Le voyage à Paimpol de Dorothée Letessier

Un matin, Maryvonne décide de partir, de quitter le domicile conjugal. La lassitude, la fatigue, l’ennui à la maison comme au travail l’emmènent à faire une pause. Elle prend le car direction Paimpol. Maryvonne s’éloigne pendant deux jours du travail à la chaîne de son usine métallurgique et des tâches domestiques qui l’attendent chaque soir. A Paimpol, elle peut se faire plaisir : se poser dans un salon de thé, changer de coiffure, prendre un bain à l’hôtel, lire le soir. « C’est comme si je découvrais une île déserte, un paradis où tout serait permis, puisque sans conséquence. Personne ne viendra. Je n’ai rien à faire. Mieux que cela je ne peux rien faire d’utile, de nécessaire. » Maryvonne voudrait se réinventer mais difficile d’oublier totalement son quotidien.

Publié en 1980, « Le voyage à Paimpol » est le premier roman de Dorothée Letessier que je découvre grâce à Emjy. Les thèmes évoqués dans ce court texte sont toujours d’actualité aujourd’hui : l’aliénation au travail et la charge mentale qui pèse sur les femmes. L’autrice décrit avec précision et justesse le travail répétitif sur les chaînes de montage, les corps usés, maltraités et les répercussions sur la vie de famille. L’amour et le désir s’émoussent au fil des années et de la fatigue qui s’accumule. Maryvonne, formidable personnage plein de fantaisie, ne baisse pourtant pas les bras. Elle espère encore pouvoir illuminer son quotidien, casser la routine grâce à son escapade. Elle refuse de laisser la colère l’emporter et c’est ce qui la rend si touchante.

J’ai été totalement embarquée par Maryvonne, par son élan de liberté, son courage, son ton franc et vif.

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