Une photo, quelques mots (151ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

13874594085_bf4818628c_o© Romaric Cazaux

Rose saumon, fuschia, rouge, turquoise, bleu ciel, bleu marine, jaune couleur des blés, vert émeraude, des couleurs vives, pimpantes, lumineuses ! Quel plaisir pour les yeux ! Un arc-en-ciel de culottes ! C’est vraiment amusant. J’avais repéré de loin cette vitrine de magasin. Elle m’avait tapé dans l’œil avec ces belles couleurs. Nous n’avions pas de si jolis sous-vêtements lorsque j’étais enfant. Tout était beaucoup plus austére, beaucoup plus sombre et uniforme. C’est peut-être pour cette raison  que je n’ai jamais porté de couleurs vives, la force de l’habitude qui prend ses racines dans l’enfance. C’est dommage. J’aurais dû me forcer. Je suis sûre que cela aide à voir la vie du bon côté de porter des couleurs si éclatantes. Ça égaie le quotidien. C’est dommage. Il est trop tard maintenant pour s’y mettre.

C’est trop tentant, il faut que je rentre dans cette boutique. Je vais acheter quelques bodys pour Chloé et des tee-shirts pour Charlotte. Elles seront à croquer mes petites-filles. Peut-être que cela leur donnera le goût de la couleur, de toutes les couleurs.

Après, j’aurai le temps de passer au Louvre. J’ai envie de contempler les noces de Cana. Ah les couleurs de Veronèse, c’est quand même quelque chose ! Ce jaune d’or du serviteur de vin, le rouge carmin du joueur de violone, ce vert forêt du personnage debout à gauche, le blanc éblouissant des marbres, c’est si beau, si chatoyant. Il faut que j’enregistre tout ça, que je mémorise les détails. J’ai le temps de l’examiner, de le scruter minutieusement. Mon rendez-vous chez l’ophtalmo n’est qu’à 11h30. J’ai le temps de flâner un peu, j’ai le temps avant qu’il ne m’annonce que la DMLA a progressé.

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François Truffaut à la cinémathèque

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 La cinémathèque française nous propose une belle exposition consacrée à François Truffaut jusqu’à la fin du mois de janvier. Cet évènement vient célébrer le trentième anniversaire du réalisateur mort en 1984 à l’âge de 52 ans. L’exposition montre parfaitement la passion totale qu’avait François Truffaut pour le cinéma. Il fut un spectateur assidu, un critique féroce, un réalisateur (21 films et quelques courts métrages) et un acteur (« L’enfant sauvage », « La nuit américaine » ou encore « Rencontres du troisième type » de Spielberg). Sa vie entière est un hymne au cinéma. On le sait également hommes de lettres, nombre de ses films furent tirés de romans (« Jules et Jim », « Les deux anglaises et le continent », « Tirez sur le pianiste » par exemple). L’exposition présente de très nombreux documents : extraits de films, scenarii annotés, photographies, lettres ou textes concernant son travail, costumes, etc… François Truffaut gardait tout !

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Son amour du cinéma naît très tôt, dès l’enfance. Une section de l’exposition est consacrée à cette partie essentielle de la vie de Truffaut et qui occupera un grand nombre de ses films (« Les 400 coups », « L’enfant sauvage », « Les mistons » ou « L’argent de poche »). François Truffaut faisait l’école buissonnière avec son camarade Robert Lachenay pour aller au cinéma. Il a conservé de cette époque des programmes de cinéma, ses carnets où il notait les films qu’il voyait. Les deux compères fondèrent un ciné-club mais les dettes s’accumulèrent rapidement. C’est pour cette raison que Truffaut fût envoyé en camp de redressement comme le jeune Antoine Doinel dans « Les 400 coups ».

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La section suivante est consacré au travail de critique de cinéma dans l’hebdomadaire Arts et surtout dans les Cahiers du cinéma. Comme toujours, Truffaut fut précoce et écrivit une centaine de critiques entre 1953 et 1968. Son livre d’entretiens avec Alfred Hitchcock date de 1966. L’article de Truffaut sur le cinéma français des années 40 qualifié de « cinéma de papa » fit grand bruit et on le considère comme fondateur du mouvement de la nouvelle vague.

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En 1957, François Truffaut créa les films du carrosse (en hommage à Jean Renoir), sa maison de production qui lui permit de réaliser son premier court métrage et surtout son premier film « Les 400 coups ». Le succès est immédiat et il obtint en 1959 le prix de la mise en scène à Cannes à l’âge de 27 ans. « Les 400 coups » est le premier film d’une série de 4 films et un court métrage dans un film à sketches. Une large section de l’exposition est bien entendu consacrée à ce travail unique dans l’histoire du cinéma et s’intitule « L’éducation sentimentale ». Pendant 20 ans, on voit grandir le personnage d’Antoine Doinel (magnifiquement interprété par Jean-pierre Léaud mais faut-il le rappeler?) : de son enfance malheureuse à ses nombreux déboires et hésitations sentimentaux.

Doinel

Dans le même esprit, la salle suivante est consacrée à la passion amoureuse qui occupe de manière centrale les films du réalisateur. François Truffaut aimait passionnément les femmes et ses actrices. Cet amour inconditionnel et sans limite est visible dans des films comme « La femme d’à côté », « La peau douce » ou « L’homme qui aimait les femmes ». Dans « Adèle H », c’est l’héroïne qui devient folle d’amour à cause d’un beau lieutenant.

ni avec toi ni sans toi

La fin de l’exposition est dédié aux prix, hommages et pérennité du travail du réalisateur.

L’exposition de la cinémathèque est très riche et extrêmement bien documentée. Y transparait parfaitement la passion entière de Truffaut pour le cinéma. Dans mon cas, cette exposition restera teintée d’émotion car le jour où je l’ai visitée avait lieu une visite présidentielle. Accompagnant le président de la République et le directeur de la cinémathèque, Jean-Pierre Léaud, incarnation vivante et presque fantomatique du travail de François Truffaut.

Léaud

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Une photo, quelques mots (150ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

coeur-verrouille© Julien Ribot

J’aurais pu vous raconter une histoire légère, une histoire d’amoureux à Paris achetant un cadenas sur le pont des Arts. Mais cette grille me ramène inévitablement à ce terrifiant 7 janvier 2015 où l’on a voulu cadenasser la liberté d’expression ; où deux hommes aveuglés par la haine et l’ignorance ont cru pouvoir nous empêcher de rire.

Face à cette barbarie innommable, nous nous sommes rassemblés, nous avons pleuré. Nous nous sommes recueillis en pensant au courage sous-estimé de ses journalistes qui ne cédèrent jamais face à la menace, qui n’oublièrent jamais leur irrévérence, leur humour, leur esprit critique et qui étaient juste de joyeux histrions cherchant à faire tomber tous les tabous.

Comme le disait Francois Morel dans sa chronique de vendredi en citant Julos Beaucarne,  « il faut s’aimer à tort et à travers ». Soyons humanistes, curieux des autres. L’humour, l’intelligence, l’éducation, la culture sont nos armes pour briser les chaînes de l’obscurantisme. Continuons de les utiliser, chacun à notre échelle.

C’est toujours, inlassablement, vers la lumière que nous devons aller, jamais vers la nuit.

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Avis à mon exécuteur de Romain Slocombe

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Le lundi 10 février 1941, un homme est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. La police conclut au suicide. Quelques années après, un manuscrit est retrouvé dans une poubelle. Il est intitulé « Le grand mensonge » et a été écrit par un certain Victor Krebnistky, ancien agent du renseignement soviétique. Il est rapidement établi que c’est Victor qui a été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. La thèse sur les causes de son décès semble alors suspect car Victor a toujours déclaré qu’il serait un jour suicidé. Son manuscrit raconte ses années au service de Staline et son désenchantement face à la folie du dirigeant russe.

Voilà un livre exigeant qui ne se laisse pas appréhender facilement. Les cent premières pages sont ardues et austères. Le lecteur est noyé sous une énumération de noms, de dates et de sigles. Il faut un certain temps pour s’y retrouver entre la Tchéka, le GPou, le NKVD, le Poum, l’Okhrana, etc… Mais cela vaut le coup de s’accrocher, le récit devient ensuite passionnant et évoque la dérive sanguinaire du parti communiste de Staline.

Le récit de Victor Krebnistky est emblématique de ces idéalistes s’engageant au PC par conviction profonde et qui découvrirent avec horreur la vraie personnalité de Staline. « La révolution valait aussi que l’on mourût pour elle. Qu’importaient nos existences fortuites, négligeables, en regard du bonheur futur de l’humanité ? Nous détruirions le vieux monde, afin de bâtir sur ses ruines noircies le splendide monde à venir. Nathan Poretski et moi-même, déjà inscrits en 1919 au nouveau Parti Communiste des ouvriers de Pologne (KPRP), rejoignîmes le Parti Communiste de Russie lors de la guerre russo-polonaise de 1920. » Toute la première partie du roman de Romain Slocombe est consacrée à la guerre d’Espagne où Staline joue déjà un double-jeu. Son soutien n’est que superficiel, il envoie des armes endommagées avec peu de munitions pour ménager sa possible alliance avec Hitler.

C’est bien évidemment l’accentuation des purges à partir de 1937 qui fait réfléchir Victor Krebnistky. Les trotskistes sont tous éliminés les uns après les autres. Les anciens camarades de Victor sont tous amenés à la Loubianka et n’en ressortent jamais. Victor, grâce à son intelligence et à son sens de l’esquive, réussit longtemps à éviter de franchir les portes du quartier général des services de renseignements soviétiques. Romzin Slocombe rend parfaitement compte de la montée de la paranoïa dans le régime soviétique. Staline est un arriviste, prêt à changer de camp pour conserver le pouvoir et prêt à tout pour se débarrasser des voix discordantes. Il montre aussi sa formidable capacité à faire accepter ses mensonges sous un vernis idéaliste.

« Avis à mon exécuteur » est un roman qui demande de l’attention et de la persévérance à son lecteur. Mais ce dernier est récompensé par un récit extrêmement bien documenté, haletant et au souffle romanesque indéniable.

Un grand merci aux éditions Robert-Laffont pour cette découverte.

Une photo, quelques mots (149ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

15961334320_6511b3e0a2_z© Julien Ribot

Un vent glacé s’engouffrait par bourrasques dans la gare. Richard remonta le col de sa veste. Il attendait son train pour rentrer chez lui. Il se sentait particulièrement seul. Sur le quai face à lui, une foule grandissante patientait, stoïque dans les courants d’air. Tous ces gens partaient pour les fêtes de fin d’année, rejoindre leurs familles quelque part en province.

Une vague d’infinie tristesse submergea Richard. Il n’aimait pas cette période de l’année. Il se sentait matraqué par les bons sentiments, les guirlandes, les lumières accrochées partout, les vitrines des magasins, les marchés de Noël qui pullulaient dans Paris. Impossible d’y échapper, d’oublier que la fin du mois de décembre approchait. Richard attendait avec impatience que cette période s’achève. Chaque année, le mois de décembre réveillait des souvenirs qu’il essayait d’oublier le reste de l’année.

Le réveillon de Noël de ses sept ans. Un sapin richement décoré et illuminé. Sa mère vêtue d’une robe de soirée rouge. Son rire forcé, ses yeux éteints. Son père lointain, boudeur. Et lui, trop excité pour se rendre compte du malaise, trop pressé d’aller se coucher pour être à demain. Puis, le sommeil interrompu par des lumières, des cris. L’escalier dévalé pour apercevoir ce qu’il croyait être le Père Noël. Son père en bas, en larmes qui le retient et l’étreint. Une ambulance, un corps, des policiers.

Richard ne comprit que plus tard les mots entendus ce soir-là : partie, dépression, suicide. Une seule certitude lui était apparue dans ce chaos : jamais, jamais plus, il ne pourrait fêter Noël.

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Adieu 2014, hello 2015 !

Et voilà une nouvelle année qui s’achève dans les agapes et les feux d’artifices. Il est donc temps de faire un petit bilan. Du changement, du changement dans la vie perso qui a bien fait diminuer le total des livres lus : seulement 76 (BD comprises). Ce n’est pas avec ça que ma PAL va disparaître ! La preuve, c’est le statu quo : 30 livres dans ma PAL en janvier 2014 et 29 aujourd’hui ! Un dernier bilan pour le plan Orsec de George et Miss Bouquinaix : 4 livres de ma PAL en décembre mais aucun prêté.

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De belles lectures encore cette année et mes coups de coeur de 2014 ont été :

1- « Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar (ne cherchez pas mon billet, je n’ai pas trouvé le temps pour l’écrire…)

2- « Le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers et ex-aequo « Le chardonneret » de Donna Tartt

3– « Le sillage de l’oubli » de Bruce Machart

Deux auteurs ont véritablement marqué ma vie de lectrice cette année et sont rentrés tous les deux dans mon Panthéon personnel :

-Maylis de Kerangal qui peut me parler aussi bien de la construction d’un pont que d’une transplantation cardiaque et cela me passionne à chaque fois. Sa langue est puissante, touchante, vibrante.

-Dans un genre totalement différent, l’auteur qui me fait avoir des crampes aux zygomatiques à chacun de ses romans : JM Erre.  Le remède absolu contre la morosité et les baisses de moral !

Je ne lis pas beaucoup de bande-dessinée, je confesse mon ignorance crasse dans ce domaine, mais j’ai eu la chance grâce à Miss Léo de lire une excellente BD : « Blacksad » que je vous conseille à nouveau chaleureusement.

La grosse nouveauté de ce blog en 2014 aura été mes participations aux ateliers d’écriture de Leiloona tous les lundis. L’idée me plaisait depuis longtemps et j’ai fini par franchir le pas ! Nous sommes d’ailleurs de plus en plus nombreux à participer toutes les semaines et c’est un réel plaisir de lire les textes des autres blogueurs autour de la photo choisie par Leiloona.

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L’article qui a été le plus commenté l’année passée fut celui annonçant le retour du mois anglais ! How surprising ! Mes petites camarades et moi n’avons donc pas d’autre choix que de vous proposer pour la quatrième année consécutive de partir en Angleterre en juin !

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Et cette année, le mois américain sera également de retour pour devenir un rendez-vous annuel. Je ne sais pas s’il aura lieu en septembre ou un peu plus tard pour me laisser le temps de récupérer du mois anglais !

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Et très, très vite, je vous parle enfin de François Truffaut ! Je n’ai pas abandonné mon idée de challenge, j’ai juste pris un peu de retard…

Je vous souhaite à nouveau une merveilleuse et culturelle année 2015 ! Have fun my dear friends !

Une photo, quelques mots (148ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

echiquier©Marion Pluss

Son jeu d’échec est posé là depuis des semaines. Des mois même. Les pièces ensommeillées sont méticuleusement rangées dans une boîte. Je n’ai personne avec qui jouer. Et je n’en aurais pas le cœur. C’est lui qui m’a appris à déplacer les pièces sur l’échiquier. Son jeu préféré. Il m’avait appris patiemment les règles et comment les dépasser. Il voyait les échecs comme une métaphore de la société : chaque pièce a son rôle à jouer, sa place immuable. Mais à l’intérieur de ces règles, tout était possible, chaque partie était différente de la précédente. Comme dans la vie quotidienne, il fallait y insuffler de la fantaisie. Et c’est exactement ce que je cherchais, un homme capable de rompre la monotonie des habitudes. J’avais gardé sur mon bureau une photo de mes parents sur la plage de Juan-les-Pins en 1973. Cette photo respire l’ennui et l’incommunicabilité. Tout ce que je souhaitais éviter dans ma vie de couple. Et pendant quinze ans, nous avons réussi à le faire, à lutter contre l’inévitable répétition des jours. Il faut beaucoup de créativité, d’imagination et d’énergie pour y parvenir.
Mais inévitablement, cela épuise, use même les plus résistants, les plus déterminés à lutter. Insidieusement la routine gagnait du terrain. Petit à petit, elle nous encerclait, nous enfermait. Une brume de morosité s’abattait sur nous.
C’est lui qui a réagi, qui s’est éloigné pour faire une pause. Du moins, c’est ce que j’espère. Nous nous sommes séparés en septembre en se donnant rendez-vous le 31 décembre. Une nouvelle année pour un nouveau départ. Un peu cliché mais il fallait bien se donner une date butoir.
Depuis, j’attends. Le temps s’est étrangement dilaté. L’attente m’anesthésie et me rend fébrile à la fois. Cette impression d’avoir vécu une vie entière en quatre mois qui pourtant ont passé si vite. La distorsion du temps, le quotidien et ses habitudes qui abrutissent et amollissent les repères temporels.
Et je suis là à attendre impatiemment. Les dernières heures auront été plus insupportables que les quatre derniers mois. La table est mise. J’ai fait les choses en grand. Notre plus belle vaisselle embellit la table du salon. Le champagne attend au frais. La dinde dore dans le four. Ce 31 décembre sera le plus beau ou le plus pitoyable s’il ne se montre pas. Les heures s’écoulent implacablement et toujours rien. J’entends les invités des voisins arriver les uns après les autres. Les rires en cascade, les bouchons qui sautent, les couverts qui s’activent. L’année se meurt dans les agapes.
Je guette ses pas dans l’escalier, surveille les allées et venues de la rue, vérifie que ma sonnette fonctionne bien. Que fait-il ? Les glaçons du seau à champagne ont tous fondu. Toujours pas là. J’ai envie de renverser la table, de balancer son fichu échiquier par la fenêtre !
Le décompte avant minuit…il ne manquait plus que ça pour m’achever…
5… 4… 3… 2… 1…
Driiiiiiiiiiing !!!!!!!!!

Je souhaite un excellent réveillon à mes petits camarades d’atelier d’écriture et merci à Leiloona de l’avoir créé !

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Une photo, quelques mots (147ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

3198545545_f27143f086_o© Romaric Cazaux

Début juillet 1973, ils étaient arrivés en début de semaine à Juan-les-Pins. Comme l’année dernière et  l’année d’avant, ils avaient réservé un petit bungalow au camping Rossignol d’Antibes. Des vacances un peu plus chères que lorsqu’ils partaient en Vendée. Mais les congés de juillet étaient les seuls où ils partaient. Le seul luxe de l’année, le seul moment où ils quittaient leur appartement de Meudon. Ils économisaient durant l’année pour s’offrir le soleil et la chaleur en juillet.

Le rituel était toujours le même. Le matin, il écoutait la radio, lisait le journal auquel le camping était abonné. Elle allait faire les courses pour le déjeuner à la supérette du bas de la rue. Elle prenait son temps, faisait connaissance avec ses voisins de bungalow qui, eux aussi, venaient ici depuis plusieurs années. Le déjeuner se déroulait sur la petite table pliante en formica installée devant le bungalow. Ils profitaient du plein air, se racontaient les petits riens de leur matinée. Une petite sieste concluait le repas.

Il était ensuite temps de se diriger vers la plage, ils étaient là pour ça. Les sacs avec les maillots de bain, les serviettes, les bouteilles d’eau, les attendaient dans la voiture. Arrivés sur la plage, ils installaient leur éternel et infatigable parasol à grosses fleurs orange sur fond marron. Elle aimait se baigner en mer pour ensuite se sécher au soleil, sentir sa chaleur envahir tout son corps. Lui préférait rester hors de l’eau, il n’avait jamais appris à nager. Il regardait la mer et le ciel se confondre au lointain. Il observait ses congénères étalés sur leur serviette, se laissant dorer par le soleil assommant de juillet.

L’après-midi s’écoulait doucement, dans une torpeur languide. Chaque après-midi ressemblait aux autres, la monotonie des jours d’été, finalement pas si différente de celle du reste de l’année, s’installait.

Le déclin du soleil les faisait reprendre la voiture, pour rejoindre le bungalow, pour s’ennuyer ailleurs.

Une journée ordinaire de juillet 1973 à Juan-les-Pins.

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