Bilan livresque et films de novembre

novembre

Novembre a été pourvoyeur de bonnes voire d’excellentes lectures. Sous les feuilles de l’automne, j’ai déniché une formidable odyssée de lapins qui est devenu un grand coup de cœur. Je réitère donc ici mon conseil : lisez « Watership down » ! Grâce au blogoclub de Sylire, j’ai enfin découvert un roman dont j’avais lu beaucoup d’excellentes critiques : « L’amie prodigieuse » de Elena Ferrante et je me joins au concert de louanges de mes petits camarades de la blogosphère. A venir, mes avis sur « Une autre saison comme le printemps » de Pierre Pelot qui a été réédité chez les éditions Héloïse d’Ormesson et sur « Les vies de papier » de Rabih Alameddine qui a reçu le prix Femina étranger.

Les films de novembre furent également de très hautes tenues et j’ai eu du mal à choisir mes coups de cœur :

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Daniel Blake est un charpentier veuf à Newcastle. Après une crise cardiaque, les médecins lui interdisent de travailler. Mais la plateforme de sécurité sociale locale n’est pas du même avis. Après un questionnaire ubuesque, Daniel est reconnu apte au travail et il ne peut toucher de pension d’invalidité. Il va donc essayer de toucher le chômage en prouvant qu’il cherche un travail qu’il ne pourra pas exercer vu son état de santé. Au pôle emploi, il rencontre Katie, une mère de famille tout aussi démunie devant le système et qu’il va tenter d’aider. Depuis toujours Ken Loach s’attache à montrer le quotidien des plus démunis, de la classe ouvrière si méprisée et oubliée. Ce dernier film m’a semblé beaucoup plus amer que les autres, il sonne presque comme un constat d’échec : rien ne bouge, pire la situation s’aggrave. Daniel et Katie sont confrontés à un système toujours plus absurde et déshumanisé. L’humour et l’entre-aide sont toujours présents mais c’est la noirceur qui l’emporte. La misère sociale s’aggrave, la scène de la banque alimentaire en est un exemple terrible. Ken Loach est en colère et il a effectivement toutes les raisons de l’être. Encore une fois, son scénario est servi par de formidables acteurs : Hayley Squires et Dave Johns qui est un acteur comique réputé en Angleterre.

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Louise rate le dernier train de la saison et est obligé de rester en bord de mer où elle possède une maison. La ville s’est entièrement vidée et la voilà totalement seule. Elle espère au début que les autres habitants vont penser à elle et revenir la chercher. Mais non, elle est bel et bien seule. Au bout d’un certain temps, elle décide de se construire une petite bicoque en bord de mer. Elle y trouve un chien qu’elle appelle Pépère et qui devient le compagnon de ses balades quotidiennes. Louise explore son bord de mer, fait ses courses aux Galeries Lafayette, fait pousser un potager et repense à ses souvenirs d’enfance. Louise profite du calme, de la solitude. Ce film est un bonheur de délicatesse, de douceur rendue par un dessin pastel magnifique. Louise vit comme Robinson Crusoé, elle est totalement libre. Elle est nostalgique, joyeuse, curieuse et facétieuse. Louise se laisse porter par les flots, par les souvenirs, par ses forces. Et c’est un réel plaisir de la voir évoluer sur l’écran.

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Icare, surnommé Courgette, vit avec sa mère qui passe son temps à boire de la bière et à s’abrutir devant la télévision. Cette dernière fait une terrible chute dans l’escalier et Courgette devient orphelin. Il atterrit dans un foyer où d’autres enfants ont connu également des débuts difficiles dans la vie. Courgette y apprendra que les copains peuvent aussi former une famille. Ce charmant film d’animation a été réalisé en stop motion durant deux ans. Le scénario est de Céline Sciamma qui s’intéresse beaucoup à l’enfance et en parle merveilleusement bien. A travers ces marionnettes, elle parle de violences, de maltraitances, d’abandon. Mais le film n’est absolument pas sombre ou glauque. C’est l’optimisme qui domine, les enfants montrent leur capacité de résilience et les pouvoirs réparateurs de l’amitié. « Ma vie de Courgette » est un film très tendre et très attachant.

Et sinon :

  • Captain fantastic de Matt Ross : Ben vit avec ses six enfants dans une cabane au milieu des bois. Les enfants apprennent à se battre, à chasser, à cultiver des plantes mais ils reçoivent également une éducation scolaire poussée. Cette vie en autarcie, loin de la société de consommation dénoncée par leur père, est brusquement interrompue par la mort de leur mère qui était hospitalisée en raison de sa bipolarité. La famille va devoir confronter ses principes à ceux du reste de la famille et découvrir un monde consumériste bien loin de leurs habitudes. Le film pose la question des convictions, de l’idéalisme et de la manière dont cela se répercute sur les enfants. Viggo Mortensen est absolument sensationnel (comme d’habitude me direz-vous !) dans le rôle de ce père qui rêve d’un monde meilleur et plus authentique pour ses enfants.
  • Sing Street de John Carney : Conor vit à Dublin. Ses parents ne s’entendent plus, ils ont des problèmes d’argent. Conor est obligé de changer de lycée et a du mal à s’y adapter. En face de son nouvel établissement, il croise la route d’une charmante jeune femme, tout juste plus âgée que lui. Il en tombe amoureux et pour la séduire il décide de monter un groupe de rock. « Sing street » est un récit initiatique fort sympathique, plein d’énergie et plein d’humour (les changements de style vestimentaire du groupe sont cocasses ; le grand frère de Conor est une sorte de Tanguy ébouriffé et passionné de musique). La fin est un peu mièvre mais dans l’ensemble c’est un petit film tout à fait divertissant.
  • Tour de France de Rachid Djaïdani : Farouk, un jeune rappeur parisien, se retrouve en conflit avec un concurrent. Ce dernier utilise plus facilement les armes que les mots et Farouk est obligé de se faire oublier. Pour ce faire, il devient le chauffeur de Serge, le père de son producteur. Serge est un ancien ouvrier, bourru et raciste. Il est devenu peintre du dimanche et souhaite faire le tour des ports de France pour reproduire les tableaux de Joseph Vernet. Les premiers temps sont électriques, tendus. Mais au fur et à mesure du voyage les opposés se découvrent, se rapprochent. L’idée du film est simple : si l’on apprend à se connaître, les barrières tombent et le racisme s’efface. C’est sans doute un peu naïf mais un peu d’optimisme et de générosité ça ne fait pas de mal ! Gérard Depardieu est égal à lui-même, un ogre qui dévore l’écran, mais face à lui le rappeur Sadek fait le poids. Le film de Rachid Djaïdani est un peu répétitif mais il est surtout bourré d’humanisme.

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Bilan livresque et films de septembre

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Et voici un mois américain qui se termine, il aura passé bien vite et il me reste beaucoup de billets à découvrir. A un jour près, j’ai tenu ma liste de lectures : 9 romans lus durant ce mois de septembre et de bien belles lectures. S’il ne fallait en garder que trois, je choisirais : « Derniers feux sur Sunset » de Stewart O’Nan, « Peyton Place » de Grace Metallious et « Prête à tout » de Joyce Maynard. Mais le choix est difficile car je me suis vraiment régalée et je n’ai été déçue par aucun des romans que j’ai lus pour ce mois américain. Cette année encore, j’ai été enchantée d’assister au Festival America de Vincennes qui n’a fait qu’augmenter ma wish list ! Merci à tous les participants pour leurs nombreux billets et leur enthousiasme, je vous retrouve l’année prochaine pour notre voyage de l’autre côté de l’Atlantique !

Décidément le mois de septembre fut réjouissant au niveau culturel avec quatre très bons films vus :

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Deux frères décident de braquer des banques suite au décès de leur mère. Ils doivent rembourser le prêt énorme que celle-ci avait contracté pour sa ferme. La dette étant due aux banques autant régler la note en les cambriolant, c’est ainsi que le plus jeune frère décide son aîné qui vient de sortir de prison. A leur poursuite, deux Texas rangers dont l’un va bientôt prendre sa retraite. Deux duos d’hommes, deux amitiés viriles se développent en parallèle durant le film. Les quatre personnages sont extrêmement attachants, poignants tant ils semblent totalement égarés et las. Les deux frères sont à l’image de ce fin fond du Texas qui croule sous les dettes et se désertifie. Il ne semble plus y avoir que des banques et un diner improbable dans les patelins paumés traversés par les quatre hommes. Le scénario est parfaitement écrit, il nous tient en haleine durant tout ce western atypique. Les acteurs sont impeccables avec une mention spéciale à Chris Pine qui mériterait plus de rôles de cet acabit et au toujours formidable Jeff Bridges.

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En 1919 en Allemagne, la jeune Anna vient fleurir tous les jours la tombe de son mari Frantz, tombé au front. Elle vit avec ses beaux-parents qui ont bien du mal à se remettre du décès de leur fils. Un jour, Anna découvre un jeune homme en pleurs devant la tombe de Frantz. Celui-ci se présente comme un ami du défunt. Anna réussit à le faire inviter chez ses beaux-parents. Le jeune français prénommé Adrien leur délivre ses souvenirs de Frantz. Adrien et Anna rêvent de changer leurs vies : le passé pour l’un, l’avenir pour l’autre. Chacun compte sur l’autre pour le faire. Ces deux solitudes, ces deux désespoirs ont besoin de l’autre pour évoluer, pour s’évader. François Ozon montre bien l’ambiance délétère, le deuil infini qui suivent la première Guerre Mondiale. L’amertume, la haine de l’ennemi sont sur toutes les lèvres. Les pères pleurent les fils qu’ils ont envoyés au front. Pour montrer le contraste entre les aspirations d’Anna et d’Adrien et la tristesse du quotidien, François Ozon fait un choix esthétique très réussi. Le film est en noir et blanc et il se colore lorsque sont évoqués les souvenirs, les moments heureux qui redonnent vie à chacun. Le film est tout en délicatesse, en douleurs rentrées, en doux lyrisme et je tiens à souligner le parfait duo d’acteurs : Pierre Niney et Paula Beer que l’on découvre et qui est infiniment touchante.

Et sinon :

  • Le fils de Jean de Philippe Lioret : Mathieu apprend à 33 ans la mort de son père qu’il n’a jamais connu. Celui-ci était québecois, médecin et avait deux autres fils. Mathieu décide de partir au Canada pour l’enterrement et rencontrer ses frères. Il est accueilli par le meilleur ami de son père qui lui demande de garder le secret sur ses origines afin de ne pas bouleverser sa nouvelle famille. Ce qui intéresse Philippe Lioret, film après film, c’est l’humain et ses émotions. Son cinéma est simple, sans effet fracassant mais il construit son travail avec beaucoup d’empathie, de finesse et de douceur. Le réalisateur ne verse jamais dans la mièvrerie, dans les larmes ou la sensiblerie. Il est au plus près de ses personnage, de ses acteurs avec simplicité et pudeur.  Un très joli film sur les liens familiaux.
  • Victoria de Justine Triet : Victoria est avocate, mère célibataire de deux enfants et totalement dépassée par les évènements. Tout se complique lorsqu’elle doit défendre un ami accusé d’avoir agressé sa femme. Elle croise également la route de Sam qu’elle avait défendu lorsqu’il était dealer.  Ce dernier lui demande conseil pour devenir avocat et finit par s’installer chez elle et lui sert de baby-sitter. « Victoria » est une comédie qui va à cent à l’heure comme la vie mouvementée de son héroïne qui mélange personnel et professionnel et finit par s’y perdre. Victoria n’arrive plus à tout gérer, sa belle maîtrise se fendille au fur et à mesure. C’est dynamique, excessif, fantaisiste et porté par une Virginie Efira parfaite entre confiance de soi et faiblesses.

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Bilan livresque et films d’août

Août

Un mois d’août qui se tourne déjà vers le mois américain et qui ne comporte aucune fausse note. La série de livres de qualité continue et je me régale !

Deux très jolis films durant ce mois d’août :

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Marie et Boris se séparent. En attendant que Boris ait les moyens de se reloger, il vit toujours dans leur maison avec Marie et leurs jumelles. Les parents ont institué des règles sur les soirées passées avec les filles, sur la division du frigo, sur les achats faits aux enfants.  Mais comment réussir à faire une garde partagée lorsque l’on vit sous le même toit ? Et la situation ne sera réglée que lorsque Boris aura obtenu la moitié du prix de la maison ce que Marie lui refuse. Celle-ci, d’un milieu aisé, a apporté les fonds pour acquérir la maison mais Boris y a fait de nombreux travaux ce qui pour lui a autant de valeur. Joachim Lafosse piège ses personnages dans un huis-clos, on ne sort quasiment pas de la maison au cœur des disputes du couple. Le délitement du couple de Marie et Boris passe par des discussions d’argent mais c’est la place de chacun dans le couple qui est véritablement interrogée mais aussi le sens des responsabilités de chacun face aux enfants. Bérénice Béjo et Cédric Kahn incarnent à la perfection ce couple à la dérive et sont l’un des grands intérêt de ce film. Moins réussi que « A perdre la raison », Joachim Lafosse excelle néanmoins encore dans ce film à explorer les failles, les points de rupture.

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Après avoir fui son pays en 1934 et vécu à Londres, Stephan Zweig arrive au Brésil en 1936. Il y est accueilli en grandes pompes avec sa deuxième femme Lotte. La réputation de l’écrivain est immense et il sera invité à différents endroits du pays pour faire des conférences. Il va également à New York en 1941 où il retrouve sa première femme et quelques amis. Il finit par s’installer à Petropolis où il fêtera ses 60 ans, son tout dernier anniversaire avant son suicide en février 1942. Maria Schrader, la réalisatrice, choisit de nous montrer quatre moments de l’exil de Stephan Zweig, quatre chapitres où l’on voit l’auteur épuisé, à bout de force. Le Brésil ne pouvait l’accueillir mieux, l’auteur l’appelle le pays de l’avenir mais on sent qu’il est resté là-bas en Europe. La scène de la découverte des corps de l’écrivain et de sa femme, tout en jeu de miroirs,  est admirable d’émotion et de délicatesse. Josef Hader incarne l’écrivain avec une mélancolique prégnante, un détachement saisissant.

Et sinon :

  •  Guibord s’en va-t-en guerre de Philippe Falardeau : Le Canada doit-il rentrer en guerre au Moyen Orient ? Le parlement doit en décider et suite à la défection de l’un de ses membres, la décision finale revient à un élu d’une petite province et ancien joueur de hockey : Guibord. Il décide d’organiser un referendum auprès de ses administrés.  Il sera aidé par Souverain, un  nouveau stagiaire venu d’Haïti. Le pauvre Guibord voit rapidement le débat national se perdre dans les intérêts locaux de chacun. Lui-même n’est pas complètement au clair sur la décision à prendre. Le film de Philippe Falardeau est une comédie caustique sur les enjeux du pouvoir, la corruption, la complexité du système politique canadien. Le film est rythmé et porté par Patrick Huard au mieux de son talent comique.
  • Florence Foster Jenkins de Stephen Frears : Florence Foster Jenkins ne sait pas chanter, c’est même la plus piètre des cantatrices. Et pourtant elle organise des récitals et va même se produire à Carnegie Hall. La musique est la passion de sa vie. Le biopic de Stephen Frears observe les dernières années de la vie de ce personnage qui avait également inspiré Xavier Giannoli pour « Marguerite ». Beaucoup plus sage et classique que le film du français, le film de Stephen Frears est néanmoins plaisant à regarder. Cela est essentiellement du aux deux hommes qui entourent la cantatrice : son mari magistralement interprété par Hugh Grant qui allie sens du comique et émotion et son pianiste qui révèle le talent de Simon Helberg. Tous les deux volent sans conteste la vedette à Meryl Streep.
  • Moka de Frédéric Mermoud : Diane a perdu son fils qui a été renversé par une voiture. Depuis, elle n’a qu’une idée en tête : retrouver le chauffard qui abandonna son enfant au bord de la route. Rien à reprocher aux deux actrices en tête d’affiche, Emmanuelle Devos et Nathalie Baye sont comme toujours parfaites. C’est d’ailleurs leurs prestations qui nous tiennent pendant le film car pour un thriller, « Moka » manque singulièrement de suspens. Le film manque de rythme et la dernière scène lacrymale au possible aurait pu être évité. Pas désagréable mais néanmoins pas indispensable.

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Bilan livresque et films de juillet

Juillet

Comme le nombre de livres lus vous le fait présager, juillet était mon mois de vacances ! Treize livres lus et une seule vraie déception dont je vous ai déjà parlé : « L’été avant la guerre » de Helen Simonson. De très, très belles lectures et un coup de cœur dont je vais vous reparler rapidement, cette PAL estivale a comblé tous mes espoirs.

Un gros coup de cœur également au niveau cinématographique :

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Samir tombe sous le charme de la bourrue et grande gueule Agathe dans un bar. Pour reprendre contact avec elle, il s’inscrit pour prendre des cours de natation à Montreuil où elle est maitre-nageuse. Samir sait bien entendu parfaitement nager ce qu’Agathe finira malheureusement par découvrir. Ce film posthume de Solveig Anspach est un véritable bonheur. Le film est très drôle (notamment les scènes dans la piscine de Montreuil ou l’arrivée de Samir au congrès international des maitre-nageurs en Islande), tendre, délicat et absolument délicieux. Samir Guesmi et Florence Loiret Caille sont parfaits, il y a une alchimie visible entre eux. Ils étaient d’ailleurs tous les deux présents dans un film précédent de la réalisatrice « Queen of Montreuil ». C’est un film plein de charme et de légèreté que nous laisse en cadeau la réalisatrice, il est teinté également de tristesse lorsque l’on voit Solveig Anspach dans une scène à la piscine. Sa douceur et sa loufoquerie toute islandaise vont me manquer.

Et sinon :

  • « Irréprochable » de Sébastien Marnier : Constance est forcée de quitter Paris après son licenciement. Il revient contrainte et forcée habiter chez sa mère qui est à l’hôpital. Elle cherche à reprendre sa ancien travail dans l’agence immobilière locale. Mais le poste est attribué à une jeune femme. Constance décide de la côtoyer et de paver son chemin d’embûches. Ce premier film est vraiment très prometteur. D’une situation sociale catastrophique, Sébastien Marnier tire un thriller à l’ambiance parfaitement inquiétante et menaçante. Le malaise est tenu durant tout le film et au fur et à mesure que l’on comprend la véritable nature de Constance. Il faut saluer la prestation de Marina Foïs qui porte magistralement toute l’ambiguïté de son personnage.
  • « La tortue rouge » de Michaël Dudok de Wit : Un homme tente de se sauver de la noyade après une tempête et s’échoue sur une île. Il l’explore, la découvre et il semble bien que celle-ci soit totalement déserte. L’homme se construit un radeau mais une fois sur l’eau un mystérieux assaillant le fait couler. Cela se reproduit plusieurs fois sans que l’homme ne puisse voir qui l’attaque. Un jour, il découvre enfin celle qui l’empêche de partir : une énorme tortue rouge. De colère, l’homme la frappe, la retourne et l’abandonne à son triste sort. Lorsqu’il revient la voir, la tortue s’est changée en femme. Ce beau dessin-animé montre paisiblement, simplement le cycle de la vie. C’est un conte contemplatif qui évoque les réalisations des studios Gibli mais qui n’a pas résonné en moi comme ont pu le faire « Princesse Mononoké » ou « Le voyage de Chihiro ».
  • « Genius » de Michael Grandage : Le film raconte la relation entre Tom Wolfe et son éditeur Maxwell Perkins. Le premier sait qu’il a du succès et ne vit que pour l’écriture. Il amène à son éditeur des manuscrits de 5000 pages que celui-ci se doit d’élaguer pour la publication. Leurs relations se font alors passionnées, tourmentées et excessives. L’idée de montrer l’envers du décor de la publication d’un livre était très intéressante. Mais le traitement très hollywoodien et mélodramatique la gâche totalement. Rien à reprocher à Colin Firth qui interprète avec sobriété Maxwell Perkins. Je n’en dirais pas autant de Jude Law qui semble en roue libre sans direction d’acteur et n’est pas vraiment habité par le rôle. J’aurais aimé en revanche voir plus longuement Guy Pearce dans le rôle de Fitzgerald et Dominic West dans celui de Hemingway qui sont, en peu de scènes (une seule pour le pauvre Dominic West), parfaitement crédibles. Enfin, le film aurait mérité, comme les manuscrits de Tom Wolfe, d’une bonne coup d’une demi-heure !

Bilan livresque et films de juin

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Un mois de juin aux couleurs de la coupe d’Europe des livres organisée par Plume de Cajou, trois de mes joueurs sont déjà sur le terrain et trois autres partent en vacances avec moi. Je ne suis pas sûre de publier mes billets avant le 10 juillet puisque le rythme du blog va se ralentir en cette période qui n’a d’estivale que le nom (en tout cas pour ceux qui habitent au nord de la Loire).

Le mois de juillet est l’occasion de relancer mon challenge « A year in England » avec un logo relooké pour l’occasion.

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N’oubliez pas non plus qu’à partir du 1er septembre, nous traverserons l’Atlantique pour le mois américain et aura lieu, du 8 au 11 septembre, le formidable Festival America de Vincennes. La liste des auteurs attendus est déjà disponible ici.

 De très beaux films sont sortis en juin, j’aurais voulu en voir bien plus mais décidément je cours avec le temps !

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« Love & friendship » est l’adaptation de la nouvelle « Lady Susan » de Jane Austen. Lady Susan est une belle veuve désargentée qui manie la manipulation comme personne. Elle cherche à tout prix à marier sa fille à un riche gentleman afin de s’assurer une position sociale. Whit Stillman réussit superbement à adapter et à étoffer la nouvelle sans trahir l’esprit de Jane Austen. Il lui rend même ce que trop de réalisateurs oublient : sa véroce ironie. Les dialogues sont un régal de cynisme et d’esprit. Kate Beckinsale est absolument parfaite dans le rôle principal. Elle lance ses piques et met en place ses ruses avec élégance et distinction. Elle semble incroyablement naturelle et à l’aise dans ce rôle. Et elle est parfaitement entourée par une Chloé Sevigny que l’on attendait pas dans un film en costume, Xavier Samuel en gentleman jeune et innocent, Lochlann O’Mearain tout en charisme muet et surtout Tom Bennett qui est d’une extraordinaire drôlerie, il volerait presque la vedette à Kate Beckinsale !  Les costumes et les décors sont au diapason de ce formidable film que je vous conseille très fortement de voir.

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Autre univers, autre époque, « Diamant noir » nous entraîne dans le milieu des diamantaires d’Anvers. Pier Ulmann est un jeune truand parisien qui vient à Anvers pour régler des histoires de famille et venger son père récemment décédé dans la misère. Ce dernier était un tailleur de diamants très doué jusqu’à ce que la main soit broyée par la facetteuse. « Diamant noir » est un film noir extrêmement bien mené. L’histoire de Pier relève de la tragédie antique et semble ne pouvoir se terminer que dans le drame. L’ambiance est sombre, lourde, pesante et les personnages sont tous ambigus, au bord du gouffre. Il faut saluer la prestation de Niels Schneider, méconnaissable avec ses cheveux noirs plaqués en arrière, il incarne le rôle titre avec fragilité et rage. « Diamant noir » est un film noir parfaitement maîtrisé :  violent, tragique  et au plus près des faiblesses humaines.

Et sinon :

  • « Dans les forêts de Sibérie » de Safy Nebbou : Le réalisateur a adapté le récit de Sylvain Tesson et le début du film est très fidèle au livre. Pour étoffer le récit documentaire, un personnage de braconnier en fuite a été rajouté. Je ne suis pas contre cette idée mais il semblait inutile de terminer le film par des séquences larmoyantes et mélodramatiques. Restent des paysages à couper le souffle, un début de film parfait avec des belles scènes de découvertes et de liberté totale et Raphaël Personnaz qui libre une très belle interprétation toute en sobriété.
  • « Ma loute » de Bruno Dumont : Après une première incursion dans la comédie avec la série « P’tit Quinquin », Bruno Dumont poursuit avec ce film totalement délirant. La famille Van Peteghem vient s’installer dans sa maison d’été dans la baie de Wissant. Des disparitions inquiétantes sont signalées dans la région et deux policiers, totalement fantaisistes, mènent l’enquête. Les acteurs, Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni Tedeschi en tête, semblent prendre beaucoup de plaisir à jouer l’outrance, le snobisme et le ridicule. Il y a des scènes d’un burlesque parfaitement réussi mais j’ai trouvé que tout ne prenait pas. Pourquoi avoir eu recours au cannibalisme ? Trop de fantaisie lasse le spectateur qui trouve la fin du film bien longue.

Bilan livresque et films de mai

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On peut dire que mon mois de mai littéraire fut éclectique puisque je suis passée d’une prison en Italie (très belle découverte que ce roman de Francesca Melandri), au Brooklyn du début du 20ème siècle dans un classique de la littérature américaine,  pour ensuite suivre la fuite vers la liberté de Françoise Frenkel à travers la France de la seconde guerre mondiale et enfin me fixer à Londres aux côtés de Frederick Troy. J’ai pu enfin lire le quatrième tome  de la formidable bande-dessinée de Cecil et Brunschwig consacrée à Sherlock Holmes. Mais trop de temps entre chaque volume gâche le plaisir et il m’a été très difficile de me remettre dans l’histoire.

Du côté du cinéma, beaucoup de bons films mais pas vraiment de coup de coeur. Si je ne devais en garder qu’un, ça serait quand même celui-ci :

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Julieta prépare ses cartons, elle déménage au Portugal avec son compagnon. Elle semble heureuse de quitter Madrid. Mais tout va changer après une rencontre dans la rue. Julieta croise dans la rue l’amie d’enfance de sa fille qui lui donne des nouvelles de cette dernière. On découvre alors que Julieta n’a pas revu son enfant depuis de très nombreuses années et n’a pas non plus de nouvelles. Elle décide alors de rester à Madrid et de se réinstaller dans l’immeuble où elle a vu sa fille pour la dernière fois. Padro Almodovar adapte Alice Munro et réalise un film très touchant sur la culpabilité. L’histoire de Julieta et de sa fille est emprunt de tristesse, de mélancolie et semble démontrer que la vie n’est qu’une suite de perte. Les deux actrices qui incarnent Julieta à des âges différents sont particulièrement émouvantes et d’une grande sobriété de jeu, on est loin de l’exubérance des premiers films du réalisateur. « Julieta » est film très hitchcockien avec sa longue scène dans un train et la superbe scène où l’on change d’actrice pour incarner le personnage principal.

Et sinon :

  • Café society de Woody Allen : Bobby quitte sa famille new-yorkaise pour tenter sa chance à Hollywood auprès de son oncle qui dirige une agence de stars. C’est là qu’il rencontre et tombe amoureux de Vonnie, mystérieuse et fascinante assistante de son oncle. Ils discutent beaucoup, vont dans des clubs de jazz mais Vonnie considère Bobby comme un ami. Et pour cause, elle est elle-même amoureuse d’un homme marié. Les années 30, des clubs de jazz, un jeune new-yorkais touchant et maladroit, « Café society » est un condensé de l’univers de Woody Allen. L’ambiance des années 30 est formidablement bien rendue et fait pétiller les yeux du spectateur. Le casting est particulièrement réussi avec Steve Carell, Kristen Stewart et Jesse Eisenberg qui est un alter-ego  particulièrement troublant. L’histoire d’amour contrariée est néanmoins un peu convenue.
  • The nice guys de Shane Black : Los Angeles dans les années 70, deux détectives sont sur une même enquête : retrouver une jeune femme contestataire. L’un est un vieux briscard qui n’est pas avare en baffes et l’autre est un papa gâteau particulièrement maladroit. Un duo classique qui allie les contraires et provoque des situations cocasses. L’intrigue est amusante puisqu’il s’agit d’un groupe écolo qui a tourné un film porno pour diffuser son message et dénoncer le gouvernement en place. Les deux acteurs sont la grande attraction du film : Russell Crowe est massif, désenchanté tandis que Ryan Gosling joue avec son image et surtout fait le clown. La comédie va bien à ces deux-là.
  • Dalton Trumbo de Jay Roach : Dalton Trumbo est un scénariste prisé de Hollywood. Malheureusement pour lui, il est communiste et est victime de la chasse aux sorcières de MacCarthy. Il est empêché d’exercer son métier et fait même de la prison. Mais Dalton Trumbo refuse de baisser les bras et il se met à travailler dans l’ombre avec des pseudonymes. Il fournit des scénarios à la pelle pour une maison de production de nanars. Mais il obtient également deux oscars pour les scénarios de « Vacances romaines et « Les clameurs se sont tues ». Le film reconstitue parfaitement cette époque et l’ambiance délétère engendrée par le sénateur MacCarthy. Mais il vaut surtout pour la performance de Bryan Cranston qui montre à nouveau la vaste palette de son talent. Le film, qui dure 124 mn, aurait vraiment gagné à être raccourci. La fin semble assez interminable.
  • Les habitants de Raymond Depardon : Pendant plusieurs mois, Raymond Depardon s’est baladé sur les routes de France pour en écouter les habitants. Il installe deux passants dans sa caravane et les laisse poursuivre leur conversation devant la caméra. Les sujets abordés sont très divers et vont du futile (les filles à draguer) au plus tragique (une mère qui veut empêcher son fils de sombrer dans la drogue). Ce sont les femmes qui sortent du lot, elles sont fortes, fragiles mais toujours volontaires et regardant vers l’avant. Mais, malgré mon admiration pour le travail de Raymond Depardon, je suis restée perplexe quant au message qu’il tentait de nous donner.L’échantillon sociologique me semble également étroit et pas représentatif de la diversité française.

 

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Bilan livresque et films de février

février

Les lectures de février m’ont apportée de belles surprises avec la bande-dessinée les « Quatre soeurs » de Cati Baur adaptée des romans de Malika Ferdjoukh, la première partie du diptyque de Evan S. Connell et le premier tome des enquêtes d’Agatha Raisin. Elles ont également confirmé mon envie de continuer à découvrir l’oeuvre de Irène Nemirovsky et celle de Nina Berberova que je n’avais pas lue depuis longtemps. Une seule déception à mon comptoir ce mois-ci : « La ballade et la source » de Rosamond Lehmann.

Les films de février sont un bon cru avec une seule déception : « Ave Cesar !  » :

Mes coups de cœur :

45 ans

Kate (Charlotte Rampling) et Geoff (Tom Courtenay) Mercer s’apprêtent à fêter leur 45ème anniversaire de mariage. Alors qu’ils préparent l’évènement, Geoff reçoit une lettre qui le renvoie à son passé. Le corps de son ancienne compagne a été découvert dans un glacier en Suisse. Celle-ci avait disparu dans les années 60 durant une randonnée en montagne. Geoff est extrêmement perturbé par cette lettre et montre à quel point il a aimé cette femme. Et il n’avait jamais parlé d’elle avec Kate qui a alors l’impression d’avoir été un pis aller. Tous ses souvenirs sonnent alors faux. Le doute, la douleur s’insinuent irrémédiablement dans le cœur de Kate. Les deux interprètes sont extraordinaires, tout en subtilité, en silences qui en disent long sur l’avenir du couple. « 45 ans » est un film à la cruauté discrète, sur l’effondrement d’un couple.

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Pendant la dictature argentine, Arquimedes Puccio aidait le pouvoir et les services de renseignement. Une fois la démocratie en place, il continue ses exactions en kidnappant de riches personnes contre rançon mirobolante de leurs familles. Il se fait aider par sa famille et notamment par son fils Alejandro, star du rugby. Le problème, c’est que chaque enlèvement se termine en exécution. Cette histoire est basée sur un fait divers réel. La famille  Puccio vit au milieu des cris des personnes kidnappées sans que cela ne les perturbe. Seul un fils choisit d’abandonner le navire. A aucun moment, Aquimedes Puccio n’a de remords, il deviendra même avocat en prison ! Le personnage cynique, joué magnifiquement par Guillermo Francella, fascine sa famille par son charisme et son histoire est proprement étonnante.

Et sinon :

  • Spotlight de Tom McCarthy : En 2001 à Boston, l’équipe de journalistes « Spotlight » met au jour un énorme scandale : pendant des décennies l’Église catholique a couvert des prêtres pédophiles. Le film est un hommage au journalisme d’investigation à la manière des « Hommes du président » de Pakula. Ce que l’on voit à l’écran, c’est le travail de recherche, le recoupement minutieux des infos, l’écoute des victimes et l’enquête approfondie se fait sur plusieurs mois. C’est sans doute également une critique sur la manière dont les scoups doivent se succéder aujourd’hui. Le film classique et efficace est servi par un casting trois étoiles : Michael Keaton, Marc Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schreider.
  • Les chevaliers blancs de Joachim Lafosse : Jacques Arnault (Vincent Lindon) et son ONG veulent évacuer 300 orphelins d’Afrique pour la France où des familles les attendent pour les adopter. Mais cela se fait sans que les chefs de villages  ne soient au courant, Jacques et son équipe leur font croire qu’ils prennent les enfants uniquement pour les soigner et leur offrir une éducation. Le film de Joachim Lafosse s’inspire de l’affaire de l’arche de Zoé et son intérêt  est son ambiguïté. Jacques est-il un grand naïf prêt à tout pour sauver des enfants ou est-il un cynique qui achète des enfants ? Vincent Lindon est comme toujours parfait dans ce personnage trouble.
  • Béliers de Grimur Hakonarson : En Islande, dans un village reculé, deux frères habitent côte à côte et élèvent des moutons. Mais voilà quarante ans qu’ils ne s’adressent plus la parole. Tous deux se partagent les prix des meilleurs béliers. Tout change lorsque l’une des bêtes tombe malade. Tous les troupeaux de la région doivent alors être abattus. Les paysages sont froids, rudes et les rapports entre les hommes sont du même acabit. La seule tendresse présente est pour les animaux qui sont toute la vie de leurs éleveurs. Les deux frères ennemis ont plus de points commun qu’ils ne le pensent et c’est leur humanité qui finira par l’emporter. La scène finale est sans aucun doute la plus émouvante que j’ai vue depuis le début de l’année.
  • Anomalisa de Charlie Kauffman et Duke Johnson : Michael Stone doit participer à un congrès. Dans sa chambre d’hôtel, il tourne en rond. Le cœur n’y est pas, la cinquantaine venue, Michael semble s’ennuyer alors qu’il est reconnu dans son travail et qu’il a une famille. Il tente d’occuper sa soirée en recontactant une ex mais cela tourne au désastre. C’est alors qu’il rencontre deux jeunes femmes venues assister à sa conférence. L’une d’elle fera renaître l’espoir chez Michael. « Anomalisa » est un film d’animation sur la désespérance, l’ennui de nos sociétés modernes. Malgré le trop plein matériel, nous peinons à trouver un sens à nos existences. Le constat est noir mais la lumineuse Lisa apportera quelques moments d’espoir.
  • Ave César ! de Joel et Ethan Coen : Sur le tournage d’un péplum, c’est l’effarement, leur star (George Clooney) a été kidnappée. Il revient à l’homme de main des studios (Josh Brolin) de régler le problème. Le dernier film des frères Coen peut être considéré comme mineur. Trop de personnages, trop de sujets, l’intrigue manque singulièrement de fil rouge. « Ave Cesar ! » est un hommage au cinéma des années 50, à ses différents genres. Certains moments sont d’ailleurs très drôles (Alden Ehrenreich, acteur de western, que l’on fait tourner dans un film plus sérieux) ou très réussis (la scène de claquettes de Channing Tatum sous l’influence de Gene Kelly). Malheureusement, toutes ces scènes mises bout à bout ne constituent pas un film.

Bilan livresque et films de janvier

janvier

Trois romans lus seulement en ce mois de janvier en raison d’un pavé, d’une fresque nommée « City on fire » et dont j’espère vous parlez très bientôt. J’ai compensé avec des BD de qualité dont mes très, très chers Vieux Fourneaux et un sympathique et maladroit renard.

Les films du mois de janvier ont été pour le moins éclectiques avec un gros coup de cœur :

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Therese (Rooney Mara) est vendeuse au rayon jouets d’un grand magasin. C’est là qu’elle rencontre Carol (Cate Blanchett), venue chercher des cadeaux pour ses enfants. Elle oublie ses gants sur le comptoir. Therese lui fait renvoyer et c’est ainsi que commence leur histoire. « Carol » reprend ce qui m’avait séduit dans le sublime « Loin du paradis » (2002) : l’inspiration des mélos de Douglas Sirk, les deux personnages principaux que tout oppose et notamment leurs milieux sociaux respectifs, l’élégance de la mise en scène alliée à celles des costumes et des décors. Therese et Carol sont toutes deux prisonnières de leurs milieux, des préjugés de l’époque. Le film de Todd Haynes racontent leur émancipation aussi bien physique que morale. Les deux actrices sont sublimes dans des registres différents : Cate Blanchett incarne le contrôle, la perfection faite femme tandis que Rooney Mara est toute en timidité, maladresse et fragilité. Le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes aurait du revenir aux deux actrices, l’une ne va pas sans l’autre. Un film parfaitement maitrisé, à l’esthétique somptueuse et dont le jeu des actrices est tout en nuances et en subtilité.

Et sinon :

  • « The Danish girl » de Tom Hooper : Einar Wegener (Eddie Redmayne) est peintre et il rencontre un certain succès avec ses paysages alors que sa femme Gerda (Alicia Vikander) peine à percer avec ses portraits. L’une de ses modèles venant à lui faire faux-bond, Gerda demande à son mari de poser pour elle, lui faisant enfiler un bas et une chaussure de femme. Einar prend plaisir à ce déguisement et petit à petit il va construire le personnage de Lili. Einar Wegener fut l’un des premiers hommes à se faire opérer pour devenir pleinement une femme. Nous sommes au Danemark en 1882 et la plupart des médecins le considèrent comme fou. Le film est donc l’histoire d’une naissance mais également de l’incroyable amour de Gerda pour son mari qu’elle accompagne à chaque étape. Le film est esthétiquement très pictural, un peu trop lisse et sage mais la prestation d’Eddie Redmayne est absolument remarquable.
  • « Les premiers, les derniers » de Bouli Lanners : Deux hommes, deux francs-tireurs sont en mission pour récupérer le portable de leur patron. Un couple de jeunes paumés est en possession du fameux objet sans se douter de son importance. Viennent se rajouter un homme énigmatique nommé Jésus et une bande de petites frappes qui fait régner sa loi dans la région. Rien à reprocher aux acteurs qui sont tous très bien et voir Albert Dupontel chez Bouli Lanners est un réel plaisir. J’aime la manière dont Bouli Lanners filme les paysages et les ciels comme de vastes étendues illimitées. Mais j’aurais aimé retrouver un peu du second degré et de l’humour de « Eldorado ».
  • « Gaz de France » de Benoît Forgeard  : Un nouveau président de la République (Philippe Katerine), anciennement chanteur,  a été élu mais sa côte de popularité a dégringolé très rapidement. Il tente de redresser la barre en participant à une émission avec des français mais au lieu de répondre il se met à chanter. Une cellule de crise se réunit alors à l’Élysée pour régler le problème, toutes les idées sont les bienvenues. « Gaz de France » est un petit film totalement farfelu, fantaisiste mais qui souligne bien à quel point la politique est actuellement vidée de son sens pour totalement laisser la place à la communication.
  • « Mistress America » de  Noah Baumbach : Deux potentielles demies sœurs font connaissance à New York : l’une est étudiante et se voudrait écrivain, l’autre papillonne de projet en projet sans aboutir à rien. Autant j’avais aimé la spontanéité et la légèreté de « Frances Ha », autant je me suis ennuyée en regardant le dernier film de Noah Baumbach. Pas foncièrement déplaisant, le film est surtout d’un vide abyssal, on ne comprend pas où veut en venir le réalisateur à part filmer son actrice fétiche Greta Gerwig.

Bilan plan Orsec et films de novembre

novembre

Un mois de novembre tout à fait satisfaisant au niveau du nombre des lectures avec un coup de cœur pour « Sourires de loup » de Zadie Smith et la découverte de Elizabeth Taylor avec le très joli « Mrs Palfrey, Hôtel Claremont » dont je vous parle très bientôt. Un mois de novembre qui était également placé sous le signe de Shakespeare en raison d’un MOOC passionnant de Future Learn.

Six film au compteur de ce mois de novembre dont deux sortent du lot :

Mes coups de cœur :

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Dans une banlieue, les habitants d’un immeuble vivent des rencontres inhabituelles. Sternkowitz (Gustave Kervern), bougon et asocial, rencontre une infirmière de nuit (Valeria Bruni-Tedeschi). Le jeune Charly (Jules Benchetrit) discute avec sa voisine nouvellement arrivée et découvre qu’elle fut une actrice reconnue (Isabelle Huppert). Mme Hamida (Tassadit Mandi) doit héberger un astronaute américain (Michael Pitt) tombée sur le toit de l’immeuble. Le film de Samuel Benchetrit fait l’éloge du lien, de la rencontre. Ses personnages sont touchants, drôles, pathétiques, lunaires. Il y a une tendresse infinie dans le regard que le réalisateur porte sur eux. Mention spéciale au couple formé par Mme Hamida et l’astronaute et qui offre les plus beaux, les plus émouvants moments du film.

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Edith Cushing (Mia Wasikowska) est une jeune femme indépendante et qui se rêve écrivain. Elle vit avec son père, un riche industriel new-yorkais. Malgré son fort caractère, elle cède rapidement au charme de Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston) venu d’Angleterre pour tenter de relancer ses affaires. Il est accompagné de sa mystérieuse sœur (Jessica Chastaing). Après la mort brutale de son père, Edith se marie et part habiter dans l’immense et délabré manoir de la famille Sharpe. Comme toujours avec Guillermo del Toro, l’esthétique du film est extrêmement soigné avec notamment une recherche  sur les couleurs. Le manoir est le lieu rêvé pour un film gothique, pour les apparitions de toutes sortes et pour les endroits secrets. L’intrigue, classique pour ce genre de films, est bien mené. Les trois acteurs principaux sont parfaits et jouent avec subtilité leurs différentes partitions.

Et sinon :

  • « Macbeth  » de Justin Kurzel : Je ne vous ferai pas l’affront de vous raconter l’intrigue de « Macbeth ». Après la version de Orson Wells et celle de Roman Polanski, Justin kurzel se lance dans l’adaptation de la pièce de Shakespeare. Il y a du bon et du moins bon dans ce film. L’esthétique est extrêmement travaillée, trop sans doute car il y a beaucoup de tics (les ralentis) et d’images inutiles. Mais les paysages splendides de l’Écosse compense les excès. Le gros point positif du film est l’interprétation de Michael Fassbender que j’ai trouvé particulièrement habité par le rôle. Marion Cotillard est excellente également mais je n’adhère pas à la Lady Macbeth de Kurzel que je n’ai pas senti sombrer dans la folie. Un autre point m’a dérangé, pourquoi Kurzel a-t-il rajouté un enfant mort à ce couple sanguinaire ? Je trouve que cela n’apporte rien à leur histoire. Un Macbeth à voir essentiellement pour la prestation de Fassbender.
  • « Le fils de Saul » de Laszlo Nemes  : Le premier film de Laszlo Nemes nous entraine dans l’horreur du camp d’Auschwitz à la suite de Saul, un prisonnier affecté aux Sonderkommandos. Ces prisonniers étaient chargés des basses œuvres : entraîner les nouveaux arrivants dans les chambres à gaz, récupérer les objets précieux dans les vêtements des morts, nettoyer les chambres à gaz, jeter les corps dans les fosses communes. En découvrant le corps d’un enfant encore vivant dans une chambre, Saul se persuade qu’il s’agit de son fils et qu’il doit lui offrir un enterrement digne. La caméra est collée à Saul, les monstruosités qui l’entourent sont en arrière-plan, floues souvent ou elles ne sont que des bruits, des cris. Ce choix évite à Laszlo Nemes de tomber dans le piège de la représentation des camps de la mort, il nous propose un film irréprochable, sobre et respectueux. Mais le film tourne un peu à l’exercice de style, la virtuosité du réalisateur finit par lasser.
  • « Ni le ciel, ni la terre » de Clément Cogitore  : A la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan, une section de soldats français vieille. Mais lors de tours de gardes, des soldats disparaissent mystérieusement. Aucune trace, aucune volonté de déserter, le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) est perplexe. Il pense aux talibans mais découvre qu’eux aussi cherchent des hommes. L’intrigue commence comme « Le désert des Tartares » de Buzzati et se tourne vers le fantastique. La peur, l’angoisse et la panique s’insinuent chez les soldats et notamment Antarès qui ne sait plus comment réagir face à une menace invisible. Jérémie Renier y est comme toujours absolument impeccable.
  • « Lolo » de Julie Delpy : Violette (Julie Delpy) passe des vacances à Biarritz avec sa copine Ariane (Karine Viard). Toutes les deux sont célibataires, quarantenaires avec de bonnes situations professionnelles. Violette y rencontre Jean-René (Dany Boon), un informaticien bien loin du milieu de la mode où elle travaille. Ils se retrouvent à Paris et contre toute attente, ils nouent une relation durable. Mais le fils de Viollette, Lolo (Vincent Lacoste) ne la voit pas d’un bon œil. Le combat entre Dany Boon et Vincent Lacoste est l’atout de cette comédie, tous les deux excellent. Malheureusement, je trouve que Julie Delpy a toujours du mal à finir ses comédies, elle semble ne pas savoir quelle fin donner à son histoire qui s’étire trop.

 

Bilan plan Orsec et films d’octobre

oct

Un mois d’octobre bien rempli au niveau des lectures avec huit livres à mon compteur dont quatre étaient issus de ma PAL. Celle-ci baisse gentiment mais sûrement ! En tout cas, les huit livres d’octobre furent très variés, très différents les uns des autres et d’excellente qualité.

J’ai pour une fois plus lu que je n’ai été au cinéma et comme pour la littérature, le maître-mot fut l’éclectisme.

Mon coup de cœur :

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Nouvellement arrivé sur le campus, un professeur de philo dépressif, Abe Lucas (Joaquin Phoenix), charme une jeune et intelligente étudiante (Emma Stone). C’est l’été, Emma Stone rayonne de fraîcheur et de spontanéité face à un Joaquin Phoenix aussi sombre que torturé. Le début du film semble nous emmener du côté de la bluette universitaire classique, du déjà vu. Mais Woody Allen est encore capable à bientôt 80 ans de surprendre son public. L’intrigue bascule totalement dans le thriller lorsque Abe décide de réaliser un crime parfait pour des raisons altruistes et philosophiques.  Nous sommes ici dans la veine de « Match Point » et Woody se régale avec un scénario plein de surprises et deux acteurs absolument convaincants. Le cru Allen 2015 est excellent et il est plaisant de voir que Woody s’amuse toujours autant à réaliser ses films.

Et sinon :

  • Miss Hohusai de Keiichi Hara : Il s’agit d’un film d’animation japonais qui met en avant la vie de l’une des filles, O-Ei, du célèbre peintre. Celle-ci a marché dans les pas de son génie de père. Elle était également peintre, vivait et travaillait avec lui. Nous sommes plongés dans le Edo de 1814, nous visitons des maisons de thé, de geishas et nous nous promenons avec O-Ei et sa jeune sœur aveugle. Ce film montre l’incroyable liberté et détermination de la jeune O-Ei qui reste célibataire, vit avec des hommes et peint des prostitués. Une belle évocation du Japon de cette époque et de l’art de la famille Hokusai.
  • The visit de Night Shyamalan : Becca (Olivia DeJonge) et son jeune frère (Ed Oxenbould) vont pour la première fois rendre visite à leurs grands-parents maternelles. Leur mère est fâchée avec eux depuis sa fugue pour épouser le père des enfants. Aujourd’hui divorcée, elle essaie de renouer avec son passé. Les deux enfants décident pour l’occasion de réaliser un film documentaire sur leurs vacances. Au départ, tout se passe à merveille, les grands-parents sont aux petits soins. Mais petit à petit, leur comportement est de plus en plus étrange. Night Shyamalan réalise un vrai-faux film d’horreur et joue avec tous les codes du genre. J’ai totalement marché à ce projet, j’ai sursauté dans mon fauteuil mais j’ai également beaucoup ri.
  • Much loved de Nabil Ayouch : Noha, Randa, Soukaina et Hlima sont prostituées à Marrakech. Elles sont très organisées et participent à de nombreuses soirées avec des touristes français, saoudiens, etc… Elles sont toujours accompagnés de Saïd, leur fidèle chauffeur. Ces jeunes femmes dynamiques, joyeuses cachent au fond d’elle une profonde mélancolie, une douleur à devoir se vendre pour vivre et élever leurs enfants. La société les rejette à l’image de cette mère qui accepte l’argent de sa fille mais refuse de la voir chez elle. Nabil Ayouch nous fait partager au plus près le quotidien de ce quatuor de femmes aux caractères bien trempées et nous montre l’hypocrisie de la société marocaine à leur égard.