Les 39 marches d’Alfred Hitchcock

Comme je le signalais dans mon billet sur le livre, l’intrigue des « 39 marches » était faite pour Alfred Hitchcock : un jeune homme accusé à tort et un McGuffin portant sur la sécurité de l’Angleterre. Comme dans le livre, ce qui importe ici c’est la fuite, la cavalcade en Écosse de Richard Hannay (Robert Donat). L’esprit de John Buchan est bien présent même si Hitchcock modifie quelque peu l’histoire et rajoute des scènes. Le réalisateur explique dans le livre d’entretiens avec François Truffaut ce qui lui plaisait chez John Buchan : « Understatement c’est la présentation sur un ton léger d’évènements très dramatiques. » C’est un ton très britannique, Richard Hannay manque de se faire tuer à chaque instant mais il prend tout avec légèreté et détachement. Dans le livre de Buchan, sa fuite en Écosse était vraiment l’occasion de tuer l’ennui, de se divertir. Le danger le réjouit.

Différents aspects des « 39 marches » en font un classique du cinéma d’Hitchcock. Le dispositif du film est l’un des préférés du réalisateur : un homme innocent est poursuivi pour un crime qu’il n’a pas commis et seul le spectateur le sait, personne ne croit à son histoire. Hitchcock nous met dans une position très stressante, nous nous inquiétons pour Richard Hannay tout le long du film. Dans les « 39 marches », le ton reste néanmoins léger comme je le disais plus haut : Richard Hannay se déguise, échappe de manière rocambolesque à ses ennemis. Le rythme du film est le même que dans le livre, les aventures s’enchaînent très rapidement et sans transition. Le thème de l’homme innocent accusé à tort sera beaucoup plus dramatique dans « La loi du silence » ou « Le faux coupable ».

Alfred Hitchcock créé une ambiance paranoïaque. Richard Hannay ne connaît pas ses ennemis et finit par suspecter tout le monde. Lorsqu’il fuit Londres, Richard semble observer par les hommes de son compartiment (la caméra nous met à sa place, nous regardons au-dessus de son journal ce qui nous rend également paranos !). Dans la gare, les policiers semblent également à sa recherche. La meilleure scène est celle de la ferme. Richard y trouve refuge et il est reçu par un couple : une jeune femme et son mari, bourru et veule. La femme reconnaît Hannay à cause de l’avis de recherche dans le journal. Elle lui lance un regard sévère, lui la supplie des yeux. Le mari surprend leurs échanges et s’imagine qu’ils sont amants. Il espionne, surveille et renforce l’atmosphère paranoïaque où chacun soupçonne son voisin.

La grosse différence avec le roman c’est le personnage féminin (Madeleine Carroll) que croise Richard à plusieurs reprises. Là encore le couple est assez hitchcockien (voire hollywoodien) puisque les deux personnages sont comme chien et chat puis s’apprécient petit à petit. Le réalisateur réutilise souvent ce type de couple comme dans « La main au collet », « Les oiseaux » ou « Les enchaînés ». Les rapprochements improbables séduisent toujours beaucoup les spectateurs et apportent un petit plus glamour au suspens pur.

Le final des « 39 marches » est lui aussi très représentatif des films de Hitchcock. Le film s’ouvre et se ferme au music-hall avec Mister Memory qui a une mémoire phénoménal comme vous l’aurez deviné sans peine. Le fin mot de l’histoire est révélé sur scène comme dans « L’homme qui en savait trop » (1934) et « Jeune et innocent » (1937). Un beau final bien théâtral !

« Les 39 marches » est pour moi un film emblématique du cinéma de Alfred Hitchcock. Il allie le suspens, l’humour, le sens du cadrage et une pointe de glamour. C’est un film enjoué et rocambolesque qui vous fera assurément passer une excellente soirée. Et après avoir lu le livre et vu le film, courez au théâtre voir la formidable adaptation de Éric Métayer,  elle vaut véritablement le détour et vous fera hurler de rire.

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Psychose de Alfred Hitchcock

Pour ouvrir ce challenge, je me devais de commencer par le chef-d’œuvre absolu d’Alfred Hitchcock : Psychose. J’aurais pu sans mal écrire ce billet sans l’avoir revu, mais dans un souci de précision scientifique, je me suis sacrifiée et l’ai revisionnée pour la 50ème fois ! (j’exagère à peine…)

L’histoire commence à Phoenix en Arizona. Un couple discute dans une chambre d’hôtel. Marion Crane (Janet Leigh) et Sam Loomis (John Gavin) se voient en cachette, ce dernier refuse d’officialiser sa liaison avant d’avoir réglé toutes ses dettes. Marion en a assez d’attendre, elle se rhabille et retourne à son travail dans une agence immobilière. La bonne humeur y règne car le patron vient de faire une vente importante. Le client règle en liquide : 40 000$ que Marion doit porter à la banque. C’est en chemin qu’elle décide de garder l’argent. Elle s’enfuit et s’arrête la nuit dans un motel déserté : le Bates Motel. Elle n’en reviendra jamais.

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« Psychose » est pour moi la quintessence du cinéma d’Alfred Hitchcock. Ce film allie à la perfection le divertissement et la précision technique. Le générique et le début du film sont exemplaires et dessinent les thématiques de « Psychose ». Le générique de Saul Bass n’est fait que de lignes horizontales et verticales qui se croisent sur fond d’une musique stridente et inquiétante (formidable travail de Bernard Hermann car la musique est essentielle dans ce film où il y a peu de dialogue). Les lignes laissent la place à des immeubles. Le lieu, la date, l’heure s’affichent et l’on s’approche progressivement de l’immeuble où se trouvent Marion et Sam. On pénètre dans la chambre par la fenêtre, Hitchcock nous place dans la position de voyeurs. On retrouve ce thème plus tard dans le motel où Norman Bates (Anthony Perkins) observe Marion à travers un trou dans le mur.

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Durant tout le film, Hitchcock insiste sur les formes géométriques. Les lignes horizontales et verticales se retrouvent dans le motel Bates et la maison de famille juste derrière. De même la scène de la douche tourne autour du cercle : le pommeau de la douche, le siphon et enfin l’œil de Marion crane.

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L’intrigue est extrêmement bien menée avec le Mac Guffin (un leurre) de l’argent. Durant les 45 premières minutes, le suspens porte uniquement sur une question : Marion va-t-elle se faire prendre ? La scène de la douche est donc une surprise totale et un rebondissement absolument imprévu. Il l’était d’autant plus que la star du film était Janet Leigh (nous l’avons un peu oublié aujourd’hui mais elle était très célèbre) et que Hitchcock s’en débarrasse au bout de 45 mn ! Le suspens est ensuite maintenu jusqu’à la fin grâce à une atmosphère angoissante, un deuxième meurtre et l’inquiétant Norman Bates. La performance subtile de Anthony Perkins est exceptionnelle. D’ailleurs il aura beaucoup de difficultés à poursuivre sa carrière d’acteur tant son incarnation de Norman Bates est saisissante.

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Vous l’aurez compris sans mal, j’adore ce film et je ne me lasse pas de le revoir. La scène de la douche, tant imitée par la suite, reste un moment cinématographique parfait. « Psychose » fut le plus grand succès d’Alfred Hitchcock et reste sans doute le plus connu de ses films. Et c’est bien normal étant donné la perfection esthétique de chaque plan.

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Anna Karénine de Clarence Brown

Ayant déjà lu le sublime roman de Tolstoï, j’ai décidé de regarder une adaptation afin de participer au challenge de ma copine Cryssilda.

Ce film de 1935 a été réalisé par Clarence Brown. Greta Garbo incarne pour la deuxième fois à l’écran Anna Karénine, la première fois date de 1927 et il s’agissait d’une version muette.

Le film s’ouvre sur une scène de banquet. Des officiers russes encadrent une table interminable (joli travelling arrière sur celle-ci) et avalent vodka sur vodka. Et ils finissent tous sous la table sauf Vronski. Le spectateur, est ainsi plongé directement dans une ambiance russe ! Clarence Brown a choisi de centrer son film sur la relation impossible entre Anna et Vronski. L’histoire est épurée. Celles des couples Daria/Oblonski et Kitty/Levine ne sont qu’esquissées dans une ou deux scènes. Le contexte historique cher à Tolstoï est ici gommé pour ne pas alourdir la romance.

L’intrigue principale est parfaitement respectée et les moments les plus marquants sont bien présents dans le film comme celui de la course à cheval qui révèle au mari d’Anna qu’elle est amoureuse de Vronski. Le cœur du roman de Tolstoï est le choix impossible d’Anna Karénine : rester avec son fils adoré et un mari qu’elle n’aime plus ou partir avec son amant en abandonnant son fils. Les déchirements et les doutes d’Anna sont très sensibles tout au long du film. Ils sont d’ailleurs symbolisés dans une scène inventée pour le film. Juste avant la course, Anna voit Vronski dans un jardin. Son fils Serguei l’appelle et elle ne sait plus vers lequel aller.

Greta Garbo habite le rôle, ce n’est pas un hasard si elle a voulu l’incarner à deux reprises. La passion, la détresse se peignent tour à tour sur le visage de la grande Garbo.   Son jeu est tout en sensibilité, tout en nuance. Elle est bien encadrée avec Fredric March dans le rôle de Vronski et Basil Rathbone dans celui de son mari.

Le film de Clarence Brown respecte l’esprit du roman, le drame de Tolstoï n’est pas dénaturé. Greta Garbo rend hommage à un personnage qu’elle adore en le magnifiant. Une belle adaptation qui vaut vraiment la peine d’être vue.

Raining Stones de Ken Loach

Comment organiser un mois anglais sans parler d’un de ses plus grands réalisateurs : Ken Loach. J’ai choisi de vous parler de « Raining stones » qui me semble assez emblématique des thématiques loachiennes.

Le film se déroule dans la banlieue de Manchester. Bob (Bruce Jones) vit dans une HLM sordide avec sa femme Ann (Julie Brown) et leur petite fille Coleen (Gemma Phoenix). Bob est sans emploi mais pas sans idée. Avec son ami Tommy (Ricky Tomlinso déjà présent dans « Riff Raff »), ils sont les rois de la débrouille. Le film s’ouvre d’ailleurs sur les deux hommes pourchassant à travers la campagne un mouton qu’ils comptent vendre au boucher.  La chasse s’avère assez épique !

Coleen va bientôt faire sa communion et Bob tient à ce qu’elle porte une robe neuve malgré le coût exorbitant. Il ne veut pas entendre parler de robe de location ou en solde, il s’accroche à l’idée du vêtement neuf comme il s’agissait du dernier témoignage de sa dignité. Et Bob va enchaîner les petits boulots : égoutier, videur de boîte de nuit, il tente tout pour réunir la somme demandée pour la robe de communion. Mais tous ses efforts ne suffiront pas et il devra faire un prêt qui va très mal tourner.

A travers l’histoire de Bob, Ken Loach fait le portrait du prolétariat délaissé du nord de l’Angleterre. Le film date de 1993 et les années Thatcher ont laissé exsangue cette partie du pays. Bob et Tommy sont au chômage et ils vivent de débrouillardise et de système D. Leur quotidien est synonyme de galère mais il est souvent fait de franche rigolade. La scène de la chasse au mouton ou celle du vol du gazon du club du parti conservateur en témoignent. Les personnages de Ken Loach sont toujours solidaires et l’amitié a une place essentielle dans leurs vies. Les réunions au pub rendent le quotidien un peu moins glauque. Les rires font oublier quelques instants les poches vides.

La force de Ken Loach c’est de ne jamais juger ses personnages. Son regard est placé à leur hauteur, il est amical et respectueux. Bob et Tommy se battent pour garder le peu de dignité qu’il leur reste. Il y a une scène déchirante où Tommy accepte de l’argent de sa fille. Cette dernière quitte la pièce et Tommy se met à sangloter. La scène est très courte, Ken Loach ne s’appesantit pas sur la détresse de cet homme. Il n’est pas nécessaire d’en faire trop. Le réalisateur sait nous mettre en totale empathie avec ses personnages avec sobriété.

« Raining stones » est donc une œuvre typique de Ken Loach qui oscille entre humour et tragédie. L’humanisme du réalisateur transparaît à chaque image et il nous est transmis par des acteurs absolument fabuleux. Encore une fois un grand moment de cinéma dans la banlieue de Manchester.

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Jane Eyre de Cary Fukunaga

En début d’année est sortie en Angleterre une nouvelle adaptation du roman de Charlotte Brontë : « Jane Eyre ». J’ai eu la chance de la voir et j’ai énormément apprécié ce film.

Le film s’ouvre sur Jane Eyre (Mia Wasikowska) courant à perdre haleine dans la lande. L’atmosphère sombre est tout de suite mise en place grâce aux paysages arides et désolés, à la pluie qui se déchaîne et au visage désespéré de l’héroïne. Elle finit par trouver une habitation isolée où elle est recueillie par la famille Rivers. Le fil de la vie de Jane Eyre va ensuite se dérouler par flashbacks. Ce choix narratif est vraiment pertinent et il fonctionne parfaitement bien. L’enfance et le pensionnat sont ainsi évoqués à travers des scénettes qui permettent de comprendre le personnage.

Bien entendu le film se concentre assez vite sur la vie de Jane Eyre à Thornfield où elle est engagée comme gouvernante. Cette gigantesque demeure contribue elle aussi à l’ambiance lugubre puisque très peu d’habitants y vivent : 2 ou 3 femmes de ménage, 1 intendante (Judi Dench), Jane Eyre et sa pupille. Le maître des lieux Edward Fairfax Rochester (Michael Fassbinder) est absent la plupart du temps. La demeure est totalement isolée dans la lande.

Commence entre Jane Eyre et Rochester un jeu du chat et de la souris à coup de dialogues plein de subtilités et de sous-entendus. La jeunesse et l’honnêteté de Jane conquièrent rapidement l’ombrageux Rochester. Mais tant de mystère semble planer sur cet homme : son caractère est très changeant et il semble terriblement préoccupé. Des faits étranges se produisent à Thornfield : le feu prend la nuit dans la chambre de Rochester, un jeune homme en visite se fait agresser pendant la nuit et Jane entend des bruits de pas à travers les murs.

Comme vous le voyez, le film est bien fidèle au livre de Charlotte Brontë. J’ai tout apprécié dans cette adaptation. Les acteurs sont tous extraordinaires. Mia Wasikowska a l’âge de l’héroïne ce qui est rarement le cas dans les autres adaptations de « Jane Eyre ». Son jeu est tout en retenue, en passion contenue. Elle sait être discrète dans son rôle de gouvernante tout en répondant toujours de manière pertinente à Rochester. Ce dernier est superbement incarné par Michael Fassbinder. Son jeu est sobre mais laisse transparaître une fougue, une passion pour Jane Eyre. Son mal de vivre, sa culpabilité sont prégnants. Le couple fonctionne parfaitement. Certaines pourraient regretter un manque de romantisme échevelé mais la retenue des deux acteurs me convient  très bien.

La photographie est également superbe : les paysages sont incroyablement beaux malgré leur isolement, les costumes parfaits. La musique accompagne délicatement tout le film.

Le film de Cary Fukunaga m’a totalement séduite, il réalise une adaptation tout en finesse et en délicatesse. J’espère que le film sortira en France pour que vous puissiez à votre tour en profiter.

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Oscar Wilde de Brian Gilbert

Comme son nom l’indique, le film de Brian Gilbert est un biopic inspiré par la vie d’Oscar Wilde. L’histoire débute lors de la tournée de lecture d’Oscar Wilde (Stephen Fry) aux Etats-Unis. L’auteur est en visite dans une mine d’argent du Colorado. Le contraste entre le dandy irlandais et les mineurs américains ne peut être plus fort. Mais l’esprit et le talent de conteur de Wilde réussissent à séduire les ouvriers. La scène suivante nous amène à Londres où Oscar ne tarde pas à épouser la délicieuse Constance Lloyd (Jennifer Ehle). Le poids des conventions sociales, qu’Oscar critiquera par la suite, le pousse à se marier. Une bonne réputation, une réussite sociale et littéraire commencent par un bon mariage. Celui-ci semble très heureux, le couple aura deux fils, jusqu’à l’arrivée d’un jeune canadien, Robbie Ross (Michael Sheen). C’est ce dernier qui initie Oscar Wilde à l’homosexualité. Et c’est lors de la première triomphale de « L’éventail de Lady Windermere » qu’Oscar Wilde fait la connaissance de Lord Alfred Douglas dit Bosie (Jude Law). Cette liaison passionnée et tourmentée causera la perte du grand auteur qui sera condamné à deux ans de travaux forcés pour sodomie.

Le film montre bien la relation orageuse entre Oscar Wilde et Bosie. Wilde se laisse totalement entraîné dans les excès du séduisant jeune homme jusqu’à oublier les convenances et surtout les apparences si importantes à l’époque victorienne. Le danger grandit au fur et à mesure que le talent d’Oscar Wilde est reconnu. En pleine lumière, l’auteur est très exposé et devient une cible idéale pour les bien-pensants. Oscar Wilde critiquait trop la haute société pour qu’elle ne finisse pas par se retourner contre lui. Le film porte essentiellement sur la vie privée de l’auteur irlandais et sur sa relation avec Bosie. Néanmoins, on assiste également au succès retentissant des pièces de théâtre de Wilde. Son esprit ironique et acide n’est pas oublié non plus et apparaît dans de nombreuses réparties.

La réussite du film tient beaucoup aux acteurs qui habitent magnifiquement leurs rôles. Stephen Fry interprète Oscar Wilde avec un immense talent. Il est impossible d’imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle, il est tout simplement parfait.

« Oscar Wilde » est un film plutôt réussi, la fin abuse un peu des violons tire-larmes mais c’est un détail. La prestation de Stephen Fry vaut amplement la peine de visionner cette oeuvre. De plus, la vie et l’esprit de l’auteur me semble être bien rendus.  Aucune raison de se priver donc.

Vu dans le cadre du challenge Oscar Wilde de Lou et du challenge « Back to the past » de Lou et Maggie.

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Downton Abbey de Julian Fellowes

« Downton Abbey » est une série britannique qui m’a été fortement recommandée par Lilly et Isil et elles ont bien fait car je me suis régalée à visionner les sept épisodes de la saison 1.

La série débute en avril 1912, un télégramme arrive à Downton Abbey. Celui-ci annonce la mort du cousin et du petit-cousin du propriétaire des lieux, Lord Grantham (le toujours formidable Hugh Bonneville), ils se trouvaient tous les deux à bord du Titanic. Le problème c’est que Lord Grantham a eu trois filles qui, selon la loi anglaise, ne peuvent hériter. Le petit-cousin, Patrick, devait hériter du domaine, de la fortune et du titre. Mary, la fille aînée de Lord Grantham, devait donc épouser Patrick afin que l’héritage reste dans la famille. Celui-ci revient alors à un lointain cousin, Matthew Crawley (Dan Stevens) qui est avocat et très éloigné de la vie aristocratique.

Son arrivée à Downton Abbey va bouleverser les habitudes de la maison.

Cette série a été créée par Julian Fellowes qui avait écrit précédemment « Gosford Park ». Elle explore parfaitement les différentes couches de la société anglaise de ce début de siècle. Comme dans le film de Robert Altman, on partage aussi bien la vie des maîtres que des serviteurs. Le monde de ces derniers fourmille en permanence, la cuisine fait penser à une ruche en perpétuelle activité !

Les valets, femmes de chambre s’activent pour rendre la vie de la famille Crawley parfaite. La scène d’ouverture en est un parfait exemple : tous les serviteurs préparent la maison avant le lever de la famille, chaque centimètre carré est épousseté, les cheminées allumées, les petits déjeuners préparés et chauds. Daisy (Sophie McShera), l’aide cuisinière, allume les feux rapidement et doit ensuite redescendre : « Now get back down to the kitchen before anyone sees you. » L’intérieur des Crawley doit être parfait, calme et ordonné. Un vrai théâtre dont on ne doit pas voir les coulisses !

Le monde des serviteurs est régi par deux fortes personnalités : Mr Carson (Jim Carter) le majordome et Mrs Hughes (Phyllis Logan) la gouvernante.

Ils m’ont beaucoup fait penser à Anthony Hopkins et Emma Thompson dans « Les vestiges du jour ». Ils sont extrêmement rigoureux, très respectés et ils doivent gérer tous les conflits. Car le monde des cuisines est plein d’intrigues avec les machiavéliques Thomas (Rob James-Collier) et Sarah O’Brien (Siobhan Finneran) qui veulent la peau de Mr Bates (Brendan Coyle), le nouveau valet de Lord Grantham.

Mais il ne faut pas croire que les étages supérieurs sont plus reposants. Les rivalités sont également très présentes dans la haute société : entre Mary et sa soeur Edith (Laura Carmichael) c’est la course au mariage ; entre la mère de Lord Grantham (Maggie Smith) et celle de Matthew (Penelope Wilton) qui veulent marquer  de leur empreinte le village.

Le pauvre Matthew arrive à Downton dans un territoire totalement inconnu. Il ne connaît pas les codes, refuse de se faire servir par un valet et souhaite continuer à travailler. Ce qui n’est pas bien vu puisqu’un vrai gentleman ne travaille pas. Malgré tout, les différents niveaux sociaux vivent bien ensemble. Il y a même une grande intimité entre eux. Les serviteurs connaissent dans le détail la vie de leurs maîtres et l’inverse est également valable. Chacun cherche à influencer la vie des autres. Downton Abbey est une véritable communauté, un monde en vase clos.

Ce qui est également intéressant dans la série c’est la période historique choisie. Elle commence en 1912 et se termine en 1914 à l’annonce de l’entrée en guerre contre l’Allemagne. C’est un moment charnière, le monde est en train de changer. On le voit déjà d’un point de vue technologique avec l’arrivée de la voiture, du téléphone et de l’électricité. Le changement sociétal est incarné par la troisième soeur, Sybil (Jessica Brown-Findlay). Elle se bat pour le droit de vote des femmes et assiste, contre l’avis de tous, à des réunions politiques. Sybil aide également une servante à changer de travail et à devenir secrétaire. Et elle porte des pantalons, how shocking !


Le monde cosy et protégé de Downton sera probablement ébranlé par ces changements, c’est ce que nous verrons dans la saison 2 !

« Downton Abbey » est une série d’une grande qualité. La reconstitution historique est remarquable à tous les niveaux : décors, costumes, relations entre les différentes couches de la société. Et bien entendu, les acteurs sont tous à la hauteur. Le casting est absolument parfait et chacun joue son rôle à merveille. Je vous conseille donc vivement de regarder cette série qui est une grande réussite.


 

L'éventail de Lady Windermere de Ernst Lubitsch

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« L’éventail de Lady Windermere » d’Oscar Wilde fut adapté en 1925 par Ernst Lubitsch. Il s’agit d’un film muet. Lubitsch reprend la pièce dans son ensemble, on retrouve les différents actes. Mais certaines scènes sont raccourcies comme la dernière où Mrs Erlynne vient faire ses adieux à Lady Windermere.

Le fait que le film soit muet oblige Lubitsch à rajouter des scènes afin d’expliciter les situations des personnages. Ces scènes sont ultérieures au premier acte de la pièce. Le film s’ouvre, comme pour la pièce, sur le salon de Lady Windermere. Elle reçoit la visite de Lord Darlington qui lui déclare sa flamme. Lady Windermere ne semble d’ailleurs pas indifférente, ce qui expliquera sa fuite plus tard.

La deuxième scène se situe chez Mrs Erlynne où se rend Lord Windermere. C’est un passage très intéressant car il montre déjà la complexité de Mrs Erlynne. Avant l’arrivée de Lord Windermere, elle regarde douloureusement la photo de Lady Windermere. Une fois le mari arrivé, elle n’hésite pourtant pas à le faire chanter et à le menacer de révéler son identité à Lady Windermere. On comprend également que la réputation de Mrs Erlynne est douteuse puisque Lord Windermere prend bien soin de fermer la porte du salon après la révélation de son identité.

La scène suivante est très amusante et confirme la mauvaise réputation de Mrs Erlynne. Tous les personnages se retrouvent aux courses. Mrs Erlynne est dans la ligne de mire de tous, elle est étroitement surveillée à la jumelle.

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Les trois ladies qui accompagnent les Windermere l’observent plus qu’attentivement et cancanent. Le cartel indique alors : « Gossip, gossip, gossip. » ! L’un d’elles en attrape mal aux yeux. Lorsque Mrs Erlynne s’assoit, la femme assise juste derrière chausse ses lunettes pour la voir encore mieux ! Cette scène fort cocasse permet à Lubitsch de retrouver un peu de l’ironie de Wilde. Dans cet épisode, Lord Darlington comprend qu’il existe une relation entre Lord Windermere et Mrs Erlynne. C’est grâce à cela qu’il pourra insinuer le doute dans l’esprit de Lady Windermere.

La dernière scène rajoutée porte sur l’histoire naissante entre Mrs Erlynne et Lord Augustus. Ils se sont rencontrés aux courses et Lord Augustus est totalement sous le charme. Ses visites chez Mrs Erlynne montrent la volonté de cette dernière de regagner un rang dans la société.

Je tiens à souligner la qualité du jeu des deux actrices principales. May McAvoy interprète Lady Windermere avec beaucoup de grâce et de naïveté. Irene Rich joue Mrs Erlynne avec subtilité. De son jeu rejaillissent toute la complexité et l’ambiguïté du personnage.

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Un grand soin a également été apporté aux costumes. Ernst Lubitsch a choisi de placer « L’éventail de Lady Windermere » à l’époque où il le tourne. Les robes et bijoux des années folles sont splendides et élégants. Elles situent socialement nos personnages, nous sommes bien dans la haute société, dans la gentry.

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Ce film de Lubitsch est réellement très plaisant et respectueux de l’oeuvre de Wilde. On perd bien sûr les bons mots de l’auteur mais la qualité des acteurs m’a fait oublier ce désagrément.

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Daniel Deronda BBC

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Après avoir lu le dernier livre de George Eliot, j’ai eu envie de voir l’adaptation réalisée par la BBC en 2002. Je n’ai pas été déçue, comme souvent avec la BBC cette adaptation est de grande qualité.

Dans l’ensemble le scénario respecte la trame du roman de George Eliot, les destinées des personnages sont parfaitement fidèles. Le réalisateur a également voulu rendre la complexité de la construction de l’intrigue. C’est  très visible dans le premier épisode. Après la rencontre de Daniel et Gwendolen à Leubronn, on découvre conjointement leurs vies passées. Un plan surplombant la roulette dans la salle de jeu de Leubronn permet au spectateur de s’y retrouver chronologiquement.

La reconstitution de l’époque est splendide, les décors sont très réussis et les costumes éblouissants (notamment les robes de la haute société toutes en volants, corsets et couleurs chatoyantes).

 

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Le quartier juif me semble également très juste, il fourmille de monde et de bruit. Le réalisateur est très habile pour nous faire comprendre la hiérarchisation sociale dans cette Angleterre victorienne. Lorsque Daniel part à la recherche de la famille de Mirah, on le voit se pencher du haut d’un petit pont. En bas se découvre à nous un monde sombre, tout en gris et noir. Un quartier pauvre, sale qui est habité par des ouvriers. Mais Daniel ne s’arrête pas là et il descend encore plusieurs volées d’escalier pour atteindre le quartier juif. Il est donc allé très bas dans la société victorienne.

Dans les grandes lignes, le roman de George Eliot est respecté et les grandes scènes sont bien présentes. Néanmoins le scénariste a mis l’accent sur la relation  entre Daniel et Gwendolen. Il y a moins d’ambiguïté chez Daniel qui semble épris de l’épouse de Grancourt. Dans le roman, il explique qu’il aurait pu tomber amoureux de Gwendolen si… Leur rencontre ne se fait pas au bon moment. Cette insistance sur la possibilité du couple Daniel/Gwendolen n’est pas déplaisante puisque j’aurais aimé qu’il hésite un peu plus dans le roman entre les deux jeunes femmes. Du coup la partie juive est beaucoup moins importante. Mirah est moins présente et Mordecai l’est encore moins. Son éducation à Daniel n’apparaît pas, la relation étroite qui se noue entre eux a disparu.

Dans la série,  certaines scènes sont plus explicites que dans le roman. Lorsque Gwendolen rend visite à Mirah, elle lui demande clairement si Daniel est amoureux d’elle. De même, Daniel demande à Sir Hugo s’il est son père alors qu’il n’ose poser la question dans le roman. Je suppose que le scénariste souhaitait toucher un plus large public en faisant ces quelques modifications. L’histoire d’amour manquée de Daniel et Gwendolen est certes plus porteuse que l’enseignement de la religion juive pour une série tv !

Ce qui fait également la grande qualité de cette adaptation, ce sont les acteurs tous extrêmement brillants. Hugh Dancy interprète un Daniel Deronda tout en retenue, le doute affleure sans cesse sur les traits de son visage.

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Romola Garai est une Gwendolen sublime, flamboyante, fière au début de la série, elle perd peu à peu de sa superbe pour gagner en gravité.

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Hugh Bonneville rend parfaitement les deux côtés de Henleigh Mallinger Grancourt. Il est attentionné, mielleux avant le mariage, il devient ensuite un monstre de froideur et d’autorité.

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Malgré son rôle moindre, Jodhi May est une très bonne Mirah, pleine d’humilité, de discrétion et de douceur.

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Encore une fois, la BBC réussit une excellente adaptation d’un classique qui est à la hauteur de celle de « Orgueil et préjugé » ou celle de « Nord et Sud ». Je la conseille bien évidemment à tous ceux qui ont aimé le roman mais également à ceux qui sont resté sur leur faim quant à l’histoire de Daniel et Gwendolen.

 

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The Commitments de Roddy Doyle & Alan Parker

« The Commitments » est le premier tome de la trilogie de Barrytown. Roddy Doyle a inventé ce quartier de Dublin et nous fait partager le quotidien de ses habitants. Dans ce premier volet, il est essentiellement question de musique. Jimmy Rabbitte est un fin connaisseur, il achète tous les magazines spécialisés, revient toujours de ses virées en ville avec un disque sous le bras. Il est du coup en avance sur ses copains, il écoute de la soul alors que les autres en sont encore à Frankie Goes to Hollywood ! Lorsque ses amis lui parlent de fonder un groupe, Jimmy est tout de suite partant. Le hic c’est qu’il ne sait jouer d’aucun instrument… Mais ce qui prime c’est l’envie et l’enthousiasme. D’ailleurs Jimmy ne fait pas jouer les musiciens qu’il auditionne, il se contente de leur demander leurs influences musicales ! Car il a une idée bien précise sur ce que devra être son groupe : les Commitments seront les premiers à jouer de la soul dublinoise ! Et pourquoi de la soul ? Parce que la soul est la musique du peuple, parce que la soul est la musique des noirs et que « les Irlandais sont les noirs de l’Europe, les Dublinois sont les noirs de l’Irlande et les Dublinois du Nord sont les noirs de Dublin ».

Nous partageons ensuite le quotidien de cette bande de bras cassés qui savent tout juste tenir leurs instruments. Ils progressent pourtant au fil des séances et des conseils du seul vrai musicien de la troupe : Joey Les Lèvres qui a joué pour les Beatles et James Brown. Peu importe pour lui que les Commitments jouent mal puisque la soul est une musique démocratique, populaire, que tout le monde peut s’approprier. C’est une musique révolutionnaire que les Commitments rendent au peuple dublinois. L’influence irlandaise est bien affirmée puisque les chansons sont adaptées à ce contexte. C’est notamment le cas de « Night train » de James Brown qui fait un véritable tabac dans sa version dublinoise !

Les situations sont toutes extrêmement cocasses et les répétitions sont très souvent épiques. Je me suis régalée à suivre les aventures de ce groupe fantasque. Le livre est très rythmé et l’humour prédomine dans les situations comme dans les dialogues. C’est le cas lors de leur premier concert où sont réunis leurs amis et leurs familles. Malgré le fort quotient sympathie du public, Mickah, le videur officiel du groupe, passe son temps à forcer les gens à applaudir et à crier « Une autre » ! Un autre grand moment d’anthologie (et ce livre en est bourré) est une discussion à propos de Dean, le saxophoniste du groupe. Joey Les Lèvres est très inquiet suite à un solo et Jimmy lui en demande la raison :

« – Il m’a avoué qu’il écoutait du jazz

– Et alors?

– Le jazz est l’antithèse de la soul. »

Rien de pire pour Joey Les Lèvres que le jazz, cette musique froide, intellectuelle et élitiste. Il exècre Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Miles Davies !

« The Commitments » est une lecture extrêmement réjouissante. Les personnages sont très attachants et leur enthousiasme est réellement communicatif. Un livre qui donne une furieuse envie d’écouter James Brown, Otis Redding et Marvin Gaye en boucle !

Une fois lu le formidable premier tome de la trilogie de Roddy Doyle, précipitez-vous sur l’adaptation de Alan Parker. Le film est très fidèle au roman. L’ambiance de grand foutoir des répétitions et des fins de concert est parfaitement respectée. Les acteurs sont tous excellents et ils correspondent exactement à l’image que je m’étais faite des personnages. Je décerne une mention spéciale à deux acteurs : Robert Arkins qui interprète Jimmy Rabbitte avec un grand naturel et Andew Strong, l’insupportable Deco, qui a une voix absolument incroyable. Car bien sûr le gros avantage du film sur le livre c’est de pouvoir entendre les chansons. Le moment de bravoure du film est d’ailleurs l’interprétation par les Commitments de « Try a little tenderness ». Quelle interprétation extraordinaire ! Otis Redding aurait été enchanté par une telle prestation.

Alan Parker ne s’est néanmoins pas contenté de suivre le livre de Roddy Doyle. Tout d’abord, il a rajouté l’arrière-plan sociétal. On découvre les rues du Dublin ouvrier, pauvre avec ses marchés parallèles, ses agences pour l’emploi. Ensuite il a rajouté des scènes pour épaissir certains personnages. C’est le cas de Steven, le pianiste et étudiant en médecine. On le voit notamment se confesser d’avoir des pensées impies en regardant les choristes et de chanter sans cesse « When a man loves a woman » de Marvin Gaye. Le prêtre lui-même le corrige en lui disant que cette chanson est de Percy Sledge ! On retrouvera Steven à la fin auscultant la gorge d’un patient au rythme du « Fa fa fa  » de Otis Redding. Dans le livre, l’entourage de Jimmy est assez inexistant, dans le film il est doté d’un père fan d’Elvis Presley et chantant à la moindre occasion. Colm Meaney interprète le père de Jimmy, on le reverra dans les deux autres volets de la trilogie : « The snapper » et « The van » de Stephen Frears. Tous ces rajouts s’accordent parfaitement à l’ambiance et à l’histoire.

Mon seul bémol concerne la fin du film. Alan Parker a choisi un très classique « que sont-ils devenus? » pour clore son histoire. Cette séquence est tout à fait sympathique mais j’ai préféré la fin du roman qui est vraiment très drôle.

C’est donc une adaptation très réussie, j’ai passé de nouveau un excellent moment avec The Commitments, le seul et unique groupe de soul dublinoise !