Cette sacrée vertu de Winifred Watson

Pettigrew

Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille de quarante ans, cherche un emploi de gouvernante d’enfants. L’agence de placement lui donne l’adresse de Miss Lafosse qui en cherche une. Miss Pettigrew se présente donc au 5 Onslow Mansions espérant décrocher le travail dont elle a désespérément besoin. Mais une fois entrée dans l’appartement de Miss Delysia Lafosse, c’est un tourbillon qui entraîne notre vieille fille et qui va totalement chambouler sa vie.

« Cette sacrée vertu », dont le titre original est plus parlant « Miss Pettigrew lives for a day », se déroule sur une journée dans le Londres des années 30. Le roman se découpe selon les heures du jour où se succèdent les nombreuses aventures et péripéties de l’héroïne. Ce livre de Winifred Watson est un conte de fée moderne qui fait penser aux comédies hollywoodiennes des mêmes années 30. En effet, on retrouve une opposition entre les deux figures centrales. Miss Pettigrew est une femme terne, sans vie personnelle, fille de pasteur, elle s’accroche à sa vertu et sa moralité sans faille. Delysia Lafosse est une délicieuse jeune femme, enjouée, belle, chanteuse dans un night club et aux mœurs légères. Lorsque Miss Pettigrew entre dans sa vie, elle n’a pas moins de trois prétendants ! Les deux mondes n’auraient jamais dû se télescoper, d’autant plus que Miss Lafosse n’a pas d’enfants et qu’elle cherchait une bonne. Mais comme dans toutes bonnes comédies, les contraires se rapprochent et chacune des deux femmes va apprendre de l’autre et va voir sa vie changer à son contact.

Mais sous l’humour et la légèreté, Winifred Watson parle de la difficile condition féminine avec ses deux archétypes. Miss Pettigrew, la vieille fille, n’a pas le physique pour se trouver un mari. Elle doit donc travailler pour survivre. D’ailleurs, c’est auprès des riches familles qu’elle côtoie que Miss Pettigrew est devenue aussi transparente. Ses patrons n’avaient que mépris et indifférence pour elle. Face à elle, Miss Lafosse ne doit qu’à son physique son sort plus enviable. Elle vit aux crochets d’un homme brutal qui lui paie son appartement, elle flirte avec un autre pour être engagée dans son spectacle et en aime véritablement un troisième qui a une situation moins intéressante. Sa vie n’est donc pas aussi idyllique qu’elle en a l’air pour Miss Pettigrew.

« Cette sacrée vertu » est une histoire de Cendrillon moderne, une bulle de champagne qui étourdit son lecteur et enchante page après page. Une comédie délicieuse, charmante et surannée à découvrir.

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L’if et la rose d’Agatha Christie

If et la rose

Hugh Norreys est appelé au chevet du père Clément, ce dernier est connu pour sa générosité et son altruisme. Il est mourant et souhaite absolument parler à Hugh. Pourtant, celui-ci ne connaît pas le père Clément et pense ne l’avoir jamais rencontré. Il découvre qu’en fait le père Clément est en réalité John Gabriel. Hugh l’avait croisé des années plus tôt à Saint-Loo. Le père Clément souhaite justement reparler de cette période et de la mort d’une certaine Isabelle, évènement qui déclencha la haine de Hugh envers John Gabriel. A cette époque, Hugh était en convalescence à Saint-Loo, suite à un accident de la route et il avait perdu l’usage de ses jambes. John Gabriel était, quant à lui, le candidat du parti conservateur aux élections locales. Arriviste, cynique, séducteur mais d’une franchise étonnante dans le milieu politique, Gabriel avait su s’attirer la sympathie de Hugh. Rapidement, entre les deux hommes se plaça une jeune femme mystérieuse : Isabelle qui vivait dans le château de Saint-Loo avec ses tantes. Discrète, distinguée, elle était extrêmement éloignée de la gouaille tonitruante de John Gabriel. Et pourtant…

Mary Westmacott est le pseudonyme qui fut utilisé par Agatha Christie pour écrire des romans sentimentaux. Sa maison d’édition avait refusé de les publier et Lady Agatha trouva ce subterfuge pour pouvoir les sortir malgré tout. En plus de ses romans policiers, elle écrivit six romans sous le nom de Mary Westmacott.

Il est certes question essentiellement de sentiments dans « L’if et la rose ». Mais Agatha Christie n’a pu s’empêcher de créer du suspens dans ce roman. En effet, on sait dès le départ qu’Isabelle va mourir. Sa disparition est source de discorde entre les deux héros masculins. Mais il faudra attendre les dernières pages pour connaître les circonstances de sa mort brutale.

« L’if et la rose » est également l’occasion pour l’auteur d’explorer la psychologie, la moralité de ses personnages. D’ailleurs, elle le faisait également dans ses romans policiers. Le personnage de Hugh Norreys est très intéressant. C’est le narrateur de l’histoire et c’est son handicap qui le place dans cette position. Il ne peut pas bouger et semble aux autres en dehors de la vie, spectateur de celle-ci. Du coup, tous viennent parler avec lui, lui confient leurs sentiments. Hugh pense alors connaître, maîtriser les personnalités des autres protagonistes. Mais de spectateur, il va devenir acteur et l’histoire d’Isabelle et de Gabriel lui apprend que autrui est imprévisible. Les trajectoires de ces deux personnages n’auraient jamais dû se croiser et encore moins s’épouser. Et malgré l’amour éprouvé par Hugh et Gabriel envers Isabelle, elle restera pour eux une énigme.

« L’if et la rose » est un roman fort plaisant montrant une corde insoupçonnée de l’arc romanesque d’Agatha Christie et qui souligne son talent à analyser la psychologie humaine.

Merci à NetGalley pour cette découverte.

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L’appel du passé de Elizabeth Goudge

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La famille Cameron s’apprête à passer ses vacances à Bournemouth. Charles, le fiancé de Judy, doit les accompagner. Mais les plans de la famille vont être largement modifiés lorsque Judy découvre un tableau dans une galerie de Regent Street : « Elle n’avait pas encore compris qu’elle regardait ce tableau, mais soudain Regent Street s’était évanouie, et aussi le bourdonnement de la rue. Tout avait disparu, tout, et il ne restait devant elle que cette grande montagne sombre et pourpre, dont la silhouette déchiquetée se détachait brutalement sur un ciel froid et tourmenté et dont la cime était perdue dans les nuages. (…) Ce paysage avait une beauté sévère et orageuse un peu effrayante, mais qui en même temps satisfaisait pleinement l’esprit par sa perfection. Il y avait en lui on ne savait quoi d’achevé et de fatal. » Judy met une annonce dans le journal pour retrouver le lieu fascinant peint sur le tableau. C’est ainsi que la famille Cameron se rend en Écosse au lieu du bord de mer. Glen Suilag se situe dans les Highlands et est la propriété de Ian Macdonald. Une étrange sensation s’empare de Judy dans cette vallée sauvage et isolée. Il lui semble déjà connaître parfaitement l’endroit et Ian Macdonald.

« L’appel du passé » m’a beaucoup fait penser au premier roman de Daphné du Maurier intitulé « L’amour dans l’âme ». J’ai retrouvé chez Elizabeth Goudge, la dimension fantastique utilisée par du Maurier. L’histoire de Judy et de Ian échappe à la notion de temps et à la mort elle-même. L’amour se poursuit en abolissant les siècles. Il s’agit plus ici de réincarnation, ce qui n’était pas la thématique de « L’amour dans l’âme ». Cette idée va nous entraîner jusqu’à 1745 au moment de la bataille de Culloden et de la dernière tentative des Stuart pour regagner les trônes d’Écosse et d’Angleterre. Cette partie est le cœur du roman qui en contient trois et c’est le moment le plus réussi du livre.

Le roman d’Elizabeth Goudge est presque un roman gothique, il est en tout cas d’un romantisme échevelé ! Comme je l’ai dit plus haut, l’histoire d’amour entre Judy et Ian est totalement passionnelle et fusionnelle. Les deux personnages sont aimantés littéralement l’un par l’autre dès le premier regard. Mais cela les tourmente, les questionne. Le paysage et la météo écossais sont à l’unisson des âmes agitées de Judy et Ian. Elizabeth Goudge crée une ambiance sombre, inquiète à laquelle s’ajoute un mystère celui de la fenêtre du milieu (titre original du roman) du salon qui est condamnée sans que l’on sache pourquoi.

« L’appel du passé » fait partie des premiers écrits de Elizabeth Goudge et cela se sent par quelques maladresses et facilités. Mais le mystère de la fenêtre du milieu m’a tenue en haleine et les paysages écossais sont magnifiquement décrits.

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Westwood de Stella Gibbons

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En 1940, Margaret et ses parents déménagent à Londres où la jeune femme a trouvé un travail d’institutrice. En se promenant dans les rues de la ville, elle trouve un carnet de rationnement. Elle le rapporte à son propriétaire et fait la connaissance de la famille Challis. Le carnet appartient à un peintre reconnu qui est également le gendre du grand dramaturge Gerard Challis. Margaret est en admiration devant son œuvre et va tout faire pour pénétrer dans la magnifique demeure de Westwood. Parallèlement, Gerard Challis fait la connaissance de Hilda, la meilleure amie de Margaret, à qui il fait la cour malgré la différence d’âge et son épouse.

« Westwood » est un roman d’apprentissage où l’on voit évoluer Margaret, une jeune femme un peu fade et ennuyeuse qui vit sous le joug d’une mère caractérielle et déprimée. L’héroïne apprendra que l’habit ne fait pas le moine et que les idoles doivent un jour descendre de leur piédestal. Margaret a soif de nourritures intellectuelles, elle ne peut pas exprimer sa sensibilité artistique au quotidien. L’attrait de la famille Challis est donc grand pour elle. Pour être auprès d’eux, elle sera prête à servir à de nombreuses reprises de garde d’enfants. Fort heureusement, elle va finir par s’éveiller grâce au caractère parfaitement égoïste et arrogant de Gerard Challis. La rencontre entre Margaret et une enfant handicapée l’aidera également à prendre du recul.

Stella Gibbons nous raconte l’histoire de Margaret avec beaucoup d’humour et d’ironie. Elle n’est d’ailleurs pas tendre avec ses personnages. Margaret est parfaitement transparente, Hilda est d’une grande frivolité, Gerard Challis a un ego démesuré, sa fille est méprisante, etc… Ils ne sont pas très sympathiques et Stella Gibbons est assez cruelle avec son héroïne qui reste apathique devant la famille Challis. On aimerait parfois la secouer un peu ! J’ai vraiment apprécier la causticité de l’auteur envers ses créatures. Il y a également une distance très anglaise qui s’installe entre le lecteur et les personnages. Peut-être est-ce du au manque d’empathie que l’on ressent à leur égard.

« Westwood » est un roman très anglais de part son humour teinté d’ironie. Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai passé un très plaisant moment en compagnie Margaret et de la famille Challis.

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Merci Jeeves de P.G. Wodehouse

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Bertram Wooster, jeune aristocrate londonien, s’est mis à jouer du banjo au grand désespoir de ses voisins mais également de son majordome Jeeves. Mis à la porte par ses voisins, Bertie décide de s’exiler avec son banjo à la campagne dans un cottage prêté par un ami. Malheureusement pour lui, Jeeves refuse catégoriquement d’entendre encore une seule note de banjo et donne son congé. Cette retraite campagnarde est également l’occasion d’éviter Mr Stoker et sa fille Pauline avec laquelle Bertie fut fiancé, ainsi que Sir Glossop avec qui il a eu des différends. Les trois viennent tout juste d’arriver à Londres. Mais l’aristocratie anglaise est un bien petit monde puisque Bertie retrouve à la campagne les trois personnes qu’il cherchait à fuir. Jeeves est également de la partie puisqu’il s’est fait embaucher par le baron Chuffnell, l’ami-propriétaire de cottage de Bertie.

En France, nous avons le théâtre de boulevard, en Angleterre ils ont Wodehouse ! Notre cher Bertie a en effet le chic pour se mettre dans des situations inextricables. Lorsqu’il cherche à aider un ami, il ne crée que des quiproquos en pagaille. Heureusement, l’astucieux et stoïque Jeeves est là pour tout arranger. Les évènements se succèdent à un rythme effréné, Bertie est forcé de dormir dans sa remise, est enlevé sur un yacht, se déguise en musicien noir, sa maison prend feu et son banjo aussi ! La campagne anglaise est loin d’être aussi calme que ce que l’on croyait ! Tout cela est totalement rocambolesque, farfelu et bien évidemment extrêmement drôle.

C’est léger, enlevé, terriblement anglais et le duo Jeeves/Bertie fonctionne à merveille. Un divertissement fort sympathique qui m’a bien amusée.

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Maurice de E.M. Forster

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Avant d’arriver à Cambridge, Maurice Hall avait connu un parcours sans histoire, sans éclat. Il ne brillait ni intellectuellement, ni physiquement. « Bien qu’assez gauche, il ne manquait ni de force ni de courage physique, mais il n’était pas fameux en cricket. Comme il avait subi à son arrivée les brimades habituelles, à son tour il brimait les plus faibles ou les moins bien armés, non par cruauté, mais parce que c’était l’usage. En un mot, il fut un membre médiocre d’un collège médiocre, et il laissa derrière lui un souvenir vague mais plutôt favorable : « Hall ? Attendez voir ! C’était lequel, déjà ? Ah oui, je me souviens un chic type. » A Cambridge, il fait la connaissance de Clive, un esthète avec qui il noue une amitié amoureuse très forte. Cette première proximité avec un homme va permettre à Maurice d’ouvrir  les yeux sur son être véritable et sera la première étape vers l’acceptation de son homosexualité.

E.M. Forster écrivit « Maurice » entre 1913 et 1914. Mais il ne fut publié qu’en 1971, un an après la mort de son auteur. Il faut rappeler que l’homosexualité ne fut dépénalisée en Angleterre qu’en 1967. Le sujet ne pouvait que créer un tollé gigantesque au moment de sa sortie. Le roman est d’ailleurs scandaleux à plus d’un titre. « Maurice » est un roman sur l’éveil d’un homme à son homosexualité,  sur l’acceptation de soi. Le chemin est bien évidemment long et difficile. Maurice met du temps à admettre ce qu’il est véritablement. Après Clive, il consultera plusieurs médecins espérant accéder à la normalité de son époque et de son milieu. Le mariage, la famille étaient les seules solutions acceptables. C’est d’ailleurs le choix que fera Clive qui avait totalement intellectualisé sa relation avec Maurice. Il s’agissait pour lui d’une relation purement platonique, d’un idéal. Forster nous montre bien les affres, les souffrances liées au désir contrarié. Maurice aspire à plus.

Tout change lorsqu’il rencontre Alec, le garde-chasse de Clive. Comme dans « L’amant de Lady Chatterley », l’épanouissement sexuel et charnel vient d’une personne de classe inférieure. La relation entre les deux hommes n’en était que plus choquante. Ce qui empêchait encore plus la publication du roman aux yeux de Forster était le fait que le livre se termine sur une note positive, optimiste. C’était presque « pousser au crime » que d’imaginer qu’une telle relation pouvait être viable. Sans doute l’auteur espérait-il la même chose pour lui-même, lui qui n’assuma jamais réellement sa propre homosexualité.

« Maurice » est un roman d’apprentissage intimiste, psychologique qui montre brillamment et subtilement l’évolution de son personnage central.  Maurice, un homme fade et médiocre, devient lumineux, courageux en acceptant son homosexualité. Pour compléter cette formidable lecture, je vous conseille de voir le très beau film de James Ivory avec James Wilby, Hugh Grant et Rupert Graves dans les rôles titres.

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Agatha Raisin and the quiche of death de MC Beaton

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A 53 ans, Agatha Raisin décide de partir à la retraite. Elle vend son agence de communication londonienne pour aller s’installer dans un cottage à Carsely dans les Cotswold. La dynamique et piquante Agatha n’avait pas pensé qu’il serait si difficile de s’intégrer dans un petit village où chacun connaît tout sur ses voisins. Pour faire connaissance avec les autres habitants et combattre l’ennui qui la gagne, elle décide de s’inscrire au concours annuel de quiche. Le problème c’est qu’Agatha n’a jamais cuisiné de sa  vie et n’aime pas perdre. Elle va donc acheter à Londres une quiche aux épinards dans un restaurant. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. Non seulement Agatha ne remporte pas le concours de la meilleure quiche mais en plus le président du jury meurt après avoir ingéré un morceau de sa quiche. L’intégration d’Agatha à Carserly est loin d’être gagnée…

« Agatha Raisin and the quiche of death » est le premier tome d’une longue série. L’ambiance de cosy mystery fait penser aux romans d’Agatha Christie avec Miss Marple  qui se déroulaient également au milieu de charmants cottages et des cancans entre voisins. Nous sommes donc dans un petit village de campagne en apparence tranquille et paisible. Mais Agatha va rapidement découvrir qu’il est également le lieu de nombreux secrets et que ses habitants sont plus dangereux qu’ils n’en ont l’air. L’intrigue policière n’a certes rien de révolutionnaire mais elle est bien menée et apporte son lot de rebondissements comme les différentes tentatives d’assassinat à l’encontre de notre héroïne.

Ce qui fait tout le sel du roman est son humour et sa galerie de personnages. Agatha Raisin a un fort caractère, c’est une meneuse qui dans le monde de la com ne s’embarrassait pas de politesse ou de précaution. Il lui faudra apprendre la patience et à contrôler sa langue pour conquérir Carsely. MC Beaton n’épargne pas son héroïne qui est bien souvent ridicule pour notre plus grand plaisir ! Et au fur et à mesure de ses aventures pour démasquer le meurtrier, le personnage devient plus touchant et plus sympathique. Notre Agatha est également bien entourée avec sa voisine Mrs Barr qui passe son temps à l’insulter, la douce femme du pasteur, Mrs Bloxby, qui prend plaisir à voir un spectacle de striptease, le patron du pub qui ne parle que du temps qu’il fait ou encore les autres dames du village toujours prêtes à participer aux concours de quiches/chiens/confitures !

« Agatha Raisin and the quiche of death » est un divertissement fort sympathique, drôle, léger qui développe une belle galerie de personnages et surtout une héroïne que l’on a très envie de retrouver.

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La ballade et la source de Rosamond Lehmann

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Dans le voisinage de la maison de Rebecca, dix ans, revient s’installer Mrs Sybil Jardine. La vieille femme n’était pas revenue sur sa propriété depuis de nombreuses années. Mrs Jardine était très amie avec la grand-mère de Rebecca mais par la suite les liens furent rompus entre les deux familles. Rebecca est très intriguée par la vie de Mrs Jardine et elle est enchantée lorsqu’elle celle-ci l’invite avec sa sœur à lui rendre visite. Entre Rebecca et Mrs Jardine une affection mutuelle se développe. L’enfant devient la confidente de la vieille femme qui lui raconte les épisodes marquants de sa vie mouvementée. Dans le même temps, Rebecca devient amie avec la petite fille de Mrs Jardine, Maisie. Rebecca est totalement fascinée par l’histoire de la famille.

« La ballade et la source » est un roman très mélodramatique. Il y est question de suicide, de folie, possiblement d’inceste, d’abandon d’enfants. Le sceau du malheur s’abat sans cesse sur la famille de Mrs Jardine comme pour la punir de son péché originel : avoir quitté son mari pour un autre homme. Le personnage de Mrs Jardine est très fort. C’est une femme de caractère, indépendante qui sacrifie tout à sa liberté et est prête à en payer le prix. Mais c’est également un personnage ambigu. En tentant de récupérer sa fille, elle l’entrainera à sa perte. Mrs Jardine est une femme très manipulatrice grâce à son charme qu’elle exerce sur son entourage. Rebecca est totalement envoûtée et se retrouve, à dix ans, la confidente d’évènements terribles et souvent scabreux.

Malgré un personnage central complexe, mon avis est mitigé sur ce roman. L’histoire de Mrs Jardine, puis de sa fille Ianthé, est uniquement racontée par des dialogues. Au milieu du livre, le lecteur se retrouve à devoir ingérer plus de cinquante pages de dialogues entre Rebecca et Mrs Jardine. J’ai réellement peiné à en venir à bout, j’ai trouvé ce biais de narration assez indigeste. Et malheureusement la fin du roman reprend ce procédé entre Maisie et Rebecca. Un autre problème du livre me semble-t-il est justement le personnage de Rebecca. Elle n’existe que comme confidente, elle n’est qu’un prétexte à la narration et n’a aucune épaisseur. Il m’aurait paru intéressant d’étudier l’impact des révélations de Mrs Jardine sur une si jeune enfant.

« La ballade et la source » fut donc un rendez-vous manqué avec Rosamond Lehmann malgré le fort pouvoir d’attraction de son personnage principal.

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Hiver de Christopher Nicholson

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Dans un cottage retiré de la campagne du Dorset, vivent Thomas et Florence Hardy. Le grand écrivain a 84 ans et sa seconde épouse 45. Il passe ses journées entre les promenades avec son chien Wessex et son bureau où il se force à écrire chaque jour. Quelques phrases, des poèmes, Thomas Hardy écrit ou réfléchit pendant des heures dans son bureau. Un évènement va rompre ce quotidien monotone. « Tess » va être adapté en pièce de théâtre dans la ville voisine. Après des années de refus, Thomas Hardy a fini par accepter l’adaptation de son livre le plus cher. L’actrice, qui va interpréter Tess, va bouleverser le grand écrivain. Elle se nomme Gertrude Bugler et elle est la fille de la jeune paysanne qui inspira Hardy pour son roman. Au grand dam de Florence, son mari va totalement s’enticher de Gertrude et va même lui écrire des poèmes. Florence devait déjà lutter contre le fantôme de la première femme de Thomas Hardy, Emma, il lui faut maintenant rivaliser avec une jeune femme de 25 ans.

Le roman de Christopher Nicholson porte magnifiquement bien son titre. C’est l’hiver de la vie d’un homme et le délitement d’un couple. Christopher Nicholson change de narrateurs en fonction des chapitres et donne voix à chacun. La première à se faire entendre est celle, désemparée, de Florence Hardy. Elle est remplie d’amertume, de jalousie, elle regrette son mariage avec un homme qui ne pouvait lui offrir un véritable foyer avec enfants. A défaut de pouvoir être sa muse, Florence devint sa secrétaire, elle se voulait indispensable au quotidien et au bien-être du grand homme. Et aujourd’hui, elle se voit préférer une jeune campagnarde. Oppressée par les grands arbres qui entourent leur maison et par son quotidien, Florence est en plein désarroi. Son désespoir est palpable.

Face à elle, Thomas Hardy est toujours à la recherche de son idéal féminin, de sa muse. Tess en est le modèle, Gertrude son incarnation. Une quête impossible qui semble maintenir l’écrivain en vie. Car le vieil homme est bien conscient que son temps est compté. C’est l’hiver de sa vie, le moment où l’on se demande ce qui restera de nous : « Il eut une pensée lugubre : ce qui se passa cet après-midi-là, seuls elle (Emma) et moi l’ont jamais su, mais elle est morte et enterrée, et quand je disparaitrai à mon tour, ce souvenir disparaitra également. A la mort d’un homme, tous les souvenirs de son existence sur terre, tous ces fragments de temps emmagasinés et catalogués, consultés et vérifiés, expirent avec lui. » Heureusement, dans le cas de Thomas Hardy, tout son esprit n’a pas disparu puisqu’il nous reste ses fabuleux romans.

« Hiver » est un très beau roman à la tonalité mélancolique sur la fin d’un couple, sur la fin d’un homme.

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Un brin de verdure de Barbara Pym

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Emma Howick est venue s’installer dans un cottage d’un petit village de l’Oxfordshire pour travailler sur un livre. Elle est anthropologue et la maison appartient à sa mère, professeur de littérature anglaise. Le projet d’Emma est d’étudier la vie du village. Elle participe donc activement à la vie locale : promenade à Pâques dans les jardins du château, participation à des ventes de charité, réunion de la société d’histoire locale, pique-nique dans un parc. Emma ne rate rien et elle s’entend plutôt bien avec le nouveau médecin Martin Shrubsole et le pasteur Tom Dagnall. De vieilles filles sont bien souvent à l’origine des différents évènements. Le séjour d’Emma s’annonce malgré tout assez calme, voire plan-plan ! Mais un ancien amant fait une réapparition et décide lui aussi de s’installer dans le village.

Je prends toujours beaucoup de plaisir à plonger dans l’univers campagnard de Barbara Pym. Un monde so english où une tasse de thé apporte « un confort universel » et « une consolation plus puissante encore que l’alcool ». Nous sommes plongés dans le quotidien de cette petite communauté. Il ne s’y passe pas grand-chose, les nouvelles circulent vite, chacun connaît la vie de son voisin. En cela, « Un brin de verdure » m’a beaucoup fait penser au « Cranford » de Elizabeth Gaskell. Les petits riens, les petites jalousies, les petites mesquineries, les tristesses et les joies émaillent la vie des personnages de Barbara Pym. L’humour, l’ironie de l’auteur font le reste. Mais elle traite ses personnages toujours avec beaucoup de tendresse et de compréhension.

« Un brin de verdure » confirme l’affection que j’éprouve pour l’univers de Barbara Pym qui savait comme personne décrire le petit monde d’un village anglais entre tasses de thé, médisances et possibles remariages.

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