Bilan livresque et cinéma de mars

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Je n’ai pas lu autant que je l’aurais voulu au mois de mars et mon bilan est un peu maigre avec sept romans et une bande-dessinée. Après avoir aimé « Le miniaturiste » et « Les filles du lion », je me suis enfin décidé à lire le dernier roman de Jessie Burton (il faut dire que le lapin vert géant de la couverture du grand format a freiné mes ardeurs…). J’ai découvert récemment la plume de Vincent Almendros avec « Faire mouche » et j’ai prolongé ma découverte avec le formidable « Un été ». Pour lutter contre la morosité, j’ai lu le toujours hilarant Fabcaro avec « Moins qu’hier (plus que demain) » où il dépeint avec acidité la vie de couple. Le reste ne fut que découverte : délicieuse avec « La papeterie Tsubaki », intrigante avec le premier tome de la série Blackwater intitulé « La crue », réjouissante avec « La gitane aux yeux bleus », cinématographique avec « 24 fois la vérité » et totalement décevante avec « L’heure de plomb ».

Côté cinéma, j’ai ou voir sept films durant le mois de mars dont voici mes préférés :

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Phil est venu s’installer sur l’île de Lewis, au nord de l’Ecosse, depuis plusieurs années. Il travaille sur une exploitation agricole et vit seul. Un matin où le reste des habitants est à la messe, Phil fait un AVC sur une plage. Il est retrouvé à temps mais il s’avère qu’il a perdu la mémoire. Millie, la fille de son employeur, est sa référente à son retour sur l’île. Elle l’aide à retrouver ses marques et lui avoue qu’ils étaient amants avant son accident. Mais personne n’était au courant de leur liaison.

Bouli Lanners s’exile en Écosse pour son nouveau film en tant que réalisateur et dont il tient le premier rôle. Les paysages de l’île de Lewis sont magnifiquement mis en valeur. Mais le réalisateur nous fait également sentir l’étroitesse du lieu, de la communauté où Phil et Millie évoluent. Chacun se connaît et vit dans la discipline de l’Église presbytérienne. On sent le poids de celle-ci sur la vie de Millie, restée célibataire en raison de l’isolement et n’osant avouer à sa famille sa relation avec Phil. L’histoire d’amour, qui se noue entre ces deux solitaires, est un éveil, une chance inespérée d’illuminer leurs vies. Et c’est avec une délicatesse infinie, une grande douceur que Bouli Lanners nous montre la naissance de leurs sentiments. Les deux personnages sont touchants, tout en retenue et magnifiquement incarnés par Michelle Fairley et Bouli Lanners. Leur histoire est d’autant plus touchante que tous les deux ont dépassé la cinquantaine. « L’ombre d’un mensonge » est une très belle réussite, un drame romantique plein de pudeur et de tendresse.

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Fernand Iveton est ouvrier tourneur dans une usine à Alger. Il est né ici et ne supporte plus la manière dont est traitée la population arabe. En 1954, le jeune communiste décide de ne plus rester passif. Avec son ami d’enfance Henri, il s’engage pour que les Arabes aient plus de droit et de liberté. Fernand devra placer une bombe dans son usine qui produit de l’électricité. Elle est placée dans un local technique et ne doit exploser qu’après les heures de travail pour ne blesser personne. Le but est seulement de plonger Alger dans le noir. Malheureusement, la bombe est découverte et Fernand est arrêté, torturé et condamné à mort.

« De nos frères blessés » est évidemment un film politique qui rend hommage à Fernand Iveton, un héros ordinaire qui paya de sa vie son engagement. La guerre ne disait pas encore son nom mais la mascarade de procès montre bien qu’il fallait faire un exemple avec Fernand. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, n’aura d’ailleurs aucune pitié pour ce jeune idéaliste. Mais le film de Hélier Cisterne est également le récit d’une magnifique histoire d’amour entre Fernand et Hélène. Ces deux-là se rencontrent à Paris, Hélène a fui la Pologne et le communisme. Leurs idéaux s’entrechoquent mais l’attirance sera la plus forte. Leur amour s’épanouit sous le soleil d’Alger et ce malgré la violence qui gronde. Hélène restera un soutien sans faille pour Fernand. Ces deux personnages, insouciants puis tragiques, sont poignants, Vincent Lacoste et Vicky Krieps les incarnent idéalement. Sans pathos excessif, avec sobriété et intelligence, Hélier Cisterne nous offre un film militant qui sort de l’ombre Fernand Iveton et sa femme Hélène.

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Julie court sans cesse après le temps. Elle est une mère célibataire de deux enfants, vit dans une lointaine banlieue et travaille à Paris. Elle est première femme de chambre dans un palace. Chaque instant est compté et chronométré dans la vie de Julie. Sa vie se transforme en cauchemar lorsqu’une grève paralyse les transports en commun. Julie n’arrive plus à l’heure au boulot, pour récupérer ses enfants. La course effrénée se complique encore plus lorsqu’elle décroche un entretien pour un travail qui correspond mieux à ses qualifications.

« A plein temps » fait de la vie de cette femme seule, un véritable thriller social. Bosseuse acharnée, elle doit aussi trouver le temps de se consacrer à ses enfants, de les choyer malgré le manque d’argent du à une pension alimentaire qui tarde à venir. Eric Gravel filme son personnage en perpétuel mouvement et quasiment à bout de souffle. Julie est au bord du gouffre, elle s’épuise à force de vouloir tout conjuguer. Son destin chancelant, vacillant au moindre grain de sable nous touche forcément. Laure Calamy porte le film sur ses épaules et elle est une nouvelle fois admirable, incarnant avec force ce personnage.

  • « Petite nature » de Samuel Theis : Johnny a dix ans et il a déjà beaucoup de responsabilités. Il s’occupe de sa petite sœur, l’habille, l’amène à l’école. Il fait de même avec sa mère lorsqu’elle a trop bu. Celle-ci est seule avec ses trois enfants, travaille dans un tabac de l’autre côté de la frontière. Elle est maladroite, parfois brutale et s’appuie beaucoup trop sur Johnny. Ce dernier est remarqué par son nouvel instituteur, M. Adamski, qui détecte chez lui des capacités non exploitées. Cet adulte, qui lui prête attention, devient vite un objet de fascination et de désir. Le thème de ce film aurait pu être périlleux, parler du désir homosexuel naissant d’un enfant de dix ans était loin d’être un pari facile. Samuel Theis le réussit parfaitement avec pudeur et beaucoup de sensibilité. Les personnages ne sont jamais jugés, jamais pris de haut (c’est notamment le cas de la mère qui fait ce qu’elle peut et peine à sortir la tête de l’eau). Le film n’est jamais misérabiliste, jamais plombant malgré les difficultés avec lesquelles se débat Johnny. « Petite nature » est également le récit d’un apprentissage et d’une émancipation. Il faut saluer l’incroyable talent d’Aliocha Reinert qui crève l’écran et nous transporte. Le film de Samuel Theis parle avec justesse et empathie de l’éveil d’un jeune garçon qui apprend à assumer sa différence.
  • « Ali & Ava » de Clio Barnard : Ali et Ava vivent tous les deux à Bradford dans le Yorkshire et ils avaient pourtant peu de chance de se rencontrer. Ava travaille comme assistante d’éducation dans une école et c’est là que sa route croise celle d’Ali qui accompagne la fille de ses locataires. Rapidement, une entraide bienveillante nait entre eux, malgré leurs origines différentes et leurs goûts musicaux éloignés. Ce lien va devenir plus fort et Ava et Ali vont devoir affronter les préjugés, le rejet de leurs proches. J’avais énormément aimé le précédent film de Clio Barnard « Dark river » qui se déroulait déjà dans un Yorkshire âpre et rude. Dans « Ali & Ava », elle nous montre des communautés très cloisonnées, qui ne se mélangent pas. Ali est d’origine pakistanaise, il est en instance de divorce mais n’ose pas l’avouer à sa famille. Ava est mère et grand-mère et elle se sacrifie pour sa famille. L’histoire d’Ava et Ali est improbable, imprévue et c’est ce qui la rend si précieuse. Ils ont la cinquantaine ou presque et, comme dans le film de Bouli Lanners, la seconde chance qui leur est offerte est infiniment touchante. Le contexte social où ils évoluent est difficile, pesant et entrave leur histoire. Le film est délicatement optimiste et il doit beaucoup à ses deux acteurs rayonnants : Claire Rushbrook et Adeel Akhtar. La musique joue un rôle essentiel dans leur histoire (Ali est un ancien DJ) et irradie le film. « Ali & Ava » est un film réaliste, social mais il ne sombre pas dans la noirceur et nous offre un beau moment de cinéma lumineux et humaniste.
  • « Rien à foutre » de Emmanuel Marre et Julie Lecoustre : Cassandre, 26 ans, est hôtesse de l’air pour une compagnie low-cost. Son rythme de vie est effréné : entre vols et boîtes de nuit à Lanzarote où elle habite. Elle semble profiter pleinement des avantages  liés à son métier, ne se pose aucune question sur son avenir ou sur ses conditions de travail. Pourtant, Cassandre semble également habitée par une ultra-moderne solitude. Le premier film d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre a des airs de documentaire sur la vie de cette jeune femme. Adèle Exarchopoulos est de tous les plans, la caméra la suit pas à pas. Elle incarne son personnage avec un naturel confondant. Cassandre est en représentation permanente : dans sa tenue d’hôtesse de l’air comme dans celle de night clubeuse. Elle enchaîne les rencontres d’un soir. Le jour d’après ne semble pas exister pour elle. Le personnage est bien évidemment plus complexe qu’il n’y parait et la deuxième partie du film nous montrera qu’il s’agit là d’une fuite en avant. « Rien à foutre » est un film surprenant, montrant la vie d’une jeune femme qui brûle sa vie et refuse de réfléchir à l’avenir.
  • « Belfast » de Kenneth Branagh : Buddy a neuf ans et il a grandi à Belfast entouré de son grand frère et de ses parents aimants. En août 1969, les protestants veulent chasser les catholiques alors que les deux communautés arrivaient à vivre côte à côte. La famille de Buddy est protestante mais elle va subir la violence. Le père de famille, qui travaille en Angleterre, refuse de prendre partie et de se mêler au combat. La question de quitter Belfast se pose alors. Kenneth Branagh raconte ici son enfance à Belfast dans un noir et blanc soigné. Sa famille, ses parents surtout (incarnés par deux anciens mannequins : Jamie Dornan et Caitrona Balfe), est très idéalisée. Pour le reste du casting, Kenneth Branagh a eu la bonne idée de faire jouer les grands-parents par deux grands acteurs britannique : Judi Dench et Ciaran Hinds. L’ensemble est plaisant à voir, divertissant malgré la violence qui s’immisce dans le quotidien des habitants de Belfast. Et c’est sans doute là le défaut du film, tout est trop beau, trop lisse, trop propre pour provoquer la moindre émotion. Le destin du petit Buddy, forcé de quitter sa ville, ses grands-parents et la jeune fille dont il est amoureux, aurait du nous émouvoir profondément, ce ne fut pas le cas pour moi.

4 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de mars

  1. Bonjour, des films cités, je n’ai vu qu’A plein temps, j’ai trouvé ce film remarquable et je regrette que l’on en parle pas plus. Pour moi, c’est un des films de l’année 2022. Bonne après-midi.

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