L’intemporalité perdue et autres nouvelles de Anaïs Nin

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L’écrivaine américaine Anaïs Nin (1903-177) est surtout réputée pour son monumental journal, qu’elle écrivit dès l’âge de 11 ans et pendant 60 ans. Cette femme libre et indépendante, cérébrale et ardente, avait adopté la devise de Rabelais : « Fay ce que vouldras ». Elle se marie à 20 ans avec un banquier,  le couple s’installe à Paris. Mais Anaïs Nin n’est pas satisfaite par cette relation. Elle connaîtra des amours adultères nombreuses, avec des écrivains comme Antonin Artaud et Henry Miller (et la femme de celui-ci, June) ou avec ses psychanalystes Otto Rank et Roger Allendy, et sera toujours en quête d’une vie intellectuelle, artistique et sensuelle intense.

Anaïs Nin a aussi écrit des romans et des nouvelles. Celles de ce recueil ont été écrites lorsqu’elle avait 26, 27 ans, c’est-à-dire à une période où elle prend conscience de sa vocation d’écrivaine et d’artiste, et où elle aspire à une vie de femme épanouie. Ces nouvelles portent en elles les observations et interrogations de cette femme artiste en devenir. Elle y évoque le désir d’évasion, les affres de la création artistique, la prépondérance de l’art, l’inaccomplissement, les difficultés de communication entre les êtres, en particulier entre les femmes et les hommes, la recherche de l’amour vrai et la difficulté de l’accorder à une vie d’artiste.

Deux nouvelles ont particulièrement retenu mon attention. Dans « Tishnar », courte histoire teintée de fantastique, une jeune femme qui recherche « un moment au cours duquel  elle serait parfaitement seule, […] un lieu où elle pourrait se faire oublier et se perdre » alors qu’elle  marche dans les rues de Paris, finit par prendre un bus bondé à l’avant duquel est écrit « Un autre monde ». Dans « Un sol glissant », une danseuse professionnelle, dévouée à son art, résiste aux hommes qui la courtisent, en attendant de tomber réellement amoureuse. Un soir, sa mère, une actrice volage, qui l’a abandonnée quand elle avait quatre ans, vient la trouver dans sa loge. Elle rencontrera également l’amant de sa mère, un peintre, délaissé par sa maîtresse.

On peut reprocher à ces nouvelles leur manque de chair et d’ancrage dans la réalité, leur côté intellectualisant et onirique. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’oeuvres de jeunesse d’une apprentie écrivaine, qui ont le mérite de nous introduire à l’univers d’Anaïs Nin. Y sont déjà présentes les préoccupations qu’elle développera de façon magistrale dans son journal.

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