
David Pepin rêve qu’il tue sa femme. Toujours de manière indirecte : un éclair s’abat sur elle, une bousculade sur le quai du métro la fait tomber sur le quai, une poutre métallique lui tombe dessus. Mais la mort d’Alice Pepin ne sera ni fortuite, ni accidentelle. Elle décède d’avoir mangé des cacahuètes, choc anaphylactique. Reste à déterminer s’il s’agit d’un suicide ou du meurtre parfait. Les inspecteurs Hastroll et Sheppard doivent le déterminer et leurs vies conjugales perturbées ne leur laissent que peu d’objectivité.
Sous des dehors de roman policier, « Mr Peanut » dissèque la vie de couple et surtout le mariage. Adam Ross nous présente trois mariages qui tournent ou pourraient tourner à la catastrophe si l’on n’y prend pas garde. Pepin, Hastroll et Sheppard sont tous trois mariés et tous trois ont un jour rêvé d’éliminer leurs femmes. « Cela tient peut-être à la nature duelle du mariage, cette proximité de la violence avec l’amour. » David Pepin ne supporte pas de voir maigrir sa femme. Il l’aime obèse et n’arrive pas à suivre sa transformation. Hastroll retrouve un soir sa femme au lit soi-disant malade. Le problème c’est qu’elle y reste pendant des mois, refusant de s’expliquer jusqu’à rendre fou son mari. L’inspecteur Sheppard était auparavant médecin et accumulait les maîtresses. Sa femme Marilyn était un obstacle à sa bonne conscience. Ces trois hommes oublient leurs femmes et pourtant les aiment encore. Ils s’en apercevront trop tard.
Le roman d’Adam Ross est placé sous la tutelle de Maurits Cornelis Escher (David crée un jeu vidéo à partir de ses dessins), du ruban de Möbius (et de la cacahuète dont la coque dessine un motif sans fin) et surtout d’Alfred Hitchcock (Alice et David se rencontrent pendant un cours sur le réalisateur, la société de jeu de David s’appelle Spellbound et le couple Sheppard regarde « L’ombre d’un doute »). Le crime parfait et l’illusion d’optique sont donc au rendez-vous. Même si le cœur du livre est le mariage, vous aurez forcément envie de savoir qui a tué Alice Pepin et Marilyn Sheppard. Et vous allez faire de nombreux aller-retours dans le roman pour expérimenter vos hypothèses car Adam Ross joue avec nos nerfs. La construction de son livre est magistrale. Les trois histoires se croisent, les époques se mélangent, les points de vue changent (ils sont majoritairement masculins, seule la voix de Marilyn se fait entendre mais au moment où elle veut agir comme son mari en prenant des amants). Pour vous troubler encore plus, David Pepin écrit un roman dans lequel… il tue sa femme ! Alors qu’est-on en train de lire ? Le livre de Adam Ross ou celui de David Pepin ?
Pour son premier roman, Adam Ross frappe fort avec une intrigue surprenante et foisonnante. Et un écrivain qui compare Hitchcock à William Shakespeare obtient forcément mon respect et ma reconnaissance éternels !






















