
« Maud Martha » est le premier et unique roman de Gwendolyn Brooks publié en 1953. Elle fut la première femme noire à obtenir le Prix Pulitzer de poésie en 1950. Largement autobiographique, ce roman est constitué de trente quatre chapitres, trente quatre fragments de la vie de Maud de l’âge de sept ans à l’âge adulte. Le texte raconte par ellipses la vie d’une enfant de la classe ouvrière noire de Chicago dans les années 20, 30 et 40. Maud grandit dans une famille soudée, elle envie la beauté de sa sœur, elle devient adulte, se marie, emménage dans un appartement kitchenette, aime les précieuses traditions comme Noël, Halloween et Pâques, elle devient mère à son tour. Au travers de ces chapitres, qui sont chacun une histoire en soi, Gwendolyn Brooks retrace le parcours d’une femme forte malgré les doutes ou les difficultés. Depuis l’enfance, Maud veut montrer aux autres la meilleure version d’elle-même. « Ce qu’elle voulait, c’était offrir au monde une bonne Maud Martha. Telle était l’offrande, la parcelle d’art, qui ne pouvait venir de nulle autre que d’elle-même. » Elle fait face à la pauvreté, comme au racisme (le père Noël qui refuse de prendre dans ses bras une enfant noire, la reconnaissance ressentie par Maud après la visite d’un camarade blanc, elle et son mari qui sont les seuls noirs dans une salle de cinéma) mais elle reste droite.
Il y a beaucoup de lucidité dans ces moments de vie qui sont toujours emprunts de poésie. « Mais ce qu’elle voyait surtout, c’étaient des pissenlits. Des joyaux jaunes pour tous les jours, constellant la robe verte et rapiécée de son jardin. A leur beauté sage, elle préférait leur aspect ordinaire, car elle trouvait que leur banalité reflétait la sienne, et qu’il était rassurant qu’une fleur puisse aussi être une chose quelconque. » Gwendolyn Brooks sublime, magnifie le quotidien par son écriture sensible, sensorielle et poétique. Chaque instant, chaque détail minuscule compte et a de la valeur.
« Maud Martha » est le portrait vivant, évocateur d’une femme noire qui sait apprécier les petits riens de l’existence et l’instant présent. Un roman magnifique, tant sur le fond que sur la forme, touchant et drôle.
Traduction Sabine Huynh








