Louisa et Clem de Julia Glass

Louisa et Clem sont soeurs et on ne peut imaginer personnes plus différentes. Louisa est l’aînée, elle est cérébrale, se veut brillante et posée. Ses études la mèneront vers le monde de l’art contemporain et elle y réussira très bien. Clem est plus sauvage, plus rebelle et casse-cou. Rien ne semble lui faire peur et elle n’hésite pas à prendre des risques parfois démesurés. Ce sont les animaux qui l’intéressent, leur étude et leur sauvegarde. Rien de plus éloignés que des baleines, des ours et des galeries d’art contemporain !  Une certaine rivalité existe entre Louisa et Clem, les relations sont souvent tendues et compliquées. Louisa a du mal à pardonner à Clem de lui avoir volé un petit copain, elle cherche toujours à surpasser sa cadette : « (…) je veux briller davantage qu’elle, je veux être la plus sage, la plus intelligente, la plus aimée, mais je veux pouvoir garder un oeil sur elle. Elle est , après tout, irremplaçable. » Les deux soeurs sont, malgré leurs différends, toujours là l’une pour l’autre.

Julia Glass fait s’entrecroiser les destins des deux soeurs. Leur histoire nous est racontée de 1980 à 2005. Les chapitres sont consacrés à l’une ou l’autre soeur qui s’exprime à la première personne. Les chapitres sont en général espacés de quelques années. On sait toujours très rapidement à laquelle on a à faire. La narration alternée n’est pas du tout perturbante et permet de connaître profondément chacune des deux soeurs. Julia Glass nous fait partager les états d’âme, les doutes, les joies et les histoires d’amour de Louisa et Clem. Les hommes sont essentiels dans le parcours des deux femmes. Elles ont au moins une chose en commun : la difficulté à trouver un homme qui leur convient ! Je me suis d’ailleurs un peu perdue dans leurs nombreuses conquêtes et les ai trouvées un peu répétitives. Julia Glass nous installe dans une histoire confortable, dans un « ronron » mais c’est en fait pour mieux nous saisir dans l’avant-dernier chapitre. La tragédie qui frappe Louisa et Clem m’a finalement touchée et leurs destins ont pris un relief différent.

J’avais lu précédemment « Jours de juin » qui était une belle fresque parue il y a quelques années. J’ai retrouvé dans « Louisa et Clem » le style simple et fluide de Julia Glass. L’auteur approfondit ses personnages et leur relation jusqu’au drame émouvant qui clôt l’intrigue. Un livre sensible sur les liens sororaux et sur la difficulté à réellement connaître l’autre.

Merci à Babelio et aux éditions des Deux Terres.

 

 

 

Louisa et Clem par Julia Glass

Louisa et Clem

Louisa et Clem

Julia Glass

 

Critiques et infos sur Babelio.com

 

Le diable danse à Bleeding Heart Square de Andrew Taylor

En 1934, Lydia Langstone va totalement changer de vie. Elle fait partie de la haute société et suite à une violente dispute avec son mari Marcus, elle décide de quitter son foyer. Elle atterrit  dans une petite pension à Bleeding Heart Square où elle retrouve son père, le capitaine Ingleby-Lewis, qu’elle n’avait jamais revu depuis son plus jeune âge. »Elle alla à la fenêtre et contempla Bleeding Heart Square. C’était une situation parfaitement absurde, tellement victorienne. Son destin reposait apparemment entre les mains de deux hommes, son mari et son père, un jeune tyran et un vieux pochard. » Lydia se rend rapidement compte que des choses fort curieuses se passent dans la pension de Bleeding Heart Square. Des morceaux de coeur en décomposition arrivent à l’attention de Joseph Serridge, le nouveau propriétaire de la pension. La légende veut que le diable avait enlevé une jeune femme au même endroit et que le coeur de celle-ci avait été retrouvé le lendemain. D’où le nom du lieu mais pourquoi Serridge reçoit-il ce paquets sanguinolents ? Et qu’est devenue l’ancienne propriétaire de la pension ? miss Penhow semble avoir disparu du jour au lendemain. Et qui est ce Mr Wentwood qui semble bien curieux quant à la vie des différents locataires ?

C’est à toutes ces questions que doit répondre le dernier livre d’Andrew Taylor. l’intrigue est bien ficelée, on avance très doucement dans la résolution des différents mystères. Chaque chapitre s’ouvre sur une page du journal de Philippa Penhow qui petit à petit nous dévoile ce qui lui est arrivé en 1930. Parallèlement à ce journal, Lydia Langstone découvre elle aussi les secrets qui envahissaient sa vie. Car la haute société est bien entendu extrêmement hypocrite, sauver les apparences en est toujours le maître mot. Lydia n’est pas au bout de ses surprises concernant sa famille et ses origines. Le roman fourmille d’énigmes à résoudre jusqu’à la révélation finale.

Outre l’efficacité de l’histoire, le roman reconstitue bien l’ambiance du Londres des années 30 : la montée du fascisme avec la création de l’union britannique fasciste de Mosley, la crise de 29 qui amène chômage et pauvreté, la situation des femmes dépendantes de leurs maris. Lydia Langstone prend conscience de sa prison dorée et de la possibilité d’y échapper. Le chemin de l’émancipation est difficile mais elle a un bon guide pour l’y emmener : « Une chambre à soi » de Virginia Woolf.

« le diable danse à Bleeding Heart Square » tient ses promesses, c’est un divertissement de qualité qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. 

Un grand merci à Solène et aux éditions du Cherche-Midi.

 

 

Daniel Deronda de George Eliot

 

Cette lecture commune de « Daniel Deronda » m’a permis de découvrir la grande romancière anglaise George Eliot. Ce roman fut son dernier et il date de 1876.

L’intrigue débute à Leubronn en Allemagne en 1874. Une jeune femme, Gwendolen Harleth, joue à la roulette sous le regard sévère d’un jeune homme. Gwendolen, agacée par le poids de ce jugement muet, se met à jouer tout son argent et malheureusement le perd. Cette malchance au jeu lui sera très préjudiciable puisque Gwendolen apprendra peu après que sa famille est ruinée. Le jeune homme qui l’observe dans la salle de jeux est Daniel Deronda. Il est à Leubronn avec « son oncle », Sir Hugo Mallinger. Ce gentleman a élevé Daniel mais ce dernier ne connaît pas l’identité de ses parents. Cette question ne semble pas perturber outre mesure le cours de sa vie. Mais après avoir sauvé de la noyade une jeune juive nommée Mirah, le destin de notre héros va être chamboulé. Le frère de Mirah, Mordecai, va obliger Daniel Deronda à s’interroger sur ses origines.

« Daniel Deronda » est un roman à la fois classique et innovant. Ces deux qualités s’incarnent dans les deux jeunes femmes qui partagent la destinée de Daniel. Gwendolen personnifie le côté classique et anglais. Elle appartient à la bourgeoisie et s’élève socialement par son mariage avec Henleigh Grancourt Mallinger, le neveu de Sir Hugo. Gwendolen a toujours été gâtée: « Et la nouveauté qu’elle avait connue en passant deux années dans une école très en vue où, à chaque occasion qui se présentait de la mettre en avant, on lui avait donné le premier rang, n’avait fait que confirmer en elle le sentiment qu’une personne aussi exceptionnelle qu’elle-même ne pouvait certainement pas rester dans un cadre ordinaire ou dans une situation sociale rien moins que privilégiée. » Lorsque sa famille est ruinée par de mauvais placements, Gwendolen a la possibilité de devenir gouvernante mais cela lui semble être une humiliation. Le mariage avec un gentleman paraît être le seul moyen de conserver un train de vie luxueux. Elle ne se rend pas compte qu’elle sacrifie là sa liberté. Gwendolen rongée par la culpabilité, devra évoluer durant tout le roman allant jusqu’à un questionnement freudien sur l’intention et l’acte. Cette jeune femme est mon personnage favori du roman, tour à tour passionnée et désespérée, Gwendolen est extrêmement touchante.

Face à la blonde Gwendolen, on trouve la brune Mirah, celle à qui la vie n’a pas fait de cadeau et dont l’humilité va bouleverser Daniel. Elle va également permettre au héros de découvrir un monde qui lui était inconnu : celui de la pensée et de la religion juives. Le frère de Mirah est un sage, un penseur et il veut transmettre ses idées. C’est dans cette partie que George Eliot innove. Les deux personnages juifs sont extrêmement positifs contrairement aux stéréotypes habituels de l’époque. On peut penser notamment au Fagin de Charles Dickens dans « Oliver Twist » qui cumule les archétypes. La pensée de Mordecai est très en avance, il prône un retour des juifs en Palestine et la création d’un état. Le sionisme ne sera théorisé qu’une vingtaine d’années plus tard. George Eliot a beaucoup étudié la culture juive et a su capter les désirs profonds de ce peuple.

Daniel Deronda a un pied dans chaque monde, il passe d’un univers à l’autre et soutient à tour de rôle les deux jeunes femmes. C’est un personnage entièrement tourné vers les autres. Mirah l’exprime ainsi : « Mais M. Hans a dit hier que vous pensiez tellement aux autres, que vous n’aviez besoin de rien pour vous-même. » L’ignorance de ses origines semble le vouer à l’écoute de l’autre, à l’entraide et il s’oublie totalement. Au début du roman, Daniel n’a aucune prétention, aucune ambition, ne sachant d’où il vient il ne sait où aller. Le roman de George Eliot est l’histoire de son évolution, de son éducation. C’est un personnage d’une ouverture d’esprit étonnante.

La construction de l’intrigue est extraordinaire et très subtile. George Eliot manie avec brio les retours en arrière permettant d’éclairer les vies de ses personnages. Après la rencontre entre Daniel et Gwendolen à Leubronn, George Eliot s’attarde sur son personnage féminin et on reste pendant 230 pages sans nouvelle du héros éponyme du roman ! D’ailleurs cette rencontre classique est une fausse-piste et ne laisse pas présager de la suite de l’intrigue. Le premier tome de « Daniel Deronda » est vraiment exceptionnel, éblouissant d’inventivité. Jai été un peu déçue par le deuxième tome où le destin de Daniel semble tout tracé. J’aurais aimé plus de doute, plus de suspens au détour des pages.

Malgré cette dernière petite réserve, j’ai adoré la lecture de ce roman profond et passionnant. L’analyse poussée des personnages m’a fait penser au « Portrait de femme » de Henry James et la préface de Alain Jumeau a confirmé mon impression. Le jeune Henry venait en effet chez George Eliot y recueillir des conseils. Grand bien lui en a pris car leurs ambitions littéraires sont très proches et on ne peut que se sentir élevé par de telles oeuvres.

Lecture commune avec  Céline

 

 


 

Easter parade de Richard Yates

Sarah et Emily Grimes sont nées dans les années 30 et leurs parents divorcent lors de leur enfance. Les deux soeurs vivent avec leur mère, frivole et s’occupant plus de son allure que de l’éducation de ses enfants : « Esther Grimes, dite Pookie, était une petite femme séduisante dont l’existence semblait consacrée à la quête et à la conservation d’un idéal qu’elle appelait « le style ». Elle dévorait les magazines de mode, s’habillait avec goût et essayait toutes sortes de coiffures, mais elle avait toujours cette lueur perplexe dans le regard et n’avait jamais vraiment su comment empêcher son rouge de déborder, ce qui lui donnait un air hésitant, mi-hébété, mi- vulnérable. Comme elle trouvait davantage de classe aux riches qu’aux gens de catégorie sociale moyenne, elle éduquait ses filles en aspirant aux attitudes et aux manières des nantis. » Sarah et Emily vivent donc dans un monde rêvé par leur mère. Dans leur imagination, les deux fillettes réinventent et grandissent leur père : elles le voient grand journaliste alors qu’il n’est que correcteur des titres du Sun. Leur enfance loin de la réalité décidera probablement de leurs destinées à la fois opposées et au final très semblables.

Lecteurs optimistes, passez votre chemin, l’univers de Richard Yates n’est pas pour vous et il nous le dit dès l’ouverture de son roman : « Aucune des deux soeurs Grimes ne serait heureuse dans la vie, et à regarder en arrière, il apparaît que les ennuis commencèrent avec le divorce de leurs parents. » Les deux soeurs choisissent des vies très différentes. Sarah, l’aînée, choisit une vie adulte conformiste : elle se marie très tôt, fait des enfants, vit à la campagne et ne travaille pas. Elle rêvait du grand amour qui dure éternellement et finira par noyer sa désillusion dans l’alcool. Emily refuse de rentrer dans le moule prévu pour les femmes dans les années 50. Elle est une petite soeur d’April Whealer, l’héroïne du chef-d’oeuvre de Richard Yates « La fenêtre panoramique », elles ont toutes deux de grands rêves anticonformistes et d’indépendance. Pour Emily, l’illusion dure quelque temps : elle travaille, organise des fêtes dans son appartement, passe d’homme en homme. Après deux mariages, plusieurs déménagements, une carrière qui stagne, Emily n’est pas plus satisfaite de sa vie que Sarah. La cadette a pourtant tout fait pour s’éloigner de sa soeur et ne pas lui ressembler. Les relations entre Sarah et Emily se distendent au fil des années mais toutes deux finissent déçues par leur vie et terriblement seules. Richard Yates se concentre sur le destin d’Emily qui semble plus prometteuse, plus indépendante et plus solide. La chute, la désillusion n’en sont que plus rudes. Comme dans « La fenêtre panoramique », le constat de Richard Yates est cruel et désenchanté. Les portraits des deux soeurs et de leur époque sont rendus avec beaucoup de justesse.

Moins fort que « La fenêtre panoramique », « Easter parade » est néanmoins un beau roman empli de tristesse et d’aigreur. L’écriture de Richard Yates fait encore merveille et l’empathie est totale avec Sarah et Emily. Le pessimisme a parfois du bon.

 

Comment tuer un homme de Carlo Gébler

Thomas French est un administrateur de biens irlandais. Son rôle est de rétablir les créances des propriétaires et de régler le problème des loyers impayés par les exploitants des terres (les tenanciers). Thomas est habile dans son métier et il a jusque là réussi les missions qu’on lui confiait. En 1854, il arrive à Dublin dans l’espoir de travailler pour Mrs Beaton dont les terres se situent dans la province de Beatonboro’. Ses tenanciers ont de nombreux loyers en retard et Thomas comprend rapidement la situation : « Elle désirait vendre ses terres et le travail de Thomas était de mettre de l’ordre dans ses affaires. Elle avait fini par détester la campagne : trop de dur labeur et trop peu de distractions. Il avait vu nombre de propriétaires terriens éprouver le même sentiment. Ils prenaient goût à Dublin ou à Bath et abandonnaient leurs domaines.  » Mrs Beaton souhaite donc que Thomas expulse les mauvais payeurs mais son idée est toute autre. Il veut proposer à chaque tenancier la possibilité de repartir à zéro en Amérique, le voyage serait payé, les dettes effacées, la possibilité de vendre son bétail pour son profit et d’emporter tout ce qu’il possède. Cette idée, qui semble séduisante pour un paysan couvert de dettes, se confronte à deux choses : le droit des tenanciers et le ribbon. Ce droit est un usage du Nord de l’Irlande qui veut qu’un tenancier quittant sa terre reçoit une somme équivalente à plusieurs années de loyer  afin de le dédommager des aménagements réalisés sur sa ferme. Bien entendu Thomas French a l’intention de donner beaucoup moins. Le ribbon est une société secrète agraire qui fait régner la terreur dans la région. L’administrateur va vivre à Beatonboro’ les pires heures de sa vie.

« Au fond, tous les récits sont des histoires de meurtre. » C’est ainsi que s’ouvre le roman noir de Carlo Gébler, fils de la grande romancière Edna O’Brien. Outre le fait que cette entrée en matière est géniale, elle correspond bien à l’atmosphère plombée de « Comment tuer un homme ». Car le ribbon fait régner la terreur de manière particulièrement atroce. Les membres de cette société secrète n’hésitent pas à employer la torture et le meurtre pour faire fuir les indésirables dont Thomas French va rapidement faire partie. Le roman s’ouvre sur une scène qui place tout de suite le lecteur dans l’ambiance. Une voiture se fait attaquer brutalement au détour d’une route. La personne visée est McGuinness, le patron du pub. Il est touché par une balle composée de clous, vis, morceaux de fer blanc qui lui lacèrent le visage et lui crèvent les yeux. Le tort du cafetier ? Avoir repris un pub que d’autres considéraient comme le leur, les ribbonistes voulaient donner l’établissement à un de leurs membres. McGuinness résista et devait en payer le prix. Les victimes des ribbonistes sont des Irlandais, des paysans, des travailleurs qui osent les affronter. C’est bien tout le problème, sous couvert de la défense de l’Irlande, ces hommes protègent avant tout leurs intérêts. Les terres irlandaises ont été cédées aux Anglais plusieurs siècles avant le début du roman de Carlo Gébler et Mrs Beaton est l’une de leurs descendants. Mais les ribbonistes ne s’en prennent pas aux propriétaires, ils s’attaquent à leurs compatriotes aux risques de créer une guerre civile. La Grande Famine a sévi peu de temps avant, de nombreux Irlandais y ont succombé. Au lieu de réunir les forces irlandaises restantes, le ribbon ne fait que diviser. Cet épisode peu connu de l’histoire irlandaise montre à quel point la construction de ce pays s’est faite dans la douleur, le sang et la division.

« Comment tuer un homme » est un livre que j’ai dévoré grâce à son thème passionnant, romanesque, et au style totalement fluide de Carlo Gébler. Les personnages sont bien campés, attachants et j’ai suivi leur destinée avec un plaisir mêlé d’inquiétude.

Un immense merci à Denis des éditions Phébus pour cette formidable découverte.

Un autre avis enthousiaste chez Mobylivres. 

 

 

 

Mauprat de George Sand

 

A 80 ans, Bernard Mauprat décide de conter l’histoire remarquable de sa jeunesse et de sa famille. Deux branches fort dissemblables existaient chez les Mauprat : la branche aînée à laquelle appartenait Bernard et qui régnait sur la château de la Roche-Mauprat ; la branche cadette uniquement représentée  par le chevalier Hubert de Mauprat et sa fille Edmée. Les Mauprat de la branche aînée, surnommés les Coupe-Jarret, faisaient régner la terreur sur les paysans de la campagne berrichonne. Bernard fut orphelin à 7 ans et fut expédié chez son grand-père Tristan à la Roche-Mauprat. C’est donc dans la violence, la terreur et les brimades que l’enfant grandit.

Un soir, alors que Bernard a 17 ans, l’oncle Laurent ramène une jeune femme égarée dans la forêt, une future victime de la perversité et de la concupiscence des Mauprat. Bernard, séduit par l’immense beauté de la dame, décide de la garder pour lui. C’est alors qu’il réalise qu’il s’agit de sa parente Edmée. Il décide de la sauver après lui avoir fait promettre qu’elle se donnerait à lui avant tout autre homme. Durant leur évasion, le château de la Roche-Mauprat est assailli par les gendarmes ce qui permet aux deux jeunes gens d’échapper à la vindicte des Mauprat Coupe-Jarret. Bernard est alors recueilli par Hubert de Mauprat dans son château de Sainte-Sévère où l’on va tenter de l’éduquer.

« Mauprat » est un roman protéiforme, c’est tout à la fois un roman gothique, un roman d’amour, un roman féministe et un roman de formation. George Sand nous place d’emblée dans une ambiance gothique, le personnage à qui Bernard Mauprat raconte sa vie nous décrit ainsi la Roche-Mauprat : « Depuis ce temps, quand les bûcherons et charbonniers qui habitent les huttes éparses aux environs passent dans la journée sur le haut du ravin de la Roche-Mauprat, ils sifflent d’un air arrogant ou envoient à ces ruines quelque énergique malédiction ; mais quand le jour baisse et que l’engoulevent commence à glapir du haut des meurtrières, bûcherons et charbonniers passent en silence, pressant le pas, et de temps en temps font un signe de croix pour conjurer les mauvais esprits qui règnent sur ces ruines. » L’auteur utilise les codes du roman gothique dont semble-t-il elle était friande (la préface nous indique en effet que George Sand lisait Ann Radcliffe). On trouve dans « Mauprat » des ruines inquiétantes, des seigneurs corrompus et cruels, des pièces secrètes, des moines pervers et des innocents en danger. L’histoire d’amour s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans le genre gothique puisque les sentiments de Bernard et d’Edmée sont douloureux et totalement exacerbés. Et leur amour devra franchir bien des obstacles, bien des empêchements avant de pouvoir triompher.

George Sand ne se contente pas de respecter les codes du genre gothique et les fait dévier. Tout d’abord grâce à son héroïne, Edmée, qui est bien loin des personnages féminins des romans noirs du 19ème siècle. C’est une femme au fort tempérament, à l’éducation élevée et qui ne s’effraie pas facilement. Edmée décide de sa vie et ne la subit aucunement. Elle devait épouser M. de la Marche pour qui elle avait seulement de l’affection. L’arrivée de Bernard lui fait annuler son mariage. Son amour ne l’aveugle pas non plus puisqu’elle se refuse à Bernard tant qu’il ne sera pas éduqué. Edmée est un beau personnage féminin qui traduit le combat de George Sand pour le droit des femmes.

Ce qui nous éloigne du roman gothique, c’est également la partie éducation de Bernard Mauprat. Ayant fait preuve de bonté et de générosité, Bernard peut être sauvé de ses mauvaises habitudes. Edmée fervente adepte de Jean-Jacques Rousseau, croit en la force de l’éducation pour lisser le caractère de son parent. Je trouve cette partie du roman beaucoup moins réussie et je m’y suis ennuyée. Ces passages manquent de rythme et George Sand me semble bien meilleure dans l’action et le romanesque. Je dois avouer n’être pas très adepte de Rousseau mais George Sand ne l’est finalement pas non plus. Elle termine son roman en expliquant que l’homme ne nait ni bon ni mauvais, qu’il n’est pas toujours libre de choisir entre le bien et le mal et que parfois ses instincts ne sont pas maîtrisables.

Malgré un passage à vide durant l’éducation de Bernard Mauprat, j’ai plutôt apprécié le roman de George Sand pour son romanesque marqué et ses idées féministes et socialistes.

 

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La tour de guet de Ana Maria Matute

Lorsque l’on ouvre « La tour de guet », on ne sait  pas dans quel pays se situe l’action ou à quelle époque. Le jeune narrateur évolue sur des terres gouvernées par des seigneurs qui sont assujettis à un roi extrêmement lointain et cela nous fait immanquablement penser au Moyen-Age. Il naît alors que son père, un petit noble, est déjà âgé et ses trois frères en âge de quitter la maison. La mère rechigne à s’occuper de son dernier enfant affligé d’une laideur repoussante. Rapidement l’enfant est totalement  seul : la mère part dans un couvent, les frères commencent leur apprentissage de chevalier et le père se laisse aller à ses vices en dépensant tout son argent. Il apprend alors à se débrouiller seul, à chasser, à monter à cheval, à se servir d’une épée. Tout cela lui est très utile lorsqu’il doit quitter la demeure familiale pour le château du baron Mohl où il doit faire son apprentissage de chevalier. Notre jeune héros est totalement fasciné par ce nouvel univers : « Peu de temps dut s’écouler après mon arrivée pour que me sautât aux yeux la différence qu’il y avait entre le château, ses us et coutumes fastueux, et le climat, les usages, la maison et la personne de mon père. De plus lourdauds que moi auraient apprécié sans grande difficulté un tel fossé, et supporté, comme je le faisais moi-même, l’étourdissement et la confusion que cela provoquait dans mon esprit. » Notre narrateur va devoir s’adapter à ce nouveau monde sous l’autorité du baron Mohl et sous le regard menaçant de ses trois frères.

« La tour de guet » de la grande romancière espagnole Ana Maria Matute est un roman d’éducation. Nous suivons l’évolution du narrateur, son apprentissage. Dès sa naissance, il vit dans un monde brutal, ses frères surtout le maltraitent : « S’ils me rencontraient, ils m’administraient des coups de pied, des insultes et des crachats (…). » La seule forme d’éducation qui apparaît dans le récit est la scène du bûcher. Des femmes sont accusées de sorcellerie et brûlées vives. La mère y traîne le narrateur pour l’effrayer, l’éducation se fait par la peur. L’enfant est profondément marqué par ce châtiment, le lecteur aussi d’ailleurs car le récit en est magistral. Il doit évoluer dans un monde cruel aux moeurs monstrueuses. Tout au long du roman, le narrateur cherche un sens à sa vie, il questionne sans cesse le bien et le mal. Il pense trouver des réponses en entrant au service du baron Molh qui le prend sous sa protection. Le baron est un personnage fascinant, imposant, puissant. Il s’impose vite comme une figure paternelle. Mais l’enfant, en entrant dans son intimité, découvre que le géant a des pieds d’argile.  Le baron est vieillissant, il aime les jeunes adolescents, sa chair est finalement aussi faible que celle du père du narrateur. Le jeune héros se retrouve plongé dans un abîme d’interrogations, de visions prémonitoires dont il ne sait comment sortir.

Ana Maria Matute crée un monde fantasmagorique pour raconter l’histoire de son héros. On se trouve plongé en plein Moyen-Age, une époque de transition entre la sauvagerie et la culture. Le baron Mohl le symbolise très bien, lui qui est capable de tuer violemment un jeune amant en le donnant en pâture à ses chiens et qui est également extrêmement raffiné dans sa vie quotidienne. C’est également le moment du passage du paganisme au christianisme. Se confrontent les dieux anciens, perdus, et le dieu unique. L’univers où évoluent les personnages est encore en grande partie irrationnel, peuplé de monstres comme le dragon, d’ogre et d’ogresse (le baron et sa femme), de cavaliers blancs et noirs personnifiant le bien et le mal, de chèvres sacrées. L’écriture de Ana Maria Matute est puissamment évocatrice et elle nous plonge dans ce monde halluciné . Le style est riche, expressif, imagé et il accompagne parfaitement ce monde brutal et changeant. C’est la grande force de ce livre.

Si vous ouvrez « La tour de guet », vous vous retrouverez plongés dans un univers effrayant, violent qui évoque un tableau de Jérôme Bosch. Mais ne vous y trompez pas, Ana Maria Matute ne parle pas uniquement du Moyen-Age et une des résolutions de son héros est très actuelle :  » Je me promis de ne jamais plus participer à une vie qui n’était pas ma vie, me mêler et me confondre à une race qui subsiste et gravit à force de coups, de ruses, de renoncements, de désespoir, de haine, d’amour et de mort (…). Jamais ils ne feront de moi une autre outre mordue, sacrifiée à l’incurie de l’esprit, humiliée par la stupidité, calcinée par la terreur. »  

Un grand merci à Denis des éditions Phébus.

 

Allah n'est pas obligé de Ahmadou Kourouma

Le jeune Birahima est le narrateur de « Allah n’est pas obligé » d’Ahmadou Kourouma. Sa vie commence bien mal, son père meurt lorsqu’il est enfant et sa mère est cul-de-jatte suite à une infection. Birahima est totalement livré à lui même et devient rapidement un enfant de la rue : « Avant de débarquer au Liberia, j’étais un enfant sans peur ni reproche. Je dormais partout, chapardais tout et partout pour manger. Grand-mère me cherchait des jours et des jours : c’est ce qu’on appelle un enfant de la rue. J’étais un enfant de la rue. »  Sa mère ne tarde pas à rejoindre son mari et Birahima se retrouve orphelin. Malheureusement sa grand-mère est trop âgée pour s’occuper de lui. L’enfant est confié à sa tante qui habite au Liberia et il doit la rejoindre par ses propres moyens. En route, il rencontre Yacouba, un féticheur, marabout, multiplicateur de billets. Tous deux vont chercher la tante à travers le Liberia puis la Sierra Leone et se retrouveront confrontés à la dure réalité des guerres tribales.

« Allah n’est pas obligé » est un livre marquant à cause de l’incroyable violence décrite par Ahmadou Kourouma. Les guerres tribales ravagent le Liberia et la Sierra Leone. Les populations sont décimées en fonction de leur appartenance à telle ou telle ethnie ou tribu. Elles sont les otages des luttes entre bandes rivales. Les chefs de tribu prennent le pouvoir à tour de rôle, l’instabilité règne en maître sur ces pays. Bien entendu le but de ces rivalités est le contrôle des matières premières et donc de l’argent. Le Liberia possède des mines d’or, de diamants qui ne profitent jamais au peuple qui se meurt de pauvreté.

Pour posséder les mines, les chefs de tribus emploient la violence, la torture. L’un d’eux coupe les mains, les bras (et parfois plus…) des salariés d’une mine d’or pour en prendre la tête. Ces sales besognes sont le plus souvent effectuées par des enfants-soldats. Birahima devient rapidement l’un d’entre eux. Il s’en réjouit même lorsqu’on lui annonce qu’il se rend au Liberia : « Là-bas, il y avait la guerre tribale. Là-bas, les enfants de la rue comme moi devenaient des enfants-soldats qu’on appelle en pidgin américain d’après mon Harrap’s small-soldiers. Les small-soldiers avaient tout et tout. Ils avaient des kalachnikov. Les kalachnikov, c’est des fusils inventés par un Russe qui tirent sans arrêter. Avec les kalachnikov, les enfants-soldats avaient tout et tout. Ils avaient de l’argent, même des dollars américains. » Birahima, orphelin et pauvre, n’a d’autre choix pour survivre que de devenir un meurtrier. On reste effarés devant la cruauté des destins de ces enfants qui n’ont droit à aucune innocence. Comment une société peut-elle se sortir de la misère alors que ses enfants sont sacrifiés ?

Ce récit terriblement réaliste m’a plu mais deux choses m’ont empêché d’être totalement conquise. Ahmadou Kourouma prend grand soin de nous décrire les situations politiques et les successions des chefs de tribu. Ces passages sont à mon goût trop longs et finissent par nous embrouiller totalement. De plus, le récit de Birahima est raconté en « p’tit nègre » comme il le dit lui-même et les précisions politiques sont faites dans un français classique. On perd alors la voix de Birahima, de l’enfance. Dans le même registre, notre jeune narrateur tente, avec l’aide de nombreux dictionnaires, d’employer un vocabulaire châtié. Ces mots sont alors suivis de parenthèses explicitant leur sens. Le procédé fait sourire au départ mais sa répétition est vraiment lassante.

Malgré ses quelques défauts, le roman de Ahmadou Kourouma reste saisissant. Le destin de ces enfants-soldats est d’une cruauté sans mesure. Un avenir démocratique au Liberia ou en Sierra Leone semble improbable tant la violence et la cupidité y dominent.

 

La Dame de pique et Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine de Pouchkine

« La Dame de pique et les Récits de feu Ivan Petrovitch Belkine » est un ensemble de six nouvelles écrites à Boldino à différents moments de la vie d’Alexandre Pouchkine. Cette forme courte lui permet de s’essayer à des genres très variés et de laisser les vers pour la prose.

« La Dame de pique » est la nouvelle la plus longue du roman et c’est celle que j’ai préférée. Hermann est au début de la nouvelle un jeune homme très responsable et qui se refuse à jouer au pharaon (un jeu de hasard très populaire en Russie) avec ses amis : « – Le jeu me passionne dit Hermann. Mais mon état m’interdit de sacrifier le nécessaire à l’espoir d’acquérir le superflu. » Lors d’une de leurs parties, l’un des camarades d’Hermann explique que sa grand-mère est capable de deviner la sortie de trois cartes gagnantes d’affilée. Lorsque l’on sait que l’on peut doubler ses mises au pharaon, le secret de la vieille dame est extrêmement lucratif. Hermann devient totalement obnubilé par cette idée et veut à tout prix connaître ce secret. La nouvelle semble au départ bien ancrée dans la réalité mais elle bascule rapidement dans le fantastique. Hermann se laisse aller entièrement à l’obsession d’amasser de l’argent mais il finit hanté par la folie de ses actes.

Dans « Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine », on trouve une autre nouvelle fantastique. Il s’agit du « Marchand de cercueils ». Le marchand en question convie à sa pendaison de crémaillère tous ses anciens clients, tous les trépassés pour lesquels il a travaillé. Lorsque cette boutade devient réalité, le marchand se trouve bien mal à l’aise. Contrairement à « La Dame de pique » qui se termine tragiquement, cette nouvelle est cocasse et le fantastique sert la comédie.

« La demoiselle paysanne » emprunte également le ton de la comédie mais ici nous sommes du côté de Marivaux ou de Molière. Lisa, fille d’un grand propriétaire terrien, se déguise en paysanne pour approcher et séduire le fils du propriétaire voisin, Alexeï. Les quiproquos se multiplient comme dans toute comédie romantique mais bien entendu tout finit bien.  Du moins on le suppose car, pour éviter tout lieu commun, Pouchkine achève ainsi sa nouvelle : « Le lecteur m’épargnera, je pense, l’inutile devoir de lui conter le dénouement. »

« La tempête de neige » reprend le thème des amours contrariées de manière plus tragique. Deux jeunes amoureux doivent se marier en cachette de leurs parents. Malheureusement pour eux, une tempête de neige se déchaîne le soir de leur rencontre et bouleverse leurs vies.

« Le maître de poste » est la nouvelle la plus déchirante. Le personnage principal fait partie de la lignée des hommes humiliés et offensés qui peuplent la littérature russe. Un brave maître de poste vit dans son relais avec sa fille adorée Dounia. Elle est douce, serviable et très belle. Un hussard, s’arrêtant lors d’un voyage, est sous le charme de Dounia et la kidnappe en repartant. Le père, au désespoir, fait tout pour retrouver sa fille qu’il découvre à St Pétersbourg. Le hussard le traite avec mépris et lui jette de l’argent pour que le maître de poste débarrasse le plancher. Il ne lui reste alors que son chagrin.

Je termine par « Le coup de pistolet » qui m’a beaucoup plu et qui entre en résonance avec la vie de Pouchkine puisqu’il y est question de duel. Le héros de la nouvelle, Silvio, est un immense tireur mais il semble se dégonfler lorsqu’il s’agit de défendre son honneur. En fait, Silvio cherche un homme qu’il a épargné lors d’un duel quelques années auparavant. Silvio veut sa revanche. On aimerait que Pouchkine ait rencontré un personnage si magnanime et si honorable.

Ce recueil de nouvelles est un régal, les récits sont très variés et très bien construits. Pouchkine réussit toujours à surprendre son lecteur, chaque nouvelle se termine par un rebondissement, un retournement de situation. Le terme utilisé en quatrième de couverture est très juste, les nouvelles de Pouchkine sont de véritables « miniatures » de roman. Le talent de l’auteur s’exerce dans tous les genres et c’est à chaque fois une réussite. 

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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard

Le 13 mai 1506, Michelangelo Buonarroti débarque à Constantinople. Le sultan Bayazid l’a invité dans sa ville afin de construire un pont enjambant la Corne d’Or. La notoriété de l’artiste est alors grandissante. Après avoir sculpté par un tour de force et un coup de génie le David, symbole d’une Florence triomphante, Michel-Ange a été appelé à Rome par le pape Jules II. Ce dernier lui a commandé en 1505 la réalisation de son tombeau. Mais Jules II della Rovere est un homme ténébreux, colérique, à la recherche d’une exigence, d’une perfection artistiques impossibles à satisfaire même pour un génie comme Michel-Ange. Et la papauté ne paie pas, le florentin ne cesse de créer pour le tombeau sans recevoir le moindre sou. S’ajoutent à cela les nombreuses rivalités entre les artistes, les courtisans Raphaël ou Bramante s’adaptent mieux à la cour vaticane. Michel-Ange fuit donc les caprices du pape en répondant à l’appel de Bayazid. Malheureusement l’artiste ne tarde pas à retrouver les mêmes problèmes à Constantinople. Le sultan n’a fait appel à Michel-Ange qu’après avoir fait travailler Léonard de Vinci. Le florentin voit rouge mais il se pense supérieur : « D’instinct, Michel-Ange sait qu’il ira bien plus loin, qu’il réussira, parce qu’il a vu Constantinople, parce qu’il a compris que l’ouvrage qu’on lui demande n’est pas une passerelle vertigineuse, mais le ciment d’une cité, de la cité des empereurs et des sultans. Un pont militaire, un pont commercial, un pont religieux. Un pont politique. » La fortune n’est pas non plus au rendez-vous et Michel-Ange doit de nouveau se plier aux caprices des puissants.

Comme Michel-Ange avec son David, Mathias Enard réalise un tour de force avec « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », titre magnifique emprunté à Rudyard Kipling. A partir de quelques détails dans la biographie du génie florentin, il reconstitue ce voyage peu connu à Constantinople. C’est toute l’ambiance du XVIème siècle qu’il arrive à reconstituer en quelques mots : la terrible concurrence entre les grands artistes qui se précipitent à Rome pour obtenir les faveurs de Jules II ; le caractère ombrageux du pape qui est aussi un amateur d’art éclairé ; la circulation rapide des oeuvres et des talents qui amène Michel-Ange à Constantinople. De même Mathias Enard rend parfaitement la ville turque à travers les promenades de Michel-Ange et du poète Mesihi. C’est une ville pleine de senteurs, de musique et de sensualité. Michel-Ange se confronte à ce monde nouveau, tente de s’ouvrir à cette sensualité. Mais le grand sculpteur n’est pas un être de chair. Tout son être est tourné vers l’art, il n’aspire qu’à la reconnaissance artistique. Mathias Enard a reconstitué un Michel-Ange à partir des biographies de ses contemporains. Et le grand intérêt de « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » est de rendre le personnage de Michel-Ange parfaitement crédible. Il est à l’image du regard terrible de David ou de Moïse. C’est un artiste solitaire, colérique, sûr de lui et de son génie, austère jusqu’à l’ascétisme. Mathias Enard lui rend vie et force à travers son roman de manière magistrale.

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Le style de Mathias Enard est fluide et poétique. J’ai lu « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » en quelques heures tant son sujet m’a plu et tant son style est agréable. Cette plongée dans le XVIème siècle de Michel-Ange est un véritable enchantement.

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