d’avoir réglé toutes ses dettes. Marion en a assez d’attendre, elle se rhabille et retourne à son travail dans une agence immobilière. La bonne humeur y règne car le patron vient de faire une vente importante. Le client règle en liquide : 40 000$ que Marion doit porter à la banque. C’est en chemin qu’elle décide de garder l’argent. Elle s’enfuit et s’arrête la nuit dans un motel déserté : le Bates Motel. Elle n’en reviendra jamais.

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« Psychose » est pour moi la quintessence du cinéma d’Alfred Hitchcock. Ce film allie à la perfection le divertissement et la précision technique. Le générique et le début du film sont exemplaires et dessinent les thématiques de « Psychose ». Le générique de Saul Bass n’est fait que de lignes horizontales et verticales qui se croisent sur fond d’une musique stridente et inquiétante (formidable travail de Bernard Hermann car la musique est essentielle dans ce film où il y a peu de dialogue). Les lignes laissent la place à des immeubles. Le lieu, la date, l’heure s’affichent et l’on s’approche progressivement de l’immeuble où se trouvent Marion et Sam. On pénètre dans la chambre par la fenêtre, Hitchcock nous place dans la position de voyeurs. On retrouve ce thème plus tard dans le motel où Norman Bates (Anthony Perkins) observe Marion à travers un trou dans le mur.

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Durant tout le film, Hitchcock insiste sur les formes géométriques. Les lignes horizontales et verticales se retrouvent dans le motel Bates et la maison de famille juste derrière. De même la scène de la douche tourne autour du cercle : le pommeau de la douche, le siphon et enfin l’œil de Marion crane.

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L’intrigue est extrêmement bien menée avec le Mac Guffin (un leurre) de l’argent. Durant les 45 premières minutes, le suspens porte uniquement sur une question : Marion va-t-elle se faire prendre ? La scène de la douche est donc une surprise totale et un rebondissement absolument imprévu. Il l’était d’autant plus que la star du film était Janet Leigh (nous l’avons un peu oublié aujourd’hui mais elle était très célèbre) et que Hitchcock s’en débarrasse au bout de 45 mn ! Le suspens est ensuite maintenu jusqu’à la fin grâce à une atmosphère angoissante, un deuxième meurtre et l’inquiétant Norman Bates. La performance subtile de Anthony Perkins est exceptionnelle. D’ailleurs il aura beaucoup de difficultés à poursuivre sa carrière d’acteur tant son incarnation de Norman Bates est saisissante.

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Vous l’aurez compris sans mal, j’adore ce film et je ne me lasse pas de le revoir. La scène de la douche, tant imitée par la suite, reste un moment cinématographique parfait. « Psychose » fut le plus grand succès d’Alfred Hitchcock et reste sans doute le plus connu de ses films. Et c’est bien normal étant donné la perfection esthétique de chaque plan.

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Anna Karénine de Clarence Brown

Ayant déjà lu le sublime roman de Tolstoï, j’ai décidé de regarder une adaptation afin de participer au challenge de ma copine Cryssilda.

Ce film de 1935 a été réalisé par Clarence Brown. Greta Garbo incarne pour la deuxième fois à l’écran Anna Karénine, la première fois date de 1927 et il s’agissait d’une version muette.

Le film s’ouvre sur une scène de banquet. Des officiers russes encadrent une table interminable (joli travelling arrière sur celle-ci) et avalent vodka sur vodka. Et ils finissent tous sous la table sauf Vronski. Le spectateur, est ainsi plongé directement dans une ambiance russe ! Clarence Brown a choisi de centrer son film sur la relation impossible entre Anna et Vronski. L’histoire est épurée. Celles des couples Daria/Oblonski et Kitty/Levine ne sont qu’esquissées dans une ou deux scènes. Le contexte historique cher à Tolstoï est ici gommé pour ne pas alourdir la romance.

L’intrigue principale est parfaitement respectée et les moments les plus marquants sont bien présents dans le film comme celui de la course à cheval qui révèle au mari d’Anna qu’elle est amoureuse de Vronski. Le cœur du roman de Tolstoï est le choix impossible d’Anna Karénine : rester avec son fils adoré et un mari qu’elle n’aime plus ou partir avec son amant en abandonnant son fils. Les déchirements et les doutes d’Anna sont très sensibles tout au long du film. Ils sont d’ailleurs symbolisés dans une scène inventée pour le film. Juste avant la course, Anna voit Vronski dans un jardin. Son fils Serguei l’appelle et elle ne sait plus vers lequel aller.

Greta Garbo habite le rôle, ce n’est pas un hasard si elle a voulu l’incarner à deux reprises. La passion, la détresse se peignent tour à tour sur le visage de la grande Garbo.   Son jeu est tout en sensibilité, tout en nuance. Elle est bien encadrée avec Fredric March dans le rôle de Vronski et Basil Rathbone dans celui de son mari.

Le film de Clarence Brown respecte l’esprit du roman, le drame de Tolstoï n’est pas dénaturé. Greta Garbo rend hommage à un personnage qu’elle adore en le magnifiant. Une belle adaptation qui vaut vraiment la peine d’être vue.

Raining Stones de Ken Loach

Comment organiser un mois anglais sans parler d’un de ses plus grands réalisateurs : Ken Loach. J’ai choisi de vous parler de « Raining stones » qui me semble assez emblématique des thématiques loachiennes.

Le film se déroule dans la banlieue de Manchester. Bob (Bruce Jones) vit dans une HLM sordide avec sa femme Ann (Julie Brown) et leur petite fille Coleen (Gemma Phoenix). Bob est sans emploi mais pas sans idée. Avec son ami Tommy (Ricky Tomlinso déjà présent dans « Riff Raff »), ils sont les rois de la débrouille. Le film s’ouvre d’ailleurs sur les deux hommes pourchassant à travers la campagne un mouton qu’ils comptent vendre au boucher.  La chasse s’avère assez épique !

Coleen va bientôt faire sa communion et Bob tient à ce qu’elle porte une robe neuve malgré le coût exorbitant. Il ne veut pas entendre parler de robe de location ou en solde, il s’accroche à l’idée du vêtement neuf comme il s’agissait du dernier témoignage de sa dignité. Et Bob va enchaîner les petits boulots : égoutier, videur de boîte de nuit, il tente tout pour réunir la somme demandée pour la robe de communion. Mais tous ses efforts ne suffiront pas et il devra faire un prêt qui va très mal tourner.

A travers l’histoire de Bob, Ken Loach fait le portrait du prolétariat délaissé du nord de l’Angleterre. Le film date de 1993 et les années Thatcher ont laissé exsangue cette partie du pays. Bob et Tommy sont au chômage et ils vivent de débrouillardise et de système D. Leur quotidien est synonyme de galère mais il est souvent fait de franche rigolade. La scène de la chasse au mouton ou celle du vol du gazon du club du parti conservateur en témoignent. Les personnages de Ken Loach sont toujours solidaires et l’amitié a une place essentielle dans leurs vies. Les réunions au pub rendent le quotidien un peu moins glauque. Les rires font oublier quelques instants les poches vides.

La force de Ken Loach c’est de ne jamais juger ses personnages. Son regard est placé à leur hauteur, il est amical et respectueux. Bob et Tommy se battent pour garder le peu de dignité qu’il leur reste. Il y a une scène déchirante où Tommy accepte de l’argent de sa fille. Cette dernière quitte la pièce et Tommy se met à sangloter. La scène est très courte, Ken Loach ne s’appesantit pas sur la détresse de cet homme. Il n’est pas nécessaire d’en faire trop. Le réalisateur sait nous mettre en totale empathie avec ses personnages avec sobriété.

« Raining stones » est donc une œuvre typique de Ken Loach qui oscille entre humour et tragédie. L’humanisme du réalisateur transparaît à chaque image et il nous est transmis par des acteurs absolument fabuleux. Encore une fois un grand moment de cinéma dans la banlieue de Manchester.

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Le billet récapitulatif pour déposer vos liens est ici.

Jane Eyre de Cary Fukunaga

En début d’année est sortie en Angleterre une nouvelle adaptation du roman de Charlotte Brontë : « Jane Eyre ». J’ai eu la chance de la voir et j’ai énormément apprécié ce film.

Le film s’ouvre sur Jane Eyre (Mia Wasikowska) courant à perdre haleine dans la lande. L’atmosphère sombre est tout de suite mise en place grâce aux paysages arides et désolés, à la pluie qui se déchaîne et au visage désespéré de l’héroïne. Elle finit par trouver une habitation isolée où elle est recueillie par la famille Rivers. Le fil de la vie de Jane Eyre va ensuite se dérouler par flashbacks. Ce choix narratif est vraiment pertinent et il fonctionne parfaitement bien. L’enfance et le pensionnat sont ainsi évoqués à travers des scénettes qui permettent de comprendre le personnage.

Bien entendu le film se concentre assez vite sur la vie de Jane Eyre à Thornfield où elle est engagée comme gouvernante. Cette gigantesque demeure contribue elle aussi à l’ambiance lugubre puisque très peu d’habitants y vivent : 2 ou 3 femmes de ménage, 1 intendante (Judi Dench), Jane Eyre et sa pupille. Le maître des lieux Edward Fairfax Rochester (Michael Fassbinder) est absent la plupart du temps. La demeure est totalement isolée dans la lande.

Commence entre Jane Eyre et Rochester un jeu du chat et de la souris à coup de dialogues plein de subtilités et de sous-entendus. La jeunesse et l’honnêteté de Jane conquièrent rapidement l’ombrageux Rochester. Mais tant de mystère semble planer sur cet homme : son caractère est très changeant et il semble terriblement préoccupé. Des faits étranges se produisent à Thornfield : le feu prend la nuit dans la chambre de Rochester, un jeune homme en visite se fait agresser pendant la nuit et Jane entend des bruits de pas à travers les murs.

Comme vous le voyez, le film est bien fidèle au livre de Charlotte Brontë. J’ai tout apprécié dans cette adaptation. Les acteurs sont tous extraordinaires. Mia Wasikowska a l’âge de l’héroïne ce qui est rarement le cas dans les autres adaptations de « Jane Eyre ». Son jeu est tout en retenue, en passion contenue. Elle sait être discrète dans son rôle de gouvernante tout en répondant toujours de manière pertinente à Rochester. Ce dernier est superbement incarné par Michael Fassbinder. Son jeu est sobre mais laisse transparaître une fougue, une passion pour Jane Eyre. Son mal de vivre, sa culpabilité sont prégnants. Le couple fonctionne parfaitement. Certaines pourraient regretter un manque de romantisme échevelé mais la retenue des deux acteurs me convient  très bien.

La photographie est également superbe : les paysages sont incroyablement beaux malgré leur isolement, les costumes parfaits. La musique accompagne délicatement tout le film.

Le film de Cary Fukunaga m’a totalement séduite, il réalise une adaptation tout en finesse et en délicatesse. J’espère que le film sortira en France pour que vous puissiez à votre tour en profiter.

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Le billet récapitulatif pour déposer vos liens est ici.

Oscar Wilde de Brian Gilbert

Comme son nom l’indique, le film de Brian Gilbert est un biopic inspiré par la vie d’Oscar Wilde. L’histoire débute lors de la tournée de lecture d’Oscar Wilde (Stephen Fry) aux Etats-Unis. L’auteur est en visite dans une mine d’argent du Colorado. Le contraste entre le dandy irlandais et les mineurs américains ne peut être plus fort. Mais l’esprit et le talent de conteur de Wilde réussissent à séduire les ouvriers. La scène suivante nous amène à Londres où Oscar ne tarde pas à épouser la délicieuse Constance Lloyd (Jennifer Ehle). Le poids des conventions sociales, qu’Oscar critiquera par la suite, le pousse à se marier. Une bonne réputation, une réussite sociale et littéraire commencent par un bon mariage. Celui-ci semble très heureux, le couple aura deux fils, jusqu’à l’arrivée d’un jeune canadien, Robbie Ross (Michael Sheen). C’est ce dernier qui initie Oscar Wilde à l’homosexualité. Et c’est lors de la première triomphale de « L’éventail de Lady Windermere » qu’Oscar Wilde fait la connaissance de Lord Alfred Douglas dit Bosie (Jude Law). Cette liaison passionnée et tourmentée causera la perte du grand auteur qui sera condamné à deux ans de travaux forcés pour sodomie.

Le film montre bien la relation orageuse entre Oscar Wilde et Bosie. Wilde se laisse totalement entraîné dans les excès du séduisant jeune homme jusqu’à oublier les convenances et surtout les apparences si importantes à l’époque victorienne. Le danger grandit au fur et à mesure que le talent d’Oscar Wilde est reconnu. En pleine lumière, l’auteur est très exposé et devient une cible idéale pour les bien-pensants. Oscar Wilde critiquait trop la haute société pour qu’elle ne finisse pas par se retourner contre lui. Le film porte essentiellement sur la vie privée de l’auteur irlandais et sur sa relation avec Bosie. Néanmoins, on assiste également au succès retentissant des pièces de théâtre de Wilde. Son esprit ironique et acide n’est pas oublié non plus et apparaît dans de nombreuses réparties.

La réussite du film tient beaucoup aux acteurs qui habitent magnifiquement leurs rôles. Stephen Fry interprète Oscar Wilde avec un immense talent. Il est impossible d’imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle, il est tout simplement parfait.

« Oscar Wilde » est un film plutôt réussi, la fin abuse un peu des violons tire-larmes mais c’est un détail. La prestation de Stephen Fry vaut amplement la peine de visionner cette oeuvre. De plus, la vie et l’esprit de l’auteur me semble être bien rendus.  Aucune raison de se priver donc.

Vu dans le cadre du challenge Oscar Wilde de Lou et du challenge « Back to the past » de Lou et Maggie.

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