Bilan livresque et cinéma de avril

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Le mois d’avril vient de s’achever et mon compteur livresque est peu élevé : 4 romans et 2 BD. Deux romans m’ont totalement emballé : « A son image » de Jérôme Ferrari qui propose toujours des projets littéraires ambitieux servis par une écriture nerveuse ; « Nos premiers jours » de Jane Smiley qui est le premier tome d’une trilogie qui raconte, sur un siècle, l’histoire d’une famille américaine et dont les personnages sont particulièrement attachants. Les deux autres livres ne m’ont pas complètement convaincue : « Tout ce qui nous submerge » de Daisy Johnson est un premier roman qui débutait fort bien mais l’auteure a complexifié son intrigue inutilement avec le mythe d’Oedipe ; « Une femme en contre-jour » de Gaëlle Josse est une biographie de la photographe Vivian Maier qui, malgré une belle écriture, reste trop scolaire pour être convaincante, je vous en reparle très vite. En revanche, carton plein  avec les deux BD : « Les grands espaces » de Catherine Meurisse rend un très bel hommage à l’enfance et à la beauté de nos campagnes ; « Les riches heures de Jacominus Gainsborough » de Rébecca Dautremer raconte la vie d’un lapin fragile et timide avec beaucoup de poésie et de grâce.

Et côté cinéma :

Mes deux films préférés du mois :

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Un vieil homme dans une chambre. Il boit, il dort, il regarde par la fenêtre. Cet homme, c’est Ray, le père du réalisateur Richard Billingham. Après ces premières images, le film remonte en arrière et montre la famille du réalisateur lorsqu’il était enfant. Ray, sa femme Liz, et leurs deux fils vivent dans une petite maison à Birmingham au temps de Margaret Thatcher. Richard Billingham a reconstitué son quotidien poisseux, la tapisserie déchirée, les mégots de Liz qui s’accumulent, les bouteilles vides. Le réalisateur regarde son enfance, ses parents comme un entomologiste, il les épingle sous sa caméra après l’avoir fait avec son appareil photo. Le film n’est ni méprisant, ni emprunt de rancœur. Richard Billingham ausculte la chute de sa famille, son délitement irrémédiable vers la misère et vers la séparation. Les parents semblent incapables de prendre les choses en main, ils subissent leur environnement. Le regard de Richard Billingham est très singulier et l’esthétique du film marque durablement par son originalité et la force de la reconstitution.

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Mario vient d’être quitté par sa femme. Il se retrouve seul à devoir gérer le quotidien de ses deux filles : Frida, 14 ans et Niki, 17 ans. Les débuts sont assez chaotiques notamment avec Frida qui reproche à son père le départ de sa mère. Mario espère malgré tout que sa femme va revenir. Il s’inscrit dans un groupe de théâtre amateur pour se rapprocher d’elle qui travaille à la régie. Mario cherche sa place avec maladresse, avec doute mais aussi avec l’amour qu’il porte à sa famille.

Bouli Lanners trouve enfin un premier rôle qui montre l’étendu de son talent. Il porte le film de Claire Burger de bout en bout. Il interprète un personnage sensible, perdu, maladroit avec ses deux grandes filles. Les deux sont d’ailleurs épatantes : Justine Lacroix et Sarah Henochsberg. L’aîné ne veut pas de relation durable, la cadette découvre son inclinaison pour les filles. Tous les trois se confrontent au sentiment amoureux et aux douleurs qu’il engendre. Le trio fonctionne magnifiquement bien. Le film de Claire Burger n’a rien de spectaculaire mais l’histoire de cette famille est touchante, émouvante.

Et sinon :

  • Comme si de rien n’était de Eva trobisch : Jeanne est une jeune femme indépendante. Elle retape une maison avec son amoureux avec qui elle avait fondé une maison d’édition qui périclite. Leur maison est loin de la ville, loin de l’agitation. Pourtant quand Jeanne reçoit une proposition de travail en ville, elle n’hésite pas longtemps à s’engager sans se préoccuper de l’avis de son compagnon. Un soir lors d’une fête d’anciens élèves, elle est violée par un homme rencontré sur place. Mais Jeanne refuse de se considérer comme une victime et décide de faire comme si de rien n’était. Le film d’Eva Trobisch ne lâche pas son héroïne, magnifiquement interprétée par Aenne Schwarz. Il montre le déni de Jeanne, sa volonté de fer qui peu à peu vacille. Ce drame, qu’elle ne veut pas nommer, va ronger totalement sa vie et l’éloigner de ses proches. Faire comme si de rien est impossible malgré la force , l’indépendance forcenée de Jeanne. Subtilement, la réalisatrice montre l’effondrement de son personnage qui culmine dans une scène finale glaçante. « Comme si de rien n’était » est un premier film parfaitement maîtrisé.

 

  • La lutte des classes de Michel Leclerc : Paul est un quadra qui continue à être batteur dans son groupe de punk-rock. Il porte fièrement son blouson de cuir. Il vit avec Sofia, brillante avocate. Ils décident de déménager à Montreuil avec leur fils. Celui-ci ira à l’école publique où il pourra se confronter à la mixité du quartier. Rapidement, les deux meilleurs copains de leur fils changent d’école pour aller dans le privé où leurs chances de réussites sont plus grandes. Paul et Sofia se voient obligés de questionner leurs convictions face à l’avenir de leur fils.Le film de Michel Leclerc est plutôt sympathique au début. Edouard Baer et Leïla Bekti sont parfaits, tout comme Ramzi Bedia qui interprète un directeur d’école fantasque. L’idée de départ était intéressante, l’humour bien dosé. Mais le film souffre de longueurs dans sa deuxième moitié, comme si Michel Leclerc avait du mal à terminer son film. Et peut-être aurait-il mieux valu qu’il ne l’achève tant la scène finale rocambolesque confine au ridicule.

8 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de avril

    • Je suis plus mitigée que toi sur le Gaëlle Josse. En revanche, j’ai vraiment beaucoup aimé les romans de Jane Smiley et de Jérôme Ferrari.

  1. J’ai beaucoup aimé le roman de Jérôme Ferrari, un de mes préférés de la rentrée littéraire 2018. Ton avis sur Jane Smiley m’adonné envie de découvrir son roman, je le garde dans un coin de ma tête 🙂

      • Je vais attendre un petit moment avant de me pencher sur ce titre (il y en a tellement qui attendent ^^) mais je reviendrai vers toi pour dire ce que j’en pense, promis 😉

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