Le messager de L.P. Hartley

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« Le passé est un pays étranger : on y fait les choses autrement qu’ici. Quand je découvris le journal, il était au fond d’une boîte à cols en carton rouge assez fatiguée, dans laquelle, petit garçon, je mettais mes cols d’Eton. Quelqu’un, ma mère, probablement, l’avait remplie de trésors datant de cette époque. » Ce journal est celui de l’année 1900, Léon Colston, aujourd’hui adulte, avait alors 12 ans. Il y a consigné ses journées en pension et surtout ce qu’il a vécu durant l’été de cette année-là. Léon fut invité par un camarade d’école à séjourner pendant les vacances dans sa demeure de Brandham Hall, dans le Norfolk. Léon est quelque peu intimidé par les adultes qui l’entourent mais il tombe rapidement sous le charme de Marian, la sœur aînée de son camarade. Celle-ci doit épouser Lord Trimingham mais son cœur est pris ailleurs. Marian va proposer à Léon d’être son messager auprès de l’homme qu’elle aime mais en lui mentant sur la teneur de ses missives.

« Le messager » de L.P. Hartley est un classique de la littérature anglaise paru en 1953. Ian McEwan s’est d’ailleurs inspiré de ce roman pour écrire son magnifique « Expiation ». « Le messager » a été adapté en 1971 par Joseph Losey et en 2015 par la BBC (c’est par cette adaptation que j’ai découvert cette histoire).

Léon Colston se replonge dans ses souvenirs de cet été 1900 très chaud et qui bouleversa totalement le reste de sa vie. Ce qui m’a frappée dans ce roman est la finesse des descriptions des sentiments, l’acuité de l’analyse psychologique notamment pour le personnage de Léon. Jeune garçon de 12 ans, il est naïf, emprunté, lunaire. Son cœur, sa loyauté ne cessent de pencher pour l’un ou pour l’autre des personnages du triangle amoureux. Il est épris de Marian mais il comprend également qu’elle le manipule. Il est fasciné par Lord Trimingham essentiellement en raison de son titre. L’amoureux de Marian n’est quant à lui qu’un fermier mais il a des qualités humaines et physiques que Léon admire. L’été 1900 est l’occasion de prises de conscience pour lui : celle de la différence de classe, celle de ce que signifie aimer. Cet apprentissage sera douloureux, le goût du secret de Léon oblitérera les dangers et la cruauté de la situation.

« Le messager » est un roman magnifique : sa construction est parfaitement maîtrisée, l’écriture est d’une grande fluidité, le personnage de Léon est très émouvant et son épilogue est saisissante de beauté nostalgique. Un petit bijou de la littérature anglaise comme je les adore.

Traduction Denis Morrens et Andrée Martinerie

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Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

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En 1617, à la veille de Noël, une terrible tempête s’abat sur l’île de Vardø, au nord du cercle polaire. Quarante marins sont emportés par la mer déchaînée. Leurs femmes, leurs filles regardent le désastre depuis la terre ferme. Les corps ne seront rejetés par les vagues que plusieurs jours plus tard. La petite communauté a presque perdu la totalité de ses hommes. Les femmes se mobilisent pour subvenir à leurs besoins : pêcher, élever les rennes, ensemencer les champs tout en continuant à s’occuper des tâches ménagères et des enfants. Un certain équilibre s’installe jusqu’à l’arrivée du seigneur John Cunningham. Il envoie un délégué, Absalom Cornet, pour surveiller la communauté de femmes et les ramener dans le droit chemin. Peu à peu, le délégué instaure un climat de terreur et de délation. Absalom Cornet est venu sur l’île pour en chasser les sorcières.

« Les Graciées » est le premier roman pour adultes de Kiran Millwood Hargrave et je me suis laissée emporter par son intrigue. Le point de départ du roman fut, pour l’auteure, la découverte sur l’île de Vardø, du mémorial de Louise Bourgeois et de Peter Zumthor qui commémore les très nombreux procès qui eurent lieu à l’époque du roman (52). Kiran Millwood Hargrave s’est inspirée de cette période historique, de ces chasses aux sorcières. Cette reconstitution est l’une des grandes réussites du roman. Le contexte historique, sociétal est extrêmement bien rendu. On comprend que le roi Christian IV veut asseoir son pouvoir par la terreur, par la religion et il veut en profiter pour se débarrasser des populations autochtones qui seront les premières à être jugées. Mais à Vardø, des femmes norvégiennes vont également être accusées de sorcellerie.

Les femmes des « Graciées » sont l’autre atout de ce roman. L’auteure nous montre la réalité de leur quotidien et la rudesse absolue de leur vie dans un climat hostile. Elle montre également que ces femmes ont transgressé le système patriarcal en prenant leur destin en main (pêcher, élever les rennes, l’une d’elle porte un pantalon). Elles devront le payer. Plus elles deviennent indépendantes, plus elles deviennent fortes et plus elles sont dangereuses au yeux des hommes. Les différents personnages auxquels Kiran Millwood Hargrave donnent vie, sont très incarnés : Maren, la jeune femme au centre du roman, apprend à conquérir son indépendance ;  Ursa, mariée de force à Absalom Cornet, découvre la sensualité à Vardø ; Kristen, qui prend les choses en main après le naufrage et qui n’a peur de rien ; Diima, la belle-sœur de Maren, qui a le malheur d’être du peuple sami.

S’inspirant de faits réels, Kiran Millwood Hargrave nous livre une intrigue extrêmement romanesque où se mêlent poésie et réalisme, chasse aux sorcières et quête d’indépendance des femmes. Une auteure dont je vais guetter les prochaines publications.

Merci aux éditions Robert-Laffont pour cette belle découverte.

Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo

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« Fille, femme, autre » est le huitième roman de Bernardine Evaristo et le premier publié en France. L’auteure a remporté en 2019 le Booker Prize aux côtés de Margaret Atwood. Ce roman est extrêmement ambitieux dans sa narration et dans son écriture, il a d’ailleurs fallu cinq ans à Bernardine Evaristo pour l’écrire.

Il est composé de douze portraits de femmes, presque toutes noires, que l’on croise peu en littérature. Chaque chapitre est dédié à une femme dont la vie nous est racontée (les deux derniers chapitres sont différents et nous offrent une conclusion originale, une apothéose aux portraits de femmes). Chaque chapitre pourrait être une nouvelle mais la construction du roman est extrêmement travaillée et minutieuse. Nous nous rendons compte rapidement que ses douze femmes ont des liens entre elles, parfois il s’agit de liens familiaux. Certains personnages secondaires dans un chapitre deviennent personnages principaux dans le suivant. Le panel de femmes choisies par l’auteure est très riche et propose un éventail de situations sociales, mais aussi de générations. Yazz, la plus jeune, a 19 ans alors que Hattie en a 93. Nous faisons la connaissance également de Amma, la mère de Yazz, qui est actrice et dramaturge, Carole, qui est vice-présidente d’une banque, Bummi, sa mère, qui est femme de ménage, Peneloppe qui est enseignante, etc… Les portraits de ces femmes permettent d’aborder de nombreuses thématiques comme le racisme, l’acceptation de soi, les origines, le patriarcat et le féminisme, le genre, l’amour. « Fille, femme, autre » est un roman foisonnant qui entrelace les personnages et les thèmes sans nous perdre. Et tout cela en nous permettant une grande empathie avec ces femmes, certains destins sont bouleversants.

Enfin, il faut aborder la forme particulière de l’écriture de Bernardine Evaristo. Elle n’utilise que très peu la ponctuation, il n’y a pas non plus de majuscule pour ouvrir les phrases. Le fait d’aller à la ligne rythme le texte et remplace la ponctuation. Ce style est proche de l’oralité et il rend compte des flux de conscience de nos femmes. S’il peut dérouter certains lecteurs, j’avoue l’avoir totalement oublié au fur et à mesure de ma lecture.

Roman choral, « Fille, femme, autre » prend de l’ampleur au fur et à mesure de la lecture et il m’a bluffée par son extraordinaire construction, la variété des destinées décrites et la liberté de son écriture.

Traduction Françoise Adelstain

A rude épreuve de Elizabeth Jane Howard

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Septembre 1939, l’Angleterre entre en guerre. Toute la famille Cazalet est réunie à Home Place, la demeure familiale dans le Sussex,  où elle apprend la sombre nouvelle. Sybil, Villy et Zoé, les belles-sœurs, s’y sont installées avec leurs enfants. Hugh Cazalet retourne à Londres pour s’occuper de l’entreprise familiale tandis que ses frères, Edward et Rupert, s’engagent dans l’armée. Leur sœur, Rachel, rapatrie à Home Place son institution de charité. La vie s’organise malgré les raids aériens allemands qui s’intensifient au fil des semaines.

Après la lecture de « Étés anglais », j’attendais avec impatience de découvrir la suite de la saga des Cazalet. L’insouciance des étés 37 et 38 est bel et bien terminée. L’atmosphère de ce tome 2 est beaucoup plus sombre, beaucoup plus dramatique à bien des égards. Les destinées personnelles de la famille Cazalet s’entremêlent à l’Histoire, au conflit mondial et c’est l’une des grandes réussites du roman.

Comme dans le premier tome, Elizabeth Jane Howard brasse de nombreux personnages (les Cazalet, leurs domestiques, la famille de la sœur de Villy, Miss Milliment la préceptrice, Syd l’amie de Rachel) avec fluidité et aisance. Entre les chapitres consacrés à la famille, l’auteure choisit de focaliser son récit sur trois cousines : Louise, Clary et Polly. Elles sont adolescentes ou en sortent tout juste (Louise a 18 ans) et sont confrontées à la violence de la guerre, l’absence, la peur et l’incertitude des lendemains. Leurs caractères s’affirment. Louise quitte son école d’arts ménagers pour poursuivre son rêve d’être actrice. Clary est déterminée à devenir écrivain, elle observe et se nourrit de tout ce qui l’entoure. Son caractère est brusque, franc et elle ne se préoccupe pas des apparences. Polly devient au contraire plus coquette, plus féminine. Elle reste toujours aussi généreuse et attentive aux autres. Polly est vraiment un personnage magnifique, sa compréhension des autres est remarquable et la rend extrêmement attachante. Les trois jeunes filles vont connaître des épreuves qui vont les faire grandir en accéléré et tout cela se mélange aux tourments de l’adolescence. Un autre personnage m’a beaucoup touchée dans ce volume, c’est celui de Christopher, le neveu de Villy. Antimilitariste, il assume et affirme ses convictions avec courage dans cette période difficile.

« A rude épreuve » confirme l’ambition de cette fresque familiale écrite d’une plume élégante et précise. La grande acuité et la profondeur psychologique d’Elizabeth Jane Howard permettent une très forte empathie et, comme dans le premier tome, on peine à quitter cette famille si attachante.

Traduction Cécile Arnaud

Le coût de la vie de Deborah Levy

« Le coût de la vie » est le deuxième tome de l’autobiographie de Deborah Levy. L’auteure a cinquante ans et doit faire face à deux deuils extrêmement douloureux. Tout d’abord celui de son mariage, Deborah divorce et emménage sur une colline au nord de Londres. Elle doit apprendre à vivre seule, à déboucher le lavabo, à réorganiser ses meubles dans un espace beaucoup plus petit. Cette séparation occasionne chez elle beaucoup de questionnement sur la place, le rôle des femmes. « Il était évident que la féminité, telle qu’elle était écrite par les hommes et jouée par les femmes, était le fantôme épuisé qui continuait de hanter le début du XXIème siècle. Qu’en coûterait-il de sortir de son rôle et de mettre un terme à ce récit ? »

Le deuxième deuil auquel Deborah Levy doit faire face est celui de sa mère qui décède suite à un cancer. Cette disparition la déboussole totalement. Le passé, ses souvenirs d’Afrique du Sud viennent se fracasser sur son présent. Deborah doit apprendre à faire coexister les deux, à rendre les souvenirs moins douloureux.

Durant cette période de chaos, l’écriture reste au centre de sa vie. Elle loue un cabanon au fond du jardin d’une amie pour avoir un lieu calme, à elle seule pour écrire. « En ces temps incertains, l’écriture était l’une des rares activités où je pouvais gérer l’angoisse de l’incertitude, celle de ne pas savoir ce qui allait arriver. »

« Le coût de la vie » est le récit intime de la reconquête de la liberté par Deborah Levy, une liberté pour laquelle elle doit se battre chaque jour. Marguerite Duras, Simone de Beauvoir ou James Baldwin l’accompagnent sur ce chemin. J’ai trouvé « Le coût de la vie » encore plus touchant que « Ce que je ne veux pas savoir », nous plongeons plus profondément dans l’intimité de Deborah Levy. Elle en devient de plus en plus attachante et son livre se lit comme on écoute les confidences d’une amie proche.

« Le coût de la vie » poursuit le travail autobiographique de Deborah Levy, un récit intime, juste et intelligent qui nous rend infiniment proche de sa narratrice. Inutile de vous dire que j’attends la suite avec impatience.

Traduction Céline Leroy

Ce que je ne veux pas savoir de Deborah Levy

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« Si je croyais que je ne pensais pas au passé, le passé, lui, pensait à moi. » Et c’est peut-être ce passé qui étreint Deborah Levy au point de la faire pleurer sur les escalators. En tout cas, c’est pour tenter de comprendre ces bouffées d’émotion irrationnelle que l’auteure quitte le Royaume-Uni pour Palma de Majorque où elle a déjà séjourné.

« Ce que je ne veux pas savoir » est le premier volume de l’autobiographie de Deborah Levy. Dans celui-ci, elle évoque son enfance en Afrique du Sud en pleine Apartheid. Son père, militant de l’ANC, sera arrêté devant les yeux de sa famille. Les souvenirs de Johannesburg commencent par cette scène terriblement poignante.

En Afrique du Sud, l’auteure fera l’apprentissage de l’absence, de la politique qui se loge partout (dans le sucre saupoudré sur un pamplemousse ou dans les mains d’un couple mixte qui se touchent sous une table), du fait que les femmes doivent parler haut et fort pour être écoutées. Deborah Levy comprendra également, dès l’enfance, qu’elle souhaite être écrivaine. Cette certitude perdurera au Royaume-Uni où la famille Levy s’installera après la libération du père. Deborah essaiera d’être aussi anglaise que possible et d’oublier son exil (« Je voulais être en exil de l’exil (…) »).

Deborah Levy nous plonge dans ses souvenirs, ses considérations sur le sort des femmes modernes ou sur l’écriture sans jamais se prendre au sérieux, avec une ironie et une pudeur toutes anglaises. Voici comment elle clôture ce premier tome, avec un clin d’œil à ma chère Virginia Woolf : « Plus utiles encore pour un écrivain qu’une chambre à soi sont les rallonges et une panoplie d’adaptateurs pour l’Europe, l’Asie et l’Afrique. »

« Ce que je ne veux pas savoir » est un récit autobiographique d’une grande délicatesse, aussi poignant que drôle et qui marque la naissance d’une vocation d’une écrivaine.

Traduction Céline Leroy

Étés anglais de Elizabeth Jane Howard

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« Étés anglais » est le premier tome d’une saga familiale qui en comprend cinq, écrite entre 1990 et 2013 par Elizabeth Jane Howard. Ce volume nous présente deux étés de l’entre-deux-guerres dans la propriété des Cazalets, Home Place, dans Sussex. Trois générations s’y retrouvent : William, dit le Brig et sa femme alias la Duche, attendent l’arrivée de leurs trois fils Hugh, Edward et Rupert accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, Rachel, leur fille célibataire, vit avec eux. Un bataillon de domestiques les entoure et les accompagne de Londres à Home Place.

Les étés 1937 et 1938 sont légers, insouciants (« The light years » est le titre en vo), les journées des Cazalets s’écoulent entre pique-nique, tennis, baignade, lecture et les différents repas. Mais ce que souligne parfaitement le premier volet de The Cazalet Chroniques, c’est qu’il s’agit d’un moment charnière, d’une époque au bord du basculement. L’ombre de la première guerre mondiale plane sur les Cazalets : Edward et Hugh en sont revenus, ce dernier y a perdu une main et y a gagné de terribles migraines. Il est le seul à pressentir l’arrivée d’une autre guerre mondiale qui va balayer l’ordre établi. La position des femmes souligne également cet entre-deux. La Duche et ses brus vivent  selon les règles de l’époque victorienne, elles sont des épouses à qui incombent la bonne tenue du foyer, l’éducation des enfants. Rachel, en tant que célibataire, se doit de sacrifier sa vie au confort de ses parents. Mais les petites-filles se montrent déjà plus ambitieuses, plus indépendantes comme Louise et Polly qui veulent avoir un véritable métier.

Mais le cœur du roman, ce sont les portraits des différents protagonistes. L’auteure nous offre une fantastique galerie de personnages (les Cazalets et les domestiques) présentés avec empathie, une grande profondeur psychologique et une subtile élégance. Chacun a une véritable épaisseur, chacun prend vie dans les pages de « Étés anglais ». J’ai tout particulièrement apprécié les portraits des enfants qui sont très réussis. Leur fantaisie, leur créativité mais également leur lucidité m’ont séduite. Tout sonne juste dans ce roman. Et sous l’alanguissement et l’harmonie de l’été, couvent les rancœurs, les mensonges, les regrets et bien pire encore.

Le premier tome s’achève au moment des accords de Munich et je suis impatiente de savoir ce que le destin réserve aux Cazalets et de retrouver la plume fluide, vive, précise de Elizabeth Jane Howard.

Traduction Anouk Neuhoff

Summer mélodie de David Nicholls

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Nous sommes à la fin des années 90, Charlie, 16 ans, termine l’année scolaire de manière catastrophique. Il a totalement raté ses examens de fin de scolarité et il ne compte pas poursuivre ses études l’année suivante. Pour combler son été, Charlie travaille dans une station service mais seulement à temps partiel. Le reste du temps, il traîne son mal-être, son ennui dans des balades à vélo sans but. Charlie ne veut pas rester chez lui où son père, récemment divorcé, se noie dans la dépression. La mère est partie vivre avec son nouveau compagnon et la sœur de Charlie. C’est lors d’une de ses balades à vélo qu’il va croiser la route de Fran. Celle-ci répète, avec un groupe de lycéens, « Roméo et Juliette ». Afin de la revoir, Charlie n’a pas d’autre choix que de revenir le lendemain et de participer aux répétitions. Et pourtant, il a le théâtre en horreur…que penseraient ses trois meilleurs copains s’ils le voyaient ?

Je n’avais encore jamais lu David Nicholls et cette première lecture aura été mitigée. « Summer mélodie » (« Sweet sorrow » en vo) commençait pourtant très bien avec la description d’un bal de fin d’études où l’on sent parfaitement le malaise, la gêne des adolescents et la complexité de leurs rapports au sein d’un groupe. Le caractère de Charlie est également bien rendu. C’est un garçon ordinaire, effacé, sans grande personnalité et maladroit. Il vit une période difficile suite à la séparation de ses parents, il envoie tout balader par dépit, par colère. La relation entre Charlie et son père fait partie des points positifs de ce roman. Ce père, passionné de jazz, qui est à la dérive depuis qu’il a du vendre ses magasins de disques, est touchant et existe pleinement dans le roman.

En revanche, les scènes de répétition de « Roméo et Juliette » sont trop nombreuses, trop didactiques pour faire ressentir le passion du théâtre et de sa transmission. De plus, elles ralentissent la narration. Les autres lycéens du groupe de théâtre nous sont présentés au début pour rapidement être délaissés au profit de Fran et Charlie. Et dès que ces deux-là sont en couple, David Nicholls tombe dans la banalité et les platitudes. Ce premier amour estival est loin de nous faire rêver.

Même si David Nicholls réussit parfaitement à retranscrire le désœuvrement d’un adolescent dans une petite cité industrielle, il peine en revanche à rendre flamboyant un premier amour de jeunesse. L’ennui a fini par me gagner et le livre aurait mérité d’être plus court.

Traduction Valérie Bourgeois

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

L’été des oranges amères de Claire Fuller

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C’est au fond de son lit d’hôpital que Frances se remémore l’été qu’elle passa dans la propriété de Lyntons. Elle avait alors 39 ans, sa mère acariâtre venait de mourir. Frances sauta sur l’opportunité qu’on lui proposait : un riche américain lui demande de faire l’inventaire du jardin de la propriété qu’il venait d’acquérir. Elle découvre, en arrivant dans la propriété, que son commanditaire a également mandaté quelqu’un pour faire l’inventaire de l’immobilier. Peter est accompagné de Cara. Tous les trois vont rapidement passer tout leur temps ensemble. « Tous les trois, nous parlions, buvions, riions. Jamais de ma vie je n’ai autant ri qu’au début du mois d’août de cette année-là. Pour la première fois, je n’étais pas celle qui observait les autres de dos, je faisais partie du groupe. » La relation entre les trois personnages va rapidement devenir complexe, ambiguë et l’orage ne tarde pas à gronder au cœur de Lyntons.

J’avais beaucoup hésité à lire « Un mariage anglais », le précédent roman de Claire Fuller. « L’été des oranges amères » venant de sortir, je me suis laissée tenter cette fois. L’ambiance du roman est séduisante et réussie. L’intrigue se développe dans un quasi huis-clos, les trois personnages sortant peu de la propriété. Nous sommes dans une vieille demeure décatie, vidée de ses meubles. Le jardin, le pont, l’orangerie et autres bâtiments sont mangés par le lierre et les herbes folles. Cela contribue à l’indolence de ces journées d’été mais également à l’hostilité des lieux.

La construction en flash-backs, une atmosphère pesante, nous indiquent qu’un drame va certainement advenir. Mais la tension dramatique, inhérente à ce type de récit, est quasiment inexistante. Claire Fuller ne distille que peu d’indices et peu de révélations pour titiller notre curiosité. Ces dernières arrivent plutôt  vers la fin du roman, peut-être  pour nous réveiller de la torpeur et de l’ennui dans lequel nous avons été plongés.

« L’été des oranges amères » est une petite déception, j’espérais beaucoup de ma découverte de Claire Fuller. L’atmosphère alanguie de cet été dans la campagne anglaise n’aura pas réussi à me sauver de l’ennui qui m’a gagnée pendant la lecture.

Traduction : Mathilde Bach

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory

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Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, est en visite à Dallas avec son épouse. Sa voiture traverse Dealey Plaza, le président salue la foule dans sa voiture décapotable. Il repartira le soir à Washington. En juillet 1964, Mitch Newman, journaliste et photographe, apprend le suicide de Jean Boyd. Ils s’étaient rencontrés avant la fac et voulaient tous les deux devenir journalistes. Ils se fiancèrent à l’université. Leur histoire s’acheva lorsque Mitch partit volontairement sur le front en Corée. Ils ne se sont jamais revus mais Mitch est persuadé que Jean n’a pas pu se donner la mort. Il découvre rapidement que Jean était sur une enquête. Et celle-ci va emmener Mitch sur les traces de JFK à Dallas.

R.J. Ellory nous entraîne dans une uchronie, un monde où Lee Harvey Oswald aurait manqué sa cible. Le roman alterne les chapitres consacrés à l’enquête de Mitch sur le suicide de Jean et des chapitres où nous accompagnons le président et son staff. Les Etats-Unis de 1964 sont bien sombres. John Fitzgerald Kennedy est en pleine campagne pour sa réélection et les choses sont loin d’être gagnées : « Les doutes dans le camp démocrate quant au fait que Kennedy décroche la nomination, et s’il y parvenait, quant au fait qu’il obtienne un second mandat. Les maladies. Les prétendues liaisons. Les quasi-catastrophes politiques qui avaient affaibli sa présidence. Les rumeurs d’élection truquée, la possibilité que Nixon se présente à nouveau et expose les anomalies de comptage de 1960. » L’image du jeune et sémillant président est largement écornée. L’équipe présidentielle, avec Robert Kennedy à sa tête, tente d’éviter le naufrage.

C’est dans ce monde trouble que se retrouve plongé Mitch, un personnage cabossé, las comme les aiment les romans noirs. Un personnage qui possède également une grande lucidité, il comprend rapidement la noirceur du monde politique et de la famille Kennedy en particulier.

« Le jour où Kennedy n’est pas mort » est un savant et parfait mélange entre réalité et fiction. On y croise bien entendu la famille Kennedy, Lee Harvey Oswald, Jack Ruby (l’assassin d’Oswald qui aura ici un rôle bien différent). R.J. Ellory émet des hypothèses, des suppositions et sa fin, particulièrement réussie, se révèle tout à fait plausible.

J’ai enfin découvert le talentueux R.J. Ellory avec ce roman. Même si son rythme est parfois un peu lent, la construction, le mélange habile entre réalité et fiction nous procurent une lecture des plus agréables.