Huit personnes se rendent par train ou par voitures sur l’île du Nègre. Une île qui fit couler beaucoup d’encre dans l’actualité. A-t-elle été rachetée par un millionnaire américain, par une star de Hollywood ou par le mystérieux M. Owen ? Les invités, poussés par la curiosité, ont tous accepté sans hésitation de se rendre dans le Devon. Tous ont des motivations différentes : certains ont été attirés par une promesse d’emploi, d’autres doivent y retrouver des connaissances, d’autres encore sont en mission de surveillance. Tous viennent d’horizons différents : un juge, un play-boy, un ancien policier, une secrétaire vont se côtoyer pendant leur séjour sur l’île. Tous ignorent qu’ils sont plusieurs à avoir été conviés sur l’île en cette journée du 8 août, tous sont donc surpris à la vue des autres au point de rendez-vous. Vera Claythorne, la secrétaire, est saisie à la vue de l’île du nègre : « Elle se l’était imaginée très différente, toute proche du rivage, couronnée d’une magnifique maison blanche. Mais aucune habitation ne se présentait au regard. On apercevait seulement une énorme silhouette rocheuse ressemblant vaguement à un profil de nègre. Son aspect lui parut sinistre et elle frissonna. » Sur l’île, les attendent deux serviteurs : M. et Mme Rogers. Ils sont donc dix sur l’île, comme les dix petits nègres de la comptine encadrée dans chaque chambre et comme les dix figurines présentées sur un plateau dans le salon. Mais aucune trace de leur hôte, M. Owen…
J’avais lu les « Dix petits nègres » il y a plus de vingt ans et j’ai eu grand plaisir à le relire à l’occasion d’une lecture commune organisée par Shelbylee sur Whoopsy Daisy. Agatha Christie met ici en place un redoutable huis-clos qu’il est impossible de lâcher. La construction est brillante puisqu’il y a une parfaite corrélation entre la comptine, les figurines et ce qui va arriver aux dix personnes présentes sur l’île. C’est donc avec effroi que l’on anticipe les événements. L’intrigue se met en place doucement, les protagonistes mettent un peu de temps à comprendre le piège dans lequel ils se sont mis. La panique, la suspicion, l’angoisse les gagnent tandis que le tempo s’accélère, ne laissant souffler ni les acteurs, ni les lecteurs. En plus d’être un parfait roman policier, « Dix petits nègres » est également un grand roman psychologique grâce à son panel de personnages qui tous réagissent de manière différente. Nous sommes nous même manipulés puisqu’aucun indice ne nous est laissé pour découvrir l’identité de M. Owen. J’ai relu le roman en me souvenant parfaitement de la fin et je trouve qu’Agatha Christie ne nous met absolument pas sur la piste.
« Dix petits nègres » est un modèle de roman à suspens. L’idée de départ est extrêmement originale et parfaitement menée de bout en bout. Les lecteurs, comme les personnages, sont manipulés par Lady Agatha pour le plus grand plaisir des premiers et le grand malheur des seconds !





















