Happy Sweden de Ruben Östlund

Le cinéma du nord de l’Europe nous prouve depuis quelque temps déjà son incontestable originalité. Les films de Lars von Trier, Thomas Vinterberg ou Aki Kaurismaki étonnent,  amusent ou dérangent, mais laissent rarement indifférent.

« Happy Sweden » est une alternance de scènes qui, mises bout à bout, nous racontent cinq histoires sans lien entre elles : lors d’une réception, l’hôte prend un feu d’artifice dans l’œil et refuse d’être conduit à l’hôpital ; deux adolescentes font une virée alcoolisée un soir et passent à deux doigts de la tragédie ; dans une école, une prof est témoin d’une correction qu’inflige un de ses collègues à un gamin et le lui reproche en public dans la salle des profs ; un conducteur de car refuse de repartir tant que la personne qui a commis une dégradation dans les toilettes ne se dénonce pas ; pendant un week-end entre potes, l’un d’eux est contraint à un acte sexuel sous l’œil amusé des autres.

Cinq histoires banales en elles-mêmes, mais qui toutes disent la difficulté pour chacun de se situer par rapport aux autres, de trouver le bon équilibre entre affirmation de soi et intégration au groupe. Ceci est symbolisé par cette scène où l’instructrice montre le dessin de deux bâtons de longueur inégale à un élève et lui demande lequel est le plus long. L’élève répond juste et la prof pose la même question aux autres élèves, complices. Ceux-ci désignent, hilares, le bâton le plus court. Elle renouvelle l’expérience plusieurs fois jusqu’à ce que l’élève donne sciemment la mauvaise réponse. Lorsqu’elle lui demande pourquoi il a fait cela, il répond : « A cause des autres ».

Les autres, ce sont aussi les spectateurs, que la mise en scène du réalisateur inclut dans le jeu : chaque séquence est un plan fixe de plusieurs minutes, où les acteurs sont filmés de loin, de dos ou de trois-quarts, derrière une porte vitrée ou à travers la soute à bagages du car, parfois seules les jambes apparaissent, ou bien encore un personnage est hors-champ, tout ceci nous donnant l’impression d’être là quelque part et de surprendre une conversation, des gestes, nous plaçant plus que jamais en position de voyeur et nous confortant dans notre rôle de témoins passifs.

 « Happy Sweden » brosse un portrait acide de la société suédoise – mais il pourrait s’agir de toute autre société -, et montre sans les juger les petites lâchetés du quotidien, la peur de la solitude, la tentation du conformisme, les affres de l’orgueil, en somme les faiblesses de ses compatriotes. On sourit quelquefois, mais c’est souvent un sourire de commisération. De la dérision naît la gravité. Un film intéressant et réussi.

Becoming Jane de Julian Jarrold

« Becoming Jane » est une évocation de la vie de Jane Austen et surtout un hommage à son oeuvre.

La jeune Jane (Anne Hathaway) vit avec sa famille dans un presbytère et passe son temps à écrire. Ses parents sont peu fortunés et espèrent que leurs deux filles  feront de beaux mariages. La soeur de Jane est déjà fiancée et Jane semble promise à Tom Wislet, un riche héritier. Le problème c’est que Jane n’envisage pas le mariage sans amour et elle n’a aucun sentiment pour Tom Wislet. Sur ce Henry, l’un des frères de Jane, revient après des études à Oxford. Il ramène dans ses bagages l’un de ses amis : Tom Lefroy (James McAvoy). Tous deux menaient une vie de débauche à Londres et la vie à la campagne leur semble bien insipide. Jane trouve ce garçon bien arrogant et désagréable. Ils se chamaillent avant de se rendre compte qu’ils s’aiment. Malheureusement Tom est pauvre et son oncle, qui subvient à ses besoins, est contre ce mariage.

« Becoming Jane » est un film très plaisant, très agréable à regarder. Il ne s’agit bien évidemment pas d’un biopic au sens strict du terme puisque l’on sait peu de choses de la vie intime de Jane Austen. Il y a quelques références bien réelles comme le fait que le père était révérend, que la famille n’était pas riche, que l’un des frères de Jane était handicapé, etc… Le reste du film m’a fait penser à l’oeuvre elle-même. Le couple Jane et Tom nous rappelle celui de « Pride and Prejudice » : Elizabeth Bennett et Mr Darcy. Les deux commencent par se détester avant de céder à l’amour. Elizabeth refuse également de se marier sans sentiment réciproque. On pense aussi à « Northanger Abbey » lorsque Tom emmène Jane chez Ann Radcliffe. Jane Austen a mis au coeur de son roman « Les mystères d’Udolphe » de Ann Radcliffe pour ridiculiser les jeunes femmes effrayées par les romans gothiques.

Ce qui est intéressant également c’est l’évocation de la vie d’une femme auteure au XIXème. Ann Radcliffe explique à Jane qu’il est difficile d’être épouse et auteure car ce métier donne une bien mauvaise réputation. Celle-ci écrit d’ailleurs des livres remplis de dangers, de terreurs bien loin de sa vie quotidienne. Jane Austen choisit la voie de la critique des moeurs de la bourgeoisie qu’elle côtoie, sans doute ce choix était plus osé pour son époque.

« Becoming Jane » est un divertissement réussi, avec de bons acteurs et l’esprit austinien y est respecté. C’est frais, léger, un bon moment à passer dans la campagne anglaise!

 

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The Jane Austen Book Club de Robin Swicord

Ce film est l’adaptation du livre éponyme de Karen Joy Fowler que j’avais lu à sa sortie en France. Le film et le livre racontent la naissance d’un club de lecture consacré à Jane Austen.

On fait la connaissance au départ avec trois amies de longue date : Bernadette, Jocelyn et Sylvia. Les deux dernières ne sont pas au mieux : Jocelyn, éleveuse de chiens, vient de perdre son plus vieil animal et organise de véritables funérailles; Sylvia vient de découvrir que son mari a une maitresse et elle le quitte. Pour remonter le moral de ses amies, Bernadette décide de créer un club de lecture. Elle rencontre une jeune femme, Prudie, déçue par son mari peu romantique. Jocelyn invite également au club de lecture un jeune homme rencontré dans un bar, Grigg. Enfin, Alegra, la fille de Sylvia, se laisse convaincre de participer aux lectures.

Six romans de Jane Austen, six personnages, chacun devra présenter une oeuvre aux autres. Chacun choisit le roman qui lui correspond le mieux. Par exemple, Jocelyn choisit « Emma » car elle aussi est une entremetteuse. Elle avait présenté à Sylvia son futur mari et elle invite Grigg en espérant qu’il plaise à son amie. Sylvia choisit « Mansfield Park » où Fanny est une bonne épouse, fidèle et patiente. Quant à Bernadette, elle présente « Orgueil et préjugés » où il est beaucoup question de mariage car elle-même a eu de nombreux maris.

L’intérêt  du film c’est que la littérature est au coeur de l’intrigue et de la vie des personnages. Durant les réunions, on discute beaucoup des romans, des personnages de Jane Austen de manière passionnée et enthousiaste. Chacun trouve des échos de sa vie dans les livres et montre ainsi la grande modernité de l’auteur. Les romans servent de thérapie à chaque personnage en pleine tourmente dans sa vie. Les acteurs sont plutôt bons, notamment Jocelyn et Grigg qui jouent au chat et à la souris avant de se trouver pour de bon.

Je me souviens avoir passé un meilleur moment avec le livre qui me semblait plus délicat, avec plus d’esprit que le film. Les personnages y étaient plus consistants, plus attachants. Il reste un film agréable à regarder, léger et qui parle des romans de Jane Austen ce qui est tout de même un atout de poids!

 

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Tulpan de Sergei Dvortsevoy

« Tulpan » de Sergei Dvortsevoy se déroule au Kazakhstan, dans les steppes immenses et désertiques. On y découvre la vie d’Asa, jeune homme revenant chez lui après avoir effectué son service militaire dans la marine.

Asa habite en fait dans la yourte de sa soeur et son beau-frère, un berger taciturne. Il est en âge de se marier et la seule jeune femme libre dans la région est la mystérieuse Tulpan. Asa rencontre les parents de celle-ci avec son beau-frère et un ami. Il tente d’amadouer les parents de Tulpan en leur narrant ses aventures maritimes avec un hippocampe et un poulpe…il leur offre même un lustre (mais à quoi peut bien servir un lustre dans une yourte?!). Malheureusement le verdict de Tulpan sera sans appel : elle ne veut pas épouser Asa à cause de ses grandes oreilles! Rien ne lui fera changer d’avis (ou plutôt à sa mère qui veut l’envoyer au collège) même lorsqu’on lui montre une photo du prince Charles qui a de plus grandes oreilles!

Pourtant le rêve d’Asa est simple : une ferme, des animaux, une femme et des enfants. Il a d’ailleurs dessiné son rêve sur le col de son costume de marin et le montre à Tulpan. Contrairement à elle, Asa veut rester dans la tradition des bergers kazakhs. Il tente d’apprendre son métier avec son beau-frère mais ce n’est pas facile pour notre jeune rêveur!

« Tulpan » est un film magnifique sur un peuple extraordinaire qui doit affronter sans cesse la nature déchainée : orage, tempête, sécheresse extrême qui fait mourir les agneaux du troupeau. les conditions de vie sont terriblement difficiles pour ces nomades et certains continuent malgré tout à perpétuer ce style de vie. En même temps, les paysages sont splendides. Sergei Dvortsevoy  nous montre la steppe en plan large avec des couleurs incroyables. Et Dvortsevoy attend toujours que la vie traverse ses plans : un chien vient se coucher, un petit garçon court sur un manche à balai-cheval. Seule la vie compte et sublime la steppe.

Cette vie, qui peut sembler austère, est aussi pleine de drôlerie. Le personnage de Boni, l’ami d’Asa, est très cocasse: il traverse les paysages en écoutant Boney M à fond et tapisse son camion de femmes à fortes poitrines! Il y a aussi des scènes incongrues comme celle du vétérinaire venu soigner les brebis du beau-frère d’Asa. Il ne s’inquiète que de la présence d’une chamelle. Il a en effet le bébé de celle-ci dans son side-car pour le guérir. La chamelle le suit depuis des kilomètres et le vétérinaire s’est déjà fait attaquer méchamment par une chamelle privée de son petit!

« Tulpan » est un film d’une grande poésie prenant le temps de nous faire partager la vie des nomades. Sergei Dvortsevoy est un documentariste et cela se ressent dans la manière très respectueuse dont il traite ses personnages. On sent une grande humanité, une grande tendresse contagieuse puisque j’ai eu du mal à quitter Asa et sa famille. Je vous conseille chaleureusement de voir « Tulpan » qui nous coupe pendant 1h40 de notre monde confortable et agité.

 

Milk de Gus Van Sant

« Milk » de Gus Van Sant est un biopic sur un militant de la cause homosexuelle : Harvey Milk qui fut le premier homosexuel déclaré élu à des fonctions politiques.

Le combat de Harvey Milk (Sean Penn) commence sur le tard, à plus de 40 ans. A New York, il fait la connaissance de Scott (James Franco) et dcide par amour pour lui de changer de vie, de ne plus cacher son homosexualité. Les deux tourtereaux déménagent à San Francisco et ouvrent un magasin de photo dans le quartier du Castro. Harvey et Scott affichent au grand jour leur orientation sexuelle et attirent dans leur magasin tous les homos en manque de reconnaissance. D’ailleurs Harvey devient le chantre du coming out afin de dédiaboliser l’homsexualité. Les images d’archives nous rappellent au début du film, qu’au bébut des années 70 avaient lieu des rafles d’homosexuels par la police dans des bars.

Harvey passe rapidement au milantantisme en voyant le désarroi de nombreux jeunes hommes. Il se lance à la course aux élections de conseiller municipal. Le chemin pour arriver à la mairie est pavé d’échecs mais Hervey est déterminé et a su s’entourer d’une équipe de campagne de choc. En 1977, Harvey Milk est élu à la mairie. Son grand combat est de contrer « la proposition 6 » qui confondait homosexualité et pédophilie et demandait la démission des enseignants gays. Le film de Gus Van Sant sort à point nommé puisque le mariage homo a été abrogé en Californie. Le combat d’Harvey Milk est malheureusement toujours d’actualité.

Le film n’est pas une hagiographie et Gus Van Sant nous montre les failles d’Harvey. Il sacrifie sa vie personnelle à son combat : Scott quitte Harvey faute de place pour lui dans la sa vie, son 2ème compagnon (Diego Luna) se pend. Devenu conseiller municipal, il prend les travers des hommes politiques et ment pour avoir des voix supplémentaires lors des votes de projet. Il est particulièrement manipulateur  avec un autre conseiller : Dan White (Josh Brolin), irlandais, républicain, puritain, faible de caractère qui se rêverait dans la lumière.

Sean Penn vient de recvoir l’oscar du meilleur acteur et c’est amplement mérité. L’acteur joue un rôle loin de la virilité masculine de beaucoup de ses performances. Il interprète Harvey Milk sans excès, sans afféterie et on sent qu’il a voulu faire passer son propre militantisme. Mais Sean Penn n’est pas seul dans le film et tous les acteurs sont à la hauteur : James Franco toujours aussi sexy est un amoureux sacrifié lumineux, Josh Brolin incarne les terribles contradictions de Dan White de manière convaincante et on retrouve avec plaisir Emile Hirsch (Into the wild de Sean Penn) qui est à la tête de l’équipe de campagne et est habité par le combat de Milk.

Gus Van Sant retrouve la lignée hollywoodienne de « Will hunting » et permet de rendre abordable pour le grand public le combat de Harvey Milk. Il se penche sur son sujet et ses acteurs avec une grande tendresse, un grand amour, ce qui nous permet d’avoir de l’empathie pour tous. J’ai déjà parlé des images d’archive et il faut préciser qu’elles apparaissent pendant tout le film de manière très pertinente. Il ne faut pas oublier la réalité du combat de Milk qui lui coûta la vie onze mois après son élection. Cette lutte pour la liberté ne date que de 30 ans et il semble qu’il faille toujours être aussi vigilant pour que chacun garde ses droits. 

Espion(s) de Nicolas Saada

« Espion(s) » est le premier long-métrage d’un ancien critique des Cahiers du Cinéma, ancien coscénariste d’Arnaud Desplechin, Nicolas Saada. Le film est le reflet de l’admiration de Saada pour Alfred Hitchcock et ce à différents niveaux.

Le premier est l’histoire que le réalisateur raconte aux spectateurs. Vincent (Guillaume Canet, excellent) est bagagiste dans un aéroport parisien et avec un collègue il a pris l’habitude d’arrondir ses fins de mois grâce aux contenus des valises. Ces vols se terminent mal lorsque son collègue ouvre une valise diplomatique, y prélève une bouteille de parfum qui lui explose au visage. Vincent est alors contacté par la DST qui lui propose un marché : les aider à coincer les responsables de l’explosion afin d’éviter la prison. Vincent accepte, se retrouve à Londres et doit faire la connaissance d’un homme d’affaires soupçonné de complicité avec des terroristes syriens. Pour avoir des informations, Vincent doit séduire la femme de cet homme d’affaires, Claire (Géraldine Pailhas). Nicolas Saada reprend la trame des « Enchaînés » où Ingrid Bergman se mariait  avec Claude Rains pour découvrir les activités d’un groupe d’anciens nazis. Cary Grant, agent du FBI, était là pour recueillir toutes les infos sur le groupe.

Mais comme dans le film d’Hitchcock, l’histoire d’espionnage de Nicolas Saada est un McGuffin (petit rappel : le McGuffin est un terme inventé par le grand Hitch et qui signifie en gros « prétexte »). Ce qui intéresse réellement Nicolas Saada c’est l’histoire d’amour qui naît entre Vincent et Claire. Il y a un va-et-vient des sentiments entre les deux personnages. Vincent séduit Claire pour le travail, pour se rapprocher du groupe de terroristes syriens. Pour ce faire, il faut qu’elle tombe amoureuse de lui et lorsqu’elle est prise dans ses filets il lui annonce qu’il l’a conquise sur demande de la DST. C’est l’occasion pour Géraldine Pailhas de montrer son grand talent d’actrice dans une scène où elle passe de l’euphorie amoureuse à la désillusion, la rancoeur. Evidemment une fois que Claire s’est éloignée, Vincent prend conscience de ses propres sentiments. Tout le suspense de « Espion(s) » réside en fait dans l’histoire d’amour. La véritable question que se pose le spectateur est : Claire et Vincent vont-ils réussir à s’aimer?

Enfin Nicolas Saada s’amuse avec sa cinéphilie sous forme de clin d’oeil à Hitchcock. Un exemple frappant est la scène où Géraldine Pailhas est assise dans un musée devant un portrait de femme en pied. Elle est de dos, Guillaume Canet entre dans la salle et l’observe. La scène est l’écho d’un passage de « Sueurs froides » où James Stewart observe Kim Novak dans un musée.

« Espion(s) » est un beau film de cinéphile, un bel hommage à l’immense talent d’Alfred Hitchcock et au pouvoir des images qui s’impriment sur la rétine.

Les noces rebelles de Sam Mendes

 

« Les noces rebelles » de Sam Mendes, adapté de « La fenêtre panoramique » de Richard Yates, est littéralement l’anti-Titanic, l’anti-romantisme. La référence à « Titanic » s’impose d’elle-même puisque Sam Mendes a recomposé le couple vedette Kate Winslet/Leonardo DiCaprio. Ils y jouent April et Franck Wheeler, un jeune couple avec deux enfants installé dans une banlieue bourgeoise dans les années 50.

Ils se sont rencontrés lors d’une soirée, se plaisent au premier regard, ensuite April tombe enceinte rapidement et le piège se referme. Le couple achète une maison en banlieue en attendant mieux. On découvre les débuts de leur amour par flashs-back car le film s’ouvre sur un couple déjà en crise.

April tente de réaliser son rêve d’être actrice, la tentative est un échec et cela provoque une violente dispute entre mari et femme. Franck tente de réconforter maladroitement sa femme, veut à tout prix qu’elle exprime ce qu’elle ressent alors qu’elle ne souhaite que le silence. L’incompréhension est totale, le mari et la femme n’ont fait que s’éloigner au fil des ans. Les responsabilités familiales ont obligé Franck à faire un boulot sans intérêt et April à devenir une parfaite femme d’intérieur ennuyeuse.

April et Franck se pensaient au-dessus de la médiocre routine, se voulaient plus vivants que les autres. Ils rêvaient leur vie mais c’est la banalité de la vie qui s’est concrétisée. April, encore pleine d’idéalisme, tente de sauver son couple en proposant de tout quitter pour Paris mais n’est-il pas déjà trop tard?

« Les noces rebelles » est un film cruel, amer sur la vie de couple. Il s’agit du délitement, de la désagrégation d’un amour, de la perte des illusions. L’idéalisme des jeunes mariés ne fait pas le poids face au quotidien et face à la pression sociale. Le film nous montre aussi la violence de la société corsetée des années 50. Franck ne peut qu’assumer sa paternité, sa famille pour devenir un homme. April n’a d’autre choix que de devenir femme au foyer, une mère ne peut travailler. L’épanouissement personnel est nié par le carcan moral.

Sam Mendes traite son sujet avec un classicisme de la réalisation, l’environnement est joyeux : belles maisons blanches, pelouses nettes et verdoyantes. Cette manière de traiter du désarroi humain n’est pas sans rappeler le travail de Douglas Sirk qui lui aussi présentait un envers du décor désespéré.

Kate Winslet et Leonardo DiCaprio sont tout simplement époustouflants. Ils habitent leurs personnages avec une profondeur psychologique extraordinaire.  Le film ne tourne qu’autour du couple, les deux acteurs sont de tous les plans mais on en redemande lorsque la salle se rallume!

« Les noces rebelles » est un film déchirant avec un duo d’acteurs fascinant, il ne reste plus qu’à lire le livre de Richard Yates pour prolonger cet excellent moment de cinéma.

Louise-Michel de Gustave Kervern et Benoît Delépine

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Louise (Yolande Moreau) est ouvrière dans une petite manufacture en Picardie. Pour garder leur usine gagnante dans la fameuse rude concurrence internationale, Louise et ses collègues ont déjà « su accepter courageusement » (dixit le DRH) la semaine de 45 heures et « su refuser » toute augmentation de salaire. Reconnaissant, le patron leur offre une nouvelle blouse de travail. Pourtant, en arrivant au travail un matin, les ouvrières trouvent les locaux vides. L’usine est sauvagement délocalisée. Envolés, l’outil de travail, l’emploi et le salaire ! Que faire ? Louise, d’habitude en retrait, soumet son idée : tuer le patron. La proposition est adoptée à l’unanimité.

Louise se charge de trouver le tueur. Elle le débusque (de quelle façon !) en la personne de Michel (Bouli Lanners), minable consultant en sécurité, complètement fauché, installé dans un mobile home. Il accepte immédiatement le contrat, payé avec les indemnités de licenciement des ouvrières. Voilà nos deux héros embarqués dans un road-movie déjanté qui les mènera de Picardie à l’île de Jersey, en passant par Bruxelles, à la poursuite du patron voyou.

Les personnages principaux semblent débarqués d’une autre planète. Louise, apathique mais obstinée, a l’air de porter la misère du monde sur ses épaules. Michel est poussé par la nécessité à faire un boulot pour lequel il n’a aucune compétence (il est incapable d’abattre un chien à un mètre), même s’il a connu les tranchées de 14-18 (!), et même si « Kennedy, c’est lui (mais il ne faut pas trop le dire) ». Deux paumés à face lunaire en quête d’une revanche sur le monde et sur leur vie, d’autant plus déterminés qu’ils n’ont rien à perdre.

Yolande Moreau et Bouli Lanners sont excellents. Ils sont accompagnés de quelques guest-stars réjouissantes : Benoît Poelvoorde (ingénieur fou reconstituant sur maquette les attentats du World Trade Center), Mathieu Kassovitz (également producteur du film), Philippe Katerine, Siné, et Denis Robert dans un rôle qui est un savoureux clin d’œil aux déboires du journaliste qui dérange les milieux financiers. Apparaissent également les tronches récurrentes de Groland : Gustave Kervern (co-réalisateur du film), Francis Kuntz, Christophe Salengro (le président de Groland).

On retrouve en effet dans « Louise-Michel » le ton satirique de l’émission de Canal +, une parodie de journalisme, potache et libertaire, qui ne respecte rien ni personne : la maladie, les animaux, les enfants, les vieux, le 11 septembre, la politique, le pouvoir…, et qui délivre avec son humour féroce une analyse fine et subversive du monde qui nous entoure.

Car la morale de l’histoire pourrait être : la revanche des faibles sur les forts est juste (bien qu’illégale). On ne peut indéfiniment exploiter son prochain sans retour de bâton. Votre patron vous ôte du jour au lendemain votre subsistance pour accroître la sienne : éliminez-le, il le mérite. Ce type de message passe beaucoup mieux enrobé d’une bonne dose d’humour. C’est sans doute pour cela que le film a bénéficié d’une étonnante promotion, dans les journaux télévisés en particulier. Ou bien est-ce parce que le sujet colle particulièrement bien à l’actualité sociale et économique ? Quoi qu’il en soit, j’espère que financiers, grands patrons et autres « décideurs » seront allés voir « Louise-Michel » (ça m’étonnerait). Histoire d’être prévenus…

Il divo de Paolo Sorrentino

« Il divo » ou comment perdre 1h40 dans une salle obscure. Le film de Paolo Sorrentino a pour personnage central Giulio Andreotti, 7 fois président du conseil italien et 25 fois ministre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un biopic mais plutôt d’une évocation de la vie de Giulio Andreotti. En effet le film se compose de scènes qui se succèdent de manière saccadée, sans lien et sans explication entre elles. On devine certains épisodes de la vie d’Andreotti comme ses remords suite à l’abandon d’Aldo Moro par leur parti de la Démocratie Chrétienne ou ses liens possibles avec la mafia. Néanmoins si vous ne connaissez pas en détails la vie politique italienne des cinquante dernières années, passez votre chemin. Des évènements, des scandales, des assassinats sont mentionnés sans plus de développements. Au début du film, on a tenté d’aider le spectateur à l’aide d’un glossaire qui défile tellement vite que l’on n’a pas le temps de lire les définitions proposées !

Paolo Sorrentino aggrave son cas avec des effets de style des plus déplaisants. La musique est omniprésente dans tout le film, passant du classique à la techno sans réelle cohérence, cela souligne-t-il  une modernité de mise en scène ? Au final, cela lasse totalement les oreilles du spectateur.

Sorrentino utilise également le ralenti à l’excès pour des effets trop appuyés. Une scène caractéristique des problèmes de ce film est celle où l’on nous présente les proches collaborateurs de Andreotti. Les hommes sont présentés comme dans un western : au ralenti ( !) avec leurs noms et surnoms s’affichant à côté d’eux. Les noms passent bien entendu très vite à l’écran et on nous montre une ribambelle de personnages qu’il est très difficile de retenir. Encore une fois, le spectateur n’est pas aidé dans sa compréhension !

Une chose à sauver malgré tout : l’interprétation de Toni Servillo qui campe un Andreotti comme un Nosferatu impénétrable, ambigu et souffreteux.

Rappelons que « Il divo » a obtenu le prix du jury à Cannes et ce trophée est aujourd’hui pour moi un mystère.

 

Two lovers de James Gray

Après nous avoir fait attendre 6 ans entre « Little Odessa » et « The yards », James Gray nous offre cette année deux films. « Two lovers » fait suite à « La nuit nous appartient » que nous avons chroniqué il y a quelques mois sur ce site. Le réalisateur aborde un thème qu’il n’avait pas encore exploité : une histoire d’amour.

Le film s’ouvre sur un homme marchant sur un ponton et qui se jette littéralement à l’eau. Des passants le sauvent de la noyade et Leonard (Joaquin Phoenix) rentre chez lui l’air penaud et pataud. Leonard se remet difficilement d’une rupture et est retourné vivre chez ses parents qui tentent de le protéger. Il semble inadapté, grand enfant ne sachant trouver sa place dans le monde des adultes. Ses parents tiennent un pressing dans lequel Leonard travaille alors qu’il se rêve photographe, artiste.

Voulant agrandir leur commerce, les parents de Leonard veulent s’associer avec un homme qui aimerait marier sa fille, Sandra (Vinessa Shaw). Les deux enfants sont présentés et se plaisent.

Malheureusement pour Sandra, Leonard a fait la connaissance d’une nouvelle voisine : Michelle (Gwyneth Paltrow). Les deux jeunes femmes sont comme deux contraires : Sandra est brune, Michelle blonde, Sandra est calme et posée, Michelle incendiaire et paumée. Leonard penche évidemment vers la femme la plus dangereuse pour lui. Il découvre que Michelle sort avec un homme marié et cela ne fait que renforcer son amour pour elle. Leonard est prêt à se brûler les ailes auprès de la magnétique Michelle et à tout quitter.

Comme souvent chez James Gray, le héros a un choix cornélien à faire qui va bouleverser sa vie. C’était le cas dans « la nuit nous appartient » où le personnage principal devait choisir entre la loi, la police, sa famille et un monde interlope, fait de fête et de drogue. Leonard doit choisir entre l’ombre et la lumière, entre une vie qui semble passionnée et exaltante et une autre rangée et ennuyeuse. Le choix de Leonard se fait dans la douleur et nous laisse un goût d’amertume.

« Two lovers » est le troisième film de James Gray avec Joaquin Phoenix. l’acteur est une nouvelle fois sensationnel dans le rôle de Leonard, cet adulte immature et en dehors du monde réel. Phoenix a déclaré que « Two lovers » était  son dernier film et on ne peut que souhaiter qu’il change d’avis tant son talent est grand.

Les deux filles ne sont pas en reste et on découvre deux talents. Vinessa Shaw est effectivement une découverte, elle est rayonnante, pleine de douceur et de patience énamourée. Gwyneth Paltrow n’est pas une débutante bien-sûr mais on l’avait rarement vue aussi intéressante. Elle joue parfaitement une Michelle  exaltée, torturée et ne sachant pas quoi faire de sa vie.

James Gray continue à explorer la noirceur de l’âme humaine. L’amour n’est pas chez lui un sentiment simple et lumineux, il est sombre, douloureux et forcément décevant.