Le Festival America c’est déjà fini…

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C’est armée d’un plan bien établi que je suis arrivée vendredi au Festival America, et que j’y ai retrouvé mes copines Cryssilda et Delphine. Mon week-end était basé sur différents noms : Nicole Krauss et Jonathan Dee dont j’admire le talent, Adam Ross, Louise Erdrich, Vendela Vida, Jennifer Egan dont les livres me tentent énormément. Bien entendu, je n’ai pas manqué d’aller voir la grande invitée de ce festival : Toni Morrison.

Mes admirations ont été totalement confirmées par les différentes interventions auxquelles j’ai assisté. Nicole Krauss est brillante, passionnante à écouter. Elle écrit pour pouvoir vivre plusieurs vies et nous donner l’occasion de faire de même. Son maître-mot est l’empathie qu’elle ressent pour ses personnages. L’écriture est un travail solitaire dont elle ne mesure pas toujours l’impact mais qui lui semble toucher à l’essentiel, à ce qui fait l’humain. Je n’avais pas encore de blog lorsque j’ai lu « L’histoire de l’amour » mais ce fut un gros coup de cœur que je vous encourage à lire.

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J’ai eu la chance d’entendre par trois fois Jonathan Dee sur des thèmes variés : « In the city », « Que reste-til du rêve américain ? » et « Le bûcher des vanités ». C’est un auteur en prise avec son temps, son pays. Le potentiel fictionnel évident de New York l’a beaucoup inspiré pour « Les privilèges » et l’énergie de la ville marque son écriture. Comme New York, son récit avance sans regarder en arrière. Et ses deux livres traduits en France (« La fabrique des illusions » vient de sortir) traitent du rêve américain. Le premier dissèque la terrifiante ascension sociale d’un couple. Le deuxième montre un entrepreneur cherchant à revenir aux sources du rêve en s’installant à Charlottesville, la ville de Thomas Jefferson. J’ai hâte de lire le deuxième tant la parfaite construction du premier m’avait séduite (surtout le chapitre 1… ce qui n’a pas échappé à Cryssilda !).

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Les écrivains américains restent très ancrés dans leur époque et l’évolution de celle-ci. C’est le cas du grand Russel Banks qui espère faire changer la société en commençant par ses marges. Un écrivain citoyen qui défend toujours les plus démunis, les laissés-pour-compte de la puissance américaine.

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Je ne vais pas tous les détailler sous peine de vous ennuyer profondément mais certains m’ont fait une impression durable : Adam Ross et son humour dévastateur, Jennifer Egan qui rend hommage à Marcel Proust dans « Qu’avons-nous fait de nos rêves ? » dont la construction m’intrigue, Chad Harbach et son air lunaire, la délicieuse Vendela Vida découverte grâce à François Busnel.

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Adam Ross se fait dédicacer le livre de Jennifer Egan !

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Deux grandes dames des lettres américaines étaient présentes : Louise Erdrich et Toni Morrison, toutes deux charmantes et souriantes. Louise Erdrich exprime ce qu’est l’essence de la littérature : raconter de  histoires tout en explorant les possibilités de la langue. C’est également une passeuse d’idées, de liberté à travers sa librairie BirchBack Books de Minneapolis. Oui Cryssilda, un jour nous irons !

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Ces deux grands écrivains ont beaucoup de points en commun dans leur manière d’envisager leur travail. Toni Morrison aussi sépare clairement son rôle de citoyenne engagée à travers ses essais et ses conférences, et son écriture qui n’a pas pour but de changer la société. Elle écrit tout simplement les livres qu’elle aimerait lire en tant que lectrice. Ses personnages et leurs voix s’imposent à elle au départ et elle doit parfois les contrôler, les faire taire ! Comme chez Louise Erdrich, la langue est essentielle, Toni Morrison travaille beaucoup la musicalité des mots et depuis quelques années elle cherche l’épure. Less is more ! Le lecteur est alors complètement acteur du livre puisque c’est à lui de combler les silences, les non-dits, grâce à son imagination. Écouter Toni Morrison fut passionnant, j’ai eu la chance de la voir à deux reprises. Elle fut d’ailleurs accueillie dignement par des standing ovation.

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Un week-end bien rempli avec des écrivains passionnés et passionnants, drôles, engagés, il ne reste plus qu’à se plonger dans leurs livres ! Et vivement 2014 pour retrouver le Festival America qui se penchera sur les relations entre la France et l’Amérique.

Le Festival America : c’est parti !

Le Festival America a ouvert ses portes hier soir et j’ai inauguré l’évènement en allant voir un concert sur l’Amérique indienne avec ma copine Cryssilda…je dirais même forcée par elle car je n’étais pas très chaude au départ ! Mais j’ai passé un très bon moment avec deux groupes bien différents. La soirée a commencé avec The Boyz, un groupe de chanteurs traditionnels venus de plusieurs réserves de l’Utah, du Minnesota et du Canada.

Ils ont interprétés des chants de prière, de séduction, de guerre, d’intimidation. Leurs voix sont exceptionnelles et très impressionnantes. Il s’en dégage une puissance, une solennité qui m’ont impressionnée. S’est adjoint au groupe de chanteurs, un danseur traditionnel cherokee tout en plumes et perles. Des moments très beaux que Cryssilda a immortalisés :

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Le deuxième groupe venait des Andes et a interprété des musiques des Hauts Plateaux mais également des régions tropicales. Leur musique alliant flûtes de Pan, guitares et tambours nous était déjà plus familière. Il s’agissait cette fois de musique rythmant la vie agricole et les récoltes.

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La soirée fût donc bien dépaysante et qui nous a toute de suite mises dans l’ambiance du continent Américain.

Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec Toni Morrison, Jonathan Dee, Adam Ross et bien d’autres encore. Je vous souhaite à tous un excellent festival !

Les règles du jeu d’Amor Towles

 « Les années 30… Quelle décennie éprouvante. Âgée de seize ans au début de la Grande Dépression, j’étais suffisamment grande pour que le glamour nonchalant des années 20 ait encouragé tous mes rêves et mes espoirs. Sans doute l’Amérique avait-elle déclenché la Dépression juste pour donner une bonne leçon à Manhattan. » C’est dans cette ambiance de fête et de nostalgie que Katey Kontent va apprendre les règles du jeu de la haute société. Jeune dactylo dans un cabinet juridique, elle fait montre de beaucoup d’intelligence et d’ambition. Logée dans une pension de filles, elle partage sa chambre avec la sublime Eve. Les deux amies sont les reines de la débrouille pour passer de bonnes soirées arrosées en bonne compagnie malgré leurs maigres économies. Une rencontre le 31 décembre 1937 va leur ouvrir les portes du luxe et de l’argent. Dans une boîte de jazz, elles font la connaissance du très séduisant Tinker Grey, banquier de son état résidant au Beresford, summum du chic et de l’élégance new-yorkaise. Les trois jeunes gens deviennent rapidement inséparables. Le trio passe de petits bars miteux en luxueux hôtels avec insouciance et désinvolture. La vie est une fête jusqu’à ce qu’une plaque de glace bouleverse tout.

« Les règles du jeu » est le premier roman d’Amor Towles et ce coup d’essai est un coup de maître puisqu’il a obtenu le prix Fitzgerald. Cette référence à l’auteur de « Gatsby le magnifique » est tout à fait justifiée. Les héros sont plongés dans l’entre-deux-guerres flamboyant où le champagne coule à flot. L’atmosphère est néanmoins teintée de mélancolie pour deux raisons. Tout d’abord à cause de la guerre qui a quand même obscurci les esprits, les gens se saoulent désespérément, pour oublier. La seconde raison est due à la construction du roman. « Les règles du jeu » est en fait un long flash-back. Le roman s’ouvre en 1969. Katey est au vernissage d’une exposition de photos avec son mari. Il s’agit de portraits volés dans le métro de 1938 à 1941 par Walker Evans. Deux photos de Tinker Grey arrêtent le regard de Katey et lui font se remémorer ses débuts. Elle nous raconte son apprentissage des codes de cette haute société dont elle aimerait tant faire partie. Petit à petit, le personnage de Katey prend de l’épaisseur, grandit grâce à ses amitiés, à son audace et sa culture. Le livre baigne dans les références, dans les clins d’œil à des auteurs ou des peintres. Et Amor Towles a un goût excellent (et je ne dis pas ça uniquement parce que je m’y reconnais largement !) : Edith Wharton, Henry James, Leon Tolstoï, Dostoïevski, Thoreau, Steinbeck, Shakespeare, Tchekov, Agatha Christie, Chardin, Sargent et surtout Charles Dickens que Katey lit pour se remonter le moral. C’est toujours plaisant et satisfaisant de partager pleinement les références d’un livre. J’en rajouterai d’ailleurs une à laquelle me fait penser « Les règles du jeu », c’est « Breakfast at Tiffany’s » de Truman Capote. L’amour de New-York y est le même, le livre d’Amor Towles est également une ode à cette ville hautement romanesque  des États-Unis. 

Ce roman pétillant m’a enthousiasmée, je l’ai dévoré. Étant donné les références dont j’ai parlé, cela n’a rien d’étonnant, j’avais l’impression d’être chez moi ! L’élégante écriture d’Amor Towles n’a fait que renforcer mon avis. Excellent, excellent, excellent !      

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Indignation de Philip Roth

 En 1950, au commencement de la guerre de Corée, le jeune Marcus Messner entre à l’université Robert Treat à Newark. Resté à proximité de New York pour continuer à vivre chez ses parents, Marcus ne tarde pas à changer d’avis : « J’ai quitté Robert Treat au bout d’un an seulement.Je suis parti parce que soudain mon père n’avait même plus confiance dans mon aptitude à traverser la rue tout seul. Je suis parti parce que sa surveillance constante m’était devenue insupportable. La perspective de mon indépendance transformait cet homme par ailleurs d’humeur égale, qui ne se mettait que rarement en colère contre qui que ce fût, en homme capable de se livrer à un acte de violence si par malheur j’osais décevoir son attente, cependant que moi – dont l’imperturbable esprit logique avait fait l’un des piliers de notre équipe de débatteurs – j’en étais réduit à hurler de rage impuissante devant son ignorance et l’irrationalité de sa conduite. «  Marcus s’enfuit donc dans l’Ohio au Winesburg College. Un choix qui peut sembler judicieux étant donné la situation mais qui va s’avérer fatal à Marcus.

Ce court roman de Philip Roth est un roman d’apprentissage qui malheureusement sera bref pour Marcus Messner. Très rapidement dans le roman, nous apprenons que Marcus est en train de mourir à l’hôpital. Le texte prend la forme d’un long flash-back où Marcus nous explique comment, jeune homme brillant et sérieux, il en est arrivé à mourir sur un champ de bataille en Corée du Sud. Il ne s’intéresse pourtant qu’à ses études, à sa tranquillité. Par petites touches, par quelques mauvais choix, Marcus va changer la trajectoire de sa vie. Trop entier, incapable de réfréner ses sentiments, il est incapable de s’adapter aux autres garçons et aux règles de la vie sociale. Marcus changera trois fois de chambre en un an. Mais c’est sa rencontre avec Olivia, une jeune fille déprimée aussi bien qu’aguicheuse, qui va décider de la destinée de notre héros. Comme souvent chez Philip Roth, c’est le sexe qui va changer le cours des choses. Le puritanisme de l’Amérique des années 50 entraînera Marcus à sa perte.

« Indignation » est un excellent roman pessimiste de Philip Roth. Le destin implacable de Marcus se décide sur des actions qui semblent insignifiantes, montrant ainsi le peu d’emprise que l’on a sur nos vies. L’auteur américain retrouvera Newark dans son nouveau roman intitulé « Némesis » qui sortira en octobre chez nous.

Merci à Lise et aux éditions Folio pour cette lecture.

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Cible mouvante de Ross Macdonald

Lew Archer est détective privé en Californie. Il est engagé par Elaine Sampson pour retrouver son mari Ralph. Ce magnat du pétrole n’a disparu que depuis 24 heures mais il est parti seul et ce n’est pas dans ses habitudes. Ce n’est pas que sa femme soit inquiète, loin de là, elle cherche surtout à éviter que Ralph dépense son argent sans compter. Il est coutumier du fait puisqu’il a offert toute une montagne à une sorte de gourou. Mme Sampson n’a pas eu tort d’engager Lew Archer car elle finit par recevoir une lettre où son mari lui demande de réunir 100 000 dollars en liquide pour, dit-il, une affaire délicate. Archer soupçonne immédiatement un enlèvement,  dont l’entourage de Raph Sampson n’est sans doute pas innocent. On ne peut d’ailleurs pas dire que Ralph savait s’entourer : sa femme est soi-disant handicapée et amère, sa fille obsédée par le mariage, Albert Graves son avocat obnubilé par le pouvoir et Alan Taggert le pilote lui sert de fils de substitution. Lew Archer va mener l’enquête pour mieux cerner tout ce beau monde et découvrir ce qu’il est véritablement arrivé au multimilliardaire.

« Cible mouvante » est le premier livre où apparaît Lew Archer, Ross Macdonald en écrivit dix-huit en tout. Les éditions Gallmeister les rééditent dans l’ordre et avec de nouvelles traductions puisque les précédentes étaient tronquées. Cette première aventure fut écrite en 1949 et s’inscrit dans la lignée de Chandler et Hammett. Lew Archer est un détective hard-boiled à la Marlowe et il se décrit ainsi : « J’étais un bon gars, malgré tout. Côtoyeur de durs à cuire, filles faciles, cas désespérés et pigeons en tout genre ; oeil aux oeilletons des alcôves illicitesbalance au service de la jalousie, rat derrière le rideau, sbire de louage à cinquante billets par jour. Mais bon gars malgré tout. Les ridules se formèrent au coin des yeux et des ailes de mon nez, les lèvres se retroussèrent pour laisser voir mes dents – sans m’offrir nul sourire. Juste un air de crève-la-dalle, comme un rictus de coyote. Ce visage avait vu trop de bars, trop d’hôtels décatis, de nids d’amour miteux, trop de tribunaux et de prisons, trop d’autopsies et de tapissage de suspects, trop de terminaisons nerveuses à vif recroquevillées comme des asticots qu’on torture. » Cette longue citation caractérise parfaitement le détective hard-boiled : celui qui a bourlingué, qui a trop vu la noirceur et la misère de l’être humain et qui est totalement désabusé. Même si cette enquête a lieu dans la haute société, Lew Archer ne se fait pas d’illusion, l’argent attise les mauvais côtés et acère les dents. Sous des abords rustres, Archer est un personnage plus subtil et complexe que ses illustres prédécesseurs Marlowe et Spade. Il s’intéresse aux sentiments et à la psychologie des gens qu’il croise. C’est très frappant dans sa relation avec Miranda, la fille de Ralph Sampson, à qui il prodigue de nombreux conseils. Lew Archer tente également d’éviter la violence et les bagarres. Ross Macdonald a créé un personnage introspectif et plein d’empathie que l’on a envie de voir évoluer.

« Cible mouvante » est vraiment un classique du hard-boiled que j’ai été enchantée de découvrir. La noirceur, les milieux interlopes, les retournements de situation, un héros coriace sont au rendez-vous et servis par une écriture tendue et imagée. Du très bon roman noir.

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Les matchs de la rentrée littéraire chez Price Minister

Cette année, j’ai décidé de participer aux matchs de la rentrée littéraires organisés depuis plusieurs années par Price Minister. Quel est le principe ?  Les blogueurs peuvent recevoir un livre de la rentrée en échange d’un billet. Price Minister vous propose une sélection de 12 livres sortis en septembre. On peut également parrainer d’autres blogueurs et recevoir un 2ème livre…oui c’est un appel du pied, si quelqu’un a besoin d’une marraine je suis là !

Vous avez jusqu’au 12 octobre pour vous inscrire.J’ai pour ma part demander « Home » de Toni Morrison que je rêve de découvrir depuis longtemps. Si vous souhaitez participer, cliquez sur le logo Price Minister !

Bonne rentrée à tous et bonnes lectures !

 

Les privilèges de Jonathan Dee

Adam et Cynthia forment un couple que tout le monde envie. Dès le jour de leur mariage à Pittsburgh, le couple forme un îlot inaccessible. Ils vivent entièrement l’un pour l’autre, rien ne semble exister autour d’eux. La famille, les amis importent peu à ces deux êtres prometteurs : « Le bruit grandit dans la salle et, en son centre, Adam et Cynthia se regardent l’un l’autre, tournés de trois quart ainsi que le photographe les a placés en les malmenant quand il lui est devenu difficile d’expliquer ce qu’il voulait. Les bras d’Adam autour de la taille de Cynthia. Quelque chose leur a manqué toute la journée, et c’était ça. Quand ils sont au contact l’un de l’autre, personne d’autre ne peut les toucher. Leur enfance, leurs familles, tout ce qui les a façonnés est maintenant derrière eux et le restera désormais. »

Quelques années après leur mariage, Adam et Cynthia ont déjà bien établi leur situation : ils possèdent un appartement à New York, Adam travaille dans le milieu de la finance et ils ont deux enfants. Mais pour ces deux privilégiés, cela ne semble pas suffire. Leurs désirs sont immenses et la vie pas assez grande pour eux.

Jonathan Dee dresse le portrait d’une classe sociale, celle des ultra-riches, à travers « Les privilèges ». C’est avec un regard d’entomologiste qu’il dissèque la vie de Cynthia et d’Adam. Il ne les juge pas et ne tire aucune morale de ce qu’il décrit. En quatre grands chapitres et à coup d’ellipses, il trace le parcours de ce jeune couple ambitieux qui veut tout de la vie. Adam et Cynthia se construisent un monde, une bulle uniquement pour eux où l’argent coule à flot, où les désirs sont sans limite. Pour en arriver là, Adam jouera avec la légalité. La recherche du frisson est inévitable lorsque l’on a déjà beaucoup. L’argent, le confort peuvent créer l’ennui, le manque de désir. Adam et Cynthia résistent à cela en s’inventant de nouveaux buts. Il n’en va pas de même avec leurs enfants : April et Jonas. La première est l’enfant pourrie gâtée par excellence, elle finit alcoolique, droguée et totalement désœuvrée. Son frère fuit la richesse de ses parents, il cherche un sens à la vie et s’intéresse à l’art brut. Jonas est sans doute le personnage le plus sympathique car il semble comprendre que l’argent n’est pas un but en soi. Malheureusement une mésaventure le fera changer et la dernière phrase du livre est glaçante de cynisme.

« Les privilèges » est un livre remarquablement bien construit et maîtrisé. Le premier chapitre vaut à lui seul le détour. C’est un véritable tour de force qui nous fait passer d’un personnage à l’autre durant le mariage de Adam et Cynthia. « Les privilèges » est un livre intelligent, prenant qui nous montre un des plus beaux visages de la littérature américaine contemporaine.

Jonathan Dee sera présent au Festival America à l’occasion de la sortie son nouveau livre « La fabrique des illusions », son programme est ici.

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La loi du silence de Alfred Hitchcock

Le film s’ouvre sur les images d’une ville déserte. Des panneaux « Direction » nous entraînent petit à petit vers une fenêtre ouverte. Dans la pièce, nous découvrons un cadavre. Le meurtrier vient de sortir, on le retrouve dans la rue. Il s’agit d’un prêtre et nous le suivons jusqu’à une église. Sur le trajet, l’assassin a ôté son aube. Il s’installe sur un banc de l’église où le père Logan (Montgomery Clift) va entendre sa confession. L’homme qui parle est Otto Keller (OE Hasse), le sacristain de l’église et il dévoile tout au père. Il vient d’assassiner l’avocat Vilette qui l’avait surpris en train de voler. La confession va obliger le père Logan à garder le silence. Les soupçons vont malheureusement se diriger vers le père Logan. Un prêtre a été vu la nuit du meurtre près de chez Vilette et ce dernier faisait chanter Logan pour une liaison antérieure à son ordination. Comment être reconnu innocent sans trahir le secret de la confession ? C’est le dilemme auquel est confronté le père Logan.

« La loi du silence » (« I confess », le titre original est bien meilleur) développe un des thèmes de prédilection d’Alfred Hitchcock : le faux coupable. L’idée est ici renouvelé par le biais de la religion. Le transfert de culpabilité se fait par la confession, Otto Keller se délaisse du poids de son crime sur le père Logan. Celui-ci finit par être coupable par omission, par non dénonciation. Je trouve l’idée très intéressante et subtile. Elle l’est d’autant plus que la vocation du père Logan est questionnée tout au long du film par son ancien amour (Anne Baxter) et par l’inspecteur (Karl Malden) en charge de l’enquête. La crédibilité de la foi de Logan se joue sur cette affaire.

La résistance, l’abnégation du père Logan s’incarnent dans le formidable Montgomery Clift qui est pour moi l’atout majeur du film. De nombreux gros plans montrent le visage de l’acteur. Le regard est quasiment le même durant tout le film, il est empli d’humanité et surtout de droiture. Rien ne semble pouvoir le faire vaciller, le faire dévier de sa foi. Le personnage est sous pression durant tout le film. La caméra ne le lâche pas, on le voit parcourir la ville à pieds de long en large en se demandant s’il va craquer face à la police.

J’ai toujours plaisir à revoir ce film qu’Alfred Hitchcock n’aimait pas beaucoup car il le jugeait trop sérieux et manquant d’ironie. La performance remarquable de Montgomery Clift, sa parfaite compréhension du rôle valent largement plusieurs visionnages.

Un film vu avec ma copine Maggie.

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Limousines blanches et blondes platine de Dan Fante

« Je ne sais absolument pas pourquoi la plupart du temps je suis taré, énervé et au bord de l’explosion, ni pourquoi l’alcool, les antalgiques et le xanax sont les seules choses qui arrivent à me calmer plus ou moins. Je ne sais absolument pas pourquoi je trouve la vie sans intérêt et nulle à chier et je sais bien que la plupart des gens ne versent pas une mesure de bourbon dans leurs céréales au petit-déjeuner. C’est juste comme ça. » C’est ainsi que se présente Bruno Dante, le personnage central de « Limousines blanches et blondes platine ». Ayant de très sérieux problèmes à se contenir et à éviter de se saouler, Bruno passe de boulots pourris en boulots encore plus pourris. Natif de Los Angeles, il est le fils d’un scénariste et écrivain qui connut la reconnaissance critique post-mortem. Bruno a lui aussi la fibre littéraire et tente désespérément de faire publier ses nouvelles. Une occasion en or lui tombe du ciel en la personne de David Koffman, gérant d’une entreprise de location de limousines. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble à New York et Koffmann veut faire de Dante le gérant de sa filiale à LA. Mais il y met une condition : que Bruno arrête de boire et aille aux alcooliques anonymes se faire aider. Dante accepte, le job rapporte bien et lui laisse du temps pour écrire. Le challenge est pourtant quasiment impossible à relever lorsqu’on voit la clientèle de la boîte : producteurs camés jusqu’à l’os, jeunes rock stars à l’ego surdéveloppé, mannequins anorexiques se nourrissant d’alcool. Le boulot et la ville n’incitent que modérément à l’abstinence…

J’avais eu le grand bonheur d’assister à une conférence de Dan Fante lors du précédent Festival America. Et j’aurais pu l’écouter des heures parler de sa vie, de ses livres et de sa passion pour la littérature. Ce type est un conteur né comme son père, et apparemment son grand-père qui racontait des histoires à ses enfants dans son village au fin fond de l’Italie rurale. Ces trois hommes aimaient la fiction et aussi immodérément l’alcool. Dan Fante a connu une vie des plus chaotiques avant de se mettre à écrire à l’âge de 45 ans. Après une énième rechute dans la boisson, il était revenu habiter chez sa mère. « Un jour, dans le garage de mes parents, je suis tombé sur la vieille machine à écrire Smith-Corona de mon père, et une demi-ramette de papier. Avant de perdre totalement la vue, John Fante écrit son dernier roman sur ce papier et cette machine. » Et c’est sur cette même machine que Dan Fante écrivit son premier livre, une belle manière de se réconcilier avec son père et son héritage littéraire. Je vous parle de la vie de Dan Fante car elle est intimement liée à son œuvre. Arturo Bandini était l’alter-ego de John Fante, Bruno Dante est celui de son fils. Les points communs entre  le créateur et son personnage sont nombreux : l’alcoolisme bien-sûr, un père écrivain (deux titres sont cités : « Demande au vent » et « Les compagnons de la grappe », les amateurs de Fante apprécieront.), la prison, le métier de chauffeur, l’écriture et l’amour des grands auteurs : Kafka, Dostoïevski, Henry Miller, H. Selby Jr à qui le roman est dédié.

Bruno Dante nous entraîne avec sa limousine dans un univers interlope et complètement barré. Tous les personnages croisés (mise à part la vieille prof de littérature avec qui il peut discuter de sa passion) semblent sous crack ou sous amphèt’ en permanence. Los Angeles est la ville de tous les excès et de la démesure, ses habitants sont bien obligés d’être à la hauteur. C’est ainsi que l’on croise un acteur appelant les pompiers pour sauver son poisson rouge tombé dans la piscine, un producteur se soulageant systématiquement dans son orchidée en plastique, donnant ainsi une odeur particulière à son bureau, ou encore une secrétaire anorexique avec des seins surdimensionnés. Face à la folie de la ville, Bruno Dante ne peut que rechuter, ce qui lui promet des réveils plus que difficiles et honteux. De quoi vous passer l’envie de vous saouler pour un bon moment !

L’écriture de Dan Fante est puissante, tourmentée et crue. Le portrait de Bruno Dante est sans condescendance, Fante connaît trop bien l’alcoolisme pour l’enjoliver. Il y a aussi beaucoup d’humour et d’espoir dans le destin de son héros.  J’ai déjà pu vous dire mon admiration pour John Fante et je suis ravie d’avoir fait connaissance avec son fils qui est à la hauteur de son géniteur.

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Récapitulatif mois américain

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-01/09 : L’enfant de tous les silences de Kim Edwards chez Adalana

-02/09 : Une scandaleuse affaire de Anita Shreve chez Mrs Figg; Les apparences de Gillian Flynn chez Valérie , Enfants de poussière de Craig Johnson chez Sharon

-03/09 : La conjuration des imbélices de Kenedy Toole chez Adalana, Les filles de l’ouragan de Joyce Maynard chez Valérie, Rosemary’s baby de Ira Levin ici-même, Théodore Boone, enfant et justicier de John Grisham chez Sharon 

-04/09 : Gains de Richard Powers chez Adalana; Tout ce qui brille de Anna Godbersen chez Emma

-05/09 : Le monde selon Garp de John Irving chez Adalana; The absolutely true diary of a part-time indian de Sherman Alexie chez Cryssilda; Karoo de Steve Tesich chez Brize; Limousines blanches et blondes platine de Dan Fante ici-même.

-06/09 : Home de Toni Morrison chez Adalana ; Une prière pour Owen de John Irving chez Valérie, La société des S tome 1 de Susan Hubbard et Après la première mort de Robert Cormier chez Somaja

-07/09 : Les privilèges de Jonathan Dee chez Adalana, La chambre aux échos de Richard Powers chez Malice, Home de Toni Morrison chez Jérôme

-08/09 : La veuve de papier de John Irving chez A propos des livres, Loving Franck de Nancy Horan chez Valérie


-10/09 : Fahrenheit 451 de Ray Bradbury chez Adalana, Les privilèges de Jonathan Dee ici-même, L’école des massacreurs de dragons, tome 1 de Kate McCullen chez Somaja


-11/09 : Les belles choses que portent le ciel de Dinaw Mengestu chez Valérie, La vie devant ses yeux de Laura Kasischke chez Miss Léo, Mauvaise base d’Harlan Coben chez Shelbylee

-12/09 : Des hommes sans loi de Matt Bondurant chez Adalana, Je te retrouverai de John Irving chez Manu, Murder at Longbour de Tracy Kiely chez Shelbylee, Les débutantes de J. Courtney Sullivan chez Les cartons d’Emma

-13/09 : Freedom de Jonathan Franzen chez Adalana, Cible mouvante de Ross Macdonald ici-même, On soupçonne le rabbin de Harry Kemelman chez Sharon


-14/09 : Nouvelles chroniques de San Francisco de Armistead Maupin chez Adalana, Home de Toni Morrison chez A propos de livres, Vieux New York d’Edith Wharton chez Céline, Sauvez sa peau de Lisa Gardner chez Somaja

-15/09 : Les privilèges de Jonathan Dee chez Miss Leo, Les tribulations d’un précaire de Ian Levison chez Manu

-16/09 : L’envoûtement de Lilly Dahl de Siri Hustvedt chez Malice

-17/09 : Rien n’est trop beau de Rona Jaffe chez Mango, Le prince des marées de Pat Conroy chez Valérie, Mississippi de Hillary Jordan chez Adalana, L’art du jeu de Chad Harbach chez Brize , Des beignets de tomates vertes de Fannie Flagg chez Céline et Indignation de Philip Roth ici-même

-18/09 : A découvert d’Harlan Coben chez A propos des livres, Sale temps pour les braves de Don Carpenter chez Jérôme, La physique des catastrophes de Marisha Pessl chez Adalana, Quitter le monde de Douglas Kennedy chez Mrs Figg

-20/09: Les règles du jeu chez Cryssilda, ici-même, Adalana et Emma, L’étrange histoire de Benjamin Button de FS Fitzgerald chez Touloulou, Loving Frank de Nacy Horan chez Somaja

-21/09 : Un pays à l’aube de Dennis Lehane chez Miss Léo

-22/09 : Pike de Benjamin Whitmer chez Jérôme

-23/09 : Un don de Toni Morrison chez Valérie

-24/09 : Cabaret t. 2 : Vengeance de Jillian Larkin chez Adalana, Le retour de Silas Jones de Tom Franklin chez Valérie et Emma réalise des créations en hommage au mois américain, Beastly de Alex Flinn chez Céline

-25/09 : Là où j’irai de Gayle Forman chez A propos des livres, La chorale des maîtres bouchers de Louise Erdrich chez Valérie, Le triomphe de l’oeuf de Sherwood Anderson ici-même, Les privilèges de Jonathan Dee chez Eliza, By nightfall de Michael Cunningham chez Céline

-26/09 : Savages de Don Winslow chez Adalana , La dernière séance de Larry McMurtry ici-même, Elégie pour un américain de Siri Hustvedt chez Mrs Figg, Little bird de Craig Johnson chez Lilly

-27/09 : Misery de Stephen King chez Natiora, Love medicine de Louise Erdrich chez Adalana, Rêves de garçon de Laura Kasischke chez Malice, American psycho de Bret Easton Ellis chez Céline, Le chat qui lisait à l’envers deLilian Jackson Braun chez Asphodèle, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett chez Somaja

-28/09 : Mr Peanut d’Adam Ross chez Adalana, Le diable dans la ville blanche d’Erik Larson chez Miss Léo, Le destin miraculeux de Brady Udall chez Valérie, La petite fille qui disparut deux fois de Andrea Kane chez Mango

-29/09 : Trois amies de Judy Blume chez Malice, Meutre à Shakespeare de Charlaine Harris chez Sharon, Bois sauvage de Jesmyn Ward chez A propos de livre

-30/09 : L’indien blanc de Craig Johnson chez Sharon, La couleur pourpre de Alice Walker chez Manu, Daisy Miller de Henry James chez Touloulou, Les chutes de Joyce Carol Oytes chez Emma, Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf ici-même, Le déclin de l’empire Whiting de Richard Russo chez Valérie, Homer & Langleyde EL Doctorow chez Lou