Le pull de Noël de Cecilia Heikikilä/Comment le père Noël descend de la cheminée de Mac Barnett et Jon Klassen

En cette veille de Noël, je vous propose deux albums jeunesse. Le premier est signé de l’illustratrice suédoise Cecilia Heikkilä. Le chat Fransson part se promener dans la ville pour se réchauffer. Les trottoirs sont recouverts d’une épaisse couche de neige mais heureusement notre petit félin porte un pull en laine bien chaud. La ville est en fête et Fransson croise des habitants en quête de cadeaux, une chorale de souris, le boulanger qui prépare des bretzels à la cannelle. Ce qu’il n’a pas vu, c’est qu’au fur et à mesure de sa balade, son pull s’est tout détricoté ! Comment va-t-il pouvoir survivre au froid ? Cet album nous plonge dans l’atmosphère de Noël avec de très jolies illustrations dans des tons sourds et ce fil de laine rouge qui parcourt chaque page. L’histoire est très tendre, chaleureuse et réconfortante. Et pour les amoureux des livres, elle s’achève dans une librairie !

Grâce à mon amie Emjy, j’ai découvert « Comment le Père Noël descend dans la cheminée » de l’américain Mac Barnett qui pose sans son album la question la plus importante de Noël. Elle en entraine d’autres : est-ce que le Père Noël rétrécit pour passer sans encombre dans la cheminée ? Est-ce qu’il salit son beau costume avec la suie ? Que se passe-t-il lorsqu’il n’y a pas de cheminée ? Cet album est vraiment très amusant, plein de malice et de fantaisie. Ce livre est un excellent moyen d’attendre et de guetter la venue du Père Noël. 

Mon appétit pour le monde de Katherine Mansfield

Pli Mansfield

« Mon appétit pour le monde » est un recueil de lettres concocté par les formidables éditions L’Orma. La sélection de lettres permet de pénétrer dans l’univers de l’autrice néo-zélandaise et de mieux comprendre le milieu dans lequel elle évoluait et son processus de création grâce à la recontextualisation de chacune. Katherine Mansfield meurt à l’âge de 32 ans de tuberculose et elle a toujours vécu sa vie avec intensité comme si elle avait eu la prescience de sa brièveté. Sa liberté artistique autant que sexuelle a été le combat de sa vie. Elle a fui toute forme de conformisme, toute forme de routine quotidienne. Sa correspondance s’adresse à ses amantes comme Ida Baker, son mari J.M. Murry, des amies comme Ottoline Morrell ou Virginia Woolf qui admirait son écriture. La dernière lettre est très touchante car elle date de quelques jours avant sa mort et s’adresse à sa cousine germaine Elizabeth von Arnim.

Ce qui m’a frappée dans les lettres de Katherine Mansfield, c’est sa capacité à s’émerveiller de la beauté du monde, son appétit et sa curiosité pour la vie et les relations humaines dont elle se nourrissait pour écrire. Sa plume retranscrit parfaitement cela : « Je suis à nouveau ici, chez moi, mes murs me livrent leurs secrets et leurs ombres les plus profondes. Je m’y promène seule en souriant, un châle de soie enveloppant mon corps, des sandales aux pieds. Je m’allonge sur le sol en fumant et en écoutant. Je regarde parfois par les fenêtres et, la nuit et au coucher du soleil, j’observe le ciel. Tout est merveille. Les fleurs font mon bonheur, l’eau et mon village russe, Bouddha et les jouets. Et puis je lis de la poésie,  j’étudie et je recommence à écrire. »

Comme toujours, les plis sont un excellent moyen de découvrir la plume d’un auteur et d’appréhender sa biographie. Je ne peux que vous conseillez la lecture de celui-ci si vous souhaitez connaître cette formidable autrice qu’était Katherine Mansfield.

Traduction Margaux Bricler

Mrs Miniver de Jan Struther

Mrs-Miniver

« Mrs Miniver » a été au départ publié sous forme de feuilleton dans le Times, à raison d’un chapitre tous les quinze jours entre 1938 et 1939. L’ensemble fut réuni en un seul volume en octobre 1939 et le livre de Jan Struther  connut un énorme succès. Le roman était comme un miroir pour les lecteurs anglais de l’époque. Chaque chapitre évoque un moment de la vie de Mrs Miniver, mariée à Clem, et mère de trois enfants : Vin qui est au collège à Eton, Judy 9 ans et le petit dernier Toby. Le roman parle du bonheur paisible de cette famille et des joies simples de leur quotidien. On suit l’héroïne et sa famille au retour de leurs vacances dans leur maison de campagne, lors des feux d’artifices du jour de Guy Fawkes, au moment de Noël, de l’achat d’une poupée ou d’un nouvel agenda. Jan Struther porte une attention toute particulière au passage des saisons, leurs signes avant-coureurs, leur frémissement dans l’air et leur beauté singulière.

Le public anglais ne pouvait que s’identifier à cette famille unie, à leur vie ordinaire qui tend à l’universel. Et comme dans la vie des contemporains de la publication de « Mrs Miniver », la menace de la guerre commence à poindre. La famille doit se doter de masques à gaz, la question de l’évacuation des enfants à la campagne et celle de la mise en place d’un blackout se posent. Mrs Miniver, qui observe beaucoup les personnes qu’elle croise, n’arrive pas à comprendre cette guerre, elle pense que les hommes ont plus de points communs qu’ils ne l’imaginent et elle continue à avoir foi en la nature humaine. « En outre, tout ce qui compte vraiment ne change pas : le plaisir de réfléchir sérieusement à quelque chose, et le bonheur d’en être tout simplement conscient, mais surtout la fascination sans fin des relations humaines. Sans parler de ces sujets insignifiants que sont l’amour, le courage, la gentillesse, l’intégrité et l’étonnante résilience de l’esprit humain. La guerre peut détruire les histoires personnelles mais elle ne peut rien contre la matrice de ces choses-là. » 

« Mrs Miniver » est un roman plein d’un charme désuet, qui met en lumière la douceur et le bonheur du quotidien d’une famille anglaise à l’aube de la 2nd guerre mondiale. L’attention aux petits détails, au variation de la lumière, au passage du temps, à la délicatesse des relations entre les membres de la famille Miniver m’ont enchantée et ravie.

Traduction Berthe Vulliemin et Josette Chicheportiche

Les morts d’avril d’Alan Parks

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Avril 1974, une bombe artisanale explose dans un appartement sordide de Glasgow. Celui qui l’a préparée s’est fait exploser par accident. Comme il ne semble affilié à aucun mouvement terroriste, l’affaire revient à l’inspecteur Harry McCoy et son jeune adjoint Wattie. Parallèlement à cette enquête, l’inspecteur va aider un ancien officier de la marine américaine a retrouvé son fils. Ce dernier était sur une base militaire à Glasgow et personne ne semble savoir où il est passé. Comme toujours, McCoy sera également mêlé aux affaires criminelles de son ami d’enfance Cooper. On comprend pourquoi notre policier Glaswégien se retrouve avec un ulcère carabiné à l’estomac.

Je continue ma découverte des enquêtes de Harry McCoy, un flic humain trop humain. Pessimiste, détestant la vue du sang et ayant un penchant plus que prononcé pour l’alcool, il n’est pas un superhéros aux intuitions fulgurantes. Mais il a un sens aigu de la justice et sa fragilité psychologique nous le rend attachant. L’ambiance âpre, poisseuse est toujours l’un des points forts de la série. L’intrigue est également très bien mené, réservant des surprises et nous plongeant dans la plus profonde noirceur. J’ai juste été agacée à deux reprises par le manque de réactivité de la police de Glasgow face à des évidences mais globalement l’intrigue tient parfaitement la route.

« Les morts d’avril » nous montre une ville de Glasgow toujours aussi sombre et violente. Harry McCoy est un personnage attachant, complexe, incarné dont je veux continuer à découvrir les aventures.

Traduction Olivier Deparis

Alma, la liberté de Timothée de Fombelle

Alma

« Il est sept heures du matin, le 12 juillet 1789. C’est un des premiers dimanches de l’été. En bas, la ville a l’air en embuscade. Rien ne bouge. Le fond des rues s’efface entre les immeubles. Seuls des cordons de fumée montent avec les odeurs de lessive ou de pain chaud. » C’est à Paris que nous retrouvons Alma, Joseph Mars et Sirim. Bientôt, nos trois amis vont se retrouver au cœur d’événements qui vont bouleverser l’Histoire de la France. Mais Alma veut toujours traverser l’Atlantique pour retrouver son frère Lam, alors que Joseph espère encore trouver son trésor. Loin de là, à St Domingue, Amélie Bassac reprend les plantations de Terres Rouges pour sauver l’honneur et les finances de sa famille. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que l’infâme Saint Ange manigance un plan pour récupérer ses terres et se rapprocher d’elle.

La trilogie de Timothée de Fombelle touche à sa fin et le troisième  tome est tout aussi réussi que les deux premiers. Il nous plonge au cœur de la Révolution avec la prise de la Bastille que nous vivons de l’intérieur ou la fuite à Varennes du roi et de sa famille. De l’autre côté de l’Atlantique, une autre révolte nous attend : celle des esclaves de St Domingue. Ce tome 3 est donc riche en événements historiques mais également en rebondissements pour nos héros. Encore une fois, Timothée de Fombelle mélange à merveille ces deux niveaux de péripéties et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Quelle tristesse de quitter Alma et ses proches auxquels nous nous sommes attachés durant trois tomes superbement écrits et construits. Et il ne faut pas oublier de souligner le travail de François Place qui parsème le roman de ses formidables illustrations.

J’ai fermé ce troisième tome à regret tant cette trilogie m’aura procurée d’émotions et de plaisir de lecture.

Les éphémères d’Andrew O’Hagan

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Eté 1986, dans le Comté du Ayrshire, James est livré à lui-même depuis la séparation de ses parents. Il réussit à décrocher son entrée à l’université et, en attendant, il doit trouver un petit boulot, ce qui n’est pas chose aisée dans une région meurtrie par la politique de la dame de fer. « Nous n’avions pas d’emplois pour autant. Le thatchérisme avait traversé la ville comme les fléaux de l’Exode. Nous avions eu le sang et les grenouilles, et nous attendions les furoncles et les sauterelles. » Cet été-là restera pourtant gravé à jamais dans la mémoire de Jimmy. Son meilleur ami Tully, qui travaille dans une usine métallurgique, décide d’emmener toute sa bande de copains à Manchester pour un concert réunissant New Order, The Smiths, les Fall et Magazine. Cette virée au cœur de la New Wave marquera aussi la fin de leur adolescence.

Un roman dans lequel sont cités dans ses cinquante premières pages Henry James, E.M. Forster, Chostakovitch, Shakespeare, Evelyn Waugh, Edith Sitwell, The Smiths, New Order, les ravages du thatchérisme, était forcément un livre pour moi. « Les éphémères » mélange réalisme social – nos héros viennent de la classe ouvrière – et beaucoup d’humour. Je l’aurais bien vu adapté par Ken Loach. Le roman se découpe en deux parties : été 1986 et automne 2017. La première période nous présente de jeunes hommes fougueux, provocateurs, torturant leurs amis en les obligeant à écouter du Phil Collins ! Leur week-end à Manchester leur permettra d’oublier leurs problèmes, leurs questionnements. Même si le récit est teinté de nostalgie, se dégage de cet été 1986 une folle et joyeuse insouciance.

L’automne 2017 est plus tragique, même si les vannes restent de mise. Cette partie souligne surtout la puissance de l’amitié de Tully et Jimmy qui s’est nouée autour de références musicales, cinématographiques et qui se révèle indéfectible. Le temps a passé, mais les personnalités de chacun sont restées intactes. Il est émouvant de voir ce qu’ils sont tous devenus, comment ils ont tracé leur route depuis Manchester.

« Les éphémères » est un très beau roman sur l’amitié, sur le tourbillon de la jeunesse, dont les personnages sont profondément attachants et qui parle formidablement bien de musique.

Traduction Céline Schwaller

Regardez-moi d’Anita Brookner

Brookner

Frances Hinton travaille dans une bibliothèque médicale où elle est responsable des archives photos. Il s’agit de reproductions d’œuvres d’art et de gravures représentant des médecins et des malades à travers les époques. A la mort de ses parents, elle a hérité de leur appartement à Maida Vale où elle vit seule avec Nancy, la domestique de la famille. Frances étouffe sous le poids des meubles anciens de ses parents, leurs bibelots, leurs vêtements que Nancy refuse de déplacer. Sa vie morne et un peu terne va changer lorsqu’elle va intégrer le cercle de Nick, un médecin qui fréquente la bibliothèque, et de sa femme Alix. Flamboyants, beaux et totalement charismatiques, ils l’entraînent dans des soirées, des pique-niques. Frances se sent vivre, enfin.

« Regardez-moi » a été publié en 1983 et Frances Hinton est une héroïne typique d’Anita Brookner. Elle observe beaucoup les autres, elle les décrit avec une très grande acuité. Elle qui se voudrait « (…) belle, paresseuse, gâtée et capricieuse » tombe sous le charme de ce couple fitzgeraldien, si vivant et qui semble la voir. « Regardez-moi » est véritablement tout l’objet de ce roman. Comme toujours chez Anita Brookner, Frances est un personnage plongé dans une immense solitude. Elle décrit avec lucidité son quotidien à la bibliothèque, ses soirées sans relief avec Nancy et son désarroi sentimental. « C’est pour ça que j’écris, c’est pour ça que j’en ai besoin. Quand la solitude m’enlise, me recouvre, me ternit, me rend pratiquement invisible, écrire est le moyen de me faire entendre. De rappeler aux autres que je suis là. » Le roman est aussi celui de l’avènement, douloureux, d’une écrivaine. Quand la vie la happe, l’écriture est suspendue. Alix et Nick éclairent et embellissent le quotidien de la jeune femme ; ses sentiments pour James, un médecin, lui font oublier son besoin d’écrire. Mais, on le sait, puisque le livre que nous tenons est celui écrit par Frances, l’euphorie ne durera pas.

Formidablement écrit, « Regardez-moi » est un roman d’une grande finesse psychologique, avec en son cœur une héroïne typique d’Anita Brookner, transparente, très seule, mais qui s’accomplit dans l’écriture.

Traduction Fanchita Gonzalez Battle

Une femme de demain de Coralie Glyn

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Miss Letitia Primington, née en 1856, est une vieille fille qui vit avec ses parents dans leur manoir du Quietshire. Les années s’écoulèrent paisiblement pour Letitia jusqu’à son 40ème anniversaire. Elle attrapa un rhume qui lui fut fatal. Pourtant, elle se réveille dans son cercueil, fort heureusement seulement déposé dans le caveau familial. Letitia retrouve le chemin du manoir de Primington et découvre qu’elle n’est pas en 1896 mais en 1996 ! Elle y rencontre son arrière-petite-nièce qui porte le même prénom qu’elle. La jeune femme est avocate et elle vit seule. Letitia est certes un peu choquée par les mœurs (pas de chaperon) et les vêtements (plutôt masculins) de sa descendante, mais elle est également pleine de curiosité pour les avancées de la société anglaise.

« Une femme de demain » fut écrit en 1896 par Coralie Glyn, militante féministe et cycliste émérite. Son roman est un récit d’anticipation qui plonge une femme de la haute société victorienne dans le 20ème siècle. Le début du roman est très amusant. Personne n’est véritablement interloqué par le retour d’une femme morte cent ans plus tôt. Son intégration se fait de manière parfaitement naturelle sans que son histoire ne soit remise en question. La bienséance et la morale victoriennes s’opposent aux nouvelles mœurs imaginées par Coralie Glyn et la confrontation des deux mondes est souvent cocasse. L’autrice imagine également une ville de Londres plus aérée, moins grise et morne, avec de belles places et de beaux boulevards ressemblant à ceux de Paris. Il est possible de s’y promener en taxis aériens, en voiture électrique ou en bateau sur la Tamise dont les berges sont joliment arborées. Un ravissement pour Letitia !

« Une femme de demain » est également et avant tout une critique sociale, et notamment concernant la place des femmes. L’autrice invente une société plus égalitaire avec des salaires et des logements plus décents. Elle n’est pas non plus naïve : « Des pauvres, il y en aura toujours. Le mode de fonctionnement du capital et du travail, de la demande et de l’offre est tel que l’argent ne sera jamais divisé en parts égales. » Les femmes sont plus indépendantes en 1996 ; il n’est pas choquant qu’elles ne soient pas mariées et n’aient pas d’enfant. La question de l’instinct maternel y est également posée. Des clubs de femmes existent pour leur socialisation ; des logements pour les femmes âgées, seules et pauvres, ont également été créés. Fervente suffragette, Coralie Glyn a d’ailleurs ouvert ces deux types d’établissements. Ce côté social est par moments trop démonstratif et appuyé (par exemple, la longue conférence de la petite nièce sur les femmes) ; il éclipse par moment la fiction elle-même.

« Une femme de demain » mélange le roman d’anticipation et la satire sociale. La confrontation du XIXème et du XXème siècles est distrayante et pleine de malice. Malheureusement, les thèses modernes défendues par Coralie Glyn sont exposées longuement au détriment de la partie fictionnelle.

Traduction Leslie de Bont

Retour à Belfast de Michael Magee

Belfast

Après des études littéraires à Liverpool, Sean Maguire revient à Belfast où il a grandi. Il peine à trouver du travail, dégote un job dans un bar la nuit. Il habite dans un logement insalubre avec son ami Ryan. Pas forcément une bonne idée puisque ses copains d’enfance le replongent dans les excès d’alcool et de cocaïne. Sean n’est pas un bagarreur, c’est pourtant un coup de poing qui va l’envoyer devant la justice. Dans une soirée, des inconnus, plus riches que lui, se moquent de ses origines prolétaires et Sean voit rouge. Il devra faire des heures d’intérêt général et payer une amande. De quoi l’aider à réfléchir et à peut-être prendre sa vie en main.

L’envie de lire « Retour à Belfast » m’est venue après avoir écouté Michael Magee parler de l’Irlande du Nord lors du Festival America. Son roman parle avec beaucoup de vivacité et de lucidité de son pays. Les Troubles sont toujours très présents dans le quotidien des habitants. La mère de Sean avait 7 ans quand le couvre-feu avait été instauré. Les traumatismes dus au conflit sont toujours actuels et le visage de Bobby Sands est toujours peint sur les murs de la ville. La violence est également sociale puisque les accords de paix de 1998 n’ont pas apportés d’embellie économique. Bien au contraire, l’Irlande du Nord est en pleine récession.

Pas étonnant que Sean ait du mal à trouver sa place. Il est partagé entre sa loyauté envers ses vieux amis qui ne l’aident pas à avancer et l’envie de découvrir le monde qu’a côtoyé Mairead, une ancienne amoureuse, dans une université bourgeoise. Avec les amis de Mairead, il peut parler de littérature, de poésie mais sent bien le gouffre social et culturel qui les sépare. Partir à l’étranger comme d’autres, rester auprès des membres de sa famille qui ne s’en sortent pas, « Retour à Belfast » nous raconte comment Sean va essayer de trouver sa propre voie. Michael Magee sait rendre ses personnages très attachants. C’est évidemment le cas de Sean mais également des personnages secondaires comme sa mère, qui a subi des violences des Brits comme des hommes qui ont partagé sa vie, dont le destin est poignant.

L’écriture rythmée, teintée de désespoir, traduit l’urgence, la violence de la vie de Sean et celle de la ville de Belfast. Un premier roman que j’ai dévoré et qui révèle un talent très prometteur.

Traduction Paul Matthieu

Lune froide sur Babylon de Michael McDowell

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Floride, 1980, la famille Larkin est installée dans la petite bourgade de Babylon. Leur ferme et champs de myrtilles se situent de l’autre côté du pont qui enjambe le Styx. Ce cours d’eau, affluent de la Perdido, a, en 1965, emporté les corps de Jim et Jo-Ann Larkin. Leurs enfants Margaret et Jerry furent dès lors élevés par leur grand-mère Evelyn. Les finances de la famille vont mal et la récolte des myrtilles suffit à peine à la faire vivre. Mais leur situation va encore s’aggraver. Un soir, où la pluie et l’orage menacent d’éclater, Margaret disparait. Son corps sera retrouvé quelques jours plus tard dans le Styx. Elle a été brutalement assassinée.

Si vous êtes amateurs, comme moi, de l’œuvre de Michael McDowell, vous ne serez pas dépaysés à votre arrivée à Babylon. L’ouverture du roman évoque celle du premier tome de « Blackwater » avec deux personnages dans une barque sur des eaux troubles et boueuses. C’est bien d’ailleurs l’esprit de « Blackwater » et de la Perdido qui plane sur « Lune froide sur Babylon ». On y retrouve le même mélange de thriller et de surnaturel, les meurtres sont violents et sanglants. Personne chez Michael McDowell n’est épargné et personne n’échappera à la lune étrangement éclatante et aveuglante. Dans cette Amérique rurale du Sud des Etats-Unis, tous les habitants se connaissent depuis des générations et la cupidité n’est pas le moindre des défauts de ceux qui ont le pouvoir et l’argent. Mais les morts ne dorment pas en paix dans le lit du Styx.

« Lune froide sur Babylon » est une lecture addictive, un conte gothique et pulp comme Michael McDowell en avait le secret.

Traduction Gérard Coisne et Hélène Charrier