Les 39 marches de John Buchan

« Et voilà ! A 37 ans, ayant bon pied bon oeil, pourvu d’une fortune suffisante pour ne songer qu’à me distraire, je bâillais toute la journée à me décrocher la mâchoire. J’étais donc décidé à mettre un point final à mon séjour et à repartir vers le veld, car dans tout le Royaume-Uni, on n’eût trouvé personne qui s’ennuyât autant que moi. » Revenu d’Afrique du Sud, Richard Hannay a du mal à s’habituer à la tranquillité du quotidien anglais. Mais l’aventure ne va pas tarder à frapper à sa porte. Un voisin de Richard, un dénommé Scuder, fait irruption chez lui et lui demande de le cacher. Scuder serait poursuivi par une organisation criminelle : la Pierre Noire. Celle-ci cherche à déstabiliser l’Europe en faisant assassiner le premier ministre grec  (oh le joli McGuffin qui a dû plaire tout de suite à Hitchcock !). Richard Hannay accepte bien entendu d’héberger Scuder, un peu de piment dans sa vie est exactement ce qu’il cherchait. Sa situation va se compliquer lorsque le corps de Scuder est retrouvé sans vie dans son salon. Richard Hannay n’a plus qu’à fuir loin de Londres et essayer de sauver l’Europe.

« Les 39 marches » est un court récit d’aventure, mené à un rythme trépidant. Richard Hannay trouve refuge dans un endroit reculé et sauvage : l’Écosse. A partir de là, le héros n’aura aucun moment de répit. Il devra trouver les moyens  les plus fous pour se cacher, comme se déguiser en laitier, remplacer un casseur de pierres ou soutenir un candidat libéral aux élections locales. Le récit des aventures de Richard Hannay est totalement rocambolesque et parfois improbable. Il est accueilli par tout le monde, personne ne se méfie de lui même lorsqu’il explique qu’il est recherché par la police pour meurtre ! Peu importe la vraisemblance puisque le récit nous emporte avec bonne humeur et humour.

Un homme ordinaire sur qui tombe l’aventure et qui est accusé à tort, voilà un point de départ qui cadrait parfaitement avec l’univers Hitchcockien. La course-poursuite à travers la lande écossaise est hautement cinématographique. « Les 39 marches » est un petit livre enlevé, un divertissement fort sympathique.

Cryssilda a, elle aussi, parcouru l’Écosse pour sauver le Royaume-Uni.

        

Le billet récapitulatif du challenge est ici.

La dernière conquête du Major Pettigrew de Helen Simonson

A Edgecombre Saint Mary, la vie du Major Ernest Pettigrew se déroule entre tasses de thé, parties de golf, balades et littérature. Veuf depuis quelques années, le Major apprend le décès de son seul et unique frère Bertie. La solitude gagne le cœur du Major et son fils Roger n’est d’aucune aide. Arriviste, il ne pense qu’aux marchés financiers et aux relations aristocratiques de son père. Heureusement le cœur du Major est bientôt illuminé par Mme Ali. Cette veuve d’origine pakistanaise tient l’épicerie du village. Une forte affinité naît entre eux grâce à l’œuvre de Rudyard Kipling. Le rapprochement entre cette étrangère et un retraité du Royal Sussex va créer des vagues dans la petite communauté de Edgecombe Sainte Mary. Le major va rapidement se trouver tiraillé entre les traditions et son coup de cœur pour Mme Ali.

« La dernière conquête du Major Pettigrew » est le premier roman d’Helen Simonson et c’est un vrai feel-good book ! L’ambiance est bien entendu hautement british et le thé coule à flot, toutes les occasions sont bonnes pour déguster une tasse du délicieux breuvage ! « Ils burent leur thé à une petite table en fer partiellement abritée par un hortensia pléthorique aux feuilles rouillées, encombré de floraisons automnales desséchées. Ils gardèrent le silence et Mme Ali dégusta sa tranche de cake sans la moindre trace de ce grignotage affecté si fréquent chez d’autres dames. Il porta le regard vers la mer et se sentit gagné par une sensation de plénitude tout à fait absente de sa vie récente. «  Le Major Pettigrew découvre les petits bonheurs de la vie au contact de Mme Ali. Il se dégage une grande douceur des moments partagés entre ces deux personnages. Helen Simonson nous livre un message plein d’optimisme. Le Major et Mme Ali montrent le rapprochement possible entre deux communautés que l’histoire coloniale a opposées. Cette relation va faire souffler un vent de fraîcheur sur Edgecombe Saint Mary. Mais aussi de folie à l’occasion d’un bal épique qui restera dans les annales de la campagne anglaise ! Les personnages sont attendrissants et notamment le Major Pettigrew, personnification de la gentry campagnarde, qui se laisse finalement emporter par ses sentiments.

« La dernière conquête du Major Pettigrew » a un charme désuet tout à fait plaisant. L’ambiance so british, les personnages, la romance sont un baume de bonne humeur. Et l’auteur n’est pas dénué d’humour ce qui ne fait que rajouter au plaisir de lecture. A lire paisiblement dans un bon fauteuil et une tasse de thé, of course !

Merci à Christelle et aux Editions Robert Laffont pour cette découverte et pour la boîte de thé assortie à la très jolie couverture.

Le mystère Sherlock de J.M. Erre

Avertissement aux lecteurs : ce livre présente un risque aigu de crampes prolongées aux zygomatiques.

Luigi Rigatelli est inquiet, il a laissé trois jours auparavant son hôtel sous une avalanche avec une dizaine de personnes à l’intérieur. Son établissement, nommé « Baker Street », a accueilli dix universitaires spécialisés dans l’étude de Sherlock Holmes. L’hôtel se situe en effet à Meiringen en Suisse, près des fameuses chutes de Reichenbach théâtre du terrible affrontement entre Holmes et Moriarty. Ce colloque prestigieux devait aboutir à la nomination du titulaire de la première chaire d’holmésologie à la Sorbonne. Luigi est donc pressé de libérer ses brillants hôtes.  Arrivé avec les pompiers, il retrouve devant l’hôtel l’inspecteur Lestrade et son adjoint Flipo. Les hommes dégagent l’entrée de manière brutale en défonçant la porte à l’aide du camion des pompiers. Efficace sauf pour Oscar Lecoq, l’un des universitaires, qui se trouvait derrière celle-ci et fut aplati avec. Ce détail mis de côté, la fouille des lieux peut débuter. Mais point d’universitaires à l’horizon… « Où étaient passés les participants au colloque , Lestrade et Poséidon se posèrent la question ; Flipo et Rigatelli leur apportèrent la réponse. En criant très fort, depuis les cuisines. En effet, le caporal, qui avait ressenti les signes avant-coureurs d’une grosse fringale, avait demandé au directeur s’il n’avait pas quelque chose à lui mettre  sous la dent. celui-ci fut ravi de faire visiter ses cuisines ultramodernes. Tout se passa à merveille jusqu’à ce que Flipo réclame de la charcuterie. Car il fallut alors ouvrir la chambre froide, où il y avait du saucisson vaudois, de la viande des Grisons, et du cadavre d’universitaire. Dix corps bien alignés. De quoi calmer les envies de charcutaille. » L’enquête de l’inspecteur Lestrade peut alors commencer.

Le dernier livre de J.M. Erre est un véritable baume de bonne humeur. Les traits d’esprit, l’humour de l’auteur sont un régal. J.M. Erre mélange l’univers de Sherlock Holmes et celui d’Agatha Christie puisque « Le mystère Sherlock » s’inspire de l’intrigue « Des dix petits nègres ». Plongés dans un espace clos, dix universitaires, complètement farfelus voire franchement barrés, se disputent la chaire d’holmésologie. J.M. Erre se moque gentiment de l’univers des universitaires et de leurs théories capilotractées. Les thèses défendues sont très variées et toutes plus ridicules les unes que les autres. Elles vont de « Sherlock Holmes contre les huîtres, analyse psychotextuelle d’une phobie alimentaire », à Sherlock est le père d’Arsène Lupin ou bien encore Mme Hudson est la compagne de Holmes. Car pour nos universitaires, alignés bien sagement dans le réfrigérateur de l’hôtel Baker Street, Sherlock Holmes a réellement existé et Conan Doyle n’était que son agent littéraire. La frontière entre la réalité et la fiction est devenue quelque peu poreuse pour ces intellectuels en pleine décomposition.  derrière la blague, J.M. Erre explore la puissance de la littérature et la création d’un mythe. Il ne pouvait choisir meilleur exemple que celui de Sherlock Holmes qui échappa à sonauteur. Conan Doyle fut obligé de ressusciter son détective face à la fureur de ses lecteurs. Un personnage qui dépasse son créateur et continue à nourrir l’imaginaire littéraire.

« Le mystère Sherlock » est un livre hilarant que je ne saurais trop vous conseiller de lire. Une excellentissime lecture qui fait un bien fou au moral. Une dernière citation pour finir de vous convaincre : « Un meurtre sans chichis, un peu classique sans doute, mais ce besoin d’originalité à tout prix qui est la marque de notre époque n’est-il pas le signe d’une société désorientée ? Le meurtre moderne, c’est un peu comme la nouvelle cuisine : on va chercher des influences un peu partout, on fait des mélanges et, neuf fois sur dix, on est déçu. Là, on avait un bon vieux crime à l’ancienne, une valeur sûre. Le surin dans le palpitant, c’est le pot-au-feu du meurtre. »

Un immense merci à Bénédicte aux éditions Buchet-Chastel pour ce grand moment de rigolade littéraire.

La dame en noir de Susan Hill

La veille de Noël, au coin du feu, la famille d’Arthur Kipps tente de se faire peur en se racontant des histoires de fantômes. Quand vient le tour d’Arthur, il se crispe et quitte brutalement la pièce. Et ce n’est pas faute de connaître une histoire à raconter :  » Ils m’avaient reproché d’être un rabat-joie pour m’inciter à raconter l’histoire de fantômes que je devais forcément connaître, comme tout un chacun. Et ils avaient raison : je connaissais une histoire, une histoire véridique, mêlant l’obsession et le mal, la peur et l’incompréhension, l’horreur et la tragédie. Mais en aucun cas il ne s’agissait d’un récit à narrer pour le simple plaisir de se divertir au coin du feu le soir du réveillon. » C’est cette histoire qu’Arthur décide de coucher sur le papier afin de l’exorciser.

Jeune notaire, il fut envoyé à Crythin Gifford pour régler la succession de Mrs Drablow. Arthur a pour mission de trier tous les papiers laissés par la défunte dans son manoir du Marais. Après un long voyage, Arthur découvre la typographie du lieu : le manoir se trouve sur une presqu’île extrêmement isolée du reste du village. L’endroit est sinistre. Pire, lors de l’enterrement de Mrs Drablow, Arthur voit une dame en noir au visage inquiétant et ravagé. Qui est cette dame en noir ?

Susan Hill a écrit un roman gothique classique, hommage à ceux de W. Wilkie Collins ou Mary Elizabeth Braddon. Elle sait créer une atmosphère propice à l’angoisse. Le manoir de Mrs Drablow est bordé de marais, coupé du monde dès que la mer monte. La brume marine envahit très subitement les lieux : « En me retournant, je fus surpris de constater que le manoir avait disparu, effacé non par les ombres du crépuscule mais par un épais brouillard marin qui déferlait sur les marais et enveloppait tout : moi, la maison dans mon dos, l’extrémité de la chaussée et la campagne à l’horizon. »  Le lieu est particulièrement propice à l’apparition de fantômes, de cris inquiétants au milieu des sables mouvants.

La fin de l’histoire d’Arthur Kipps n’est pas vraiment renversante, on devine assez vite comment cela va s’achever. Malgré cela, Susan Hill arrive à tenir son lecteur en haleine. L’inquiétude monte au fil des pages avec des pics de tension comme par exemple lorsque Arthur pénètre dans la nursery pour la première fois. Il est évident que le héros n’est pas un froussard, à sa place je ne serais jamais rentrée dans cette pièce et serais restée sous les couvertures ! Il faut également souligner la sobriété de Susan Hill qui n’en rajoute pas dans les effets effrayants. La suggestion est de mise et je lui en sais gré. D’ailleurs le roman est assez court et s’achève sur la révélation du drame vécu par Arthur. Pas besoin d’en rajouter, le lecteur reste sur l’effroi de l’évènement.

Rien de révolutionnaire dans ce roman à l’ambiance gothico-victorienne mais il ne faut pas bouder son plaisir. « La dame en noir » est un divertissement agréable dont l’intrigue est bien menée et où l’angoisse est véritablement palpable.

PS : Depuis ma lecture, j’ai eu l’occasion de voir l’adaptation de James Watkins en compagnie de Lou. L’intrigue a été très largement modifiée et j’ai trouvé ça un peu dommage car elle était bien menée dans le livre. Daniel Radcliffe  (qui s’en sort bien d’ailleurs) incarne Arthur Kipps et il est en mode dépressif tout le long du film. Il faut dire que le sort s’est acharné sur lui dès le commencement contrairement au livre qui le laisse un peu respirer. Le destin du jeune homme est entièrement tragique dans l’adaptation, aucune lueur de joie n’apparaît (sauf à la toute fin mais c’est assez déprimant également !). C’est donc un film très sombre, très noir à l’image du fantôme qui hante le manoir du Marais. La reconstitution est très réussie, les décors sont absolument splendides. Il faut dire que ce film est l’occasion de retrouver la Hammer qui avait totalement sombré dans l’oubli. Cette maison de production était spécialisée dans les films d’épouvante, notamment la série des Dracula avec Christopher Lee. La Hammer n’a pas perdu la main et sait toujours créer des atmosphères angoissantes et gothiques à souhaits. On sursaute sur son fauteuil à chaque apparition de la dame en noir, le contrat d’effroi est donc parfaitement rempli.

Dans l’ensemble, c’est plutôt un film réussi. (Par charité chrétienne, je ne m’étendrais pas sur la scène où un cadavre est sorti des marais presque intact après y avoir séjourné une cinquantaine d’années…) L’ambiance est inquiétante, les décors magnifiques, les acteurs justes. J’aurais sans doute plus apprécié ce film si je n’avais pas lu le livre car l’histoire a été trop modifiée à mon goût. Un petit divertissement bien sympathique qui vous fera passer un bon moment de frayeur !

                                               

Billet récapitulatif du challenge Hitchcock

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Avant le début du challenge, l’engouement pour Hitchcock était déjà présent sur la toile :

-Les 39 marches chez Miss Leo

Rétrospective Alfred Hitchcock à l’Institut Lumière de Lyon chez Le chat masqué

Depuis le début du challenge le 20 mars 2012 :

-Les oiseaux de Daphné du Maurier chez Sabbio

-Psychose ici-même

-Fenêtre sur cour chez Miss Léo

 -La mort aux trousses chez Céline

-Les 39 marches de John Buchan chez Cryssilda et ici-même

-Les 39 marches ici-même

-La corde chez Maggie, Shelbylee et ici-même

-Une femme disparaît chez Miss Léo et chez Maggie

-Mais qui a été Harry chez Maggie etici-même

-Chantage chez Maggie et ici-même

-Jeune et innocent chez Maggie et ici-même

-L’inconnu du Nord-Express chez Maggie, ici-même et Shelbylee

-L’agent secret de Joseph Conrad ici-même

-Sabotage ici-même

-Les 39 marches, Murder et Le grand alibi chez Maggie

-Rebecca chez Petit Speculoos et le livre de Daphné du Maurier

-Le grand alibi de Shelbylee

-La bobine d’Alfred de Malika Ferdjoukh chez Shelbylee

Vous pouvez laisser les liens vers vos billets ici dans les commentaires.

Psychose de Alfred Hitchcock

Pour ouvrir ce challenge, je me devais de commencer par le chef-d’œuvre absolu d’Alfred Hitchcock : Psychose. J’aurais pu sans mal écrire ce billet sans l’avoir revu, mais dans un souci de précision scientifique, je me suis sacrifiée et l’ai revisionnée pour la 50ème fois ! (j’exagère à peine…)

L’histoire commence à Phoenix en Arizona. Un couple discute dans une chambre d’hôtel. Marion Crane (Janet Leigh) et Sam Loomis (John Gavin) se voient en cachette, ce dernier refuse d’officialiser sa liaison avant d’avoir réglé toutes ses dettes. Marion en a assez d’attendre, elle se rhabille et retourne à son travail dans une agence immobilière. La bonne humeur y règne car le patron vient de faire une vente importante. Le client règle en liquide : 40 000$ que Marion doit porter à la banque. C’est en chemin qu’elle décide de garder l’argent. Elle s’enfuit et s’arrête la nuit dans un motel déserté : le Bates Motel. Elle n’en reviendra jamais.

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« Psychose » est pour moi la quintessence du cinéma d’Alfred Hitchcock. Ce film allie à la perfection le divertissement et la précision technique. Le générique et le début du film sont exemplaires et dessinent les thématiques de « Psychose ». Le générique de Saul Bass n’est fait que de lignes horizontales et verticales qui se croisent sur fond d’une musique stridente et inquiétante (formidable travail de Bernard Hermann car la musique est essentielle dans ce film où il y a peu de dialogue). Les lignes laissent la place à des immeubles. Le lieu, la date, l’heure s’affichent et l’on s’approche progressivement de l’immeuble où se trouvent Marion et Sam. On pénètre dans la chambre par la fenêtre, Hitchcock nous place dans la position de voyeurs. On retrouve ce thème plus tard dans le motel où Norman Bates (Anthony Perkins) observe Marion à travers un trou dans le mur.

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Durant tout le film, Hitchcock insiste sur les formes géométriques. Les lignes horizontales et verticales se retrouvent dans le motel Bates et la maison de famille juste derrière. De même la scène de la douche tourne autour du cercle : le pommeau de la douche, le siphon et enfin l’œil de Marion crane.

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L’intrigue est extrêmement bien menée avec le Mac Guffin (un leurre) de l’argent. Durant les 45 premières minutes, le suspens porte uniquement sur une question : Marion va-t-elle se faire prendre ? La scène de la douche est donc une surprise totale et un rebondissement absolument imprévu. Il l’était d’autant plus que la star du film était Janet Leigh (nous l’avons un peu oublié aujourd’hui mais elle était très célèbre) et que Hitchcock s’en débarrasse au bout de 45 mn ! Le suspens est ensuite maintenu jusqu’à la fin grâce à une atmosphère angoissante, un deuxième meurtre et l’inquiétant Norman Bates. La performance subtile de Anthony Perkins est exceptionnelle. D’ailleurs il aura beaucoup de difficultés à poursuivre sa carrière d’acteur tant son incarnation de Norman Bates est saisissante.

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Vous l’aurez compris sans mal, j’adore ce film et je ne me lasse pas de le revoir. La scène de la douche, tant imitée par la suite, reste un moment cinématographique parfait. « Psychose » fut le plus grand succès d’Alfred Hitchcock et reste sans doute le plus connu de ses films. Et c’est bien normal étant donné la perfection esthétique de chaque plan.

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Challenge Alfred Hitchcock

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Amoureux du suspens, de l’humour noir, du cinéma américain classique, des couples d’acteurs qui font rêver, ce challenge Alfred Hitchcock est fait pour vous. Sabbio et moi vous proposons de vous replonger dans l’univers de cet immense cinéaste qui allie le sens de l’intrigue et du cadrage à la perfection.

Le principe est simple : voir en 1 an le plus possible de films  ! Pour vous aider à faire votre choix, voici la fimographie complète de ce cher Alfred (certains films de sa période anglaise sont difficiles à trouver) :

 Filmographie

  •  The pleasure garden (1926)
  • The mountain eagle (1926)
  •  Les cheveux d’or – The lodger (1926)
  •  Downhill (1926)
  •  Le passé ne meurt pas – Easy virtue (1927)
  • Le masque de cuir – The ring (1927)
  • Laquelle des trois ? (1928)
  • A l’américaine – Champagne (1928)
  • The Manxman (1929)
  • Chantage – Blackmail (1929)
  • Junon et le paon – Juno and the paycock (1929)
  • Elstree calling (1930)
  • Meurtre – Murder (1930)
  • The skin game (1931)
  • A l’est de Shanghai – Rich and strange (1931)
  • Numéro dix-sept – Number seventeen (1932)
  • Le chant du Danube – Waltzes from Vienna
  • L’homme qui en savait trop – The man who knew too much
    (1ère version) (1934)
  • Les trente neuf marches – The thirty nine steps (1935)
  • Quatre de l’espionnage – Secret agent (1936)
  • Agent secret – Sabotage (1936)
  • Jeune et innocent – Young and innocent (1937)
  • Une femme disparaît – The lady vanishes (1938)
  • L’auberge de la Jamaïque – Jamaïca Inn (1939)
  • Rebecca (1940)
  • Correspondant dix sept – Foreign correspondant (1940)
  • Joies matrimoniales – Mr and Mrs Smith (1941)
  • Soupçons – Suspicion (1941)
  • Cinquième colonne – Saboteur (1942)
  • L’ombre d’un doute – Shadow of a doubt (1943)
  • Lifeboat (1944)
  • Aventure Malgache (1944)
  • Bon voyage (1944)
  • La maison du Docteur Edwardes – Spellbound (1945)
  • Les enchaînés – Notorious (1946)
  • Le procès Paradine – The Paradine case (1948)
  • La corde – Rope (1948)
  • Les amants du Capricorne – Under Capricorn (1949)
  • Le grand alibi – Stage fright (1950)
  • L’inconnu du Nord-Express – Strangers on a train (1951) 
  •  La loi du silence – I confess (1953) 
  •  Le crime était presque parfait – Dial M for murder (1954) 
  •  Fenêtre sur cour – Rear window (1954) 
  •  La main au collet – To catch a thief (1955) 
  •  Mais qui a tué Harry ? – The trouble with Harry (1955) 
  •  L’homme qui en savait trop – The man who knew too much
    (2ème version) (1956) 
  •  Le faux coupable – The wrong man (1957) 
  •  Sueurs froides – Vertigo (1958)
  • La mort aux trousses – North by Northwest (1959) 
  •  Psychose – Psycho (1960) 
  •  Les oiseaux – The birds (1963) 
  •  Pas de printemps pour Marnie – Marnie (1964) 
  •  Le rideau déchiré – Torn Curtain (1966) 
  •  L’étau – Topaz (1969) 
  •  Frenzy (1972)
  • Complot de famille – Family plot (1976)

Nos blogs étant avant tout littéraires et Hitchcock ayant un goût très prononcé pour les adaptations, nous vous proposons la liste des ouvrages les plus importants dont il s’est inspiré. Certains ne sont disponibles qu’en occasion ou dans les bibliothèques. « Hitch au fil des pages » s’adresse à ceux qui veulent pousser le challenge plus loin et veulent s’amuser à comparer le livre et l’adaptation.

Hitch au fil des pages

  • Les romans qui ont inspiré Hitchcock  aux éditions du Masque en 3 volumes
  • Rebecca de Daphné du Maurier
  • L’auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier
  • Les oiseaux de Daphné du Maurier
  • Psychose de Robert Bloch
  • Mr Ashenden, agent secret de Sommerset Maugham
  • L’agent secret de Joseph Conrad
  • L’inconnu du Nord-Express de Patricia Highsmith
  •  Frenzy d’Arthur La Bern
  • D’entre les morts (Sueurs froides) de Boileau et Narcejac
  • Fenêtre sur cour de Williamn Irish
  • La main au collet de David Dodge
  • Les 39 marches de John Buchan
  • Jeune et innocent de Josephine Tey
  • La maison du Docteur Edwardes de Francis Beeding
  • Le procès Paradine de Robert Hichens

 Pour ceux qui n’en auraient pas encore assez, vous pouvez également regarder ou lire les « Alfred Hitchock presents » qui sont de courtes histoires effrayantes.

 Si vous souhaitez participer, vous pouvez laisser votre nom en commentaire sur ce blog ou chez Sabbio. Nous espérons que vous serez nombreux à partager notre passion pour ce grand metteur en scène. Vous pouvez nous rejoindre également sur facebook, nous avons créé un groupe intitulé « Challenge Alfred Hitchcock » (originalité quand tu nous tiens…) pour pouvoir échanger avec vous et s’encourager mutuellement !

Alors à vos lecteurs DVD pour une année hitchockienne pleine de frissons, d’angoisse, d’humour et de glamour !

Les participantes :

Les dames de Grâce Adieu de Susanna Clarke

 « Les dames de Grâce Adieu » de Susanna Clarke est un recueil de huit contes féériques. Il a été écrit deux ans avant le grand succès de l’auteur « Jonathan Strange & Mr Norrell ». les différentes histoires ont pour point commun de nous montrer la proximité entre le monde réel et le pays des fées. Le monde magique peut se trouver au détour d’un pont, derrière un bosquet, le passage de l’un à l’autre se fait insensiblement.

L’imagination débordante de Susanna Clarke peuple ses contes de personnages plus incroyables les uns que les autres : le fantasque Tom Brightwind capable de construire un pont en une nuit, Mrs Mabb si nuisible et invisible, les dames de Grâce Adieu magiciennes féministes. Susanna Clarke mêle à ses créations des personnages historiques comme le Duc de Wellington ou Marie reine d’Écosse qui tous deux ont des problèmes de broderies ! Certaines légendes européennes sont présentes également comme celle de Rumpelstiltskin tiré d’un conte des frères Grimm. L’univers développé dans les nouvelles n’est pas sans faire penser « Au songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare, d’ailleurs Obéron et Titania sont bien présents. On retrouve la même magie, la même féérie. L’atmosphère y est également légère et bucolique : « Des arbres majestueux d’un âge et d’une ramure vénérables entouraient une grande pelouse d’un vert velouté. Les arbres étaient tous taillés dans des formes égales et arrondies, chacun plus grand que le clocher de l’église de Kissingland, chacun un mystère à part entière, et chacun doté par le soleil du soir d’une longue ombre, aussi mystérieuse que lui. Loin, bien loin au-dessus, une lune minuscule pendait dans le ciel bleu comme son propre fantôme inconsistant. »

Les histoires peuvent aussi être humoristiques comme la dernière « John Uskglass et le charbonnier ». John Uskglass « roi du nord de l’Angleterre et de parties de Féérie, et le plus grand magicien qui eût jamais vécu » va voir ses pouvoirs contrecarrés par un simple charbonnier mécontent et têtu !

Pour les admirateurs de « Jonathan Srange & Mr Norrell », le premier des deux magiciens fait son apparition dans la nouvelle éponyme du roman. Il semble que celle-ci soit un épisode retranché du best-seller. Jonathan Strange y découvre que, contrairement à ce qu’il pensait, les femmes aussi s’y connaissent en magie.

L’ambiance onirique de ces huit contes est délicieuse et charmante. Toutes les histoires ne m’ont pas autant séduite mais l’ensemble reste fort plaisant. Un petit passage amusant contre la littérature anglaise et probablement les romans de Jane Austen : « Il sembla méditer une minute ou deux, puis, n’arrivant nulle part, il secoua la tête et poursuivit :

Que disais-je ? Ah oui ! Alors, naturellement, j’ai beaucoup à dire. Ces sottes, elles, ne font rien. Absolument rien ! Un peu de broderie, quelques leçons de musique. Oh ! Et elles lisent des romans anglais ! David ! Avez-vous jamais ouvert un roman anglais ? Eh bien, ne vous donnez pas cette peine. ce n’est qu’un tas d’inepties sur les perspectives de mariage de demoiselles aux noms fantaisistes. »  Les magiciens n’ont pas forcément bon goût !

Un grand merci à Christelle et aux Éditions Robert Laffont pour cette découvert.

Le billet de ma copine Cryssilda avec qui j’ai eu le plaisir de lire ce livre est ici.


L'intrusion de Adam Haslett

Doug Fanning est l’exemple de la réussite sociale. Il est trader pour Union Atlantic, l’une des plus grandes banques de Boston. Grâce à son ambition sans limite, il a rapidement gravi les échelons pour devenir le responsable des opérations boursières à l’étranger. Ce poste haut placé lui permet de construire une villa gigantesque à Finden, près de Boston. C’est une véritable revanche pour Doug puisque sa mère était femme de ménage dans cette ville. Cette villa, symbole absolu de son pouvoir, va pourtant lui causer des problèmes. Sa voisine, Charlotte Graves, n’accepte pas l’intrusion de Doug Fanning dans son paysage. Le terrain sur lequel a été construite la maison avait été légué à la mairie de Finden par le grand-père de Charlotte. La mairie devait entretenir cette terre recouverte d’arbres. La construction a bien entendu totalement défiguré le paysage et Charlotte ne peut tolérer un tel spectacle. Elle va donc attaquer la mairie de Finden en justice.

Adam Haslett décrit dans « L’intrusion » un monde glaçant, celui de la finance. Il fait s’entrecroiser les destins, les voix de différents personnages plus ou moins acteurs de ce monde de l’argent roi. Deux personnages émergent de manière significative : Doug et Charlotte. Ils incarnent deux visions qui s’opposent et sont irréconciliables. Doug est l’immoralité incarnée. Le premier chapitre durant la guerre Iran/Irak le montre bien puisqu’il laisse abattre un avion civil sans broncher. C’est cette immoralité qui le poussera vers les sommets de Union Atlantic. Charlotte est une ancienne prof d’histoire, solitaire qui perd un peu la tête. Pour elle, Doug est le symbole de la perte de sens de nos sociétés modernes. Les mots n’ont plus le même poids, l’histoire est oubliée ou dévoyée. En cherchant à faire raser la villa de Doug, Charlotte pense trouver le combat de sa vie, celui qui va habiter son âme de militante. Rétablir le legs de son grand-père, c’est réhabiliter l’histoire de Finden.

Le coeur de « L’intrusion » c’est le monde de la finance, un monde d’un cynisme inouï. Les grandes entreprises, les grandes banques ne fonctionnent que dans le virtuel. Leurs décisions influent sur le quotidien de milliers de personnes qui semblent inexistantes. Adam Haslett décrit avec précision les transactions financières, les montages.  Je dois avouer ne pas avoir saisi  ces passages mais je pense que ce côté abscons souligne la volonté d’opacité des marchés financiers. Le commun des mortels ne doit pas comprendre les risques faramineux pris avec leurs économies. C’est écœurant de constater que les grands groupes ne prennent en réalité aucun risque. La banque fédérale américaine, où travaille le frère de Charlotte, couvre les pertes sous prétexte d’un risque systémique mondial. Un petit sacrifice de trader (on pense à l’affaire Kerviel) permet de faire croire à une régulation, à une justice qui est totalement factice. Rien n’arrête le circuit de l’argent.

C’est sur un ton froid, presque clinique que Adam Haslett décrit une société en crise. L’abstraction de l’argent amène une déshumanisation, une mise à distance de la réalité. Adam Haslett signe là un premier roman réussi, un constat désespéré sur notre monde.

Merci à Lise at aux éditions Folio.

Les pauvres gens de Fédor Dostoïevski

« Les pauvres gens » est le premier roman de Fédor Dostoïevski et date de 1846. Les deux protagonistes, Makar Dévouchkine et Varenka Dobrossiolova, sont des parents éloignés vivant l’un en face de l’autre. Ils s’écrivent fréquemment et le livre est constitué presque uniquement de leurs lettres. Makar est un petit fonctionnaire pauvre comme on en trouve en nombre dans la littérature russe du XIXème (Makar lit d’ailleurs « Le manteau » de Gogol dont le héros est lui-même un fonctionnaire miséreux). Il tombe amoureux petit à petit de sa parente et il la couvre de cadeaux malgré son manque d’argent. Varenka est une jeune orpheline, déshonnorée par un propriétaire terrien M Bykov. Elle vient vivre à  Saint-Pétersbourg pour s’éloigner de sa honte. Le bon Makar la prend sous son aile allant jusqu’à mettre en péril sa situation.

A travers la correspondance sentimentale de Makar et Varenka se dessinent déjà les thèmes classiques de l’œuvre de Dostoïevski. l’auteur se livre à une étude de l’âme humaine. Makar est un homme sensible, prêt à tout pour le bonheur de Varenka. Il se met à lire, à fréquenter des cercles intellectuels pour séduire la jeune femme. Mais cette dernière ne semble jamais satisfaite. Makar en fait toujours plus jusqu’à sombrer. Il est difficile de savoir à quel jeu joue Varenka : est-elle une jeune femme naïve ayant souffert ou utilise-t-elle Makar ?

L’histoire de Makar et Varenka est l’occasion pour Dostoïevski de parler des quartiers les plus pauvres de Saint-Pétersbourg. Tout au long de sa vie d’écrivain, Dostoïevski s’intéresse à la misère humaine, au plus grand dénuement. Ses personnages habitent toujours des quartiers, des appartements sordides : « Oh le taudis dans lequel je me retrouve, Varvara Alexéïevna ! Oh quel appartement ! Avant, n’est-ce pas, je vivais comme une marmotte, vous savez bien ; tranquille, sans bruit ; une mouche volait, chez moi, avant, eh bien, je l’entendais, la mouche. Et là, le bruit, les cris, le tintamarre ! (…) Imaginez, plus ou moins, un long couloir, complètement sombre, et pas propre. (…) Ne demandez pas de calme, c’est une arche de Noé !  » C’est dans ce terreau de misère que germe la complexité de l’âme humaine chère au grand écrivain russe.

« Les pauvres gens » n’a pas encore la puissance des grands romans de Dostoïevski mais c’est une entrée en littérature qui contient déjà une étude intéressante de la nature humaine.