Tag de Noël

Ma chère Lou m’a déposé un petit cadeau sur mon blog : un tag de Noël ! La fête est certes passée mais cela ne va pas m’empêcher de répondre à ses questions :

Nous sommes le 24, il fait froid, il pleut, il vente, il neige. Vous êtes dans les transports, sur le point d’arriver chez vous après une dure journée de courses de dernière minute. Enfer et damnation ! Vous vous apercevez du fait que vous avez complètement oublié le plat principal et le livre collector en édition ultra limitée dont vous rêviez depuis des mois et qui est sur le point d’être épuisé. L’ennui, c’est qu’il ne vous reste qu’une heure pour préparer le réveillon et que vous aurez tout juste le temps de faire l’une des deux courses. D’ailleurs, rien n’est moins sûr ! Et puis, il faut avouer que votre journée vous a achevé(e). Que faites-vous ?

Je mets le turbo en route et je cours acheter ce qui me manque pour mon repas. Je suis gourmande et j’aime que mes repas soient réussis. Il ne me reste plus qu’à croiser les doigts pour que Lolo, mon père Noël à moi toute seule, ait pensé à m’offrir cette édition limitée que je convoite tant. (Normalement je l’aurais saoûlé pendant des semaines avec cette édition limitée et il va forcément y avoir pensé…)

Vous voilà enfin chez vous ou chez les personnes chez qui vous réveillonnez. Cette année vous avez décidé que l’oncle Fred ferait le Père Noël. Malheureusement, il vient d’appeler pour vous dire qu’il avait rencontré l’amour de sa vie à 80 ans et partait en Indonésie pour sa lune de miel, avec une dulcinée connue deux mois auparavant à son entrée en maison de retraite. Heureusement, vous connaissez des gens célèbres, acteurs, chanteurs, sportifs ou autres (morts ou vivants) qui se couperaient en quatre par amitié pour vous. Qui choisissez-vous pour jouer Santa Claus ?

Je compose le numéro du 221b Baker Street et ce cher Sherlock arrive au pas de courses pour me sauver. Je vous rappelle que notre détective est féru de déguisement… bon j’avais pensé à Henry James qui correspondait bien au niveau corpulence mais je crains qu’il n’ait pas assez d’humour.

C’est l’heure de distribuer les crackers, je me demande ce qui est inscrit sur le vôtre…

Travailler moins pour lire plus !!! (et aller plus au cinéma)

Les enfants sont enfin couchés ! Après avoir bien bu et bien mangé, vous décidez de finir la soirée en beauté en faisant une petite séance de spiritisme. Vous commencez en riant bien, mais soudain le tonnerre gronde, la lumière s’éteint, une lueur bleue vaporeuse s’élève au dessus de la table et vous sentez quelque chose de froid et mou se poser sur votre épaule. Que faites-vous ?

Je passe un châle parce que je n’aime pas avoir froid et je me demande qui a eu la mauvaise idée d’acheter de la jelly pour le dessert.

Et au fait, on pourrait connaître l’identité du fantôme, vrai ou farceur ?

En fait, personne n’avait décidé de gâcher mon Noël avec la fameuse friandise anglaise, il s’agissait de Cathy Earnshaw qui cherchait Heathcliff. 

Enfin vous voilà le 25 au matin et vous allez déballer les cadeaux qui vous attendent depuis quelques heures sous le sapin. Quel est le cadeau inespéré que vous ne pensiez jamais recevoir et qui est là, devant vos yeux ébahis ?

Un ticket gagnant du loto afin de réaliser la prophétie du cracker ou tout Dickens en version française parce que c’est la croix et la bannière pour trouver ses livres.

Je ne vais taguer qu’une seule personne : Lou ! Oui parce que c’est bien beau de questionner ses amies mais tu n’as pas répondu à ton tag !

 

La troisième Miss Symons de Flora M. Mayor

C’est une excellente découverte que viennent de m’offrir les éditions Joëlle Losfeld : « La troisième Miss Symons » de Flora M. Mayor (1872-1932).

Henrietta Symons est la troisième fille d’une famille de sept enfants. Rapidement l’enfant perd tout son charme et l’intérêt que lui portent les autres membres de la famille. Son mauvais caractère participe également beaucoup à son isolement. Que ce soit à l’école ou à la maison, Henrietta ne peut contrôler ses accès de colère. « Henrietta aurait encore plus aimé l’école si elle avait mieux contrôlé son mauvais caractère. Malheureusement, à 13 ans, le pli était pris. Non qu’elle mît des mots sur ses sentiments, mais elle avait le vague sentiment d’avoir toujours été de trop dans la vie, ce qui lui donnait le droit, à titre de consolation, d’être de méchante humeur. Cela lui valait d’être constamment en conflit avec les autres, ce qui ne rendait personne plus malheureux qu’elle. » Car Henrietta se désespère de ne pas être aimée, elle aimerait compter ne serait-ce que pour une seule personne. Pour accentuer son malheur, ses soeurs sont appréciées, aimées et à l’âge adulte ont de nombreux courtisans. Henrietta ne réussit à en avoir qu’un mais son histoire d’amour tourne rapidement court. Que peut faire une jeune femme sans mari à l’époque victorienne ? Quelles activités, quelles passions peut-elle trouver pour se faire une place dans la société ?

C’est le portrait d’un étonnant personnage que nous livre Flora M. Mayor. Au début de ce court roman, on se prend de pitié pour cette enfant solitaire, délaissée qui ne demande qu’à exprimer son amour. Elle tente pendant un moment d’adoucir son caractère pour séduire son entourage. Malheureusement ses quelques efforts ne sont pas couronnés de succès, Henrietta ne se fait pas d’amies, ne se trouve pas de mari. Elle se retrouve seule, doit se trouver des occupations pour montrer que son statut de vieille fille n’est pas un fardeau. Elle essaie d’étudier mais n’a pas la ténacité nécessaire ; elle tient sa maison à la mort de sa mère mais se transforme rapidement en despote ; elle se met aux oeuvres de charité mais elle se soucie peu du sort des pauvres ; elle voyage de par le monde, plus pour passer le temps que pour découvrir d’autres pays. Cette vie en solitaire ne fait qu’aggraver son mauvais caractère qu’elle ne se gêne pas de laisser s’exprimer. « Cette vie lui gâta le caractère. Elle était plus irritable et tatillonne que jamais, toujours prête à livrer bataille, flairant l’entourloupe, persuadée qu’on cherchait à profiter d’elle. Vivre seule ne lui convenait pas et sous des dehors dominateurs, elle était faible, indécise et timide. » Ce personnage geignard, colérique n’est vraiment pas sympathique ! J’ai fini, comme tout le monde, par blâmer Henrietta pour son mauvais caractère car rien d’autre ne semble être à l’origine de sa mise à l’écart. Même avec sa soeur cadette, Evelyn, qui lui montre de l’affection, Henrietta est désagréable et blessante. L’auteure ne nous aide pas à aimer son personnage !

Comme souvent chez les écrivains féminins, « La troisième Miss Symons » traite du mariage. C’est une condition nécessaire pour la femme à cette époque, on voit qu’Henrietta est méprisée car elle n’a pas de prétendant. Ses soeurs ont pitié d’elle une fois qu’elles sont mariées. Elles ont réussi à obtenir un statut social, une situation qui leur donne l’approbation de tous. « Il y a cinquante ans, la grande majorité des filles de son milieu se mariaient de bonne heure, et les années à la maison après l’école étaient envisagées comme une courte période de préparation au mariage. Peu importait à Louie ou Minna qu’elles n’aient eu aucun centre d’intérêt pour meubler leurs journées, que leur vie n’ait été que soirées mondaines et intervalles d’attente, dans la mesure où cela avait duré 4 ou 5 ans et produit les résultats escomptés : un beau mariage. Mais dans le cas d’Henrietta, cette période censée ne durer qu’un temps parut se prolonger indéfiniment, et quand les bals cessèrent, elle eut bien du mal à occuper ses journées. » Mais heureusement pour Henrietta, Flora M. Mayor n’a pas qu’un regard édulcoré sur le mariage. Elle écrit sur une époque qui n’est pas la sienne, son avis est distancié et elle présente une autre image de ces beaux mariages. Les soeurs d’Henrietta se rendent finalement compte que le mariage peut comporter des désagréments renforcés par les revers de fortune de leurs époux.  Elles en viennent à envier Henrietta qui, seule, dispose de beaucoup d’argent et de liberté. Finalement, mariée ou non, le sort de la femme n’est pas très enviable à l’époque victorienne et aucun n’offre de liberté véritable.

« La troisième Miss Symons » se dévore d’un trait, le récit de l’échec de la vie d’Henrietta a été un grand plaisir de lecture. La quatrième de couverture explique que Flora M. Mayor est l’auteur de trois romans dont celui-ci. Je ne sais pas si les deux autres sont édités mais j’aimerais les lire.

Les rois du crime d'Alexandre Bonny

Leurs méfaits font les gros titres des journaux, ils font peur ou fascinent, ils sont braqueurs, cambrioleurs, proxénètes, trafiquants de drogue, trempent dans des magouilles financières, immobilières ou autres affaires louches. Ce sont les vedettes du grand banditisme à la française qui ont marqué leur époque, et qui pour certains sont passés à la postérité.

Le journaliste Alexandre Bonny propose dans « Les rois du crime » quinze courts portraits de ces gangsters du XXème siècle, des années folles à nos jours. Leurs profils psychologiques sont très divers : il y a des doux et des brutaux, des impulsifs et des réfléchis, des risque-tout et des prudents, des fanfarons et des discrets, des solitaires et des grégaires, des cupides et des généreux, des besogneux et des paresseux, bref on trouve tous les caractères dans le monde de la pègre. Cependant ils ont en commun de rejeter les codes de la société des honnêtes gens, de refuser la perspective indigne à leurs yeux du métro-boulot-dodo, et sont tous animés d’une volonté de puissance qui les place d’emblée dans les marges de la société et les condamne souvent à une attitude jusqu’au-boutiste.

Autre chose les rassemble : pour la plupart, ils sont issus de milieux populaires, pauvres, voire misérables. Ils débutent souvent très jeunes dans la carrière et leur passage en maison de redressement, prison, camp ou autre bataillon disciplinaire est l’expérience qui les lance définitivement, par la fréquentation de malfrats plus chevronnés, sur la voie de la délinquance. Ajoutez à cela la possibilité de vivre sans entraves, de mener une existence aventureuse et shootée à l’adrénaline – l’excitation du danger et de l’action est souvent plus motivante que le seul appât du gain -, et tous les éléments sont en place pour faire d’un type ordinaire un « roi du crime ».

On en apprend aussi sur les liens qui unissent le Milieu au monde du show-biz, et surtout à celui de la politique. Ainsi les collabos pendant l’occupation se servirent-ils de truands pour lutter contre les résistants, qui à leur tour les utilisèrent pendant l’épuration, en échange d’une totale impunité pour leurs actions criminelles « ordinaires ». Et que dire des accointances entre le Milieu marseillais et les politiciens de la ville, ou des petits arrangements entre gangsters et services secrets ou autres officines clandestines comme l’OAS et le SAC ? Après tout, barbouzes et grands délinquants évoluant tous dans les zones d’ombre de la société, il était presque fatal qu’ils se rencontrent et, à l’occasion, s’entendent. Les plus grands criminels ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

Les quinze portraits sont plus ou moins acrocheurs, certains marquent plus que d’autres, et ceux-là auraient mérité d’être développés (Pierrot le Fou, Albert Spaggiari, Mesrine, Francis le Belge, le Gang des Postiches, Antonio Ferrara), car on a parfois l’impression d’un survol trop rapide. En tout cas, leur lecture est très agréable, et l’écriture alerte se rapproche plus du polar que de la biographie, ce qui cadre parfaitement au sujet. Je le recommande donc à tous ceux qui veulent s’offrir une intéressante plongée dans le monde interlope du grand banditisme français.

Ouvrage lu dans le cadre de « Masse critique » de Babelio.com.

Un livre, un peintre : un swap en couleurs

Après quelques déboires avec la Poste (qui apparemment n’aime pas trop me laisser des avis de passage lorsque je reçois des paquets…), j’ai récupéré mon colis du swap « Un livre, un peintre ». Le voici :

1001863.jpg

J’ai ensuite sorti un à un les différents cadeaux et là une évidence m’est apparue : ma swappeuse m’a énormément gâtée, c’est incroyable tout ce qu’il y a de ce carton. Démonstration :

1001864.jpg

Sur chaque paquet, il y a un petit message adorable de ma swappeuse qui n’est autre que Karine, ce qui veut dire également que mon paquet vient de très, très loin puisqu’il vient du Québec ! Et là je suis encore plus heureuse puisque je suis sûre de découvrir plein de choses et ça a été le cas.

D’abord les livres :

1001879.jpg

– Le portrait de Madame Charbuque de Jeffrey Ford

– Le portrait de Pierre Assouline

– Les nouvelles de St Pétersbourg de Gogol

– Homme invisible à la fenêtre de Monique Proulx

Les objets et les friandises débordaient littéralement du paquet, je vous laisse admirer avec la photo car tout énumérer est impossible !!! Les chocolats sont délicieux… bon je vous rassure je n’ai pas encore réussi à tout manger !

1001867.jpg

Et je vous ai gardé le clou du paquet pour la fin, l’oeuvre d’art de Karine qui m’a laissée bouche bée pendant un moment tellement elle est réussie :

1001868.jpg1001869.jpg

Vous aurez sans aucun problème reconnu « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh, bravo à Karine qui a réalisé cette superbe tasse. Je la remercie énormément pour ce paquet magnifique qui m’a comblée de joie. C’était vraiment Noël avant l’heure. Un grand merci aux organisatrices de ce swap qui nous a toutes beaucoup amusées : mes copines Isil et Lamousmé.  Si vous voulez voir mon oeuvre, elle est chez Sarawastibus.

 

 

La vie mode d'emploi de Georges Perec (Blog-o-trésors)

Avec « La vie mode d’emploi », Georges Perec a réalisé un véritable tour de force littéraire. Rien d’étonnant pour ce membre de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle), mouvement littéraire (bien qu’il s’en défende) expérimental qui se propose d’écrire en s’inventant des contraintes, bien souvent fondées sur des problèmes mathématiques, faisant de l’auteur oulipien « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ». Fondé par Raymond Queneau et par un mathématicien, Marcel Duchamp et Italo Calvino, pour les plus connus, en ont également fait partie.

Perec décrit un immeuble parisien de huit étages, au 11 rue Simon-Crubellier dans le 17ème arrondissement, tel qu’il se présente le 23 juin 1975 à huit heures du soir. Comme si la façade en avait été retirée et que son intérieur se dévoile à nos yeux, Perec nous raconte ce qu’il y voit à cet instant précis. Tout, des caves aux combles, en passant par le hall d’entrée, les escaliers et chaque pièce de chaque appartement, y passe : décoration, sols, meubles, tableaux, livres, le moindre objet, mais aussi les personnes qui s’y trouvent, leur physique, comment elles sont habillées, ce qu’elles font, leur attitude, tout est méticuleusement décrit. Mais fort heureusement pour le lecteur, cet inventaire maniaque alterne avec l’histoire de ses habitants actuels et de ceux qui les ont précédés. On trouve ainsi des nantis et des pauvres, des antiquaires, un médecin, une ancienne cantatrice, un artisan, un producteur de télévision, un expert international, un peintre, un chimiste, une concierge, un serveur, des domestiques, des retraités, et bien d’autres encore. Leur histoire personnelle ou celle de leurs ancêtres, l’évocation de leurs relations conflictuelles, amicales, amoureuses ou professionnelles se mêlent à des anecdotes, des légendes ou autres fictions tirées de livres ou de tableaux imaginaires, ou bien encore de l’esprit des personnages.  Le sous-titre du livre, romans (vous avez noté le pluriel) s’en trouve pleinement justifié, tant les récits qui le composent sont nombreux.

Perec fait également référence à tous ces jeux de l’esprit chers aux oulipiens : échecs, énigmes, devinettes, rébus, jeux de mots, anagrammes, mots croisés, puzzle. Ce dernier offre d’ailleurs une métaphore utile à « La vie mode d’emploi » : comme les pièces au départ éparses du puzzle, toutes les histoires éparses, tous ces romans dans le roman, une fois assemblés, reliés les uns aux autres, finissent par composer un tableau d’ensemble qui donne alors son sens à chacun des éléments. Le puzzle achevé, c’est la vie d’un immeuble et de ses habitants depuis sa fondation en 1875 jusqu’à ce jour de juin 1975, les pièces, ce sont les hommes, les femmes, les animaux, les objets, les évènements, l’imaginaire, les actions, les pensées, toutes choses qui constituent la vie même.

On sent que Perec s’est beaucoup amusé avec cette œuvre monumentale, érudite et unique. Le jeu n’est-il pas, d’ailleurs, au cœur même du principe oulipien ? Cette lecture reste toutefois exigeante, on peut se perdre dans cette succession d’histoires et la pléthore de personnages. Mais cela vaut la peine de s’accrocher car on en sort avec la sensation d’avoir embrassé la totalité de la vie.

P.S. : sur le cahier des charges (les fameuses contraintes) qui ont présidé à la composition du texte (l’ordre des chapitres, les éléments, évènements, objets, personnages, histoires, etc. qu’ils doivent contenir), et pour ceux que ça intéresse, cliquez ici.

 coffretrsors31.jpg4/4 : Challenge terminé aussi !

Au voleur de Sarah Leonor

L’histoire d’Isabelle (Florence Loiret-Caille) et de Bruno (Guillaume Depardieu) est née d’un malentendu. Isablle se fait renverser par une voiture à la sortie d’un café et Bruno se précipe auprès d’elle. Elle pense qu’il prend soin d’elle alors qu’il lui fait les poches. Bruno vit effectivement de petits larcins, il vole toutes sortes d’objets et les revend. Isabelle fait tout pour retrouver son soit-disant sauveur et une fois cela fait, ces deux-là ne se quitteront plus.

Après avoir été dénoncé par un autre voleur, Bruno est poursuivi par la police. Isabelle, prof d’allemand remplaçante, abandonne tout pour suivre Bruno. Là le film de Sarah Leonor bascule, nos deux fuyards vagabondent dans la campagne d’Ile-de-France. Ils semblent totalement seuls au monde, vivent en harmonie dans une nature luxuriante. La joie de vivre domine cette partie du film d’une beauté élégiaque. Sarah Leonor s’inspire semble-t-il du « Badlands » de Terrence Malick où Martin Sheen et Sissy Spacek fuient à travers le désert du Dakota après avoir commis un meurtre. Terrence Malick est un grand amoureux de la nature et il ne cesse de lui rendre hommage, de la sublimer à travers son oeuvre. La référence à Terrence Malick est renforcée par la sublime bande-son de « Au voleur » constituée de folk américain et de musique native américaine. Cette musique contribue à notre dépaysement, on finit par oublier que l’on est en France. Isabelle et Bruno semblent évoluer dans un territoire indéfini et primitif.

La grande réussite de ce film vient également du jeu des deux acteurs principaux. « Au voleur » est l’avant-dernier film tourné par Guillaume Depardieu et c’est avec émotion qu’on le retrouve. Il est, comme toujours, parfait. Il incarne avec bonheur, légèreté, le personnage de Bruno.  Comme souvent dans sa filmographie, son personnage vit dans la marge, en dehors des règles de la société et cela lui correspond à merveille. Sa partenaire est également une grande actrice que l’on ne voit que trop peu dans des premiers rôles. Son personnage se libère totalement dans la nature, elle s’épanouit aux côtés de Bruno. Leur duo fonctionne parfaitement et on s’attache à ces deux personnages en dehors de la civilisation, vivant sans entrave leur amour.

« Au voleur » est un film d’une grande poésie, gracieux comme la nature sauvage où évoluent Isabelle et Bruno. Il s’en dégage une forte liberté mais aussi beaucoup de douceur. J’ai eu un gros coup de coeur pour ce film et pour ces deux formidables acteurs.

Vera de Elizabeth von Arnim

J’avais précédemment lu « Avril enchanté » que j’avais beaucoup apprécié et grâce à Lilly, j’ai découvert un autre roman de Elizabeth von Arnim : « Vera ». Les deux romans sont forts différents, autant « Avril enchanté est lumineux, autant « Vera » est sombre et glaçant.

Une semaine après être arrivée en vacances en Cornouailles, Lucy voit son père mourir. Elle rencontre alors Everard Wemyss qui vient de perdre sa femme, Vera, dans un accident. La douleur, le deuil les rapprochent. Everard, bien plus vieux que Lucy, prend les choses en main et se charge des funérailles du père de la jeune femme. Au fil des jours, Lucy se laisse séduire par Everard : « De son côté, elle n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi agréable ni un soutien moral aussi puissant. Du point de vue physique (…) il était tout aussi charmant. Il évoquait pour elle le plus doux des sofas, ceux qui coûtent cher, parce qu’ils sont encombrés de coussins. » Tous deux se marient très rapidement. Everard emmène alors Lucy dans sa maison de campagne « Les Saules » où Vera est tombée du balcon du deuxième étage.

Le résumé vous rappelle quelque chose ? L’intrigue fait bien entendu penser au « Rebecca » de Daphné Du Maurier. En réalité, c’est l’inverse puisque « Vera » fut écrit avant « Rebecca ». On retrouve dans les deux romans l’histoire d’un trio : un homme d’une quarantaine d’années qui épouse une jeune femme de vingt ans sa cadette et qui a perdu sa première femme dans des circonstances dramatiques. La maison où sont mortes les deux premières épouses joue un rôle important dans le récit. La narratrice de « Rebecca » et Lucy sont inquiètes d’habiter dans leur nouvelle demeure, elles pensent que le passé hante les lieux. Les deux jeunes femmes sont obsédées par Rebecca et Vera. C’est ainsi que Lucy parle des Saules : « Oh ! Oui ! Cette maison l’obsédait, et quel réconfort cela eût été de lui faire part de ses hantises, et qu’il l’aide à les chasser – et de le voir en rire ! Même s’il la jugeait trop stupide et trop morbide pour avoir la moindre envie de rire, quel réconfort, tout de même, ce serait s’il pouvait lui passer son caprice et consentir d’en changer la décoration. »  Cette histoire, qui inspira peut-être Daphné Du Maurier, occupe la première partie de « Vera ».

Une fois le couple installé aux Saules, l’atmosphère change totalement. Lucy pensait avoir épousé un homme charmant, éperdument amoureux de « sa petite fille ». Durant le voyage de noces, Lucy commence à comprendre que Everard Wemyss n’est pas l’homme qu’il semblait être. Aux Saules, l’atmosphère devient irrespirable pour Lucy. Everard est totalement obsédé par les détails de la vie quotidienne. Tout doit être fait selon ses caprices. A l’heure du thé, une servante apporte tout le nécessaire mais fait malencontreusement tomber les toasts. Everard lui demande d’en ramener mais lorsque cela est fait, il estime que le thé n’est plus assez chaud. La servante repart avec le thé mais à son retour ce sont les toasts qui ne sont plus assez frais ! Everard torture la servante uniquement  pour la punir de sa maladresse. Cela donne une bonne idée de l’état pathologique d’Everard Wemyss. Le problème c’est qu’il s’en prend également à Lucy qui est totalement désorientée par les changements d’humeur de son mari. Elizabeth von Arnim est dure avec son héroïne. Elle plonge une jeune femme naïve et innocente dans un piège infernal. Aucune porte de sortie ne s’offre à Lucy, même sa tante bien aimée, Mrs Entwhistle, ne peut lui venir en aide. Le livre se termine sans une note d’espoir, on devine malheureusement quelle va être la vie de Lucy.

« Vera » est un roman très noir, cruel pour son héroïne. Il m’a beaucoup intéressée pour sa proximité avec « Rebecca » mais au final Elizabeth von Arnim écrit une histoire totalement différente. « Vera » m’a fait fortement penser à « Le destin de Mr Crump » de Ludwig Lewisohn, et pour moi c’est un immense compliment car ce livre est un chef-d’oeuvre.

englishclassicsmaxicopie1.jpg 2/2

Rebecca de Daphné Du Maurier (Blog-o-trésors)

La narratrice de « Rebecca »est une jeune femme timide, peu sûre d’elle et maladroite. Après avoir perdu son père qu’elle adorait, elle s’est faite embaucher comme dame de compagnie auprès de Mrs Van Hopper. Les deux femmes passent des vacances à Monte Carlo et c’est là qu’elles rencontrent le très séduisant Maximilien De Winter. Ce dernier est très riche, propriétaire d’un immense domaine nommé Manderley, il a perdu sa femme, Rebecca, quelques mois plus tôt. Cette dernière est morte noyée lors d’une sortie en mer et Maxim semble tenter d’oublier ce drame loin de Manderley. Mrs Van Hopper tombe malade ce qui permet à Maxim et à la narratrice de se rapprocher. Ils tombent rapidement amoureux malgré leur différence d’âge d’une vingtaine d’années. Maxim demande à la narratrice de l’épouser immédiatement. Après une délicieuse lune de miel, le couple De Winter rentre à Manderley où plane le souvenir de Rebecca.

Il est impossible d’en raconter plus sous peine de déflorer l’intrigue. « Rebecca » est un livre à suspense. L’histoire est racontée tambour battant, le lecteur est totalement entraîné et ne peut lâcher le livre avant la fin. Daphné Du Maurier fait monter la tension dans de nombreuses scènes et elle ne la relâche jamais. La fin abrupte ne laisse pas les personnages souffler. Parmi les différentes scènes, celle dont je me souviendrai longtemps est celle du bal masqué marquée par une montée du suspense et par une grande cruauté.

« Rebecca » est le livre d’une obsession : celle de la narratrice pour Rebecca. Elle n’est pas très à l’aise d’arriver dans la maison où a vécu celle-ci et tout est fait pour qu’elle ne l’oublie pas. A part la chambre à coucher du couple, rien  n’a changé. La narratrice doit écrire sur le papier de Rebecca, elle trouve son mouchoir dans un imperméable, les habitudes de la maison sont celles de la première femme de Maxim. La chambre de cette dernière a été conservée intacte par la gouvernante, Mrs Danvers. La narratrice ne peut donc trouver sa place à Manderley et elle le peut d’autant moins qu’elle est tout le contraire de Rebecca. Elle ne vient pas du même monde que Maxim, elle est gauche, réservée et ne sait comment se tient une demeure comme Manderley. Elle n’a rien de la grande dame du monde qu’était Rebecca. Au début du roman, elle nous explique à quel point elle est insignifiante : « Cela signifiait que j’étais une jeune personne sans importance et que point n’était besoin de prendre garde à moi dans la conversation. » Daphné Du Maurier ne nous donne quasiment aucune indication sur sa vie passée et surtout elle ne se donne pas la peine de lui trouver un prénom !

Face à elle , un personnage de méchante parfaite : Mrs Danvers. La première description de la gouvernante est très parlante : « Quelqu’un se détacha de cette mer humaine, une personne grande et maigre, vêtue de noir mat, et dont les pommettes saillantes et les grands yeux creux lui faisaient une tête de mort d’un blanc de parchemin. Elle vint à moi et je lui tendis la main, enviant son air de dignité, mais lorsqu’elle prit ma main je sentis la sienne molle et lourde, d’un froid mortel, posé sur mes doigts comme un objet inanimé. »  Mrs Danvers est habitée par le souvenir de Rebecca qu’elle a connue enfant. L’obsession montante de la narratrice  vient en grande partie de la gouvernante, c’est elle qui est à l’origine de l’humiliation dans la scène de bal. Mrs Danvers est un personnage très réussi, froid, psychotique et terriblement inquiétant.

J’ai adoré ce livre de Daphné Du Maurier à la construction palpitante et aux personnages bien dessinés. A noter l’adaptation d’Alfred Hitchcock avec Laurence Olivier et Joan Fontaine qui sont parfaits dans leurs rôles respectifs. Hitchcock prend quelques libertés avec le roman mais il montre bien l’oppression, l’angoisse montantes de la narratrice. Une oeuvre à lire et à voir donc !

coffretrsors31.jpg 4/4 : Challenge terminé!