Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine

Verticales

Aurélien Delamare est chargé (forcé plutôt) par ses parents et son frère de régler la vente de la maison familiale en Normandie. Villerville est l’endroit où il a grandi et qu’il a fui à dix-huit ans pour Paris. Aurélien y est devenu écrivain et a évité les retours en Normandie. Il vient de publier un roman qu’il n’aime pas, qu’il ne juge pas nécessaire. Le voyage en Normandie lui évite d’avoir à le défendre dans les médias. En fuite perpétuellement, Aurélien va pourtant prolonger son séjour et enfin affronter les fantômes de son enfance. « Car c’est bien ça dont il s’agit : la maison va être vendue et je donnerais cher pour ne pas avoir à la vider, comme l’on refuserait d’aller à la reconnaissance d’un corps. Je savais ma jeunesse révolue ; aujourd’hui j’ai la tardive et imparable occasion d’en déplorer enfin la disparition. Je n’ai pas vu le temps filer ; écrire, devenir, ne pas se retourner. Et je n’ai pas eu grand mal à laisser cette vie-là où elle était tant qu’elle n’était pas enterrée. La vie sans date butoir. Mais il fallait bien que je me retrouve un jour, comme tout le monde, au seuil d’une affaire classée. »

De nouveau, Arnaud Cathrine explore l’intime et l’histoire personnelle. Aurélien a trente cinq ans, il ne s’est jamais remis de sa rupture avec Junon cinq plus tôt sur la plage de Villerville. Son retour en Normandie va lui permettre malgré lui de faire un bilan et de tenter de refermer ses blessures. Il écrit son journal qui au fur et à mesure s’étoffe et prend la forme d’un véritable livre. Celui qu’il rêvait d’écrire, celui exprimant au mieux son être et son besoin de liberté. Aurélien a toujours suivi les chemins de traverse, s’éloignant de la norme sociale tant souhaitée. Le doute, l’incertitude de la vie d’Aurélien se révèlent plus choisis que contraints. Peut-être une nécessité pour s’ouvrir aux potentiels de la fiction. Aurélien retrouve d’anciens amis ou connaissances sans pouvoir les reconnaître vraiment. Ses rencontres ferment enfin son enfance. Après ces retrouvailles, Aurélien pourra vraiment prendre le large. C’est avec une extrême délicatesse qu’Arnaud Cathrine peint ce trentenaire à la dérive. Une douce mélancolie accompagne le retour aux sources d’Aurélien qui ne devra pas se laisser submerger par elle.

La superbe couverture du roman, photo réalisée par Arnaud Cathrine, caractérise bien l’ambiance du livre : un ciel changeant, une plage presque déserte, une maison imposante et une belle lumière. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Arnaud Cathrine que je n’avais pas lu depuis « Le journal intime de Benjamin Lorca » qui était déjà le portrait d’un écrivain. Celui d’Aurélien Delamare est âpre, sensible et lumineux. Un très bon premier livre de cette rentrée littéraire.

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth

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Le 31 août 1889, dans le quartier de Westminster, un homme d’une trentaine d’années, imposant et extrêmement bien habillé, pénètre au 23 Cowley Street. A l’étage, il frappe à une porte et entre dans la pièce. Là gît le jeune Billy Wood, la gorge tranchée et il est entouré de chandelles allumées. L’homme qui découvre le corps n’est autre que le célèbre Oscar Wilde, il donnait des cours de théâtre au jeune garçon. L’auteur irlandais est profondément choqué par sa découverte et décide de mener l’enquête. Il y sera aidé par l’esprit de Sherlock Holmes suite à sa rencontre avec Arthur Conan Doyle, et par Robert Sherard, arrière petit-fils de William Wordsworth et futur biographe de Wilde.

J’ai mis très longtemps à me décider à lire la série de romans policiers de Gyles Brandreth. Les livres de Stephanie Barron où Jane Austen était détective en sont la cause. L’auteur de « Orgueil et préjugés » n’était pas vraiment utilisé, elle n’était pas véritablement incarnée. J’avais peur qu’il en soit de même pour Oscar Wilde. Je m’étais lourdement trompée. Gyles Brandreth est un spécialiste de Wilde et cela se sent. Le dramaturge et auteur irlandais est bien vivant, présent dans les pages de ce roman. Il est plein d’esprit (certains de ses aphorismes sont cités), de malice, élégant et raffiné, généreux avec ses amis. Gyles Brandreth met en valeur l’intelligence de Wilde sans en ôter les obsessions. Il est attiré par la beauté des jeunes hommes, fasciné par la jeunesse après laquelle il court désespérément. Wilde est toujours à la recherche du bon mot pour briller même si cela tombe parfois au mauvais moment. Certes les amoureux d’intrigues policières rythmées y seront pour leur frais. L’enquête est lente, elle se fait sur plusieurs mois et est parfois mise au second plan pour nous laisser découvrir l’intimité de Wilde (notamment sa relation avec sa femme Constance qu’il adorait). Néanmoins les indices et découvertes sont distillés intelligemment pour tenir le lecteur en haleine et lui permettre de ne pas perdre le fil de l’intrigue au profit de la vie de l’auteur. Malgré sa lenteur, j’ai trouvé l’histoire bien ficelée, palpitante jusqu’à la révélation finale à la Hercule Poirot.

J’ai été très agréablement surprise par « Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles ». Gyles Brandreth y rend un bel hommage à Wilde et rend parfaitement l’ambiance de ce Londres fin de siècle et décadent.

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Challenge I love London 2

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Il y a un peu plus d’un an, ma chère Maggie et moi-même lancions le challenge I love London. Vous avez été très nombreux à y participer (surtout Belette…) comme vous pouvez le voir sur le billet récapitulatif. L’année ayant passé très vite, nous n’avons pas pu lire tout ce que nous souhaitions. Aussi, nous vous proposons de repartir pour une nouvelle année dans la capitale anglaise. Même principe que l’année dernière, vous pouvez nous laisser vos liens sur le billet récapitulatif.

Je tenais également à vous signaler un nouveau challenge qui va porter sur le 19ème siècle à travers la littérature, les films ou les séries. Ce challenge organisé par Fanny durera jusqu’au 14 septembre 2014. Alors n’hésitez pas à vous y inscrire !

Wilt 1 de Tom Sharpe

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« Chaque fois qu’Henry promenait son chien ou, pour être plus précis, chaque fois que son chien l’emmenait promener ou, pour être exact, chaque fois que Mrs Wilt leur enjoignait de débarrasser le plancher car c’était l’heure de ses exercices de yoga, il suivait invariablement le même chemin. Le chien le prenait docilement, et Wilt suivait le chien.  »
C’est lors de l’une de ces promenades que Henry Wilt se mit à penser aux différentes façons de faire disparaître sa femme Eva. Marié depuis de (trop) nombreuses années, Henry ne supporte plus l’énergie débordante et les activités frénétiques de sa femme. Lui-même est trop passif, enseignant de culture générale à des futurs imprimeurs, gaziers ou bouchers, il se laisse dominer par ses élèves comme par sa hiérarchie. Un peu d’action ne lui ferait pas de mal. Mais on ne contrôle pas toujours les évènements et Wilt va bientôt être au centre de l’attention de toute sa ville ainsi que Judy, poupée gonflable de son état.

Tom Sharpe a eu la mauvaise idée de nous quitter en juin de cette année et Denis a souhaité que nous lui rendions hommage en relisant son œuvre. Je n’avais pas encore eu le plaisir de rencontrer Wilt dont les mésaventures font l’objet de cinq volumes. Ce que lui fait subir Tom Sharpe est totalement loufoque et incongru. Le sous-titre vous en donne un aperçu : « Comment se sortir d’une poupée gonflable. » Vous pouvez maintenant mesurer l’étendue de l’humiliation qui est infligée à Henry Wilt. Heureusement ce dernier pourra prendre sa revanche aux dépens de l’inspecteur Flint qui sera à deux doigts de perdre la raison. Les scènes entre les deux hommes sont les plus drôles du roman. Wilt y laisse exprimer toute son imagination et son sens implacable de la rhétorique. Après tout ce qu’il a subi, il a bien mérité son heure de gloire !

« Wilt 1 » est cocasse, farfelu, Tom Sharpe n’y épargne guère ses personnages et égratigne au passage le système éducatif anglais. C’est amusant, divertissant et hautement conseillé si la morosité vous gagne.

Que le spectacle commence ! de Ann Featherstone

080. Que le spectacle commence

Dans un cabaret minable de Whitechapel au XIXème siècle, Corney Sage se produit chaque soir comme comique et comédien. Un simulacre de tribunal lui vaut du succès et la salle est remplie. Il n’y a d’ailleurs pas que les classes populaires qui fréquentent les lieux, des gentlemen s’y encanaillent. L’un d’eux est très entreprenant avec Bessie, pickpocket et prostituée, et l’entraîne dans la ruelle derrière le cabaret. Leurs ébats se terminent dans le sang, Bessie est brutalement assassinée. Mais ils n’étaient pas seuls dans la ruelle ; Lucy, une comédienne et arnaqueuse, et Corney Sage étaient présents et ont tout vu. Terrifiés, chacun part se cacher loin de Londres.

« Que le spectacle commence !  » fait alterner les journaux intimes de Corney Sage et du meurtrier. On sait donc très rapidement quelle est son identité, Ann Fearthstone a choisi de détourner le « whodunit ». Cette idée originale est renforcée par les identités multiples du tueur. Déguisements, faux-semblants émaillent le roman, ce qui correspond parfaitement au monde du spectacle dans lequel se déroule l’intrigue. C’était une excellente idée de choisir ce milieu peu exploité habituellement et on sent que l’auteur s’est bien documentée. Les mésaventures de Corney nous montrent les différents pans du métier à l’époque victorienne : cabaret, cirque, foire aux monstres…

Malgré cette pointe d’originalité, je suis plutôt restée sur ma faim. Ma déception pourrait se résumer ainsi : pour un roman policier, ça manque singulièrement de suspens ! Entre le début à Whitechapel et la conclusion, l’intrigue se traîne terriblement. Le meurtrier pourchasse mollement Lucy et Corney, d’ailleurs on met un certain temps à comprendre qu’il les poursuit. Il se demande s’il doit les éliminer ou non, pas très virulent notre assassin ! Je vais reprendre le célèbre adage d’Alfred Hitchcock qui se révèle toujours très juste : un bon film (ou livre) à suspens ne  fonctionne que si le méchant est réussi. Et ici ce n’est malheureusement pas le cas. L’idée des différentes identités était intéressante mais l’histoire se délaie dans le quotidien du tueur : ses affres sentimentales (qui font un peu trop penser à Sarah Waters) et la naissance de son enfant. Ce dernier évènement me semble vraiment inutile et n’apporte rien au récit.

J’attendais beaucoup de cette lecture, d’autant plus que ma copine Lou avait adoré. Malgré les points positifs et une bonne reconstitution de la société victorienne, je n’ai pas trouvé ce roman haletant, je m’y suis même ennuyée.

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Les matchs de la rentrée littéraire

La rentrée est belle et bien là et grâce aux matchs de la rentrée littéraire de Price Minister la reprise est moins difficile ! Comme les années précédentes, il nous est proposé de recevoir un livre de la rentrée littéraire et d’en faire la critique sur nos blogs.

Vous trouverez le détail de l’opération et la liste des livres sélectionnées cette année ici.

Si vous souhaitez participer, le formulaire d’inscription est déjà disponible ici.

Pour ma part, j’ai choisi « Esprit d’hiver » de Laura Kasischke que je n’ai jamais lue. C’est l’occasion de la découvrir avec ce nouveau roman très chaleureusement conseillé par MissLéo.

Bonne rentrée à tous !

 

The Versatile Blogger Award

Ma chère Syl m’a gentiment décerné un award pendant les vacances et je la remercie chaleureusement d’avoir pensé à moi.

Les règles sont les suivantes :

« Tout fonctionne par élections affectives :

1 – Tout d’abord, célébrer l’initiative en arborant fièrement les couleurs du logo des Versatile Blogger Award en haut d’un post dédié.

2 – Puis remercier chaleureusement le blogueur / la blogueuse truculent / truculente qui vous aime et vous le fait savoir.

3 – Lister sept petites choses vous concernant.

4 – Nommer quinze blogueurs méritants.

5 – Prévenir lesdits blogueurs que vous avez exprimé tout votre amour à leur attention, par un petit message sur leur blog. »

Comme j’ai déjà eu l’occasion de parler de moi dans un tag récent, je vais répondre en vous parlant de mon anglophilie galopante (faites attention, c’est une maladie contagieuse !).

Donc, j’aime l’Angleterre parce que :

1- Shakespeare, Dickens, Woolf, Austen, Lodge, Coe et bien d’autres encore, la liste est trop longue.

2- Hitchcock, Loach, Powell, Losey, Frears ou Ivory peuplent mon monde cinématographique.

3- Les Monty Python et l’humour anglais, rien que d’en parler j’ai envie de revoir « Sacré Graal » !

4- Le cream tea qui est invention culinaire extraordinaire, j’ai pu goûter en Cornouailles la meilleure clotted cream et rien que pour ça je pourrais aller y habiter ! (Je lance d’ailleurs un appel à la population si quelqu’un sait où je peux trouver de la Rodda’s cream sur Paris, qu’il n’hésite pas à me le dire, je lui vouerais un culte éternel !)

5- La musique anglaise, il n’y a que ça de vrai : les Beatles, les Smiths, The Clash, New Order, Joy Division, Pulp, Divine Comedy, Foals, Adele, Jake Bugg, Metronomy, là encore la liste est longue.

6- Londres, je n’ai pas lancé avec Maggie un challenge « I love London » par hasard ! Mais je n’aime pas que la capitale, j’ai adoré d’autres villes comme Bath ou St Ives et j’aimerais encore découvrir d’autres villes, d’autres régions.

7- Le thé of course !

A mon tour de décerner un award à :

Lou

-Cryssilda

-Delphine

-Maggie

-Lilly

-Noctenbule

-Sylire

-MissLéo

-Eliza

-Romanza

-George

-Cléanthe

-Shelbylee

-Adalana

-Malice

A vous de nous parler de vous !

Absolution de Patrick Flanery

9782221126349

Sam Leroux a la difficle tâche d’écrire la biographie d’une des grandes figures de la littérature sud-africaine : Clare Wade. Écrivain intimidant et peu accueillant, elle avait toujours refusé que l’on écrive sa vie. Avancée en âge, Clare finit par se laisser faire. Sam, qui revient dans son pays après de nombreuses années passées à New York, souhaite procéder par interviews successifs. Le jeune homme est passionné par l’oeuvre de Clare mais également par son comportement durant l’apartheid. Clare était une progressiste, défendant les droits de l’homme. Il semble néanmoins que son comportement n’ait pas été si clair durant cette période tourmentée de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, Clare fait également des recherches sur cette période puisque sa fille Laura s’est engagée dans la lutte armée en 1989. Celle-ci a disparu sans que personne ne sache ce qui lui est arrivé. La vérité sera difficile à trouver pour Clare et Sam.

« Absolution » est le premier roman de Patrick Flanery et il y fait preuve d’une extraordinaire maîtrise. La construction est très travaillée et elle nous donne à voir les évènements de différents points de vue. Il y a le récit de Sam à son retour en Afrique du Sud et celui de Clare au moment où commencent les entretiens. S’ajoutent à ces voix du présent, le dernier roman de Clare intitulé « Absolution » : « (…) un volume de souvenirs fictionnalisés » et le récit des évènements de 1989. A l’intérieur de ces différentes parties, on peut également lire le journal intime de Laura ou des compte-rendus de la commission vérité et réconciliation (CVR). Après un petit temps d’adaptation aux changements d’époques, le roman se lit avec beaucoup de fluidité.

Clare et Sam sont tous les deux à la recherche de la vérité sur un passé qui les lie. Laura est au centre de leur questionnement mais chacun ne détient qu’une part de la vérité qui est obscurcie par bien des secrets. Patrick Flanery nous montre à travers sa construction à quel point la vérité est subjective. Elle l’est d’autant plus dans un pays en reconstruction. La CVR avait pour but de réconcilier les différentes communautés d’Afrique du Sud et de solder les comptes pour repartir sur des bases saines. Mais comment oublier les humiliations, les attentats et emprisonnements politiques ? Les auditions de la CVR ne pouvaient régler des siècles d’une histoire complexe et tourmentée. Les différences ne peuvent s’effacer si facilement. Patrick Flanery, qui n’est pourtant pas sud africain, rend compte de la complexité de ce pays et des oppositions qui y existent toujours. Les blancs riches vivent à Cape Town dans une totale paranoïa. « Entre nous et l’homme à l’extérieur, il y a deux portails – celui entre le jardin et l’allée, et celui qui est à son extrémité – puis il y a la maison elle-même, avec ses alarmes, ses boutons d’appel, son générateur de secours, ses verrous, ses barreaux, son verre renforcé à l’épreuve des balles. »  Cette défiance envers l’extérieur n’est d’ailleurs pas tellement injustifiée car une ville comme Cape Town a un taux très élevé de criminalité. La jolie nation arc-en-ciel n’est encore qu’un lointain rêve.

« Absolution » est un roman riche et passionnant sur un pays au passé douloureux où chacun tente de se reconstruire en cherchant la vérité ou en la recomposant dans la fiction.

Un grand merci à Christelle, Cécile et aux éditions Robert-Laffont pour cette belle découverte.

On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain

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« On s’est déjà vu quelque part ? » est l’autobiographie de Nuala O’Faolain (1940-2008). Celle-ci fut rédigée en 2002 et fut le premier livre de l’écrivain qui se tourna ensuite vers la fiction. Ce livre fut un énorme succès à sa sortie comme en témoigne la très émouvante postface. Nuala O’Faolain a reçu des centaines de témoignages d’affection de gens ayant été touchés par sa vie ou ayant connu les mêmes problèmes.

Nuala O’Faolain est la deuxième d’une famille de neuf enfants vivant dans le comté de Dublin. Son père, journaliste, est séduisant, charmant mais peu préoccupé par sa famille. Sa mère se perd dans l’alcool et ne trouve aucun réconfort dans ses enfants. Nuala réussit néanmoins à s’extirper de ce milieu sans argent et sans espoir. C’est l’amour de la littérature qui la porte. Sa mère est une lectrice compulsive et rapidement Nuala le devient à son tour. « J’ai dû voir déjà chez ma mère que lire est un refuge. Qu’on ne peut pas vous atteindre quand vous avez un livre. Bien sûr, dans mon cas, ma mère était le « on ». Tout ce qu’elle me demandait de faire – chercher des brindilles pour démarrer le feu, aller promener le bébé dans la poussette – dérangeait ma lecture. Dans les livres, je trouvais le bien-être et le réconfort. » Cette passion l’amène a l’université de Dublin puis à Oxford. Elle devient journaliste, productrice à la radio puis à la télévision et enfin chroniqueuse à l’Irish Times. Une belle carrière mais qui ne suffit pas à cicatriser les plaies de l’enfance.

Nuala O’Faolain a toute sa vie cherché l’amour : « Des millions de gens, en dehors de moi, ont pensé qu’un autre être humain était ce dont ils avaient besoin pour combler leur vie et pour combler celle de l’autre – que, ensemble, on peut découvrir le meilleur côté du monde et le meilleur de soi-même. »  Élevée dans une Irlande patriarcale, Nuala O’Faolain reste prisonnière de l’idée qu’une femme doit se trouver un homme, un mari. Malgré son indépendance, malgré son féminisme, elle recherche cela. Et ses relations avec le hommes furent loin d’être satisfaisantes. Nuala se désespère, boit beaucoup et finit par ressembler à sa mère. C’est finalement l’écriture de « On s’est  déjà vu quelque part ? » qui la sauve d’elle-même et qui devient un vibrant hommage aux mots et à l’écriture.

Nuala O’Faolain nous livre un très touchant témoignage sur une femme qui cherche sa place dans une Irlande entrant lentement dans la modernité et voulant conserver ses traditions. Une femme d’une incroyable honnêteté, ne cachant rien de ses fêlures, de ses erreurs et de ses joies. Une femme magnifique dont le parcours m’a vraiment émue.

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Les Européens de Henry James

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La Baronne Eugénie Münster est venue s’installer à Boston avec son frère Félix pour y retrouver leur oncle Wentworth. Eugénie a épousé le Prince de Silberstadt, un mariage morganatique réprouvé par le Prince Régnant, son aîné. Ce dernier souhaite rompre ce mariage pour une meilleure alliance. Eugénie a donc fui la vieille Europe pour nouer des liens nouveaux avec sa famille américaine et pourquoi pas trouver un nouveau mari. Les deux Européens vont bousculer les habitudes des puritains américains : « Ils sont sobres et même austères. C’est le genre grave, ils prennent la vie au sérieux. Il doit y avoir chez eux quelque chose qui ne va pas : un mauvais souvenir ou une appréhension. Ce n’est pas le tempérament épicurien. Notre oncle Wentworth est un vieux bonhomme terriblement sévère ; il a l’air de subir le martyre non du feu mais du gel. Nous allons les égayer, nous leur ferons du bien. Il faudra beaucoup les secouer, mais ils sont merveilleusement bons et gentils.

« Les Européens » date de 1878, Henry James a alors 35 ans et n’a commencé à écrire qu’en 1874. Comme dans l’un de ses premiers romans « Roderick Hudson » ou dans son chef-d’œuvre « Portrait de femme », le thème central de ce livre est l’opposition entre la vieille Europe et la toute fraîche Amérique. Eugénie et Félix sont habitués aux raffinements et aux mondanités d’une cour européenne. Eugénie est une femme cultivée, aimant attirer l’attention et fasciner son entourage. Cela ne vas pas sans calcul et elle oscille constamment entre honnêteté et hypocrisie. Sa complexité perturbe quelque peu nos naïfs américains. Félix, quant à lui, porte bien son nom. Il est enjoué, épicurien comme il le dit lui-même dans l’extrait cité plus haut, il s’émerveille de tout et surtout de sa jolie cousine Gertrude. Félix aimerait que sa famille américaine profite des plaisirs de la vie. Mr Wentworth, ses deux filles Gertrude et Charlotte, son fils Clifford, le ministre du culte Mr Brand, Mr Robert Acton et sa sœur Lizzie sont les tenants d’une morale austère. Leurs vies sont des modèles de sobriété et de puritanisme. Le passage sur terre n’est pas un lieu de réjouissances et d’abondance. L’attitude d’Eugénie est presque scandaleuse, toujours à la limite de la sensualité. Le passage entre les deux mondes se fera par Gertrude, éblouie par le charme et la gaieté de Félix. Elle rêve d’ailleurs, de culture et est fatiguée de la tristesse unitarienne.

Malgré son attachement à l’Europe (Henry James se fera naturaliser britannique à la fin de sa vie), l’auteur a une préférence pour la pureté de cette Amérique encore provinciale. Son inclination se sent tout particulièrement dans ses belles descriptions des paysages : « Lorsque, du seuil de la maisonnette où l’on venait de la recueillir si charitablement, elle regarda les champs silencieux, les pâturages, les étangs limpides, les petits vergers rocailleux, il lui sembla ne s’être jamais trouvée au milieu d’un tel calme ; elle y goûta une espèce de plaisir délicat, presque sensuel. Tout ici respirait la bonté, l’innocence, la sécurité ; un bien en sortirait à coup sûr. » Une pureté virginale valorisée par Henry James face à la frivolité européenne.

Ce roman de jeunesse est malgré tout très emblématique de l’œuvre de Henry James. Il est extrêmement plaisant, bien écrit comme toujours et, ce qui est assez inhabituel chez mon cher Henry, léger comme une comédie.

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