Watership Down de Richard Adams

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Le jeune Fyveer a une sombre prémonition : la garenne où il est né va être entièrement détruite. Il ne sait pas comment mais il pressent que cela est imminent. Il en informe son frère Hazel qui prend très au sérieux les rêves de Fyveer. Il décide de quitter la garenne accompagné de quelques autres lapins qu’il aura réussi à convaincre. La troupe part chercher son nouveau territoire sur les hautes terres que Fyveer a décrites à son frère.

Le résumé de ce roman de 544 pages, écrit en 1972, peut paraitre simple mais n’est-ce pas toujours le cas des odyssées, des quêtes ? Celle de notre bande de lapins est bien entendu semée d’embûches, de dangers, de découvertes. Pour réussir, les lapins, qui sont des animaux peureux, devront faire preuve d’ingéniosité et de solidarité. Chaque lapin a une personnalité bien tranchée à l’image de Hazel, le meneur audacieux et plein de courage, ou de Bigwig qui est un ancien soldat dont la force sera très utile à la survie de ses compagnons. Richard Adams crée tout un monde autour de ses lapins, ils ont un vocabulaire propre (comme le terme farfaler que j’ai adoré et qui signifie manger à l’air libre), ils ont également une mythologie. Krik, le soleil, est leur dieu et Shraavilshâ est leur héros mythique. Les lapins se racontent les aventures de ce dernier durant leurs soirées. La ruse, la malice de Shraavilshâ sont une source d’inspiration pour Hazel et ses amis.

« La courte nuit de juin fila comme un rêve. La lumière revint vite sur la colline, mais les lapins ne bougèrent pas. L’aube était passée depuis longtemps et ils dormaient encore, plongés dans le silence le plus profond qu’ils aient jamais connu. De nos jours, les champs et les bois sont très bruyants durant la journée, beaucoup trop pour certains animaux. Les voitures et les tracteurs ne sont jamais bien loin. Le matin, les sons de plusieurs maisonnées résonnent à des centaines de mètres à la ronde. Le chant des oiseaux n’est distinct qu’aux toutes premières lueurs du jour, car peu après, un vacarme incessant envahit les bois. Depuis cinquante ans, le silence des campagnes a peu à peu disparu. Mais là-haut, sur la colline de Watership Down, le murmure du jour était presque imperceptible. » A travers l’odyssée de ses lapins, Richard Adams défend la beauté de la campagne anglaise et dénonce les destructions, les méfaits des hommes. Il y a dans les pages de « Watership Down » de splendides descriptions de la nature et un profond respect pour les cycles de celle-ci et le rythme des saisons. La quête d’une garenne paradisiaque est teintée de combat politique pour la défense de l’environnement, ce qui résonne particulièrement avec les préoccupations qui animent nos sociétés contemporaines.

« Watership Down » est un très, très grand roman à l’instar du « Vent dans les saules » de Kenneth Graham. Les aventures de Hazel et de ses amis m’ont conquise, le roman se dévore et est particulièrement bien mené. L’odyssée de cette troupe de lapins est palpitante et enthousiasmante. Je ne peux que vous inviter instamment à vous balader à Watership Down aux côtés des lapins de Richard Adams.

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Une demoiselle comme il faut de Barbara Pym

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Dans la proche banlieue de Londres se situe la paroisse du pasteur Mark Ainger et de sa femme Sophie. La petite communauté est mise en émoi par l’arrivée de deux nouvelles personnes : Rupert Stonebird, un anthropologue célibataire et Ianthe Broome, bibliothécaire et également célibataire. Le voisinage ne parle plus que d’eux et de leur possibilité à former un couple. Sophie Ainger aimerait quant à elle que Rupert s’intéresse à sa sœur Pénélope qui se désespère de trouver un mari. Rupert n’a que l’embarras du choix et flirte avec Pénélope et Ianthe dans les kermesses, les ventes de charité, les thés et les voyages organisés par la paroisse. Entre la discrète et sage Ianthe et la sexy et délurée Pénélope, quel sera le choix de Rupert ?

« Une demoiselle comme il faut » a été écrit en 1963 mais il n’a été publié qu’après la mort de Barbara Pym. Comme toujours chez cette auteure, le lecteur est plongé dans une ambiance cosy et très anglaise : une petite paroisse où chacun connaît le détail de la vie de ses voisins et où l’on veut marier tous les célibataires. Mais Barbara Pym ne s’arrête pas à la simple description de la vie provinciale, elle va chercher sous la surface des apparences pour faire ressortir les défauts de chacun. Elle met au jour leur hypocrisie, leurs à priori et leur basse mesquinerie. Chacun se doit de respecter les conventions sociales et de correspondre à l’idée que les autres se font de vous. Ianthe, la demoiselle comme il faut du titre, sera bien la seule à dépasser le carcan imposé par la vie dans cette petite communauté. Elle sera d’ailleurs bien plus audacieuse que Pénélope qui semble pourtant tellement indépendante et sûre d’elle-même. Finalement, le mariage, comme chez Jane Austen, reste le saint Graal des relations sociales et au cœur des préoccupations de la paroisse. Comme Jane Austen, Barbara Pym décrit ses personnages avec beaucoup d’ironie mais également beaucoup de tendresse.

C’est délicieux, douillet, un brin désuet mais c’est toujours un réel plaisir d’évoluer dans le petit monde de Barbara Pym !

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La traversée amoureuse de Vita Sackville-West

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Edmund Carr est un éditorialiste renommé d’une cinquantaine d’années. Il vient de renoncer à son travail qui pourtant l’a totalement absorbé durant toute sa vie. Edmund a appris récemment qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre. Un mal incurable le ronge inexorablement. Pour occuper les derniers mois de son existence, Edmund décide de suivre Laura, une veuve de 35 ans, en croisière autour du monde. Il ne la connaît que depuis un an mais il en est tombé éperdument amoureux. Elle ne sait rien de ces sentiments et ne pensait certes pas trouver Edmund sur le pont du paquebot qui l’emmène en vacances. Il veut continuer à lui masquer son amour et veut simplement profiter de sa compagnie avant de quitter ce monde. Mais saura-t-il tenir sa langue face aux relations qui se nouent entre Laura et le séduisant colonel Dalrymple ? Saura-t-il s’éclipser pour le bonheur de Laura ?

« La traversée amoureuse » est le dernier roman de Vita Sackville-West. Il s’agit d’un huis-clos amoureux et psychologique. Chaque sentiment, chaque mouvement d’âme d’Edmund est passé à la loupe. Rien de larmoyant, de mièvre dans ce court texte, la fin prochaine d’Edmund n’est pas un prétexte à l’apitoiement sur soi-même. Étonnamment, Edmund se découvre tout autre. Tout ce en quoi il croyait ou se battait est balayé par l’annonce de sa fin prochaine et par son amour pour Laura. Il redécouvre la beauté du monde qui l’entoure, prend son temps pour observer. « Un matérialisme radical, considéré comme la loi du progrès, était ma religion ; toute référence à des motifs désintéressés suscitait non seulement ma méfiance, mais mon mépris. Et maintenant voyez ce que je suis devenu, aussi sentimental et sensible qu’une vieille fille peignant des couchers de soleil à l’aquarelle ! Je me flattais autrefois d’être un homme adulte ; je m’aperçois à présent que je suis un nigaud, aussi sot qu’un adolescent. Nouveau Clovis, adorant ce que j’ai méprisé et souffrant du mal d’amour par-dessus le marché, je veux mon content de beauté avant de m’en aller. Géographiquement, je sais à peine où je suis et je m’en moque. Il n’y a pas de poteaux indicateurs en mer. (« No signposts in sea », très beau titre original du roman qui montre que l’on peut se perdre, dans tous les sens du terme, en mer.) » Découvrant les charmes du sentiment amoureux quasiment pour la première fois de sa vie, Edmund fait également l’expérience de la brûlure de la jalousie. C’est la naissance et la croissance de ce sentiment qui intéresse tout particulièrement Vita Sackville-West. La jalousie étourdit Edmund, l’aveugle complètement et il revisite tous les évènements du voyage à l’aune de ce sentiment. Fine observatrice de l’âme humaine, l’auteur se plaît à jouer avec les émotions de son narrateur.

C’est avec élégance et délicatesse que Vita Sackville-West nous décrit les derniers sentiments d’un homme mourant.

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Pas facile d’être une lady ! de E.M. Delafield

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« Pas facile d’être une lady ! » (dont l’excellent titre original est « The diary of a provincial lady ») est le journal intime d’une lady quadragénaire qui vit dans le Devonshire dans les années 20/30. Elle est entourée de son taciturne mari, de ses deux enfants Vicky et Robin et de ses domestiques : une bonne, une cuisinière et une préceptrice française.

Et c’est avec un humour piquant que E.M. Delafield nous fait le récit (très autobiographique) des tourments quotidiens et domestiques de cette aristocrate. Les premières difficultés sont financières, il s’agit ici d’une famille désargentée. Notre lady fait ses comptes, négocie aussi bien avec le boucher qu’avec le banquier et met son précieux diamant au mont-de-piété. Ces problèmes d’argent peuvent déboucher sur des situations gênantes, délicates en société : « Au dîner, je suis placée à côté du célébrissime auteur à succès, qui m’explique très gentiment comment échapper à l’impôt sur les gros revenus. Je parviens aisément à lui dissimuler qu’étant donné ma situation actuelle cette information n’est pas indispensable. » Mais il faut savoir garder un certain standing notamment face à l’ennemi juré : Lady Baxe qui, elle, est loin d’avoir les mêmes soucis financiers. Notre lady est prête à tout pour masquer sa situation à son arrogante voisine, quitte à être régulièrement à découvert pour rester dans le coup. La vie mondaine n’est-elle pas, de toute façon, faite de mensonges et d’illusions ?

C’est la déduction qu’en fait notre lady qui tire toujours des leçons, des réflexions de ses nombreuses péripéties. Quelques exemples qui soulignent l’esprit, l’autodérision de son auteur : « NB : Il serait intéressant, si l’on avait le temps, de remonter le fil de pensée qui conduit d’un sujet à l’autre. Deuxième idée, fort troublante : ce fil n’existe peut-être pas. » ; « NB : Il faudrait que je me souvienne que réussir en société est rarement le lot des provinciaux. Ils remplissent sans aucun doute une autre fonction dans le vaste champ de la Création, mais je n’ai pas encore trouvé laquelle. » ; « Une question s’impose : le silence n’est-il pas souvent plus efficace que la dernière éloquence ? La réponse est probablement oui. Je devrais essayer de m’en souvenir plus souvent. »

Le journal de E.M. Delafield nous présente une belle galerie de personnages qui entourent notre lady, souvent pour son plus grand désarroi : son mari Robert peu bavard et qui passe son temps à s’endormir en lisant le journal, l’exaspérante Lady B, Mrs Blenkinsop qui encourage la jeunesse à plus de liberté sans en penser un mot et ne parle que de sa fin prochaine, la cuisinière caractérielle qui menace toujours de démissionner, la préceptrice française qui dramatise tout et est beaucoup trop sensible. De quoi bien remplir le journal de notre « provincial lady » !

Les tracas quotidiens de notre lady ne sont jamais ennuyeux, c’est une satire drôlissime, caustique et pleine de verve. Si vous appréciez l’humour anglais, ce petit livre délicieux est pour vous et il est, de plus, question à de nombreuses reprises de littérature (il faut bien briller en société !).

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Le parfum des fraises sauvages de Angela Thirkell

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« Rushwater House était une vaste demeure de style plus ou moins néogothique, qui avait été construite par le grand-père de Mr Leslie. Son aspect extérieur avait pour seul mérite de ne pas être encore plus laid qu’il ne l’était. L’intérieur avait le mérite d’être assez spacieux, et de comporter un large couloir qui allait d’un bout à l’autre de l’étage supérieur, où les enfants pouvaient être maintenus hors de vue et hors de portée d’oreille, et semer la pagaille tout leur soûl. » C’est dans cette demeure que la famille Leslie passe ses vacances d’été autour de Lady Emily et de son mari Henri. Leurs deux fils John et David font des aller-retours entre leurs obligations professionnelles à Londres et la campagne. Leur sœur Agnès, ravissante idiote, reste auprès de ses parents avec ses enfants pendant que son mari travaille en Argentine. Se rajoute à cette compagnie Martin, le fils du frère aîné des Leslie, décédé durant la première Guerre Mondiale. Mary Preston, la nièce du mari d’Agnès, est  une jeune femme sans fortune qui est invitée à passer l’été avec la famille à Rushwater House. Elle tombe immédiatement sous le charme de David alors que John tombe sous le sien.

« Le parfum des fraises sauvages » est le deuxième tome de la série Barsetshire et il fut écrit en 1934 par la très prolifique Angela Thirkell, enfin traduite en France. Le roman est une comédie de mœurs, une étude de caractères. L’auteur semble prendre beaucoup de plaisir à donner vie à cette famille fantasque. Le personnage le plus emblématique est celui de Lady Emily, son arrivée à la messe avec sa tribu ouvre le roman et est un moment divinement comique. Emily n’arrive jamais à l’heure, est étourdie, a des lubies obsessionnelles, ses conversations ne sont faites que de digressions interminables. Elle donne le ton à la famille et au livre puisque celui-ci est irrésistiblement drôle et rempli d’ironie. Angela Thirkell se moque de ses personnages et de leurs travers comme ceux de Mary Preston, jeune femme aveuglée par ses fantasmes, ses rêves d’un romantisme échevelé. Mais le regard de l’auteur n’est jamais cruel ou méchant, il est même plutôt emprunt d’une certaine tendresse. Il sait aussi se faire mélancolique, doux-amer lorsque les absents sont convoqués : le fils aîné disparu ou Gay, la femme décédée de John à laquelle il pense à de nombreuses reprises.

« Un parfum de fraises sauvages » est une comédie pétillante, délicieusement ironique où le temps semble suspendu durant cet été de l’entre deux guerres.

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La fin d’une liaison de Graham Greene

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Londres, 1946, Maurice Bendrix croise dans la rue Henry Miles, un ami qu’il n’avait pas vu depuis un an et demi. Maurice avait fréquenté le couple Miles et était devenu l’amant de Sarah Miles. Leur liaison intense et passionnée s’était brusquement interrompue en 1939 après le violent bombardement de l’immeuble où Sarah et Maurice se retrouvaient. Maurice vouait depuis lors une haine violente à sa maîtresse. Sentiment qui va croître après sa rencontre avec Henry. Ce dernier lui avoue en effet avoir des doutes quant à la fidélité de sa femme. Mais il n’ose pas engager un détective privé pour en avoir le cœur net. Maurice va le faire à sa place tant il est dévoré par la jalousie à l’idée que Sarah puisse avoir un nouvel amant. L’enquête du détective lui dévoilera une facette inattendue de la personnalité de Sarah.

Avec « La fin d’une liaison », Graham Greene revisite le classique trio amoureux : femme-mari-amant. Au tout début du roman, une phrase nous indique que cette thématique va être traitée de manière originale : « Aussi ceci est-il un récit de haine bien plus que d’amour (…) »  Quand le livre s’ouvre, Maurice Bendrix n’a pas revu sa maîtresse depuis un an et demi. Leur rupture, brutale et sans aucune explication, l’a plongé dans une terrible colère qui s’est ensuite transformée en haine envers Sarah. La narration n’est donc pas habituelle, Graham Greene choisit de prendre l’histoire à l’envers. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’enquête du détective privé que nous allons découvrir la relation forte de Sarah et Maurice. Ce sont des flash-backs, des réminiscences d’instants partagés qui vont éclairer le lecteur. Bien sûr, nous découvrons à travers le récit de Maurice que sa haine pour Sarah n’est pas si éloignée de l’amour passionné et qu’il s’agit d’une façon de ne jamais en finir avec cette histoire d’amour, de ne pas accepter la rupture. Le classique triangle amoureux est également détourné par la relation existante entre Maurice et Henry Miles. Les deux hommes sont amis et Maurice vient en aide à de nombreuses reprises à Henry. Ce dernier est un être faible, presque pathétique par moments mais il est uni à Maurice par son amour infini pour Sarah. La relation entre les deux personnages est surprenante et inattendue.

Ce qui fait l’originalité de ce roman, ce sont aussi les questionnements spirituels qui accompagnent le récit. C’est l’une des caractéristiques de Graham Greene, tout au long de son œuvre il s’interroge sur la religion catholique, sur la foi et la morale. « La fin d’une liaison » porte plus spécifiquement sur le poids de la religion, sur les décisions, les choix des personnages en fonction de leurs croyances. Maurice, qui se dit athée, se trouve confronté à un fort sentiment religieux qu’il ne comprend pas. Il repousse celui-ci de toutes ses forces mais on sent néanmoins chez lui une spiritualité qui s’affirme au fil des pages. Maurice Bendrix est un personnage particulièrement complexe, tortueux et ambigu. Sa progression au cours du roman est passionnante.

« La fin d’une liaison » est le premier roman de Graham Greene que je lisais et j’ai été emballée par l’originalité de sa narration, par la complexité de ses personnages et l’exigence de son travail.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont.

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L’été avant la guerre de Helen Simonson

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Beatrice Nash arrive à Rye à l’été 1914. Elle doit être la nouvelle professeure de latin et en attendant la rentrée elle sera la préceptrice de quelques enfants récalcitrants. Beatrice a du se trouver une place après la mort de son père qui ne lui laissa qu’une faible rente contrôlée par sa famille. Elle est accueillie à Rye par Agatha Kent, dont le mari est un haut fonctionnaire du Foreign Office, et ses deux neveux : Hugh promis à une belle carrière de médecin et Daniel qui se veut poète. Rapidement, Beatrice  se sent à l’aise au milieu de l’harmonieuse famille Kent et notamment auprès des deux jeunes hommes. Le reste de la gentry de Rye est moins accueillante et moins tolérante vis-à-vis de cette jeune femme indépendante, célibataire qui cherche à devenir écrivain. Mais la situation de tous est remise en cause parv la déclaration de guerre. La petite ville doit aider les premiers réfugiés venus de Belgique. Le sens de l’hospitalité ne devra pourtant pas dépasser celui des convenances. Bientôt Hugh et Daniel s’engagent et quittent leur ville. Beatrice, victime de la malveillance de certains, se sent bien seule sans les deux cousins.

Helen Simonson avait auparavant écrit une comédie so english « La dernière conquête du major Pettigrew », le récit charmant d’une histoire d’amour entre un major à la retraite et une femme d’origine pakistanaise. Nous sommes ici également plongés dans une ambiance très anglaise avec tea party au coeur de la campagne. L’auteur y traite de nombreuses thématiques. Il y est question de la place des femmes dans la société, du mouvement des suffragettes, de la vie d’un village avec ses médisances et ses jalousies, de l’école et de son manque d’égalité, de l’homosexualité, de l’avancée de la médecine en raison des terribles blessures des soldats dans les tranchées. C’est sans aucun doute beaucoup trop pour un seul roman, Helen Simonson a voulu trop en faire et son roman est également par moments beaucoup trop bavard. Les personnages rattrapent un peu cela, même si leurs destinées est prévisibles, Beatrice, Hugh, Daniel et Agatha sont attachants et il est plaisant de les suivre.

Léger, charmant, « L’été avant la guerre » aurait pû être le roman idéal pour l’été s’il avait fait deux cents pages de moins et si son auteur avait choisi un angle pour nous raconter la vie des habitants de Rye en 1914.

Merci aux éditions Nil pour cette lecture.

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Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage de L.C. Tyler

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Ethelred Tressider est un écrivain à multiples facettes. Sous son propre nom il écrit des polars, sous celui de J.R. Elliot des romans policiers historiques se déroulant pendant le règne de Richard II, enfin il écrit des romans à l’eau de rose sous le pseudonyme de Amanda Collins. Au moment où l’inspiration semble lui faire défaut, l’ex-femme d’Ethelred disparait. Une fiat rouge de location a été retrouvée près d’une plage du West Sussex où réside Ethelred. A l’intérieur de la voiture, Geraldine ex Tressider a laissé une lettre d’adieu laissant penser à un suicide. Son corps n’a pourtant pas été retrouvé. Malgré l’écriture de romans policiers, Ethelred n’a pas l’intention de se mêler de l’enquête. Mais c’était sans compter sur la curiosité insatiable de son agent, Elsie Thirkettle. Le pauvre Ethelred est donc bien obligé de s’impliquer.

« J’aime bien les policiers. Je ne fais pas partie de ces auteurs dont les héros sont des flics empotés et incompétents qui sont obligés de se faire aider par des détectives amateurs pleins de flair. Je n’en vois pas l’intérêt. Le détective amateur n’a jamais existé. Je ne connais pas une seule affaire (et j’en ai désormais étudié beaucoup) dans laquelle une vieille dame célibataire vivant à St Mary Mead ait apporté le moindre indice à la police. (…) On attrape les meurtriers après des enquêtes au porte-à-porte et des heures fastidieuses à décortiquer image par image les enregistrements de caméras de sécurité. Ou bien, si vous avez de la chance, c’est un très estimé confrère qui vous balance des noms. La police, du moins à ce que j’en ai vu, prend rarement la peine de réunir tous les suspects dans le salon d’une maison de campagne pour annoncer ses conclusions. » Et voilà comment Ethelred Tressider et L.C. Tyler balaient d’un revers de main les Miss Marple, Hercule Poirot, Sherlock Holmes et autre Lord Peter Wimsey ! L’auteur utilise les codes narratifs des romans policiers pour mieux les détourner et les moquer. L’humour est très présent et particulièrement réjouissant. Nous sommes du côté des Monty Python, de la dérision, de l’humour décalé si caractéristique de nos amis anglais. Les répartis sont souvent pince-sans-rires, Ethelred manie avec aisance l’autodérision (décrivant un ancien camarade d’école : « Il était grand, blond, aristocrate et d’une beauté invraisemblable. J’étais grand. »), tandis que Elsie est d’une verve truculente.

Mais le premier roman de L.C. Tyler ne se contente pas d’être drôle. L’intrigue policière tient parfaitement la route. L’auteur multiplie les pistes et les sources. Elsie prend par moments en charge la narration de l’enquête pour élucider la disparition de Geraldine. Se glissent également dans le récit des pages du dernier roman policier écrites par Ethelred. Rien de spectaculaire dans l’intrigue et ses retournements de situation mais tout se tient et les suspects se succèdent devant les yeux de Elsie et Ethelred. Il faut dire que Geraldine n’est pas un personnage sympathique, Elsie la surnomme « la salope », et on comprend qu’elle aie de nombreux ennemis.

« L’étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage » est un premier roman tout à fait réjouissant à l’humour décalé so english !

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Une journée dans la vie d’une femme souriante

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« Une journée dans la vie d’une femme souriante » est un recueil de treize nouvelles, c’est le seul écrit par Margaret Drabble. Les nouvelles, qui composent ce livre, ont été écrites tout au long de la vie de son auteur, de 1966 à 2000. Ce qui frappe, c’est la cohérence du recueil malgré les années qui séparent la première et la dernière nouvelle. Il y a une continuité, une fidélité dans les thèmes abordés par Margaret Drabble.

Les femmes sont toujours au centre de chaque histoire. Ce sont des instantanés de vie, rien d’extraordinaire, juste des moments quotidiens qui peuvent parfois s’avérer décisifs. Toutes sont ou souhaiteraient être indépendantes. Elles sont parfois prisonnières de leurs vies comme l’héroïne de la plus émouvante des nouvelles intitulée « La guerre en cadeau ». On y voit une femme, battue par son mari, s’illuminer, s’animer uniquement à l’idée d’aller acheter le cadeau pour l’anniversaire de son petit garçon. Mais elles réussissent aussi à se libérer et à profiter de la vie comme cette « Veuve joyeuse » qui se réjouit de pouvoir profiter de ses vacances sans son mari récemment décédé. « Elsa savait qu’elle allait devoir dissimuler son impatience : il n’était certainement pas convenable qu’une veuve si récente se réjouisse autant d’un évènement aussi trivial que des vacances d’été. »

L’amour est bien souvent au cœur de la vie de ces femmes. Il peut être contrarié comme dans « Le passage des Alpes » où deux amants partent en cachette pour passer du temps ensemble  et s’évader de leur quotidien pesant, le séjour sera un échec total.  Il ne s’oublie en tout cas jamais. L’héroïne de « Les amants fidèles » retourne, des années après leur rupture, dans le café où elle voyait son amant. Celle de « Les grottes de Dieu » cherche son ancien amour qui est parti vivre en ermite loin de la civilisation occidentale. On cherche l’amour, on l’attend et parfois il prend des formes étonnantes comme dans « Le petit manoir de Kellynch » où la narratrice tombe amoureuse d’une demeure à la manière de Elizabeth Bennet dans « Orgueil et préjugés ».

Margaret Drabble fait preuve d’une grande acuité dans l’étude des caractères de ses personnages. Les portraits sont finement dessinés, précis et attentifs au moindre détail. Ils sont servis par une écriture remarquable, ciselée et qui rend parfaitement la palette vaste des sentiments présentés dans ce recueil.

Comme vous le savez peut-être, je reste souvent sur ma faim lorsque je lis des nouvelles. Ce ne fut absolument pas le cas avec ce recueil de Margaret Drabble qui recèle de véritables bijoux de narration. Chaque nouvelle est un monde en soi et l’écriture un ravissement. C’est souvent âpre, mélancolique, parfois positif et ouvert vers l’avenir, mais c’est avant tout profondément humain.

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Le célibataire de Stella Gibbons

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Londres subit le Blitz, la population fuit la ville. Certains sont accueillis dans les comtés environnants. Dans celui de Herts, dans la propriété de Sunglade, les réfugiés ne sont pas les bienvenus. Constance Fielding, la propriétaire, vit comme si le conflit n’existait pas. Et elle décide de remplir sa maison avant que des réfugiés ne lui soient imposés. Constance vit à Sunglade avec son frère célibataire Kenneth et sa cousine Frankie. Elle ouvre donc les portes de sa maison à Betty, une amie et ancienne fiancée de Kenneth, et son fils Richard, un idéaliste à la santé fragile. Se rajoute à cette assemblée une nouvelle servante : Vartouhi, une jeune réfugiée baïramienne au franc-parler irritant pour Constance. C’est d’ailleurs la jeune Vartouhi qui va semer la pagaille à Sunglade. Jolie, directe et attendrissante, elle va faire se pâmer les deux hommes de la maison : Ken et Richard, au grand désarroi de Constance qui veut à tout prix éviter que son frère se marie.

« Le célibataire » est proche du « Bois du rossignol », il y  a une dimension de conte dans le livre avec la création d’un pays, la Baïrami (dont la description ouvre le roman) et avec le côté moral de sa fin. « Le célibataire » est un grand chassé-croisé amoureux. Ce sentiment et la question du couple sont au cœur du roman. Et finalement, le titre n’est pas exact car ce n’est pas un seul et unique célibataire que vous rencontrerez à Sunglade mais bien toute une galerie ! En effet, tous les personnages, qui peuplent ou passent à Sunglade, sont seuls. Stella Gibbons a écrit une comédie du mariage qui m’a beaucoup fait penser à la Jane Austen de « Orgueil et préjugés ». Certes à la fin du roman, il y aura des mariages (je ne vous dis pas lesquels puisque tout le sel du roman est de voir se faire, se défaire les couples potentiels), mais ils ne font pas rêver par leur romantisme. Certains se marieront mais en ayant réfléchi longuement et de façon très raisonnable, sans passion. D’autres souhaiteront trouver une moitié mais uniquement si celle-ci a des revenus confortables et ne lésine pas sur les cadeaux.

Tout cela se déroule sous les yeux effarés de Constance qui n’aime rien tant que l’immobilisme. Elle règne en maître sur Sunglade, sur Ken et Frankie et ne veut surtout pas que les choses changent. Et en bonne bourgeoise anglaise, elle méprise les sentiments et toutes ses manifestations. Ses certitudes, sa tranquillité vont être ébranlées par les nombreux habitants de Sunglade.

Stella Gibbons fait une nouvelle fois preuve de beaucoup d’ironie dans l’étude de ses personnages. Mais ses portraits sont plus nuancés, plus subtils que dans « Westwood », ils n’en sont que plus attachants et je les ai regardé évoluer avec grand plaisir.

C’est avec beaucoup d’esprit et de causticité que Stella Gibbons s’attaque ici à la question de l’amour, du mariage dans une bourgeoisie anglaise qui refuse le changement. Des trois romans de l’auteur publiés à ce jour en France, celui-ci est celui qui me semble le plus réussi et le plus réjouissant.

Un grand merci aux éditions Héloïse d’Ormesson pour cette lecture délicieuse.

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