Bilan livresque et cinéma de juillet

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Le joli mois de juillet, les vacances, du temps disponible pour la lecture et qu’elles furent belles et enthousiasmantes ! Mon énorme coup de cœur du mois est « Appelle-moi par ton nom » de André Aciman, un roman merveilleux et lumineux. Quand je pense que l’adaptation avait également été un coup de cœur ! Cette histoire restera longtemps gravée dans ma mémoire. Une lecture parfaite pour l’été que je ne peux que vous recommandez très, très fortement !

Et côté cinéma ?

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Les super-héros n’ont plus la côte. Leurs exploits coûtent cher à la communauté (destruction en tout genre pour combattre les méchants) sans parfois obtenir les résultats escomptés. Ils ont donc l’interdiction d’utiliser leurs pouvoirs et ils doivent laisser les autorités compétentes s’occuper des bandits. La famille des Indestructibles n’a pas le moral. Mais un riche homme d’affaires les contacte pour essayer de montrer au monde l’importance des super-héros. Et ce n’est pas avec M. Indestructible qu’il souhaite travailler mais avec sa femme, Elasticgirl. Monsieur est prié de rester à la maison pour gérer les trois bambins.

Voilà des super-héros comme je les aime ! Cela faisait 14 ans que nous n’avions pas eu de nouvelles de la famille Indestructible mais l’histoire reprend où nous les avions laissés. Ce retour est parfaitement réussi, toujours aussi drôle et bien ficelé. L’inversion des rôles entre la mère et la père est évidemment source de nombreux gags. Le père comprendra à quel point élever trois enfants est difficile, d’autant plus quand ils ont des pouvoirs. Le dernier de la famille possède d’ailleurs un nombre invraisemblable de pouvoirs et il nous offre une scène d’anthologie lors d’une bagarre avec un raton-laveur ! Cette suite, pop et colorée, met en avant la femme et ses super-pouvoirs pour concilier les différents compartiments de sa vie. C’est aussi un film plein de tendresse sur la famille et les défauts de celle-ci. Espérons que nous n’aurons pas à attendre aussi longtemps pour voir la suite !

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Alice revient dans la ferme familiale après la mort de son père. Elle n’y était pas revenue depuis des années suite à un traumatisme. Elle retrouve son frère avec qui elle aimerait reprendre la ferme. Le père avait promis de laisser celle-ci à Alice sans jamais rien concrétiser légalement. Le frère, rancunier en raison du départ de sa sœur, n’entend pas les choses de la même manière et ne compte pas laisser Alice s’installer.

J’avais beaucoup aimé le film précédent de Clio Barnard, « Le géant égoïste », qui se déroulait également dans le Yorshire et dont l’ambiance était aussi plombée que le ciel. On retrouve ici les mêmes paysages imbibés de pluie, des cieux bas et lourds. Tout est poisseux, embourbé, aussi bien les paysages que les relations humaines. Celle d’Alice et de son frère pèse lourd d’amertume, de rancœur et de secrets longtemps occultés. L’incompréhension est totale entre eux deux. Ce sont deux taiseux, des butés. C’est toujours un grand plaisir de voir Ruth Wilson à l’écran, elle excelle dans ce rôle de jeune femme torturée et têtue. Mark Stanley, qui lui donne la réplique, est à la hauteur de l’actrice principale. Le tout est couronné par l’entêtante et splendide chanson, « An acre of land », interprétée par PJ Harvey.

Et sinon :

  • « Paranoïa » de Steven Soderbergh : Sawyer Valentini a du changer de ville après avoir été victime de harcèlement. Elle tente de s’habituer  à son nouvel environnement et à son nouveau boulot. Mais elle demeure très angoissée. Afin de se faire aider, elle décide de se rendre dans une clinique pour consulter un psychologue. Elle n’en ressort pas et se fait interner de force en psychiatrie. Sawyer apprend qu’elle n’est pas la seule dans ce cas et qu’elle restera enfermée tant que son assurance pourra payer. Elle est victime d’une arnaque mais dans ce milieu clos, sa paranoïa renaît… Décidément, Steven Soderbergh n’est jamais où on l’attend. Son dernier film, « Logan lucky », parlait d’un casse chez les déclassés de l’Amérique dans une veine très humoristique. On le retrouve dans un thriller tourné avec trois téléphones portables ! Et une nouvelle fois, ça fonctionne parfaitement. Le film monte en tension, l’ambiance au sein de la clinique est de plus en plus pesante. Soderbergh joue avec nos nerfs en brouillant les pistes quant à la santé mentale de Sawyer, puis en créant des scènes de thriller pur. L’autre talent du réalisateur est la direction d’acteurs à qui il propose des rôles décalés comme Daniel Craig dans « Logan lucky ». Ici Claire Foy est bien loin des ors royaux de « The crow » et elle est bluffante.

 

  • « Parvana » de Nora Twomey : Parvana est une jeune afghane de 11 ans. Elle vit à Kaboul qui, en 2001, est sous contrôle des talibans. Son père, un ancien professeur, a été mutilé pendant la guerre et est maintenant vendeur à la sauvette. Quand celui-ci est arrêté sans raison par les talibans, la famille de Parvana est en grande difficulté. Il ne reste que sa mère, sa sœur aînée et un bébé. Sous les talibans, les femmes ne peuvent sortir sans être accompagnées par un homme. Comment aller chercher de la nourriture, de l’eau quand le seul homme de la famille n’est plus là ? Parvana trouve la solution : elle se fera passer pour un garçon. Ce dessin-animé est formidable de réalisme. Il montre la dureté de la vie à Kaboul, réduite à des ruines après la guerre, l’oppression des talibans sur la population et surtout les femmes. La vie de Parvana et de sa famille est sans cesse sous tension. La violence est partout présente. pour supporter ce quotidien âpre, Parvana, comme son père avant elle, raconte des histoires à son petit frère. Son récit rythme le dessin-animé et est un vibrant hommage aux pouvoirs de l’imagination, à la culture qui sauve de la violence et de l’obscurantisme. Un dessin-animé aussi utile que plaisant à regarder.

 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Je suis bien en retard pour ce bilan de juin, les vacances sont arrivées à point pour que je remette à jour mon blog ! J’ai commencé mes lectures de juin avec un roman policier fort sympathique se déroulant à la Belle Epoque : « La mille et deuxième nuit » de Carole Geneix ; puis j’ai retrouvé ma chère Agatha pour un « Témoin indésirable » qui m’a réservée bien des surprises alors que j’avais vu récemment son adaptation par la BBC ; enfin, j’ai fait la connaissance d’un nouveau duo d’enquêteurs : Samson et Delilah dans « Rendez-vous avec le crime » que j’ai hâte de retrouver très bientôt.

Je vous parle très bientôt du « Mangeur de citrouille », un roman sur le rôle de la femme en Angleterre dans les années 50 que j’ai accompagné de la lecture d’un essai « The problem that has no name » de Betty Friedan grâce à Emjy du forum Whoopsy Daisy. Un court texte glaçant qui montre la régression de la place de la femme aux États-Unis après la seconde guerre mondial.

J’ai également commencé mes lectures pour le mois américain, qui revient en septembre,  et le festival America de Vincennes avec « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin, un sombre et inquiétant huis-clos.

Deux formidables séries ont marqué ce mois de juin notamment grâce à de magnifiques prestations d’acteurs  : « A very english scandal » de la BBC avec Hugh Grant et « Patrick Melrose » de Showtime avec Benedict Cumberbatch.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur du mois :

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Un homme emmène ses deux enfants au parc. Il est attentif et ne les perd des yeux que quelques instants, juste le temps d’éteindre sa cigarette. Un laps de temps très court qui suffit pourtant à faire disparaître sa petite fille Maria. Fou d’angoisse, Tudor parcourt le parc en criant le nom de sa fille. Aucune réponse. Il finit par prévenir sa femme et la police. Personne ne semble avoir vu la petite fille, personne ne sait ce qu’il a pu lui arriver.

La nouvelle génération de cinéastes roumains apportent beaucoup au cinéma mondial. Constantin Popescu, comme Cristian Mungiu ou Cristi Puiu avant lui, signe ici un film qui marque les esprits. Il montre en 2h32 le délitement, l’effondrement total et irrémédiable d’un homme. La vie de Tudor ne saurait être la même après ce drame dont il n’est pourtant pas responsable. Mais peu à peu, le vide se fait autour de lui. Les amis reprennent leur vie, sa femme préfère se reconstruire loin de lui et elle emmène leur fils avec elle. L’homme, abandonné à sa solitude, devient complètement obsessionnel. Chaque jour, il retourne au parc, chaque jour, il cherche sa fille. Cette quête l’entraîne peu à peu dans la folie et le spectateur est plongé dans un drame de plus en plus oppressant. Chaque plan suinte l’angoisse, la tension monte jusqu’à une dernière scène glaçante. Constantin Popescu ne lâche pas son comédien dont il faut saluer l’incroyable prestation : Bogdan Dumitrache. « Pororoca » est un film saisissant sur un homme qui perd pied et dont les dernières images resteront gravées longtemps sur la rétine des spectateurs.

Et sinon :

  •  « Hedy Lamarr : from extase to wifi » de Alexandra Dean : Ce passionnant documentaire nous permet de redécouvrir Hedy Lamarr, considérée longtemps comme la plus belle femme du monde, au destin romanesque. Hedwid Kiesler est  née à Vienne dans une famille bourgeoise et cultivée. Elle sort rapidement du rang en tournant « Extase » en 1933 où elle apparaît entièrement nue et où son visage en gros plan suggère l’orgasme. Ce film fait bien évidemment un scandale et provoque la colère du premier mari de Hedy Lamarr qu’elle a rencontré après le tournage. L’homme en question est un richissime capitaine d’industrie qui n’hésite pas sympathiser avec les fascistes et est autoritaire avec sa femme. Celle-ci réussit à fuir à Londres où elle rencontre Louis B. Mayer. Sa carrière aux Etats-Unis est lancée même si elle ne restera que peu dans les mémoires. Hedy Lamarr collectionnera les maris et les amants, c’est une femme libre et extrêmement intelligente. Et ce que montre bien ce documentaire. Hedy Lamarr était une grande inventrice dont les talents auront été négligés. Et c’est sans doute ce qui lui causa le plus de peine, elle qui aurait tant aimé que l’on oublie son sublime physique. A noter, que sa biographie est sortie aux éditions Séguier et que Pénéloppe Bagieu a évoqué son destin dans « Culottées ».
  • « Una questione privata » de Paolo et Vittorio Taviani : En 1944, dans les montagnes du Piémont, Milton cherche son ami Giorgio. Il semble que celui-ci ait été fait prisonnier des fascistes. Milton veut essayer de le faire libérer et va d’un campement de partisans à un autre à la recherche d’un prisonnier à échanger. Ce que Milton voudrait surtout, c’est poser une question à son ami : a-t-il eu une histoire avec la belle Fulvia dont ils étaient tous les deux amoureux. Ce dernier film des frères Taviani est marqué par la mélancolie. Les magnifiques paysages noyés dans la brume, une maison abandonnée évoquent « Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio de Sica. Les réminiscences du passé envahissent le présent de Milton qui doit pourtant affronté le pire des ennemis. « Une questione privata » est un très beau film sur l’obsession amoureuse , sur l’évanouissement des jours heureux et sur l’importance de l’engagement démocratique.
  • « Une année polaire » de Samuel Collardey : Anders Hvidegaard a décidé d’aller enseigner le danois au Groenland avant de reprendre la ferme de ses parents. Il choisit de partir dans le village le plus reculé, Tiniteqilaaq, au lieu de partir pour la capitale. Anders arrive dans une classe d’enfants extrêmement turbulents qui ne sont pas du tout intéressés par ses cours sur Luther et préfèrent apprendre les techniques de pêche ancestrales. « Une année polaire » est à mi chemin entre le film et le documentaire puisque le véritable instituteur joue son propre rôle et raconte donc sa première année difficile au Groenland. L’arrivée de l’instituteur montre bien que le Groenland est une colonie qui doit parler à tout prix le danois. Ce que montre le réalisateur c’est également l’acclimatation de l’instituteur à ce lieu hostile. Petit à petit, il apprend à découvrir le mode des vies des habitants, le partage et apprend leur langue au lieu de leur imposer la sienne. Il y a beaucoup de tendresse, d’empathie envers les habitants de ce village et le film rend parfaitement hommage à leurs traditions et aux splendides paysages qui les entourent.
  • « Volontaire » de Hélène Fillières : Laure, contrairement aux souhaits de sa mère, décide de s’engager dans la marine. La jeune femme, au visage gracile et délicat, va devoir apprendre à serrer les dents, à se montrer déterminée. Son apprentissage passera par la rencontre avec un commandant quinquagénaire avec lequel elle nouera une relation ambiguë faite de froideur et de séduction. Le film d’Hélène Fillières suit l’apprentissage à la rude de la jeune Laure dans un monde presque exclusivement masculin. Ce qui est intéressant dans le film est bien entendu la relation qui se noue entre la jeune femme et son commandant et les deux acteurs, Diane Rouxel et Lambert Wilson, sont impeccables. Hélène Fillières nous propose ici un film féministe qui m’a un peu laissée de marbre, peut-être en raison du milieu où il se déroule. J’ai, en effet, eu par moments l’impression d’assister à une pub pour l’armée française…

Bilan livresque et cinéma de mai

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Cinq romans  et deux bandes-dessinées sont à porter sur mon compteur pour le mois de mai. Parmi mes lectures, une pépite, un bijou de la littérature européenne : « La nuit sous le pont de pierre » de Leo Perutz qui entrelace les époques, les personnages, le shistoires avec une intelligence rare. Deux découvertes dont je vous ai déjà parlées : « Maisie Dobbs » de Jacqueline Winspear un roman policier très plaisant qui donne envie de découvrir la suite de la série ; « L’écrivain public » de Dan Fesperman qui m’a séduit grâce à son héros atypique. Je vous parle très bientôt du premier roman percutant de Kate Tempest, du dernier roman en date de mon cher Jonathan Coe et de « Serena », BD adaptée de Ron Rash.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur :

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Chez Perrin Industrin, la colère gronde. La maison-mère en Allemagne veut fermer le site et mettre au chômage 1100 salariés. Mais ces derniers ont décidé de ne pas se laisser faire. Les syndicats ont organisé l’arrêt du travail et le blocage de l’usine. La guerre entre les salariés et les dirigeants de l’entreprise commence. Le nouveau film de Stéphane Brizé est une claque. Il est d’une intensité, d’une force remarquables. Il est également d’une incroyable justesse. Le combat des Perrin nous est malheureusement familier. Celui d’autres salariés nous a été montré dans les journaux, sur les chaînes d’infos (Stéphane Brizé nous montre d’ailleurs la manière dont celles-ci traitent ce type d’actualité). Le réalisme est renforcé par le fait qu’une partie des partenaires de Vincent Lindon sont des acteurs non professionnels. La rapidité de l’action, des mouvements de caméra donnent l’impression d’être dans un documentaire. Et que dire du jeu de Vincent Lindon, toujours plus juste, authentique et intense ? Après « La loi du marché », sa prestation est encore une fois mémorable. Stéphane Brizé montre à quel point le combat est inégal, il montre la vérité des négociations entre les différents partenaires dont l’État. L’instinct de survie face à la loi du marché. « En guerre » est un film nécessaire, puissant et marquant.

Et sinon :

  • « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré : Jacques est écrivain et il est atteint du sida. Il se cache, se terre pour éviter de montrer sa déchéance. Il est néanmoins obligé d’aller à Rennes où se joue l’une de ses pièces. C’est dans une salle de cinéma qu’il croise la route d’Arthur, un étudiant. Une histoire débute entre eux que Jacques tente de freiner. Mais lorsque Arthur débarque à Paris pour le voir, Jacques finit par s’abandonner à cette dernière histoire d’amour. Christophe Honoré est ici dans la veine de son plus beau film « Les chansons d’amour ». On y retrouve son romantisme désespéré, sa mélancolie. « Plaire, aimer et courir vite » est emprunt de gravité, Jacques se sait au bout du chemin. Il a vu d’anciens amants disparaitre. Mais le film n’est pas que sombre. Il est émaillé de scènes légères, drôles et la présence de Vincent Lacoste contribue à ses moments lumineux. Pierre Deladonchamps est vraiment un acteur d’exception, sensible, fragile et au jeu subtile. Le troisième compère, Denis Podalydès, est également au mieux de sa forme. Même si j’ai trouvé quelques longueurs au dernier tiers du film, « Plaire, aimer et courir vite » est un très beau film sur les hésitations du cœur, la passation de la culture et la fragilité de nos vies.

 

  • « Everybody knows » de Asghar Farhadi : Laura revient dans son village natal en Espagne avec ses deux enfants pour le mariage de l’une de ses sœurs. Son mari a dû rester en Argentine à cause de son travail. Les retrouvailles sont chaleureuses. En plus de la famille, Laura revoit Paco, un ami d’enfance. Le mariage est joyeux, toute la famille célèbre bruyamment cette nouvelle union. Malheureusement ce dernier se termine par un drame. Les scènes d’exposition du film sont absolument remarquables. le film s’ouvre sur un clocher poussiéreux où règnent les colombes, sur une personne qui coupe des articles de journaux. Ces deux scènes mystérieuses, inquiétantes contrastent avec les scènes de liesse du mariage. Elles donnent le ton de la suite du film qui révèlera les failles, les blessures de chacun. Le drame précipitera les ruptures, les règlements de compte. C’est ce qu’observe le réalisateur iranien, ce sont les fêlures de l’âme qui l’intéresse. Il faut saluer le beau casting du film avec en tête un fabuleux Javier Bardem tout en nuances.

 

  • « Transit » de Christian Petzold : Georg fuit des forces fascisantes qui envahissent la France. Il s’échappe avec un ami dans un train de marchandises. Son compagnon de route ne verra pas la fin du voyage. A Marseille, Georg  arrive à usurper l’identité d’un écrivain allemand qui s’est suicidé dans son hôtel. Sa femme le cherche et elle va croiser la route de Georg à plusieurs reprises. L’histoire aurait pu se dérouler en 1940 mais le réalisateur a choisi de la placer à une époque contemporaine. cela crée un certain malaise au début du film, ce choix est déstabilisant. Les deux acteurs, Franz Rogowski et Paula Beer, sont très bien et les scènes qu’ils jouent ensemble sont convaincantes. Elles apportent de beaux moments de sérénité par rapport à la situation anxiogène dans laquelle se trouve Georg. Mais l’intrigue reste trop mystérieuse, allégorique pour captiver réellement.

 

 

Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

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1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

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2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

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3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

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4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

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5-Tess D’Urberville

Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

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Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».

 

Bilan livresque et cinéma d’avril

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Ce mois d’avril fut un mois de découverte ou de redécouverte : relire Zweig fut un bonheur, découvrir la plume de Willa Cather avec deux courts textes, l’univers étonnant de Police lunaire, l’histoire de Tamara de Lempicka, un auteur russe du XIXème siècle et lire un grand succès de librairie en Angleterre Chère Mrs Bird. De jolies lectures et des découvertes à poursuivre notamment en ce qui concerne Willa Cather, si vous avez lu certains de ces romans je suis preneuse de vos conseils !

Deux spring reading challenge en perspective qui vont m’occuper jusqu’au mois de juin, celui organisé par le forum Whoopsy Daisy  pour lequel je dois lire les ouvrages suivants :

 

Et l’autre challenge de printemps se fait avec mes copines The Frenchbooklover et Emjy et je dois lire :

 

De bien belles lecture en perspective pour célébrer le printemps !

Et côté cinéma, que s’est-il passé en avril ?

Mes coups de cœur :

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Staline est terrassé par une attaque cérébrale le 2 mars 1953. Il attend pendant des heures sur le tapis de son bureau que quelqu’un vienne le secourir. Mais les gardes sont trop terrifiés pour oser ouvrir la porte ! Autre problème, une fois le bureau ouvert, qui va le soigner ? Les plus grands médecins de Russie ont tous été liquidés par les purges ! Staline finit par décéder et les tractations commencent pour sa succession. Veulent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, secrétaire général adjoint du parti, Lavrenti Beria, patron de la police politique, Nikita Khrouchtchev, ministre de l’agriculture.  Tout ou presque est vrai dans ce film adapté d’une bande-dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin. Armando Iannuci transforme la mort et la succession de Staline en farce. Les personnages sont poussés jusqu’à la caricature et sont proprement hilarants. Certaines scènes flirtent avec le burlesque et les acteurs semblent se régaler à incarner de tels personnages. La lutte entre eux est féroce, les coups bas sont permis et parfois le film se fait glaçant. La satire de Armando Iannuci montre aussi la terrible cruauté de l’empire stalinien et sa violence sans pitié. Le rire l’emporte néanmoins sur la tragédie.

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Brady était une étoile montante du rodéo à Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Une chute de cheval a ruiné sa carrière. Sa grave blessure à la tête lui interdit de monter à cheval. Mais Brady ne peut imaginer sa vie loin des chevaux. Il a passé toute sa vie auprès d’eux comme tous ses amis et sa famille. Il doit se réinventer, imaginer une autre vie et cela va être extrêmement compliqué pour lui. tous les acteurs du film sont non professionnels et ils jouent leur propre rôle ce qui rend « The rider » extrêmement poignant. La réalisatrice Chloé Zhao filme avec beaucoup d’empathie et de délicatesse ces indiens Oglalas attachés à leur terre, à la nature. les paysages filmés à l’aube ou au crépuscule sont splendides. Cette nature, qui se déploie jusqu’à l’horizon, est grandiose et remet les hommes à leur juste place. La réalisatrice montre le lien fort qui existe entre ces cow-boys et les lieux où ils vivent. L’acteur principal, Brady Jandreau, est confondant de naturel alors qu’il doit être assez difficile d’incarner son propre rôle. Son histoire, son renouveau nécessaire à ce qu’il aime le plus est très émouvant.

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Les chiens sont banis de Megasaki City sous prétexte de grippe canine. Le maire Kobayashi mène une campagne contre les anciens meilleurs amis de l’homme alimentée par de fausses informations. Les animaux sont envoyés en exil sur une île décharge. Un enfant va changer les choses. Le neveu orphelin du maire veut à tout prix retrouver son chien Spot. Il atterrit sur l’île aux chiens et sera aidé par une bande de chiens errants. Wes Anderson réalise ici son deuxième film d’animation après « Fantastic Mr Fox ». Son film se déroule dans un Japon futuriste qui pourtant évoque le présent. Car sous ses airs enfantins, « L’île aux chiens » possède un sous-texte politique qui parle du rejet de l’autre, de l’exclusion d’un groupe d’individus. Le film est visuellement foisonnant, il fourmille d’idées. Cela va vite, très vite et il faudrait le revoir une deuxième fois pour ne rien manquer. On y retrouve les thématiques chères au réalisateur : l’enfance, la famille que l’on se choisit et la loufoquerie visuelle. « L’île aux chiens » est une fable parfaitement maîtrisée au ton décalé et à l’inventivité débridée.

Et sinon :

  • « America » de Claus Drexel : Si vous vous demandez comment Donald Trump a pu être élu, ce documentaire vous donnera des pistes de réflexion. Le documentariste de Claus Drexel est allé voir ce qui se passait en Amérique un mois avant les élections de 2016. Il choisit d’interroger les habitants d’une petite bourgade d’Arizona. Ici, les gens ont une religion : les armes à feu. Le droit à l’auto-défense est une évidence pour eux, certains ont tout un arsenal chez eux, d’autres donnent des surnoms à leur arme favorite. Ce que l’on ressent des entretiens est une haine de Hillary Clinton qui incarne la vieille politique et ses travers. Les images de carcasses de voitures, de lieux abandonnés nous montrent le déclassement, la pauvreté. Les habitants de Seligman sont loin du pouvoir, loin du rêve américain. Ils ont vu en Donald Trump un espoir de renouveau, un homme politique qui s’adressait directement à eux, les oubliés du fin fond de l’Amérique. Ce documentaire est fait avec beaucoup d’empathie, de compréhension et nous montre un autre visage de l’Amérique.

 

  • « A l’heure des souvenirs » de Ritesh Batra : Tony Webster est un sexagénaire qui tient une minuscule boutique de vieux appareils photos pour s’occuper. Il est divorcé et sa fille attend son premier enfant. Une vie calme qui va être troublée par un courrier inattendu : la mère d’une ancienne petite amie vient de mourir et elle lui lègue un journal intime. Celui-ci s’avère être celui d’Adrian, un ancien camarade de classe qui s’était suicidé. Pour obtenir ce journal, Tony va devoir revoir son ancienne petite amie Veronica et se replonger dans ses souvenirs. Pour être honnête, ma première motivation pour aller voir ce film était d’essayer de mieux comprendre le livre dont il est tiré : « Une fille, qui danse » de Julian Barnes. A la sortie du film, les mêmes interrogations sont demeurées, il est donc bien fidèle au roman ! Comme dans ce dernier, j’ai aimé la manière dont sont traités les souvenirs, la mémoire qui peut être trompeuse. La tonalité du film est mélancolique et douce-amère. Jim Broadbent a enfin un premier rôle à la hauteur de son talent, tout en subtilité et en ambiguïté. Il est accompagné par la toujours captivante Charlotte Rampling.

 

  • « Après la guerre » de Annarita Zambrano: A Bologne en 2002, un juge est assassiné. Un ancien brigadiste, Marco, est soupçonné d’avoir commandité ce meurtre. Celui-ci vit en France grâce à l’amnistie offerte par François Mitterand aux membres des Brigades Rouges. Marco avait été condamné pour meurtre et risque maintenant d’être extradé. Il s’enfuit avec sa fille Viola âgée de 16 ans. La réalisatrice s’intéresse à l’après Brigades Rouges et à la manière dont la France a traité ses membres. Le film montre aussi les dégâts collatéraux de l’engagement radical de Marco. La première victime est sa fille qui doit quitter sa vie en France, ses amis et ses passions pour vivre cachée. Mais l’on voit également la famille restée en Italie qui est encore traquée par les journalistes. Des incompréhensions, des silences ont aussi creusé des fossés entre les différents membres de la famille. Viola n’a d’ailleurs jamais mis les pieds en Italie et ne connait pas sa famille. Annarita Zambrano traite le sujet avec beaucoup de réalisme et aucune empathie avec les anciens brigades rouges.

 

  • « Mme Hyde » de Serge Bozon : Mme Géquil est professeure de sciences physiques dans un lycée technologique de banlieue. Autant dire que ses élèves n’ont que peu d’intérêt pour ce qu’elle enseigne et elle a bien du mal à s’imposer face à eux. Elle s’intéresse néanmoins à un élève handicapé, Malik, chez qui elle décèle un fort potentiel. Un soir, à la suite d’une expérience, Mme Géquil reçoit une décharge électrique qui va la transformer. Voici un film très singulier où règne une atmosphère étrange. Les personnages eux-mêmes sont très particuliers à l’image du proviseur interprété par Roman Duris qui semble quelque peu fêlé. Mme Géquil, jouée par isabelle Huppert, semble quant à elle indifférente au monde, toujours à distance. « Madame Hyde » est un film complètement décalé, étonnant, souvent drôle, peut-être un peu trop conceptuel par moments et qui met à l’honneur la passation du savoir.

 

Bilan livresque et cinéma de mars

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Un petit mois de mars au niveau de mon nombre de lectures, j’aurais aimé que le bilan soit plus important. Les livres lus sont pourtant à la hauteur mais j’ai eu l’impression de lire à la vitesse de l’escargot… J’ai néanmoins réussi à vous parler de « Une bonne école », le dernier Richard Yates publié chez Robert-Laffont, qui m’a séduit par son ton mélancolique et désabusé, de l’âpre « C’en est fini de moi » de Alfred Hayes à l’atmosphère sombre et désenchantée, « Un héritage » de Sybille Bedford qui nous transporte dans l’Allemagne de 1870. Et j’espère vous parler très rapidement de la formidable biographie des sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan.

Cinq films à mon compteur pour le mois de mars et un énorme coup cœur :

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Été 1983, Elio, 17 ans, et sa famille s’installent dans leur villa du XVIIème siècle dans la campagne lombarde. Les parents sont des intellectuels, cosmopolites et polyglottes. Elio est un érudit qui s’intéresse tout particulièrement à la musique. Comme chaque année, la famille accueille un thésard venu travailler avec le père sur des recherches archéologiques. Cette année, c’est un américain qui vient passer l’été en Italie. Oliver, séduisant et charismatique, agace autant qu’il fascine Elio. L’adolescent l’observe, le suit, tourne autour et le rejette tout à la fois. Entre eux naît une irrésistible attraction. Quel bonheur et quelle réussite que ce film de Luca Guadagnino ! « Call me by your name » est une parenthèse enchantée pour Elio et pour le spectateur. Il retrace un premier amour fulgurant, d’une rare intensité. Elio est l’incarnation de la nonchalance adolescente qui colle parfaitement avec la langueur de l’été italien. Elio est aussi l’incarnation de la naissance du désir et des troubles qu’il engendre. Elio papillonne entre Marzia, son amie d’enfance, et le bel Apollon qu’est Oliver, hésitant, peu sûr de lui et de ses sentiments. Elio, comme tous les adolescents, expérimente avant d’être frappé par l’éblouissement du premier amour. « Call me by your name » est aussi l’apprentissage de la souffrance, de la perte, l’entrée de plain-pied dans l’âge adulte. Le film est splendidement réalisé et maîtrisé. Il est lumineux, sensuel, cruel et tendre. Les acteurs sont tous à la hauteur de la réalisation à commencer par les deux acteurs principaux : le jeune et éblouissant Timothée Chalamet et le sensible et touchant Armie Hammer. Ils concourent tous les deux à la beauté solaire de ce film d’apprentissage. Un gros coup de cœur qui me donne envie de ma précipiter sur le roman d’André Aciman.

 

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Le film s’ouvre dans le bureau d’une juge. Antoine et Miriam divorcent et sont là pour décider des conditions de la garde de leur fils Julien, 11 ans. Leur fille va avoir 18 ans et refuse de voir son père. La tension est palpable, Miriam semble pétrifié. Les deux avocats s’affrontent, l’une dénonçant la violence d’Antoine, l’autre affirmant que Julien ne peut pas vivre sans son père. Qui croire ? La juge accorde la garde partagée. Pris entre sa mère et son père, Julien va tout faire pour éviter qu’un drame arrive. « Jusqu’à la garde » commence comme un film réaliste avec la scène très juste chez le juge et se poursuit comme un thriller. Tout le film tourne autour de la peur, celle de Julien qui cherche à protéger sa mère sans y parvenir et qui craint son père. Le jeune acteur Thomas Gioria est remarquable et touchant. La tension, l’angoisse grandit au fur et à mesure que l’on découvre la vrai nature du père : intrusif, jaloux, colérique mais aussi blessé et torturé. Denis Ménochet y est impressionnant, passant en une seconde d’un regard doux à un regard brutal et menaçant. Et que dire de Léa Drucker qui fait bloc devant son monstre de mari avec force et dignité. La malaise est présent tout le long du film, l’anxiété nous gagne sans que jamais les coups ne soient montrés, la violence est sourde. Et la fin du film est saisissante.

Et sinon :

  • Lady Bird de Greta Gerwig : A 17 ans, Christine McPherson veut échapper à la morosité de son quotidien à Sacramento. Elle se fait appeler Lady Bird et dessine des femmes à tête d’oiseau pour sa campagne aux élections de son établissement catholique. Sa famille fait partie de la classe moyenne qui a des fins de mois difficiles et qui rêve des maisons cossues de l’autre côté de la voie ferrée. Le premier film de Greta Gerwig est en grande partie autobiographique. Lady Bird est un personnage fantasque, en marge des autres adolescents. Elle est agaçante et touchante dans son désir de rejoindre New York où la vraie vie semble palpiter. La relation avec la mère est particulièrement bien traitée. Entre engueulades et complicité, leur relation vibre d’émotions et de tendresse non avouée. Saoirse Ronan prête son visage à Lady Bird et elle illumine le film de sa présence énergique et vulnérable. Le film porte la voix singulière de Greta Gerwig et du cinéma indépendant américain.

 

  • The disaster artist de James Franco : Tommy Wiseau est un acteur calamiteux mais il se pense incompris. Il rencontre un jeune acteur dans un cours de théâtre. Ensemble, ils partent tenter leur chance à Hollywood. Rien ne fonctionne et les deux hommes restent sur le carreau. Mais Tommy est richissime et il décide d’écrire et de réaliser son propre film. Il en sera également l’acteur principal aux côtés de son ami. Le film de James Franco s’inspire d’un personnage réel. Tommy Wiseau, dont l’âge et l’origine de la fortune restent inconnus, est le Ed Wood des années 2000. Son film « The room » est devenu un nanar culte aux Etats-Unis. Les scènes du tournage (qui sont des reconstitutions à l’identique du film original comme le montre la fin du film) donnent l’impression d’une exécrable sitcom où le jeu de Tommy Wiseau est absolument ridicule. Le film de Franco est une comédie très drôle, très enlevée. Le personnage central est totalement démesuré, fantasque et barré. Mais il étonne aussi par sa démesure, sa fêlure intérieure et son besoin démesuré de reconnaissance. Un personnage surréaliste qui valait bien un film.

 

  • Eva de Benoît Jacquot : Bertrand est un dramaturge à la mode, adulé mais qui peine à rendre son prochain manuscrit. Et pour cause, son succès il le doit au travail d’un autre, un vieil écrivain chez qui il faisait le gigolo et à qui il a volé un manuscrit après l’avoir laissé mourir dans sa baignoire. Bertrand croise le chemin d’une prostituée de luxe, Eva, qui va rapidement l’obséder. Leur relation devient rapidement toxique. Benoit Jacquot tire son film d’un roman de James Hadley Chase. Il en fait un polar vénéneux, d’une perversité toute cérébrale. C’est un film sur la mystérieuse fascination qu’un être peut exercer sur un autre. Les deux acteurs sont évidemment brillants comme à leur habitude : Gaspard Ulliel dévoré par son attirance pour Eva et Isabelle Huppert glaçante d’indifférence. Peut-être peut-on regretter la distance un peu froide entre le spectateur et le film mais la relation entre les deux personnages n’en reste pas moins fascinante.

Bilan livresque et cinéma de février


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Quatre romans en ce mois de février dont je vous reparle rapidement. « Le livre de perle » sera sans aucun doute mon coup de cœur du mois. Quatre bandes-dessinées que je vous conseille toutes. « Le joueur d’échecs » de David Sala est un véritable bijou autant sur le fond que sur la forme. « Opération Copperhead » de Jean Harambat est une bande-dessinée d’espionnage dans la lignée des films anglais de Alfred Hitchcock. « Les beaux été » est une tendre, drôle et émouvant histoire d’une famille qui part en vacances, il existe trois tomes à la série qui décrivent des périodes différentes de la vie de cette famille. « Culottées tome 2 » de Pénéloppe Bagieu est bien entendu à la hauteur du premier volet !

Et côté cinéma, sept films à mon actifs avec des coups de cœur :

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Gaspard prend le train pour assister au remariage de son père. Sur le trajet, il croise le chemin de Laura à qui il demande de l’accompagner. La fantasque jeune femme accepte sans savoir où elle va mettre les pieds. La famille de Gaspard possède et s’occupe de l’entretien d’un zoo et elle est assez particulière. Le père est volage, la soeur se prend pour un ours et porte en permanence la peau  de l’un d’eux sur les épaules,. Seul Virgin, le frère, semble avoir la tête sur les épaules mais il en veut à Gaspard d’être parti. Les jours avant le mariage promettent d’être imprévisibles. Le troisième long métrage de Antony Cordier est une totale réussite. Il nous entraîne dans un univers fantaisiste (le père reçoit ses enfants tout en se baignant dans un aquarium), poétique, mélancolique (flash-backs sur une enfance heureuse et une mère lumineuse et disparue trop tôt) mais tout cela est traité avec beaucoup d’humour. Le film est le récit d’émancipation de Gaspard et des autres membres de la famille. Chacun va finalement trouver sa propre place en dehors du cocon familial. Le film est porté par des acteurs tous inspirés : Félix Moati qui fait jusqu’ici une excellente carrière, Laëtitia Dosch et son grain de folie, Christa Théret, Guillaume Gouix que j’aimerais voir plus souvent, Marina Foïs, Elodie Bouchez. 1h45 d’une douce et poétique drôlerie.

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Dans les années 50, Reynolds Woodcock est le couturier le plus demandé à Londres. Il habille les têtes couronnées européennes de robes à l’élégance classique. Sa maison de couture est dirigée d’une main de fer par sa sœur Cyril. Lui ne s’occupe que de créer et de s’enfermer dans ses manies de vieux garçon. Les femmes l’ennuient vite et Cyril se charge de les faire partir. Mais leur routine va être rompue par la nouvelle conquête de Reynolds : Alma, une serveuse rencontrée dans une auberge. Celle-ci compte bien s’immiscer dans le duo et obliger le couturier à l’aimer par tous les moyens. « Phantom thread » est sans doute le film le plus sobre de Paul Thomas Anderson. Le fil narratif n’est interrompu par aucune ellipse, la forme est d’un classicisme glacé à la Hitchcock. D’ailleurs, la silhouette vêtue de noir de Cyril n’est pas sans évoquer la Mrs Danvers de « Rebecca ». « Phantom thread » est un jeu de domination. Reynolds est dominé par sa soeur qui le garde dans ses manies et ses tics, Alma est dominé par Reynolds qui lui impose son mode de vie et sa soeur. Mais la poupée Alma échappe à son créateur et se montre plus déterminée qu’il n’y parait sur son joli et sage minois. Avec patience, elle renverse mes choses établies. Le jeu tout en retenu de Vicky Krieps traduit bien l’abnégation du personnage qui cache une volonté inflexible. Il fallait avoir du talent pour ne pas faire pâle figure aux côtés des deux grands acteurs que sont Daniel Day Lewis et Lesley Manville. Un trio d’acteurs qui fonctionnent parfaitement et installent une relation complexe et perverse.

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Coney Island dans les années 50, Ginny vit avec son mari, au cœur du parc d’attractions. Ginny est une ancienne actrice qui s’illusionne sur ses succès passés. Elle est aujourd’hui serveuse, lasse et malheureuse. Sur la plage, elle rencontre Mickey, un sauveteur. Ils deviennent amants et l’imagination de Ginny s’enflamme. La situation se gâte lorsque sa belle-fille, Carolina, revient à la maison. Mickey et Carolina tombent amoureux. Le dernier film der Woody Allen est très ancré dans le théâtre. Ginny semble perpétuellement jouer une scène. Les éclairages sont très accentués et colorés. Les lumières sont omniprésentes dans l’appartement de Ginny et l’éclairent de façon dramatique. La grande scène de Ginny est extrêmement mélodramatique, presque surjouée. Kate Winslet fait ici penser à Vivian Leigh dans « Un tranway nommé désir ». Elle est au bord de la rupture, sa fragilité nous saute au visage. La prestation de kate Winslet est une nouvelle fois admirable. Le film est une tragédie, il est d’une grande noirceur et teinté par l’amertume de son héroïne. Sous ses couleurs pop, « Wonder wheel » est un film bien cruel envers son héroïne mais c’est aussi ce qui en fait la saveur.

Et sinon :

  • L’insulte de Ziad Doueiri : A Beyrouth, un rien peut mettre le feu aux poudres. Yasser est un chef de chantier palestinien dans le quartier de Tony, chrétien libanais. La gouttière du dernier n’est pas aux normes. Yasser lui signale et lui répare. Tony démolit le travail fait et récolte une insulte. Il réclame alors des excuses à Yasser. Le conflit de voisinage s’envenime et se termine devant le tribunal. Le film de Ziad Doueiri est un formidable film politique et de réconciliation. Il ne prend pas partie et montre les souffrances des deux camps. Apprendre à mieux comprendre l’autre est le début d’une possible entente. Les deux héros du film seront chacun bourreau et victime. Le réalisateur montre qu’un pays ne doit rien oublier de son histoire s’il veut vivre en paix. L’insulte est un excellent film de procès servi par deux acteurs (Adel Karam et Kamel El Basha) jouant toutes en nuances.

 

  • Ni juge, ni soumise de Yves Hinant et Jean Libon : Une partie de l’équipe de la regrettée émission Striptease a suivi pendant trois ans une juge d’instruction belge, Anne Gruwez. A la façon de l’émission belge, Yves Hinant et Jean Libon ne donnent aucun commentaire sur ce qu’ils filment. Anne Gruwez est un sacré personnage, truculente, au langage cru. Elle semble ne se laisser démonter par aucune situation (il faut la voir arriver avec une ombrelle rose fushia pour assister à une exhumation dans un cimetière !). Mais derrière l’humour, on voit également une juge d’instruction impliquée, humaine face à la misère, à la violence et au désarroi des personnes passant dans son bureau. Le dispositif du film rappelle celui de Raymond Depardon dans « Délits flagrants » en plus belge et surréaliste !

 

  • Cro man de Nick Park : Dans une jolie vallée luxuriante, vit une joyeuse tribu de l’âge de pierre. Les habitants vivent de la chasse aux lapins (qui sont souvent les plus malins). La vie coule paisiblement jusqu’à ce que la vallée soit colonisée par des hommes de l’âge de bronze. Ils veulent conquérir la vallée qui possède une mine d’or. La petite tribu ne se laisse pas faire et la possession de la vallée se jouera au football ! On retrouve avec grand plaisir le travail méticuleux des studios Aardman. Le style est bien là : les personnages ont des bouilles incroyables, c’est coloré, drôlissime, plein de clins d’œil à notre époque. Et comme souvent, ce qui sauve les hommes ce sont leurs animaux de compagnie ! C’est un régal, un excellent moment qu’il ne faut surtout pas bouder.

 

  • Le retour du héros de Laurent Tirard : Lorsque le capitaine Neuville part sur les champs de bataille napoléonien, il laisse une fiancée éperdue de tristesse. Il lui promet d’écrire tous les jours…promesse qu’il ne tient pas. Voyant dépérir sa sœur dans l’attente des lettres de Neuville, Elisabeth se met à lui en écrie. Elle invente un capitaine flamboyant, héroïque qu’elle finit par faire mourir au combat. Mais le capitaine Neuville revient… « Le retour du héros » est une comédie piquante aux dialogues savoureux. Dans les nobles demeures, nous assistons à une véritable joute verbale entre un homme prétentieux, voleur et couard et une demoiselle d’une trop grande modernité pour son époque. Pas de surprise quant à la prestation de Jean Dujardin à qui ce genre de rôle va comme un gant. En revanche, on découvre une Mélanie Laurent à qui la comédie sied à merveille.

 

Bilan livresque et cinéma de janvier

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Cinq livres et une bande-dessinée à mon compteur de janvier, c’est honorable pour débuter 2018 ! J’ai attaqué l’année avec une nouvelle auteure : Tessa Hadley, très respectée en Angleterre mais inconnue en France et c’est fort dommage. J’ai pris beaucoup de plaisir à retourner à Peyton Place même si ce deuxième tome n’a pas le ton acide du premier. J’ai enfin lu le premier tome des aventures de Daisy et Hazel, deux jeunes filles qui se prennent pour Sherlock Homes et le Docteur Watson, un roman jeunesse réussi et divertissant. Je vous parle très vite de ma lecture de Captive de Margaret Atwood que j’ai fini il y a peu. En revanche, je n’ai pas trouvé le temps de faire un billet sur La vérité sur Bébé Donge mais Simenon est une valeur sûre, ses romans noirs sont des bijoux. La BD du mois était un peu décevante mais on ne peut pas gagner à tous les coups !

Et côté cinéma, mes coups de coeur :

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Mildred Hayes loue trois panneaux à l’entrée de sa ville pour faire passer un message à sa communauté. Sa fille a été violée et tuée quelques mois plus tôt et la police n’a toujours trouvé son meurtrier. La colère de Mildred n’épargne personne, même pas le chef de la police atteint d’un cancer. Mildred veut faire bouger les choses, faire réagir. Mildred, c’est Frances McDormand qui mérite tous les prix du monde pour sa prestation. Elle est obstinée Mildred, courageuse mais aussi colérique et totalement égoïste dans sa souffrance. Elle semble complètement oublier que son fils est encore vivant et que son ex-mari a également perdu sa fille. Ce fort personnage est extrêmement bien entourée et ce sont également les personnages secondaires qui font le sel de ce film. Le chef de la police, Woody Harrelson, est un brave type, père exemplaire, qui essaie de s’occuper au mieux de ses concitoyens. Le flic interprété par Sam Rockwell, est encore plus marquant : raciste, homophobe, bête à manger du foin, est celui que les trois tableaux fera le plus évoluer. La douleur de Mildred provoquera une étincelle chez lui. « 3 billboards » est un film remarquable, une tragédie aux dialogues ciselées et emprunte d’humour noir.

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Marguerite Duras attend le retour de son mari, Robert Antelme, déporté. Nous sommes dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Marguerite, résistante, est prête à côtoyer l’inspecteur Pierre Rabier, collabo notoire, pour avoir des nouvelles. Une relation ambiguë se noue entre eux alors que le réseau résistant de Marguerite s’en inquiète. Tous les deux vont jouer au chat et à la souris. Après la libération, dans la seconde partie du film, Marguerite attend toujours, incapable de se réjouir de la victoire, rongée intensément par la douleur de l’attente. Je n’ai pas lu le roman-autobiographique de Marguerite Duras mais j’ai retrouvé dans le film l’atmosphère, le rythme de la langue de l’auteure. Emmanuel Finkiel reprend de longs passages du roman lus en voix-off. Les pensées de l’auteure portant sur l’absence de son mari tournent à l’obsession, elles deviennent hypnotiques, entêtantes et les mots prononcés par Mélanie Thierry restent longtemps dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Il faut dire que l’actrice est admirable, toujours juste et intense, touchante et troublante. Sans masque, sans fard, elle est marquée par cette douleur, cette impatience à revoir son mari. Les hommes qui l’entourent sont à la hauteur de sa prestation : Benoît Magimel, mielleux et fielleux à souhait, Benjamin Biolay, grave et solide. La réalisation d’Emmanuel Finkiel colle parfaitement au texte et à l’état d’esprit de son héroïne passant poétiquement du net au flou.

  • L’échange des princesses de Marc Dugain : Afin de consolider la paix entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée de faire un échange de princesses. L’Infante d’Espagne, âgée de quatre ans, épousera Louis XV et la fille de Philippe d’Orléans, Mlle de Monpensier, adolescente, à Don Luis, le futur roi d’Espagne. Le mariages n’auront pourtant pas l’effet escompté. Marc Dugain adapte ici le roman éponyme de Chantal Thomas qui a travaillé au scénario. Les deux pauvres jeunes filles sont des objets, des pions dans ce décorum grandiose. L’Infante d’Espagne réagit comme une adulte, prête pour son rôle de reine mais elle ne pourra pas donner un héritier au trône avant de nombreuses années. Mlle de Montpensier réagit comme une adolescente, rejetant avec insolence et ironie son pauvre mari et toute la cour d’Espagne. Marc Dugain montre la grandeur et la décadence des cours européennes avec un grand savoir-faire et beaucoup de minutie (costumes, décors et images sont somptueux). Les acteurs sont impeccables à commencer par les deux princesses : Juliane Lepoureau et Anamaria Vartolomei. Il faut souligner également les prestations de Lambert Wilson en Philippe V d’Espagne hystérique de religion après avoir été un fou de guerre, et Catherine Mouchet qui joue la nourrice royale avec une infinie délicatesse.

 

  • Fortunata de Sergio Castellitto : Fortunata est coiffeuse à domicile dans la banlieue populaire de Rome. Elle travaille au noir essayant d’accumuler l’argent nécessaire à l’achat de son propre salon. Fortunata passe ses journées à courir en mini-jupe et talons hauts, s’occupant en plus de sa fille de huit ans, d’un ami tatoueur dépressif et en évitant la violence de son futur ex-mari. Sa fille, perturbée par le divorce et la vie trépidante de sa mère, se comporte mal. Fortunata doit l’emmener voir un psy, un homme bien qui s’intéresse sincèrement à l’histoire de cette famille bancale. Sergio Castellitto réalise une splendide comédie à l’italienne où le tragique affleure. Il réussit un très beau portrait de femme, une mamma Roma incroyablement énergique et résistante. Fortunata rêve d’une vie calme et heureuse mais elle est entraînée dans un véritable tourbillon. Son farouche désir d’indépendance se heurte à des réalités qu’elle ne maîtrise pas et qui font vaciller la bonne fortune qu’elle essaie de conquérir. Jasmine Trinca est absolument formidable dans le rôle de Fortunata, elle s’inscrit dans la belle lignée des actrices italiennes comme Anna Magnani, Monica Vitti ou Sofia Loren.

 

  • The Florida project de Sean Baker : Moonee, six ans, explore joyeusement son terrain de jeu pendant l’été : elle et sa mère vivent dans un motel bas de gamme. Mais peu importe pour Moonee et ses amis, tout ce qui les entoure est source de jeu, de découverte : un champ de vaches se transforme en safari, des lotissements abandonnés en maisons hantées.  Les enfants sont totalement livrés à eux-mêmes. Les parents sont dépassés par la pauvreté, la quête de l’argent nécessaire pour payer le loyer. Ce film de Sean Baker est un conte de fées cruel. Moonee et ses amis débordent d’énergie, d’envie. Le cinéaste montre parfaitement la puissance de l’imaginaire enfantin. La vie est pour eux un immense parc d’attraction. Mais la dure réalité les rattrape souvent. le gérant du motel (Willen Defoe, parfait) essaie d’éviter les ennuis à tous mais il ne peut rien faire quand certains dérapent. « The Florida project » est un très beau film sur l’enfance comme l’était « Les 400 coups », sur l’amitié et l’amour entre une mère et une fille.

 

  • El presidente de Santiago Mitre : Un sommet réunit les présidents d’Amérique latine en vue de la création d’une alliance pétrolière. Le Mexique voudrait voir les USA s’associer au projet et voudrait faire pencher l’Argentine de son côté. Le président argentin, Herman Blanco, est un homme qui se veut simple, normal. Mais le sommet va se compliquer pour lui avec un scandale qui implique sa fille. Santiago Mitre crée une ambiance inquiétante, une atmosphère étrange avec des images de routes en lacets complexes, des baies vitrées au-dessus du vide, des scènes d’hypnose. Ricardo Darin incarne également cette inquiétude sourde, son personnage est insondable. Mais je dois avouer ne pas avoir compris les interactions entre l’histoire privée et la décision politique prise à la fin par le président Blanco. Les deux volets ne m’ont pas semblé s’emboîter et j’ai eu l’impression de voir deux films différents.

Bilan livresque et films de décembre

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Avant 12 jours, les patients internés sans leur consentement dans un hôpital psychiatrique doivent passer devant un juge pour que la procédure se poursuive ou non. Raymond Depardon utilise le même procédé que dans « Flagrants délits » notamment, sa caméra est posée entre le juge et le patient et se fait totalement invisible. Les mouvements de caméra se réduisent à des champs/contre-champs entre les deux parties. Nous assistons, comme si nous étions dans la pièce, à ses entretiens. Ce qui est frappant, c’est l’incommunicabilité entre les deux parties. Les juges tentent, le plus souvent avec bienveillance, d’évaluer les capacités des patients à vivre à l’extérieur. Les patients sont eux bien souvent trop malades, trop désespérés pour comprendre la procédure qu’on leur expose. En découlent des dialogues surréalistes, absurdes qui font rire ou froid dans le dos. Certains montrent toute la violence de notre société et ont été placés après un burn out ou sont atteints de schizophrénie, de paranoïa. Le regard de Raymond Depardon est plein d’humanisme, il est sans jugement envers ses personnes fracassées par la vie. C’est d’ailleurs toujours le cas avec les documentaires de Raymond Depardon ; sa compassion, son regard lucide font du bien.

Reza est éleveur de poissons à la campagne avec sa femme, directrice de lycée, et son fils. Il veut simplement vivre paisiblement de son travail. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne l’Iran aujourd’hui. Comme Reza le dit lui-même, on est soit oppresseur, soit oppressé. Essayant de vivre honnêtement, Reza refuse un pot de vin à un banquier et préfère payer des agios supplémentaires. Ces dettes vont empirées lorsqu’une société va tout faire pour récupérer ses terres. Reza s’entête et refuse de céder aux intimidations malgré les conseils de son épouse. Il ne lâchera rien mais ceux qui sont en face de lui non plus. Le réalisateur Mohammad Rasoulof dresse un portrait noir et pessimiste de la société iranienne.  Il le paie d’ailleurs cher puisque son passeport lui a été retiré, qu’il ne peut plus travailler et qu’il vit sous la menace d’une incarcération. « Un homme intègre » montre une société gangrenée par les pots-de-vin, par la loi du plus fort. Tout s’achète, tout se négocie et tout le monde est complice de ce système. Seuls quelques-uns tentent de résister et changer les choses. Mais la fin du film est glaçante et montre que la définition de Reza est parfaitement exacte. Les acteurs du film sont excellents avec en tête Reza Akhlaghirad, taiseux et tout en colère rentrée.

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Johnny travaille dur à la ferme familiale perdue au fin fond du Yorshire. Il y vit avec sa grand-mère et avec son père, handicapé suite à un AVC. Son seul échappatoire : des bitures homérique au bar du coin et des étreintes brutales avec le premier garçon qui passe. A la période de l’agnelage, son père embauche un saisonnier roumain Gheorghe. Les deux jeunes hommes se tournent autour, s’apprivoisent petit à petit. Johnny, rustre et rude, met du temps à comprendre qu’un sentiment profond naît entre eux. « Seule la terre » est un film rugueux, rocailleux comme la lande qui entoure la ferme. Les paysages sont d’ailleurs magnifiquement filmés en plan large comme en plan rapproché. De même, les animaux ont une place essentielle dans le film, comme dans la vie des fermiers qui s’en occupent. La relation qui naît entre Johnny et Gheorghe sonne parfaitement juste. Leur histoire d’amour se dessine tout en pudeur, en subtilité. Josh O’Connor est absolument formidable dans ce rôle. Son visage fermé, renfrogné se détend au fur et mesure. Il devient lumineux et incroyablement émouvant dans une confrontation avec Gheorghe à la fin du film.

Et sinon :

  • La villa de Robert Guédiguian : Dans un village surplombant une calanque, l’attaque d’un père oblige une fratrie à se réunir. Armand a pris la suite du restaurant familial, Joseph a été licencié et s’est fait largué par sa jeune fiancée et Angèle est actrice, elle habite sur Paris et n’était pas revenue depuis très longtemps. Chacun ressasse le passé et ses reproches. Chacun doit retrouver ses repères face aux autres. Ce dernier film de Robert Guédiguian est marqué par la perte et par la mélancolie. Le père va bientôt disparaître tout comme l’esprit du village qui se vide. Les belles maisons construites entre amis sont peu à peu achetées par de riches étrangers. L’âme du petit village populaire se perd. La fratrie revit les bons moments et les drames avec nostalgie (très beau moment que cet extrait d’un des premiers films du réalisateur où l’on voit les mêmes acteurs jeunes). On sent une fracture entre les anciens et les jeunes, les opinions diffèrent sur l’importance du travail et de l’argent. Mais le film n’est pas que sombre et désespéré. Il est également lumineux grâce à l’amour qui renait, à la beauté des paysages, à la simplicité de la vie en bord de mer et à l’entraide. Et voir un film de Robert Guédiguian, c’est retrouver une famille, des amis que l’on a plaisir à revoir : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Robinson Stevenin, Jacques Boudet.

 

  • Le crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh : L’histoire est des plus connues : un meurtre est commis dans l’un des wagons de l’Orient-Express. Se trouve dans celui-ci le plus grand détective Hercule Poirot qui va donc enquêter sur cet assassinat en huis-clos. La version de Sidney Lumet avait un côté suranné que l’on a plaisir à revoir. Kenneth Branagh a voulu moderniser Agatha Christie. Il le fait par des scènes « d’action » pas forcément pertinentes mais aussi par un jeu extravagant et fantasque. Kenneth Branagh cabotine, prend toute la place par son jeu excessif. Mais ça fonctionne plutôt bien et l’ego surdimensionné de Poirot est bel et bien visible. Il a gardé de Lumet, l’idée du casting cinq étoiles. Nous trouvons dans les différents compartiments : Johnny Deep en voyou, Judi Dench en princesse russe, Olivia Coleman en dame de compagnie, Penelope cruz  en dévote, Michelle Pfeiffer en veuve américaine, Derec Jacobi en valet, Willem Defoe en professeur d’université, etc… Un casting royal, un Poirot exubérant et cabotin rendent ce film parfaitement divertissant.

 

  • L’expérience interdite de Niels Arden Oplev : Pour comprendre ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience dangereuse : l’un après l’autre vont mourir quelque minute. Ce film est un remake d’un film avec Julia Roberts et Kiefer Sutherland sorti en 1990. L’original n’était pas un chef-d’oeuvre mais il était plutôt énergique et le casting tenait bien la route. Le remake est très loin d’être à la hauteur. Nous sommes ici plus proche d’une série B que d’un film. Et le casting est navrant alors même qu’il comporte Ellen Page et James Norton. En bref : passez votre chemin !

Bilan livresque et films de novembre 

Un mois de novembre bien occupée avec huit romans et trois bandes-dessinées : je lis en parallèle les œuvres du prix du meilleur polar Points (« Lagos Leye » et « L’affaire Sodorski » dont je vous parle bientôt) et du prix polars SNCF (« Bâtard » et « Tu sais ce qu’on raconte », j’ai commencé le prix par sa sélection de BD). J’ai également lu, pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, le magnifique roman de Sorj Chalandon, « Le jour d’avant », et pour le blogoclub le très inspirant « Dans les forêt de Sibérie » de Sylvain Tesson. Je ne sais pas si je pourrais faire des billets sur mes autres lectures, mais je ne peux que vous conseiller très, très fortement la lecture du dernier roman de Patrick Modiano et de découvrir la plume délicate de Michel Bernard. Pour ce qui est de la trilogie des ferrailleurs d’Edward Carey, je vous parle très bientôt du premier tome « Le château ».

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur vont ce mois-ci à :

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Ce documentaire d’Eric Caravaca porte sur un secret de famille, sa propre famille. L’acteur-réalisateur cherche les traces de sa sœur aînée Christine, morte à l’âge de trois ans et enterrée carré 35 du cimetière de Casablanca. Ses parents ne parlaient jamais d’elle, ils n’ont conservé aucune photo de la fillette. Patiemment, Eric Caravaca enquête, interroge sa propre famille. Les entretiens avec sa mère sont surprenants. Elle résiste aux questions, à la vérité. Le déni incarné. Dans son documentaire, Eric Caravaca mélange petite et grande histoire, celle de colonisation, du Maroc et de l’Algérie. Subtilement, , avec délicatesse, il se rapproche de la jeunesse de ses parents sans les effaroucher ou les braquer. Petit à petit, Christine prend vie, elle existe à nouveau grâce à la caméra de son frère. Eric Caravaca réalise un très beau documentaire, lumineux et réparateur.

A_Beautiful_Day

Joe, ancien vétéran en Irak, est une sorte de tueur à gages. Il est cette fois engagé pour retrouver la fille d’un sénateur qui a été enlevée par un réseau de prostitution. « A beautiful day » est un film qui n’est pas mettre sous tous les yeux. Par sa violence brutale, son esthétique très travaillée, il n’est pas sans rappeler « Drive ». Le personnage central est extrêmement inquiétant. Traumatisé par les violences conjugales de son père, par la guerre d’Irak ( nous découvrons tout cela par des flashbacks dont on aurait pu se passer), Joe est attiré par la mort. Il enfile régulièrement un sac plastique sur sa tête et le retire juste avant l’étouffement. « A beautiful day » est un film dans lequel le spectateur est totalement immergé notamment en raison d’un univers sonore marqué et saturé. Il l’est également grâce à la prestation de Joaquim Phoenix que l’on ne quitte pas une seconde et qui est un monolithe de brutalité pure. Sa présence électrise et hypnotise. Une expérience cinématographique qui ne peut pas plaire à tout le monde.

Et sinon :

  • Simon et Théodore de Mikaël Buch : Simon est fragile et instable. Il s’est fait soigné et sort enfin pour retrouver sa femme rabbin qui est sur le point d’accoucher. Mais cette future paternité perturbe beaucoup Simon. Il croise alors la route de Théodore, un adolescent en colère contre sa mère. Les deux hommes vont déambuler dans Paris, se fuyant et s’épaulant tour à tour. Ce très joli film de Mikaël Buch oscille entre comédie et drame. Les acteurs sont tous parfaits à commencer par Félix Moati qui incarne à merveille un Simon fébrile, fragile et infiniment touchant.

 

  • Le semeur de Marine Francen : En 1852, dans un hameau de montagne, tous les hommes sont emmenés par la police. Les femmes s’organisent sans eux, elles réalisent les travaux des champs en espérant leur retour. Les saisons défilent et elles sont toujours seules. Elles décident alors de se partager le premier homme qui passera par là pour assurer la pérennité du village. C’est alors qu’un inconnu fait son apparition. La thématique du film de Marine Francen évoque « Les proies » de Sofia Coppola. Ici, point de violence ou d’hystérie parmi les femmes, même si la zizanie n’est pas loin. C’est plutôt la naissance d’un amour qui est montrée ici, celle de l’inconnu et d’une jeune femme du village, Violette. L’amour, le paysage sont filmés avec douceur, luminosité et sincérité.