Orgueil et préjugés de Robert Z. Leonard

Cette adaptation de 1940 est assez fantaisiste et elle prend du recul par rapport au roman de Jane Austen. On s’en aperçoit dès la scène d’ouverture qui est inexistante dans le roman. Mrs Bennet se trouve dans un magasin de tissu avec ses filles lorsqu’un attelage déboule dans le village. Il s’agit bien entendu de Mr Bingley qui arrive accompagné de sa soeur et de Mr Darcy. Cette scène permet de faire connaissance avec l’ensemble des personnages centraux et d’établir le sujet principal : le mariage. Elle se termine d’ailleurs par un passage plutôt drôle : une course-poursuite d’attelages entre les Bennet et les Lucas, l’équipe arrivée en premier pourra inviter les nouveaux arrivants et ainsi espérer un mariage pour l’une de ses filles. J’ai aussi pu noter dans cette version des raccourcis pris avec le roman (Elizabeth ne se rend pas à Pemberley, sa relation avec Wickham est éludée) mais la durée du film en est la cause et on les excuse sans souci.

Malgré ses première réticences, une austinienne convaincue y retrouve ses petits puisque les personnages principaux sont tous présents et que certains aspects du roman sont bien respectés. J’en citerai quelques uns comme l’humour grinçant de Mr Bennet avec sa famille ou la différence de classe sociale entre Mr Darcy et Elizabeth qui est nettement soulignée. Le choix de Laurence Olivier dans le rôle de Mr Darcy est judicieux. Il est parfait dans le mépris, le snobisme mais également dans l’élégance et la séduction. J’ai été moins convaincue par Greer Garson dans le rôle d’Elizabeth. Mon premier problème c’est que je la trouve beaucoup trop vieille pour le rôle. Ensuite je trouve qu’elle minaude beaucoup trop et qu’elle surjoue par moments. Mais je pense que cela est dû au film qui est très kitsch, les costumes sont par exemple totalement extravagants et plus proches de la guerre de sécession que de l’Angleterre du XIXème.

Le gros bémol sur ce film est la fin choisie qui est totalement hollywoodienne. Catherine de Bourgh vient rendre visite à Elizabeth pour l’interroger sur ses intentions envers son neveu, Mr Darcy (jusque là tout est normal!). Mais elle le fait à la demande de ce dernier qui l’attend dehors et elle va même jusqu’à lui dire que Lizzie est la femme de sa vie ! Cette adaptation se termine sur une image de bonheur total où toutes les soeurs sont mariées et où Mary joue du piano et chante juste, un comble !

Ce film reste quand même une curiosité à voir, c’est délicieusement suranné.

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Lascars de Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz

 « Pas de vacances pour les vrais gars ! » : c’est le slogan que scandent, envieux, les lascars de la cité de Condé-sur-Ginette qui restent au pied des immeubles pendant l’été, à ceux qui se tirent au soleil, bien décidés à buller sur la plage et à pécho de la chnek. Tony Merguez (comme la saucisse !) et José Frelate, apprentis rappeurs, sont de la deuxième catégorie, billets en poche pour Santo Rico, destination l’Amérique du sud. Mais arnaqués (ou est-ce un problème de communication ?) par un pseudo voyagiste chinois, nos deux amis se retrouvent à la case départ. Pour se refaire et gagner l’argent du voyage, Tony Merguez emprunte cinq kil de beuh à Zoran, l’effrayant caïd du quartier (mais qui cache un cœur tendre). Il a une semaine pour rembourser ce dernier. De son côté, José Frelate est poussé par sa cousine Jenny, chez qui il squatte, à bouger son boule du canapé et trouver un taf. Elle l’aiguille sur le père de son amie Clémence, le hargneux juge Santiépi (tout est dans le nom), qui a besoin de quelqu’un pour monter un sauna dans la cave de sa luxueuse demeure. José accepte d’autant plus volontiers qu’il aimerait bien serrer Clémence.

On se doute bien que tout ne va pas aller sans embrouille, pour le plus grand plaisir du spectateur. Une galerie de personnages (en plus de ceux déjà cités) plus truculents les uns que les autres se mettent de la partie pour pourrir la vie de Tony et José. Manuella, la petite amie de Tony, tigresse nymphomane qui ne lâche pas sa proie, réserve une terrible surprise à son homme. Momo (Maurice Mokhtar Guignard, ou MMG), cinéaste en devenir et délinquant notoire, tchatcheur invétéré, est sensé aider José dans ses travaux. Casimir, gros et débonnaire acolyte de Tony pour la revente de l’herbe, arborant un tee-shirt de chbeb pour éviter les palpations des schmitt, devient très susceptible quand il s’agit de son kebab. Sans oublier la paire Sammy et Narbe, autres « presque vacanciers », qu’un esclandre à l’aéroport empêche de s’envoler vers Santo Rico (décidément LA destination des vacances) et qui ne peuvent retourner comme ça à la cité sous peine de passer pour des bollos.

Le film d’animation « Lascars » est inspiré de la série du même nom diffusée sur Canal +. Le splendide graphisme, très réaliste, restitue parfaitement l’atmosphère urbaine. De plus, avec un scénario « tarantinesque », des situations rocambolesques – la scène de la fête des keufs est juste un grand moment de rigolade -, des dialogues percutants, un rythme effréné, une bande-son groovy, un humour ravageur, et des voix impeccables, vraiment tout est réuni pour que cette hilarante histoire de banlieue menée tambour battant laisse une trace durable dans notre esprit. Attention, les « Lascars » font leur show !

 

Un mariage de rêve de Stephan Elliot

Angleterre, les années 20. John Whittaker (Ben Barnes) revient dans le manoir familial après avoir épousé la sculpturale Larita (Jessica Biel). Cette dernière est américaine et en plein dans la modernité puisqu’elle vient de remporter le grand prix de Monaco. Larita est fraîchement accueillie au manoir par Mrs Whittaker (Kristin Scott-Thomas) qui espérait un autre mariage pour son fils. La guerre entre les deux femmes va rapidement être déclarée opposant ainsi les moeurs victoriennes à l’irrésistible tornade américaine.

« Un mariage de rêve » est une comédie raillant les habitudes passéistes et empruntées d’une famille aristocratique anglaise. Mrs Whittaker ne peut souffrir sa belle-fille qui semble ne connaître aucun carcan moral (le titre original le signifie parfaitement : « Easy virtue »). Les deux femmes s’affrontent, tous les coups sont permis pour se débarrasser l’une de l’autre. Cela amène des révélations fracassantes : Mrs Whittaker est ruinée et Larita a été mariée une première fois. John est au milieu des deux femmes mais il ne sait vers quel camp pencher. C’est un personnage assez falot et on plaint la pétillante Larita de l’avoir trouvé sur sa route !

Fort heureusement, Larita a des alliés dans ce sombre manoir. Le premier d’entre eux est le père de John, Jim Whittaker (Coliiiiiiin Firth). C’est un solitaire, un bourru, et qui s’amuse des déconvenues affligées à sa femme. Jim est revenu profondément marqué par la guerre et les moeurs anglaises sont pour lui des plus risibles. Il ne peut donc qu’apprécier le dépoussiérage de Larita. Le deuxième allié de l’américaine est le majordome Furber ((Kris Marshall). On se trouve là devant l’archétype du majordome britannique : en apparence très convenable, il a toujours une réflexion cinglante et n’hésite pas à braver les convenances pour venir en aide à Larita. J’ai bien entendu pensé au Jeeves de Wodehouse qui sort toujours son maître des pires tracas avec humour.

« Un mariage de rêve » est un film très drôle par ses situations et ses dialogues. Une des scènes les plus réussies est celle où Larita s’assoie et écrase le chien de Mrs Whittaker. Elle tente de se débarrasser du corps mais sans cesse quelqu’un entre dans la pièce, ce qui oblige Larita à se rasseoir sur le chien ! D’ailleurs Furber l’aidera à enterrer le chien dans le jardin. Les dialogues sont très piquants, un exemple à l’arrivée de Larita et John :

Mrs Whittaker à sa fille : « Souris Marion. »

Marion : – Pas envie

Jim Whittaker : – T u es anglaise, fais semblant.

« Un mariage de rêve » est une comédie so british très réussie, les acteurs sont tous parfaits et j’ai passé un très bon moment. Les amoureux de l’esprit britannique, qui sont légion dans la blogosphère, apprécieront.

Looking for Eric de Ken Loach

Dans son dernier film « Looking for Eric », Ken Loach s’amuse à mélanger les genres : le social, la romance et la fantastique.

Eric Bishop (extraordinaire Steve Evets) est un postier au bout du rouleau. Le spectateur le découvre d’ailleurs au volant de sa voiture en train de prendre un rond-point en sens inverse. Eric n’a plus de prise sur sa vie et sur ses proches. Il a été marié deux fois : il a lâchement quitté sa première femme Lilly (Stephanie Bishop) et la deuxième est allée en prison en lui laissant la charge de ses deux fils. Le beau-fils d’Eric, Ryan, tente de sortir de sa condition sociale à coups de petits trafics et s’acoquine au caïd local. Ce dernier oblige Ryan à garder une arme ayant blessé un homme, sous peine de représailles violentes. La fille d’Eric est quant à elle fille-mère et elle demande à son père et sa mère de se relayer pour garder son bébé.

C’est là que bascule Eric car il n’avait pas revu Lilly depuis longtemps. Celle-ci reste l’amour de sa vie. Mais il n’a jamais osé le lui dire et encore moins lui expliquer son départ subit. L’idée de revoir Lilly panique totalement Eric qui n’ose affronter son regard.

Pour l’aider à reprendre confiance, la bande de copains d’Eric le soumet à un exercice : se mettre dans la peau d’une personnalité pour acquérir sa force, ses qualités. Eric choisit Eric Cantona et il rentre bel et bien dans le jeu puisqu’il voit apparaître le King Eric. Celui-ci se transforme en ange gardien, en Jiminy Cricket pour aider notre ami à remettre de l’ordre dans sa vie.  On peut souligner la formidable auto-dérision d’Eric Cantona qui se présente comme une caricature de lui-même. Il s’exprime souvent par aphorismes qui agacent Eric car ils sont incompréhensibles. Cantona fait référence ici à sa fameuse conférence de presse suite à son exclusion pour neuf mois, où il avait parlé de mouettes suivant un chalutier.

« Looking for Eric » est un film typiquement loachien par son héros, un prolétaire qui doit faire face à l’adversité. Il y sera aidé par sa bande de copains, indéfectibles et tous supporters de Manchester United. L’un d’eux explique d’ailleurs qu’un homme peut changer de femme, de religion mais jamais de club de foot ! Ken Loach en profite pour critiquer le foot d’aujourd’hui menacé par l’argent roi. Ce sport qui servait de lien social pour les classes populaires devient de plus en plus inaccessible à cause du coût des places.

Ce qui différencie « Looking for Eric » des autres films de Ken Loach c’est l’humour, on a affaire ici à une véritable comédie. Bien entendu tous les passages avec Eric Cantona sont drôles grâce à ses proverbes, mais l’humour est partout présent. Il culmine lors de « l’opération Cantona » à la fin du film dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le plaisir des autres spectateurs.

« Looking for Eric » est un Ken Loach réussi car il nous montre de nouveau sa grande humanité et son amour des classes populaires. C’est un film jubilatoire, plein d’énergie, d’optimisme ce qui n’est pas si fréquent chez Ken le Rouge ! J’espère que toutes les swappeuses du Ken Loach Swap organisé par Cryssilda vont y courir!

Happy Sweden de Ruben Östlund

Le cinéma du nord de l’Europe nous prouve depuis quelque temps déjà son incontestable originalité. Les films de Lars von Trier, Thomas Vinterberg ou Aki Kaurismaki étonnent,  amusent ou dérangent, mais laissent rarement indifférent.

« Happy Sweden » est une alternance de scènes qui, mises bout à bout, nous racontent cinq histoires sans lien entre elles : lors d’une réception, l’hôte prend un feu d’artifice dans l’œil et refuse d’être conduit à l’hôpital ; deux adolescentes font une virée alcoolisée un soir et passent à deux doigts de la tragédie ; dans une école, une prof est témoin d’une correction qu’inflige un de ses collègues à un gamin et le lui reproche en public dans la salle des profs ; un conducteur de car refuse de repartir tant que la personne qui a commis une dégradation dans les toilettes ne se dénonce pas ; pendant un week-end entre potes, l’un d’eux est contraint à un acte sexuel sous l’œil amusé des autres.

Cinq histoires banales en elles-mêmes, mais qui toutes disent la difficulté pour chacun de se situer par rapport aux autres, de trouver le bon équilibre entre affirmation de soi et intégration au groupe. Ceci est symbolisé par cette scène où l’instructrice montre le dessin de deux bâtons de longueur inégale à un élève et lui demande lequel est le plus long. L’élève répond juste et la prof pose la même question aux autres élèves, complices. Ceux-ci désignent, hilares, le bâton le plus court. Elle renouvelle l’expérience plusieurs fois jusqu’à ce que l’élève donne sciemment la mauvaise réponse. Lorsqu’elle lui demande pourquoi il a fait cela, il répond : « A cause des autres ».

Les autres, ce sont aussi les spectateurs, que la mise en scène du réalisateur inclut dans le jeu : chaque séquence est un plan fixe de plusieurs minutes, où les acteurs sont filmés de loin, de dos ou de trois-quarts, derrière une porte vitrée ou à travers la soute à bagages du car, parfois seules les jambes apparaissent, ou bien encore un personnage est hors-champ, tout ceci nous donnant l’impression d’être là quelque part et de surprendre une conversation, des gestes, nous plaçant plus que jamais en position de voyeur et nous confortant dans notre rôle de témoins passifs.

 « Happy Sweden » brosse un portrait acide de la société suédoise – mais il pourrait s’agir de toute autre société -, et montre sans les juger les petites lâchetés du quotidien, la peur de la solitude, la tentation du conformisme, les affres de l’orgueil, en somme les faiblesses de ses compatriotes. On sourit quelquefois, mais c’est souvent un sourire de commisération. De la dérision naît la gravité. Un film intéressant et réussi.

Becoming Jane de Julian Jarrold

« Becoming Jane » est une évocation de la vie de Jane Austen et surtout un hommage à son oeuvre.

La jeune Jane (Anne Hathaway) vit avec sa famille dans un presbytère et passe son temps à écrire. Ses parents sont peu fortunés et espèrent que leurs deux filles  feront de beaux mariages. La soeur de Jane est déjà fiancée et Jane semble promise à Tom Wislet, un riche héritier. Le problème c’est que Jane n’envisage pas le mariage sans amour et elle n’a aucun sentiment pour Tom Wislet. Sur ce Henry, l’un des frères de Jane, revient après des études à Oxford. Il ramène dans ses bagages l’un de ses amis : Tom Lefroy (James McAvoy). Tous deux menaient une vie de débauche à Londres et la vie à la campagne leur semble bien insipide. Jane trouve ce garçon bien arrogant et désagréable. Ils se chamaillent avant de se rendre compte qu’ils s’aiment. Malheureusement Tom est pauvre et son oncle, qui subvient à ses besoins, est contre ce mariage.

« Becoming Jane » est un film très plaisant, très agréable à regarder. Il ne s’agit bien évidemment pas d’un biopic au sens strict du terme puisque l’on sait peu de choses de la vie intime de Jane Austen. Il y a quelques références bien réelles comme le fait que le père était révérend, que la famille n’était pas riche, que l’un des frères de Jane était handicapé, etc… Le reste du film m’a fait penser à l’oeuvre elle-même. Le couple Jane et Tom nous rappelle celui de « Pride and Prejudice » : Elizabeth Bennett et Mr Darcy. Les deux commencent par se détester avant de céder à l’amour. Elizabeth refuse également de se marier sans sentiment réciproque. On pense aussi à « Northanger Abbey » lorsque Tom emmène Jane chez Ann Radcliffe. Jane Austen a mis au coeur de son roman « Les mystères d’Udolphe » de Ann Radcliffe pour ridiculiser les jeunes femmes effrayées par les romans gothiques.

Ce qui est intéressant également c’est l’évocation de la vie d’une femme auteure au XIXème. Ann Radcliffe explique à Jane qu’il est difficile d’être épouse et auteure car ce métier donne une bien mauvaise réputation. Celle-ci écrit d’ailleurs des livres remplis de dangers, de terreurs bien loin de sa vie quotidienne. Jane Austen choisit la voie de la critique des moeurs de la bourgeoisie qu’elle côtoie, sans doute ce choix était plus osé pour son époque.

« Becoming Jane » est un divertissement réussi, avec de bons acteurs et l’esprit austinien y est respecté. C’est frais, léger, un bon moment à passer dans la campagne anglaise!

 

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The Jane Austen Book Club de Robin Swicord

Ce film est l’adaptation du livre éponyme de Karen Joy Fowler que j’avais lu à sa sortie en France. Le film et le livre racontent la naissance d’un club de lecture consacré à Jane Austen.

On fait la connaissance au départ avec trois amies de longue date : Bernadette, Jocelyn et Sylvia. Les deux dernières ne sont pas au mieux : Jocelyn, éleveuse de chiens, vient de perdre son plus vieil animal et organise de véritables funérailles; Sylvia vient de découvrir que son mari a une maitresse et elle le quitte. Pour remonter le moral de ses amies, Bernadette décide de créer un club de lecture. Elle rencontre une jeune femme, Prudie, déçue par son mari peu romantique. Jocelyn invite également au club de lecture un jeune homme rencontré dans un bar, Grigg. Enfin, Alegra, la fille de Sylvia, se laisse convaincre de participer aux lectures.

Six romans de Jane Austen, six personnages, chacun devra présenter une oeuvre aux autres. Chacun choisit le roman qui lui correspond le mieux. Par exemple, Jocelyn choisit « Emma » car elle aussi est une entremetteuse. Elle avait présenté à Sylvia son futur mari et elle invite Grigg en espérant qu’il plaise à son amie. Sylvia choisit « Mansfield Park » où Fanny est une bonne épouse, fidèle et patiente. Quant à Bernadette, elle présente « Orgueil et préjugés » où il est beaucoup question de mariage car elle-même a eu de nombreux maris.

L’intérêt  du film c’est que la littérature est au coeur de l’intrigue et de la vie des personnages. Durant les réunions, on discute beaucoup des romans, des personnages de Jane Austen de manière passionnée et enthousiaste. Chacun trouve des échos de sa vie dans les livres et montre ainsi la grande modernité de l’auteur. Les romans servent de thérapie à chaque personnage en pleine tourmente dans sa vie. Les acteurs sont plutôt bons, notamment Jocelyn et Grigg qui jouent au chat et à la souris avant de se trouver pour de bon.

Je me souviens avoir passé un meilleur moment avec le livre qui me semblait plus délicat, avec plus d’esprit que le film. Les personnages y étaient plus consistants, plus attachants. Il reste un film agréable à regarder, léger et qui parle des romans de Jane Austen ce qui est tout de même un atout de poids!

 

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Tulpan de Sergei Dvortsevoy

« Tulpan » de Sergei Dvortsevoy se déroule au Kazakhstan, dans les steppes immenses et désertiques. On y découvre la vie d’Asa, jeune homme revenant chez lui après avoir effectué son service militaire dans la marine.

Asa habite en fait dans la yourte de sa soeur et son beau-frère, un berger taciturne. Il est en âge de se marier et la seule jeune femme libre dans la région est la mystérieuse Tulpan. Asa rencontre les parents de celle-ci avec son beau-frère et un ami. Il tente d’amadouer les parents de Tulpan en leur narrant ses aventures maritimes avec un hippocampe et un poulpe…il leur offre même un lustre (mais à quoi peut bien servir un lustre dans une yourte?!). Malheureusement le verdict de Tulpan sera sans appel : elle ne veut pas épouser Asa à cause de ses grandes oreilles! Rien ne lui fera changer d’avis (ou plutôt à sa mère qui veut l’envoyer au collège) même lorsqu’on lui montre une photo du prince Charles qui a de plus grandes oreilles!

Pourtant le rêve d’Asa est simple : une ferme, des animaux, une femme et des enfants. Il a d’ailleurs dessiné son rêve sur le col de son costume de marin et le montre à Tulpan. Contrairement à elle, Asa veut rester dans la tradition des bergers kazakhs. Il tente d’apprendre son métier avec son beau-frère mais ce n’est pas facile pour notre jeune rêveur!

« Tulpan » est un film magnifique sur un peuple extraordinaire qui doit affronter sans cesse la nature déchainée : orage, tempête, sécheresse extrême qui fait mourir les agneaux du troupeau. les conditions de vie sont terriblement difficiles pour ces nomades et certains continuent malgré tout à perpétuer ce style de vie. En même temps, les paysages sont splendides. Sergei Dvortsevoy  nous montre la steppe en plan large avec des couleurs incroyables. Et Dvortsevoy attend toujours que la vie traverse ses plans : un chien vient se coucher, un petit garçon court sur un manche à balai-cheval. Seule la vie compte et sublime la steppe.

Cette vie, qui peut sembler austère, est aussi pleine de drôlerie. Le personnage de Boni, l’ami d’Asa, est très cocasse: il traverse les paysages en écoutant Boney M à fond et tapisse son camion de femmes à fortes poitrines! Il y a aussi des scènes incongrues comme celle du vétérinaire venu soigner les brebis du beau-frère d’Asa. Il ne s’inquiète que de la présence d’une chamelle. Il a en effet le bébé de celle-ci dans son side-car pour le guérir. La chamelle le suit depuis des kilomètres et le vétérinaire s’est déjà fait attaquer méchamment par une chamelle privée de son petit!

« Tulpan » est un film d’une grande poésie prenant le temps de nous faire partager la vie des nomades. Sergei Dvortsevoy est un documentariste et cela se ressent dans la manière très respectueuse dont il traite ses personnages. On sent une grande humanité, une grande tendresse contagieuse puisque j’ai eu du mal à quitter Asa et sa famille. Je vous conseille chaleureusement de voir « Tulpan » qui nous coupe pendant 1h40 de notre monde confortable et agité.

 

Milk de Gus Van Sant

« Milk » de Gus Van Sant est un biopic sur un militant de la cause homosexuelle : Harvey Milk qui fut le premier homosexuel déclaré élu à des fonctions politiques.

Le combat de Harvey Milk (Sean Penn) commence sur le tard, à plus de 40 ans. A New York, il fait la connaissance de Scott (James Franco) et dcide par amour pour lui de changer de vie, de ne plus cacher son homosexualité. Les deux tourtereaux déménagent à San Francisco et ouvrent un magasin de photo dans le quartier du Castro. Harvey et Scott affichent au grand jour leur orientation sexuelle et attirent dans leur magasin tous les homos en manque de reconnaissance. D’ailleurs Harvey devient le chantre du coming out afin de dédiaboliser l’homsexualité. Les images d’archives nous rappellent au début du film, qu’au bébut des années 70 avaient lieu des rafles d’homosexuels par la police dans des bars.

Harvey passe rapidement au milantantisme en voyant le désarroi de nombreux jeunes hommes. Il se lance à la course aux élections de conseiller municipal. Le chemin pour arriver à la mairie est pavé d’échecs mais Hervey est déterminé et a su s’entourer d’une équipe de campagne de choc. En 1977, Harvey Milk est élu à la mairie. Son grand combat est de contrer « la proposition 6 » qui confondait homosexualité et pédophilie et demandait la démission des enseignants gays. Le film de Gus Van Sant sort à point nommé puisque le mariage homo a été abrogé en Californie. Le combat d’Harvey Milk est malheureusement toujours d’actualité.

Le film n’est pas une hagiographie et Gus Van Sant nous montre les failles d’Harvey. Il sacrifie sa vie personnelle à son combat : Scott quitte Harvey faute de place pour lui dans la sa vie, son 2ème compagnon (Diego Luna) se pend. Devenu conseiller municipal, il prend les travers des hommes politiques et ment pour avoir des voix supplémentaires lors des votes de projet. Il est particulièrement manipulateur  avec un autre conseiller : Dan White (Josh Brolin), irlandais, républicain, puritain, faible de caractère qui se rêverait dans la lumière.

Sean Penn vient de recvoir l’oscar du meilleur acteur et c’est amplement mérité. L’acteur joue un rôle loin de la virilité masculine de beaucoup de ses performances. Il interprète Harvey Milk sans excès, sans afféterie et on sent qu’il a voulu faire passer son propre militantisme. Mais Sean Penn n’est pas seul dans le film et tous les acteurs sont à la hauteur : James Franco toujours aussi sexy est un amoureux sacrifié lumineux, Josh Brolin incarne les terribles contradictions de Dan White de manière convaincante et on retrouve avec plaisir Emile Hirsch (Into the wild de Sean Penn) qui est à la tête de l’équipe de campagne et est habité par le combat de Milk.

Gus Van Sant retrouve la lignée hollywoodienne de « Will hunting » et permet de rendre abordable pour le grand public le combat de Harvey Milk. Il se penche sur son sujet et ses acteurs avec une grande tendresse, un grand amour, ce qui nous permet d’avoir de l’empathie pour tous. J’ai déjà parlé des images d’archive et il faut préciser qu’elles apparaissent pendant tout le film de manière très pertinente. Il ne faut pas oublier la réalité du combat de Milk qui lui coûta la vie onze mois après son élection. Cette lutte pour la liberté ne date que de 30 ans et il semble qu’il faille toujours être aussi vigilant pour que chacun garde ses droits. 

Espion(s) de Nicolas Saada

« Espion(s) » est le premier long-métrage d’un ancien critique des Cahiers du Cinéma, ancien coscénariste d’Arnaud Desplechin, Nicolas Saada. Le film est le reflet de l’admiration de Saada pour Alfred Hitchcock et ce à différents niveaux.

Le premier est l’histoire que le réalisateur raconte aux spectateurs. Vincent (Guillaume Canet, excellent) est bagagiste dans un aéroport parisien et avec un collègue il a pris l’habitude d’arrondir ses fins de mois grâce aux contenus des valises. Ces vols se terminent mal lorsque son collègue ouvre une valise diplomatique, y prélève une bouteille de parfum qui lui explose au visage. Vincent est alors contacté par la DST qui lui propose un marché : les aider à coincer les responsables de l’explosion afin d’éviter la prison. Vincent accepte, se retrouve à Londres et doit faire la connaissance d’un homme d’affaires soupçonné de complicité avec des terroristes syriens. Pour avoir des informations, Vincent doit séduire la femme de cet homme d’affaires, Claire (Géraldine Pailhas). Nicolas Saada reprend la trame des « Enchaînés » où Ingrid Bergman se mariait  avec Claude Rains pour découvrir les activités d’un groupe d’anciens nazis. Cary Grant, agent du FBI, était là pour recueillir toutes les infos sur le groupe.

Mais comme dans le film d’Hitchcock, l’histoire d’espionnage de Nicolas Saada est un McGuffin (petit rappel : le McGuffin est un terme inventé par le grand Hitch et qui signifie en gros « prétexte »). Ce qui intéresse réellement Nicolas Saada c’est l’histoire d’amour qui naît entre Vincent et Claire. Il y a un va-et-vient des sentiments entre les deux personnages. Vincent séduit Claire pour le travail, pour se rapprocher du groupe de terroristes syriens. Pour ce faire, il faut qu’elle tombe amoureuse de lui et lorsqu’elle est prise dans ses filets il lui annonce qu’il l’a conquise sur demande de la DST. C’est l’occasion pour Géraldine Pailhas de montrer son grand talent d’actrice dans une scène où elle passe de l’euphorie amoureuse à la désillusion, la rancoeur. Evidemment une fois que Claire s’est éloignée, Vincent prend conscience de ses propres sentiments. Tout le suspense de « Espion(s) » réside en fait dans l’histoire d’amour. La véritable question que se pose le spectateur est : Claire et Vincent vont-ils réussir à s’aimer?

Enfin Nicolas Saada s’amuse avec sa cinéphilie sous forme de clin d’oeil à Hitchcock. Un exemple frappant est la scène où Géraldine Pailhas est assise dans un musée devant un portrait de femme en pied. Elle est de dos, Guillaume Canet entre dans la salle et l’observe. La scène est l’écho d’un passage de « Sueurs froides » où James Stewart observe Kim Novak dans un musée.

« Espion(s) » est un beau film de cinéphile, un bel hommage à l’immense talent d’Alfred Hitchcock et au pouvoir des images qui s’impriment sur la rétine.