Une photo, quelques mots (201ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Romaric Cazaux

Elizabeth rêvait depuis toujours de visiter Paris. Cette habitante de la banlieue de Manchester avait étudié « Paris est une fête » d’Ernest Hemingway à l’école et elle était tombée amoureuse de la ville. Certes, la capitale française avait changé depuis les années folles. Mais à la seule évocation de la Closerie des Lilas ou des cafés du boulevard Saint-Michel, Elizabeth se mettait à rêver. Elle se voyait attablée à une terrasse avec un café et un croissant admirant l’élégance bohème des parisiennes. Elle s’imaginait longeant la Seine après une belle journée d’été et finissant chez Shakespeare & Co où elle achèterait des livres qu’elle lirait le lendemain au jardin du Luxembourg. Bien entendu, dans ses rêves Elizabeth parlait français couramment avec une pointe d’accent anglais qui ravissait ses interlocuteurs.

Un rêve qu’Elizabeth avait mûri durant de longues années et qui lui avait permis d’échapper à un quotidien souvent morose. Mariée et mère jeune, elle avait connu, comme son mari, des périodes de chômage difficiles. Depuis trois ans, tous deux avaient trouvé une certaine stabilité qui leur permettait de souffler un peu. Mais de là à se rendre à Paris, Elizabeth préférait économiser au cas où les mauvais jours reviendraient. Elle ne s’attendait donc pas à se voir offrir une semaine à Paris pour ses quarante ans par son mari et sa fille. Une folie mais elle était aux anges !

Avant le voyage, Elizabeth avait compulsé tous les guides possibles et imaginables. Son programme jour après jour était établi, quasiment à la minute près. Ce serait probablement son unique voyage à Paris, Elizabeth voulait en profiter au maximum.

Le grand jour était arrivé et Elizabeth ne tenait plus en place. A peine arrivés à l’hôtel et il fallut repartir. Le programme d’Elizabeth n’attendait pas ! Les jours et les visites s’enchainèrent à un rythme endiablé. Elizabeth passait son temps à secouer sa fille et son mari, à les pousser à avancer, à se dépêcher. Au cinquième jour, ils prirent la direction du château de Versailles. Elizabeth comptait bien visiter le château, le Grand et le Petit Trianon et elle se délectait de la vue de la ferme de Marie-Antoinette. Mais la journée ne tourna pas comme elle voulait. Au moment de sortir pour se promener dans les jardins, le mari et la fille d’Elizabeth voulurent se reposer. Son mari commença même à s’endormir sur elle !  Quel culot alors qu’il y avait tant à voir ! Elizabeth fit une scène à son mari, lui expliquant la chance qu’il avait d’être ici. Ce dernier, exténué par tant de visites, finit par quitter les lieux avec sa fille laissant plantée là Elizabeth et son programme infernal. Et tous deux allèrent s’installer en bord de Seine en terrasse d’un café près de la fontaine Saint-Michel.

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Une photo, quelques mots (200ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

buste-femme-lingerie-768x1156© Romaric Cazaux

Denise mettait la dernière touche à son mannequin. Sa dernière mise en place dans le magasin. Ce soir, Denise part à la retraite. Elle se recule pour regarder les différents ensembles de lingerie qu’elle a choisi de mettre en avant. Elle les trouvait de plus en plus chargés. Tous ces froufrous sur la culotte, cette grosse fleur entre les deux seins, c’était trop pour Denise qui préférait la simplicité, l’épure. Elle n’en a jamais rien dit à ses collègues pour ne pas paraître hérétique mais finalement rien ne vaut une culotte en coton Petit Bateau ! Au moins, c’est confortable et il n’y a pas de dentelle qui chatouille ou qui grattouille.

Et malgré cela, Denise a toujours été une vendeuse exemplaire. Elle a toujours aimé le contact humain, écouter les petites histoires des clients et elle en avait vus défiler dans sa carrière ! Des jeunes filles rougissant qui venaient accompagnées de leur mère pour choisir leur premier soutien-gorge. Des jeunes maris attentionnés qui voulaient faire plaisir à leur femme, des plus âgés qui voulaient pimenter leur couple ou achetaient des cadeaux pour leurs maîtresses. Avec le temps, elle a vu de plus en plus de femmes s’offrir de la lingerie sexy pour se plaire à elle-même plus qu’aux hommes. Denise admire cette nouvelle génération de jeunes femmes fortes et sûres d’elles.

A la fin de la journée, les collègues de Denise lui avaient préparé un pot de départ. Elle s’y attendait un peu, on ne passe pas trente ans dans une entreprise sans que l’on vous dise au revoir ! Mais Denise est quand même émue par le discours de la responsable de rayon, par les applaudissements de ses collègues.  Beaucoup d’émotions et de sourires que Denise grave dans sa mémoire pour y repenser plus tard. Après avoir trinqué à sa retraite que toutes lui souhaitaient longue et heureuse, Denise reçoit des mains de sa chef un cadeau. Très touchée, elle défait fébrilement l’emballage. Et là, la surprise, l’embarras, ses collègues lui avaient offert un ensemble de lingerie plein de dentelles. Celui-là  même qu’elle avait installé le matin sur un mannequin !

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Une photo, quelques mots (198ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

metro-kot© Kot

Malee avait du mal à garder les yeux ouverts ce matin. Elle était si fatiguée. Elle était rentrée chez elle vers 1 heure du matin. Pour un vendredi soir, elle était rentrée tôt. En général, elle finissait plutôt sa journée vers 3 heures. Le restaurant thaï de ses parents marchait bien et ne désemplissait pas le vendredi soir. Mais ce soir, les clients étaient venus moins nombreux. Malee avait eu un nuit un peu plus longue. Elle en avait bien besoin, elle était en plein partiels. Les derniers étaient heureusement ce matin. Elle n’en pouvait plus de cette vie, de ce rythme.

Tous les soirs, elle aidait ses parents dans leur restaurant. Elle avait déjà réussi à s’éloigner de l’appartement familial situé au-dessus du restaurant pour un petit studio bien à elle. Les négociations avaient été âpres, les disputes nombreuses mais elle n’avait pas cédé. Alors recommencer aujourd’hui était au-dessus de ses forces, elle devait prendre sur elle et tenir bon jusqu’à la fin de ses études. Après, elle pourrait enfin avoir sa propre vie. Bien-sûr, ça serait compliqué, ses parents étaient persuadés qu’une fois son diplôme de comptable en poche, Malee viendrait travailler au restaurant. Il était évident pour eux qu’elle reprendrait l’affaire après leur retraite.

Et ils commençaient même à se mêler de sa vie sentimentale ! Il ne manquait plus que ça ! A 24 ans, il était grand temps qu’elle se marie et ils avaient bien évidemment une idée sur l’identité du prétendant idéal. Insupportable…Malee ne voulait pas de cette vie-là mais comment le faire comprendre à ses parents ? Comment leur faire accepter une vie si différente de celle qu’ils imaginaient pour leur fille ?

En attendant, il fallait qu’elle se concentre pour rester éveillée, pour ne pas rater sa station. Il était hors de question qu’elle rate ses partiels, sa porte de sortie.

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Une photo, quelques mots (196ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Vincent Héquet

Le froid s’était intensifié depuis une dizaine de jours. Il s’insinuait douloureusement sous les couches de vêtements, nous saisissait jusqu’à la moelle. Même les animaux avaient du mal à le supporter. Ils se terraient, se cachaient tant que la faim ne les obligeait pas à sortir. Mes parents et moi tentions de faire de même. Mais la faim ne nous laissait que peu de repos. Elle nous tenaillait, nous obsédait. Il fallait sans cesse tenter de combler ce vide, ce manque qui était devenu notre unique moteur.

Mais la neige, la glace rendaient les choses plus difficiles. La végétation s’était elle aussi mise à hiberner. Tout autour de nous, les paysages étaient figés dans une mort glacée, rien ne semblait avoir survécu.

Il nous fallait avancer toujours, inlassablement en espérant trouver quelques baies, quelques noix pour calmer nos crampes d’estomac. Pas de quoi nous remplumer suffisamment pour résister à la morsure du froid. Les abris se faisaient rares également, il fallait toujours se méfier des prédateurs, animaux ou humains.

A force de marcher, nous arrivâmes dans un ancien bâtiment. Mon père inspecta chaque recoin, l’endroit était vide et nous allions enfin pouvoir nous reposer. Mes parents semblaient pourtant bien tristes. Ils m’expliquèrent alors que ce bâtiment en ruines avait été un supermarché dans le monde d’avant, que l’on y trouvait tout ce dont on avait besoin et bien plus encore. Les gens y venaient régulièrement pour s’acheter à manger, pour se vêtir. Un lieu de profusion, un lieu où rien ne manque…

Mes parents me racontaient parfois comment était la vie dans le monde d’avant mais leurs regards se teintaient toujours d’une intense mélancolie. Je ne posais alors aucune question, je n’insistais pas.

Cette nuit nous allions pouvoir dormir à l’abri, protégés du froid et du vent, peut-être allions-nous réussir à dormir, peut-être allais-je rêver de cet endroit qu’avant on appelait supermarché, peut-être allais-je rêver du monde d’avant.

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Une photo, quelques mots (195ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

14468577975_34250fcbd5_o© Romaric Cazaux

Tenir. Ne pas flancher. Garder le rythme. Oublier les douleurs, les ampoules qui éclatent, oublier son corps pour mieux le sublimer. Répéter inlassablement chaque pas, chaque mouvement pour qu’ils deviennent automatiques.

La semaine de Mathilde se concentrait sur ce but unique : la perfection de ses pointes, de ses entrechats, de ses jetés. De l’élégance, du maintien, de quoi parfaire son allure. Rien d’autre ne pouvait compter, Mathilde était déterminée.

Il le fallait. Elle n’avait pas le choix. Elle avait été repérée dans son école de danse à Bourges. Depuis tout petite, elle rêvait de tutus, de lacets en satin lui enlaçant la cheville, de chignon impeccable. Ses parents avaient longtemps cru à une passion enfantine, toutes les petites filles voulaient être ballerines, un cliché. Mais Mathilde avait continué, intensifiant les entrainements avec l’âge. Elle se voyait évoluer sur de grandes scènes, danser les plus grands ballets. Ses parents ne voyaient pas l’avenir de la même façon. Ouvriers tous les deux, ils voulaient un véritable métier pour leur fille. Impossible de leur faire comprendre, il n’y avait jamais eu d’artiste dans la famille. Ça n’était pas pour eux.

Mais lorsque la recruteuse de l’Opéra de Paris l’avait choisie, ils n’eurent plus le choix que de se rendre à l’évidence : Mathilde serait danseuse. Il fallait la laisser partir, la laisser quitter le foyer à 13 ans pour l’inconnu. Ils n’en dirent rien mais Mathilde savait que sa vie de petit rat à Paris allait leur coûter cher, qu’il leur faudrait sacrifier de leur confort pour satisfaire son rêve. C’est pour cela que l’échec lui était interdit. Elle ne pouvait pas laisser passer sa chance, ne pouvait pas les décevoir.

Il fallait tenir, cambrer le pied malgré la douleur, rester sur les pointes aussi longtemps que les autres. Tenir.

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Une photo, quelques mots (192ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

11054675936_5c572206a0_k© Julien Ribot

Tout le monde lui avait dit de ne pas y aller. Mais il fallait qu’elle y aille, qu’elle voie par elle-même pour stopper l’emballement de son imagination.

L’ancien bureau de poste se situait un peu à l’écart de la ville. Le lieu était devenu un terrain vague mangé par les mauvaises herbes. Certaines étaient si hautes qu’elles masquaient en partie le bâtiment. Elle y pénétra en enjambant les ronces, il fallait vraiment avoir envie de s’isoler pour venir ici. Elle demeura en arrêt dans l’entrée. C’était encore pire que ce qu’elle imaginait. La décrépitude du lieu donnait froid dans le dos. Le papier-peint décollé, moisi, les vitres absentes, le métal gangréné par la rouille, la mousse à la place de la moquette, le bâtiment était une ruine absolue. Elle se sentit soudain gagnée par un fort sentiment de solitude, par la mélancolie des lieux désaffectés. A part le vent qui s’engouffrait dans les ouvertures béantes des fenêtres, le bâtiment était étrangement silencieux comme si toute vie l’avait quitté. Le néant. Le mutisme des murs déliquescents.

Quelques traces de passages ponctuels jonchaient le sol. Des bouteilles vides, des mégots de cigarettes ou de joints ponctuaient l’espace. Un point de rendez-vous pour les jeunes du coin, à l’abri des regards et des adultes. Un lieu d’expériences en tout genre… ne pouvaient-ils pas trouver un endroit moins sordide ? Les larmes commençaient à monter, la douleur sournoise, assourdie par les cachets, se réveillait. L’incompréhension était toujours vive. Comment Chloé avait-elle pu en arriver là ? Quel mal-être invisible avait poussé sa fille à venir ici et à mourir une seringue dans le bras ? Ses amis avaient raison, elle n’aurait jamais dû venir ici.

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Une photo, quelques mots (190ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

metro-lecture© Kot

Il savait bien que ce n’était pas une bonne idée. Hier soir, à son retour du bureau, Matthieu s’était tranquillement installé dans son canapé avec pour seule compagnie son livre du moment. Il lui restait moins de cent pages et il comptait bien les dévorer avant de se mettre à table. Mais Nina rentra plus tôt. Matthieu se leva pour embrasser sa femme, espérant honteusement qu’elle n’aurait pas envie de lui raconter toute sa journée au bureau. Nina avait en effet l’art de transformer le moindre micro-évènement en récit épique. Ce qu’il appréciait en temps normal. Lui, le taiseux, admirait cette qualité chez sa femme et se délectait de ses croustillants récits.

Mais pas ce soir. Matthieu voulait finir son livre. Il était totalement accroché par l’intrigue, impossible de le lâcher. Nina lui fit un récit assez succinct pour une fois de sa vie de fonctionnaire au ministère de la Culture. Elle devait appeler une amie pour convenir d’une date pour un dîner. Parfait, deux bavardes ensemble au téléphone, Matthieu allait pouvoir achever sa lecture.

Et là, patatra, tout fut gâché en un instant. Un gros bruit sourd suivi de jurons de Nina.

 » Matthieu, tu peux venir s’il te plaît ?

– Oui ? Qu’est-ce qui se passe ?

– Je peux savoir ce que les cartons de nos futurs meubles de salle de bain font encore en plein milieu du couloir ?

– …

– Tu avais promis de t’en occuper. Ça fait quinze jours que nous avons été livrés.

– Je sais, je sais.

– Tu pourrais t’en occuper maintenant ? Deux meubles de salle de bain, ça devrait aller vite, non ? »

Matthieu se laissa fléchir au nom de la paix des ménages. Il allait les monter ces fichus meubles. Nina était contente, elle partit téléphoner. Après 30 minutes de calme absolu, un cri douloureux retentit. Nina raccrocha et accourut dans le salon où elle trouva son mari sautillant dans la pièce en se tenant l’index de la main gauche. Un marteau gisait à ses pieds.

 » Mon pauvre chéri, tu t’es tapé sur le doigt, fais-moi voir… mais qu’est-ce que ton livre ouvert fait sur cette planche ? Ne me dis pas que tu lisais en bricolant ?

– Ben euh… si… il faut bien que je sache qui a tué Roger Ackroyd !!!

Regard de pitié de Nina. Pas une bonne d’idée d’allier lecture et bricolage.

– Allez viens, je vais te faire un pansement. »

Et finalement, ils passèrent la soirée à monter et à fixer leurs meubles.

Le lendemain matin, Matthieu se réjouissait de son futur trajet dans le métro : il allait enfin pouvoir finir son roman et connaître l’identité du meurtrier. Il grimpa dans la rame, se précipita sur une place assise et ouvrit  son livre avec délectation.

« – Hey Matthieu ! Comment ça va ? »

Jérôme, un collègue, s’installa à côté de lui pour discuter.

-« Le meurtre de Roger Ackroyd », excellent ! Elle nous embobine bien Agatha Christie dans ce bouquin, quand tu penses que c’est xxx qui a fait le coup ! « 

En soupirant, Matthieu ôta le marque-page de son livre.

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Une photo, quelques mots (189ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

16880517602_7cc9a79a63_k© Julien Ribot

Le rituel du dimanche matin. Les étalages aux couleurs vives, les odeurs qui embaument la place et mettent l’eau à la bouche, les sacs et caddies qui se remplissent. Les allées sont pleines à craquer, il y a la queue partout. Les gens viennent en famille, croisent leurs voisins, leurs amis. C’est joyeux, animé une place un jour de marché. Qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? Elles sont comment vos tomates ? Et vos cerises, elles viennent d’où ?

A midi, le brouhaha des voix bat son plein, il emplit tout l’espace. Les marchands vendent à tour de bras. Mais dans une heure, il faudra tout remballer, ranger les cageots dans les camions, défaire les étals, plier les toiles. Les retardataires, les lève-tard se précipiteront avant que tout soit démonté.

C’est le moment que j’attends, le moment où moi aussi je vais participer à cette grand-messe gustative du week-end. Je guette ce qui tombe des cageots, ce qui traîne au sol. Je ramasse, je remplis à mon tour mon sac. Je glane ce qui ne pourra plus être vendu, ce qui est trop mûr, ce que les autres ne voudront pas.

Ne croyez pas que je sois seule à envahir la place une fois le marché terminé, nous sommes légion. Il y a ceux qui luttent contre le gaspillage, ceux qui font attention à leurs dépenses, ceux qui n’ont pas le choix. J’aurais pu faire partie des premiers mais j’ai tout de suite rejoint  les deuxièmes. De petites économies à droite à gauche pour essayer de s’en sortir, de tenir. Mais cela n’a pas suffi.

Aujourd’hui, ma récolte a été bonne : deux pommes, quelques feuilles de salade et une orange. Un vrai repas de fête ! Que je vais déguster au bord de l’eau. Sous les ponts.

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Une photo, quelques mots (188ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

ribot© Julien Ribot

Elle est moins effrayante que ce que je m’imaginais. Ce n’est qu’une vieille baraque qui tombe en ruines. Le mur s’émiette, les plantes envahissent tout. La porte refuse de s’ouvrir, pas étonnant quand on voit l’état du bois et la rouille sur les gonds ! Pareil pour les volets, ils sont complètement bloqués. Y va falloir que je trouve un autre moyen de rentrer dans cette satanée maison. Je vais faire le tour, les autres ont bien réussi à y entrer, y a pas de raison que j’y arrive pas.

A l’arrière, je découvre un grand jardin totalement sauvage, abandonné depuis trop longtemps, bien avant ma naissance. Ma grand-mère se souvient des habitants de cette maison. Elle était jeune fille lorsqu’ils sont partis. Les Durance étaient de grands bourgeois possédant de nombreux terrains dans la région. Ils avaient une fille unique, Eléonore. Ma grand-mère m’a dit qu’elle était très belle. Elle la voyait parfois en ville dans de belles robes blanches. Tous les garçons étaient sous le charme mais les parents attendaient un bon parti. Mais Eléonore ne l’entendait pas de cette oreille. Elle était amoureuse du garde-chasse qui le lui rendait bien. Ils se voyaient en cachette. Mais ils n’ont pas été très prudents et Eléonore tomba enceinte. Une honte pour la famille. Ses parents voulurent la marier avec le fils d’un de leurs amis qui fut grassement payé pour accepter l’enfant. La situation était insupportable pour Eléonore et un matin ses parents la trouvèrent pendue dans sa chambre. Ma grand-mère m’a dit que ça avait fait un sacré scandale dans le coin. Les Durance décidèrent de quitter la région et la maison est restée fermée depuis. Impossible de la vendre.

La nuit commence à tomber, faudrait que je trouve un moyen de rentrer. La porte de derrière a l’air mal fermée. Un petit coup d’épaule et me voilà à l’intérieur. La porte ouvre sur la cuisine, la poussière recouvre tout. Voyons plus loin, salle à manger, salon, encore une autre pièce… waou ! C’est immense ici ! Si ma mère voyait ça, elle qui veut toujours plus de place, elle serait servie !

Je vais m’installer sous l’escalier, l’endroit n’est pas trop sale, je vais pouvoir y déplier mon sac de couchage. Ça va être du gâteau ce défi, les autres vont bien être obligés de m’accepter dans leur bande ! Une maison hantée, n’importe quoi !

Hé mais c’est quoi ce bruit ? Ne sois pas ridicule, c’est le bois qui craque ou le vent… non, ça a l’air de venir d’au-dessus… ça recommence, on dirait que quelqu’un marche à l’étage… ce sont forcément les chambres qui sont là-haut… ça serait donc vrai ? Eléonore est toujours là ? Le bruit ne s’arrête pas, il s’amplifie… Oh et puis merde, j’en trouverai d’autres des copains ! Je rentre à la maison !

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Une photo, quelques mots (187ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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L’été s’achève. Dernier jour de congé sur cette plage de l’Atlantique où je viens de passer trois semaines. Ma peau est encore chaude des heures passées à lire sur le sable. Mes cheveux sont rêches, asséchés par les plongées en eau de mer.

Bientôt mon horizon va se rétrécir. Bientôt mon nez ne sera plus caressé par l’odeur des embruns. Il faut plier bagage, rassembler les affaires semées aux quatre coins de la maison de famille. Il faut s’éloigner du large, à défaut de le prendre, pour rejoindre la cohorte morose des voyageurs matinaux du RER B. Il faut oublier le temps qui s’écoule lentement au rythme de mes envies pour retrouver la tonitruance de la sonnerie du réveil, le décompte implacable de mes heures, volées par la badgeuse. Tout ce temps que je passe à gagner ma vie, tout en la perdant, derrière les quatre murs d’un bureau, dans un immeuble anonyme à l’architecture grise.

La valise est bouclée. Sur la desserte de l’entrée, trônent les billets de train comminatoires. Comme à la veille de la rentrée lorsque j’étais enfant, une boule d’angoisse m’étreint. Le même cri qu’alors, inutile et vain, veut sortir de ma bouche : je ne veux pas y aller !

Mais je ne suis plus une petite fille, personne ne va me traîner demain matin jusqu’à l’entrée de mon travail. Je suis toute seule à décider. Et cette fois, ma décision est prise : je reste ici et je démissionne !

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