La délicatesse de David Foenkinos

Grâce à « La délicatesse », j’ai enfin pu découvrir David Foenkinos et je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt.

L’héroïne du roman se prénomme Nathalie et l’on apprend au début du roman qu’elle est discrète, qu’elle aime lire et rire mais pas en même temps et qu’elle est rarement nostalgique (contrairement aux autres Nathalie). Elle se fait accoster dans la rue par un homme, François, avec lequel elle sympathise immédiatement. Ils se plaisent tellement qu’ils emménagent ensemble et se marient. Nathalie trouve sans peine un travail dans une entreprise suédoise, son bonheur est total et parfait. Trop parfait peut-être. Un dimanche matin, pendant que Nathalie lit un roman russe dans le canapé, François part faire son jogging. Il ne rentrera pas. Renversé par une voiture, il décède à l’hôpital. Nathalie se retrouve seule et ne semble pas capable de se reconstruire : « Elle prit conscience que ce serait terrible. En sept ans de vie commune, il avait eu le temps de s’éparpiller partout, de laisser une trace sur toutes les respirations. Elle comprit qu’elle ne pourrait rien vivre qui puisse lui faire oublier sa mort. » Le temps passe, Nathalie se plonge dans le travail et subitement elle se jette sur un de ses collègues, Markus, et l’embrasse.

Il y a deux David Foenkinos dans « La délicatesse ». Le premier accompagne le deuil de Nathalie avec beaucoup d’émotion et de justesse. Et puis, il y a le David Foenkinos qui raconte la renaissance de Nathalie grâce à sa rencontre (voire sa collision) avec Markus. Ce personnage m’a beaucoup plu, il est maladroit et sans arrêt décalé. Ses réponses, ses actions sont toujours surprenantes. Il n’est jamais où on l’attend et c’est ce qui intrigue et charme Nathalie. David Foenkinos a l’art de raconter une comédie sentimentale classique en la renouvelant totalement. L’histoire de Nathalie et Markus se déroule à l’envers, ils s’embrassent avant de se connaître et se séduisent ensuite. C’est ce décalage permanent qui est très plaisant.

Ce qui m’a vraiment emballé dans « La délicatesse » c’est l’humour de David Foenkinos. Il utilise beaucoup les aphorismes : « Nathalie avait lu la détresse dans le regard de Markus.  Après leur dernier échange, il était parti lentement. Sans faire de bruit. Aussi discret qu’un point-virgule dans un roman de huit cents pages. » David Foenkinos se sert de manière totalement décalée et souvent absurde des notes de bas de page : « Les sièges sont si étroits au théâtre. Markus était franchement mal à l’aise. Il regrettait d’avoir de grandes jambes, et c’était là un regret absolument stérile. 1 »

1-La location de petites jambes n’existe pas.  » 

David Foenkinos a écrit avec « La délicatesse » une comédie sentimentale délicieuse mélangeant le tragique et l’humour. Je compte bien découvrir d’autres romans de david Foenkinos car sa drôlerie m’a conquise.

Un grand merci à Lise et aux éditions Gallimard.
 

Les confessions de Mr Harrison de Elizabeth Gaskell

Les éditions de L’Herne font encore mon bonheur grâce à la sortie « Des confessions de MrHarrison » de Elizabeth Gaskell. Cette maison d’édition est déjà à l’origine de la réédition de « Femmes et filles » et de « Cranford », je les remercie de poursuivre la redécouverte de cet immense auteur de l’époque victorienne. « Les confessions de Mr Harrison » est un prologue aux chroniques de « Cranford » et a été publié en 1851.

Le court roman s’ouvre sur la visite de Charles à son ami Will Harrison et à son épouse. Mr Harrison a une vie bien établie et son ami aimerait en savoir plus : « Raconte-moi comment tu t’y es pris pour gagner son coeur. Je veux la recette qui me permettra d’avoir, moi aussi, une petite épouse aussi exquise que la tienne.  » Mr Harrison raconte donc à son ami son arrivée à Duncombe où il réside encore. Après ses études de médecine, il reçut une lettre du cousin de son père, Mr Morgan, qui souhaitait faire de lui son associé dans la petite ville de Duncombe. Rapidement le jeune médecin devient le centre d’intérêt de tous les habitants de la petite ville où résident de nombreux membres de la gente féminine. « Au bout de quelque temps, les habitants de Duncombe commencèrent à donner des fêtes en mon honneur. Ce fut Mr Morgan qui me dit qu’elles étaient organisées pour moi, car sans cela je crois bien que je ne m’en serais pas aperçu. Mais chaque nouvelle invitation le ravissait et il se frottait les mains, en gloussant de rire, comme si le compliment lui était destiné, ce qui, au fond, était précisément le cas. » Et chaque nouvelle invitation est l’occasion de présenter Mr Harrison à une jeune femme célibataire. Le pauvre jeune homme est rapidement à l’origine de quiproquos, de ragots et de malentendus en tout genre.

Comme dans « Cranford », Duncombe est une petite ville de province essentiellement matriarcale. Mr Harrison est totalement cerné par les femmes qui toutes rêvent de le voir rentrer dans leur famille par le mariage. Tous les moyens sont donc bons pour attirer le jeune médecin, certaines font semblant d’être malades, d’autres font croire à de fausses fiançailles. Les langues vont bon train à Duncombe ! Elizabeth Gaskell profite « Des confessions de Mr Harrison » pour critiquer la vie d’une petite ville de province et ses conventions rigides. Et notamment la course au mariage. L’arrivée du jeune homme met en émoi toute la communauté féminine. Les femmes sont assez ridicules, elles minaudent, elles montent en épingle le moindre incident et déforment toutes les actions du médecin. « Où donc aller pour être en sécurité ? Mrs Rose, Miss Bullock, Miss Caroline – elles habitaient, en quelque sorte, aux trois sommets d’un triangle équilatéral dont j’occupais le centre. Ma foi, j’allais me rendre chez Mr Morgan et prendre le thé en sa compagnie. Là, en tout cas, j’étais sûr que personne ne chercherait à m’épouser.  » Comme on le voit, la vie en province n’était pas des plus palpitante en 1851 et elle laissait beaucoup de place à l’imagination !

Cette courte chronique de la vie provinciale du XIXème siècle est un régal d’humour. Elizabeth Gaskell manie l’ironie avec brio et sa critique des conventions victoriennes est toujours très juste. C’est un vrai plaisir de voir ce pauvre Mr Harrison pris dans les filets des femmes de Duncombe. J’aurais bien aimé que ses mésaventures durent plus longtemps.

Merci à Babelio et aux éditions de L’Herne pour cette lecture.

Les confessions de Mr Harrison par Elizabeth Gaskell

Les confessions de Mr Harrison

Elizabeth Gaskell

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La guerre et la paix de Leon Tolstoï

Me voilà devant une tâche des plus ardues : résumer « La guerre et la paix », le chef-d’oeuvre de Leon Tolstoï. L’oeuvre est tellement foisonnante, romanesque qu’il est difficile de la réduire à quelques phrases. Il me faut néanmoins tenter de relever le défi.

L’histoire se déroule de 1805 à 1813 durant les guerres opposant Napoléon Bonaparte à la Russie. Plongées dans ce chaos politique, plusieurs familles se croisent : les Rostov, les Bolkonski, les Bézoukhov, les Kouraguine pour ne parler que des personnages majeurs. Leurs vies, leurs destins se lient, se délient au gré des réceptions, des bals et des champs de bataille. La fresque de Tolstoï est bien entendu centrée sur l’aristocratie russe et l’évolution de ses membres face à la violence et la cruauté de la guerre.

Leon Tolstoï a écrit plusieurs versions de « La guerre et la paix ». Le roman fut d’abord publié dans la revue « Le messager russe » de 1865 à  1866. Puis il parut dans les Oeuvres en six volumes en 1868-1869 et c’est la version la plus couramment utilisée. Les éditions Points proposent une version datant de 1873, l’action est centrée sur la période des guerres napoléoniennes contrairement à la version précédente qui allait jusqu’en 1820. Tolstoï a considérablement réduit ses pensées philosophiques et a rendu son histoire plus palpitante.

« La guerre et la paix » raconte la quête d’identité, de sens des personnages principaux. Pierre Bézoukhov est assez emblématique de cette recherche et du roman car il est souvent le porte-parole de Leon Tolstoï. Pierre est un jeune aristocrate qui choque ses contemporains en soutenant Bonaparte. L’héritage faramineux de son père change sa vie. Mais pas forcément en bien car Pierre est un grand naïf : « Après l’ennui de la solitude qu’il avait éprouvé dans la vaste demeure de son père, Pierre se trouvait dans l’état de bonheur d’un jeune homme qui aime tout le monde et qui ne voit que le bon côté de chacun. » Il épouse Hélène Kouraguine qui ne voit que son argent. Ce mariage tourne vite au désastre. Pierre se tourne vers la franc-maçonnerie, s’essaie au socialisme et ne trouve sa voie qu’après un séjour en prison.

Natacha Rostov cherche également son chemin durant tout le roman, elle est une toute jeune femme lorsque le lecteur fait sa connaissance. Elle est très vive, très enthousiaste et frivole. Natacha est un personnage par moment assez agaçant à cause de son inconséquence. Elle veut vivre le grand amour, ressentir de grandes émotions et change donc fréquemment d’objet de désir. Son jeune âge explique son comportement et les évènements se chargeront de la faire mûrir.

Andreï Bolkonski est pour moi le plus beau personnage du roman. C’est celui qui va le plus évoluer, le plus changer durant l’histoire. C’est, au début du roman, un aristocrate hautain et méprisant. La haute société l’ennuie, il délaisse sa femme. Ravi de partir sur le champ de bataille, il pense enfin s’accomplir mais la réalité des combats lui fait revoir ses priorités. Andreï est admirable d’honneur, d’abnégation et d’intelligence.

Comme je le disais précédemment, Pierre est la voix de Leon Tolstoï. L’auteur fait passer des messages politiques notamment à propos du sort des paysans, des moujiks qui lui tenait tellement à coeur. Pierre veut les libérer, les soigner et les éduquer. On sait que Tolstoï, l’aristocrate, passa la fin de sa vie à accomplir ce rêve, habillé lui-même en moujik. Les idées de Tolstoï se ressentent également dans l’importance de la nature qui est souvent source de réflexion et d’émerveillement. « On le ramassa et on le jeta sur la civière. Nikolaï Rostov se détourna comme s’il cherchait quelque chose, il regarda l’horizon, l’eau du Danube, le ciel, le soleil. Le ciel lui paraissait tellement beau et bleu, calme et profond ! Le soleil qui déclinait était si brillant et solennel ! L’eau du lointain Danube scintillait d’un éclat si vif et si tendre ! Et les montagnes qui bleuissaient au loin, au-delà du Danube, le monastère, les vallons mystérieux, les pinèdes inondées de brouillard jusqu’à la cime des arbres, étaient plus belles encore… là-bas, tout ne semblait que calme et bonheur. »

Je crois que je pourrais encore vous parler longtemps de ce roman magnifique. Je voudrais encore insister sur deux points. Tout d’abord le style de Tolstoï est d’une grande fluidité, les 1239 pages du livre coulent sans peine. Ensuite il ne faut pas vous laisser intimider par les scènes de batailles qui sont fabuleuses. Je n’oublierai pas de sitôt la bataille d’Austerlitz, la prise de Smolensk ou celle de Moscou. « La guerre et la paix »est une splendeur, chaque personnage y est finement traité et analysé, un bonheur total de la page 1 à la page 1239.

Une lecture commune avec Isil , Vounelles , Lamalie, Stéphanie, Madame Charlotte, Emma, Cryssilda et Erzie mais toutes n’ont pas encore fait leurs devoirs !!!

 

Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald

Après avoir lu « Accordez-moi cette valse » de Zelda Fitzgerald , je me suis penchée sur « Tendre et la nuit » où Francis Scott évoque sa vie de couple.

Dans la première partie de « Tendre est la nuit », nous suivons une jeune actrice du nom de Rosemary. Elle est en vacances sur la Riviera avec sa mère. Rapidement, elle se lie d’amitié avec Dick et Nicole Diver. Le couple possède une maison sur la côté d’Azur où il attire tous leurs amis pour l’été.  Le couple polarise tous les regards et symbolise totalement les années folles. « Chez les Diver, l’horaire de chaque journée avait été conçu, comme dans les civilisations les plus anciennes, pour profiter au maximum de tout ce qui s’offrait et savourer pleinement le passage d’une activité à une autre. «  Les Diver sont un tourbillon étincelant qui entraînent tous les autres à leur suite. Ils semblent perpétuellement inspirés, fourmillant d’idées pour amuser et distraire leur suite. La jeune Rosemary Hoyt ne peut que succomber au charme du couple et surtout à celui de Dick : « Quant à Dick Diver – ah ! c’était la perfection même. Elle l’admirait en silence. Un teint délicatement roux, hâlé par le grand air, des cheveux coupés court, qui avaient la même couleur – et qu’on retrouvait, en toison légère, sur les mains et les bras. Des yeux d’un bleu intense, presque blessant. Un nez plutôt pointu. On savait toujours à coup sûr qui il regardait et à qui il parlait – marque d’attention particulièrement flatteuse, car qui vous regarde vraiment ?  » Rosemary va suivre le couple jusqu’à Paris où elle va commencer à pressentir la fêlure derrière le couple parfait.

La deuxième partie du roman va nous révéler cette faille chez les Diver, tandis que la troisième nous montrera le délitement du couple. Comme ce roman est en partie autobiographique, on se doute assez vite que Nicole a des soucis d’ordre psychologique. Dick est un jeune psychiatre lorsqu’il rencontre Nicole. Il fait l’erreur de penser qu’il peut la sauver en l’épousant. Il y dépense beaucoup d’énergie, il tente par tous les moyens de distraire sa femme. C’est pour cela que les Diver passent leur temps à voyager d’un endroit à un autre. C’est pour cela aussi, qu’ils sont sans cesse entourés d’amis, de pique-assiettes. Mais cette multitude de mondanités monte rapidement à la tête de Dick qui tourne en rond et ne peut s’accomplir. La douleur de Dick est déchirante, il sent qu’il gâche sa carrière et qu’il n’arrive plus à aider Nicole. Dick, c’est bien entendu le double de Francis Scott et sa douleur est la sienne. On l’imagine perdu, impuissant face à la détresse de Zelda. Le désespoir de cet homme est terriblement poignant.

Ce qui fait également la grande force des livres de FS Fitzgerald est son style. Le ton du roman s’assombrit au fur et à mesure des différentes parties. On passe d’une humeur légère, brillante au début à une mélancolie de plus en plus marquée. Comme dans « Gatsby le magnifique », les années du couple Diver se couvrent d’amertume. L’indépendance voulue par Nicole est décrite de manière poignante : « Elle se battit sauvagement, courageusement, avec tous les vieux débris de faïence, de cartons, de bouteilles, tous les emballages devenus inutiles des affronts, des erreurs, des péchés qu’elle avait expiés. En l’espace de deux minutes, elle affermit définitivement son triomphe, se disculpa vis-à-vis d’elle-même, sans mensonges ni faux-fuyants, coupa elle-même, à jamais, le cordon ombilical. Puis, les jambes tremblantes, sanglotant sans bruit, elle regagna cette maison, qui lui appartenait enfin. » Toute la complexité de l’âme et ses revirements sont décrits dans cette phrase. FS Fitzgerald a l’art de décrire les affects de manière poétique.

« Tendre est la nuit » est la confirmation de l’immense admiration que je porte à Francis Scott Fitzgerald. J’avais beaucoup aimé « Accordez-moi cette valse » qui était très touchant. Mais il est bien évident que le talent du mari est inégalable. Son style musical, mélancolique emporte le lecteur. L’analyse psychologique des personnages, l’intelligence de la construction sont les marques d’un grand écrivain. Je vous préviens, une fois commencé « Tendre est la nuit », vous ne voudrez plus le lâcher et Francis Scott Fitzgerald entrera dans votre panthéon d’auteurs favoris.

Good Lady Ducayne de Mary Elizabeth Braddon

Pour clôturer son Mary Elizabeth Braddon Challenge, Lou nous a proposé de lire une nouvelle en anglais intitulée « Good Lady Ducayne ».

Bella Rolleston est une jeune femme très pauvre qui vit avec sa mère dans un petit logement londonien. Après un mariage malheureux, Mrs Rolleston a du se mettre à travailler pour élever sa fille. Malgré cela les deux femmes s’adorent et tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Arrivée à l’âge adulte, Bella décide de soulager sa mère en cherchant un poste de dame de compagnie. Malheureusement, Bella n’a pas les qualifications recherchées pour ce travail. Sa situation semble plutôt mal engagée jusqu’à ce qu’elle rencontre Lady Ducayne. Cette lady, très âgée et très flétrie, recherche une jeune femme en bonne santé pour l’accompagner en Italie. Elle choisit Bella et lui offre un salaire très élevé. La jeune femme ne peut qu’accepter une telle proposition. En Italie, Bella est éblouie par la beauté des paysages et par la libéralité de Lady Ducayne qui ne lui demande que peu de travail. Les choses prennent un tour inquiétant lorsque Bella apprend que les dames de compagnie précédentes de Lady Ducayne sont toutes mortes. Bella, elle-même,  semble brusquement manquer de vitalité …

Avec cette nouvelle, Mary Elizabeth Braddon revisite le mythe du vampire. Bella se réveille avec des piqûres aux bras. Lady Ducayne lui explique qu’il s’agit de moustiques qui semblent particulièrement voraces étant donné la taille des plaies ! Mais un jeune médecin, séjournant dans le même hôtel que Bella, comprend rapidement qu’il s’agit de prises de sang faites sous chloroforme durant le sommeil de Bella. Le vampirisme se médicalise ! D’ailleurs Lady Ducayne n’est pas tout à fait un vampire. Sa préoccupation est elle aussi très moderne : prolonger sa vie à tout prix. Et elle paye son médecin excessivement cher pour qu’il trouve un élixir miracle.

Subrepticement dans sa nouvelle fantastique, Mary Elizabeth Braddon nous parle de la condition des femmes et des problèmes de classes sociales. La soeur du jeune médecin lui glisse à plusieurs reprises : « No young man can afford to marry a penniless girl nowadays. Life is too expensive. » Mais le jeune homme est lui aussi très moderne. La vie de médecin dans un hôpital lui a appris que la maladie faisait fi du rang social. Le corps souffrant est finalement le même biologiquement, la richesse ou la pauvreté n’y change rien. Et le médecin soigne sans différenciation les nobles et les démunis.

Cette nouvelle de Mary Elizabeth Braddon se lit agréablement et assez facilement en anglais. Mrs Braddon n’est pas restée cantonnée au mythe traditionnel du vampire et l’a modernisé de manière originale. Habituée aux romans gothiques, elle réussit néanmoins à innover et à surprendre son lecteur. Une bonne raison pour se replonger dans sa grammaire anglaise !

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Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet de Antoine Bello

Emillie Brunet est une jeune héritière mal-mariée. Lorsqu’elle disparaît avec son amant, Stéphane Roget, le chef de la police Henri Gisquet demande à Achille Dunot d’enquêter de son côté. Ce dernier a résolu de nombreuses énigmes en tant que policier mais un grave accident a stoppé sa carrière. Achille s’est bêtement retrouvé enseveli sous sa bibliothèque et depuis il souffre d’amnésie antérograde. Ce qui signifie que sa mémoire ne peut plus enregistrer de nouveaux souvenirs. Pour remédier à ces pertes de mémoire, Achille est contraint à noircir des cahiers des évènements de la journée.

Le principal suspect dans la disparition d’Emilie Brunet est son mari Claude. Ce dernier est un très célèbre neurologue qui, suite à un interrogatoire musclé, a tout oublié de la journée durant laquelle sa femme a disparu. L’enquête voit donc se confronter deux amnésiques !

Fort heureusement Achille Dunot a un allié de poids pour l’aider à résoudre son enquête : Hercule Poirot ! Notre enquêteur est un grand admirateur d’Agatha Christie et de son héros belge. Achille est un fin connaisseur et il calque ses méthodes sur celles d’Hercule Poirot, en un mot : il fait travailler ses petites cellules grises. « Je n’ai pas besoin de me mettre à quatre pattes pour examiner les traces de pas, moi. Ni de ramasser les mégots ou d’examiner les brins d’herbe. Il me suffit de m’installer dans mon fauteuil et de réfléchir. (En tapotant mon crâne) : c’est ça mon instrument de travail. » Mais Achille va plus loin dans ses références à Agatha Christie. Etant incapable de retenir de nouveaux noms ou de nouveaux visages, il associe les suspects interrogés à des personnages de la grande romancière anglaise. Il utilise également des intrigues de romans pour chercher des pistes comme si Agatha Christie avait répertorié tous les crimes possibles.

Face à Achille se trouve Claude Brunet, spécialiste du cerveau. Les deux hommes sont fort intelligents et ils se mettent à jouer au chat et à la souris de manière très subtile. Brunet se met à lire Agatha Christie pour pénétrer l’univers d’Achille. Le lecteur a alors le plaisir d’assister à des joutes oratoires sur les mérites et les défauts d’Hercule Poirot. « L’enquête sur la disparition d’Emilie Brunet » est un très bel hommage à Agatha Christie. Antoine Bello profite de son enquête pour disserter sur l’oeuvre de la reine du crime et nous montre son admiration sans borne. Il explique notamment que l’écriture d’Agatha Christie était simple pour rendre la complexité de l’intrigue. On peut souligner le fait qu’Antoine Bello a suivi ce précepte à la lettre en adoptant la sobriété dans son style.Antoine Bello utilise également une autre idée de la romancière anglaise, ce que Annie Combes nomme les « détectandes » dans « Agatha Christie, l’écriture du crime ». Il s’agit en fait de remarques qui permettent au lecteur très attentif de découvrir le meurtrier très tôt dans le livre. A la fin de l' »Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet », j’ai eu envie de tout relire pour découvrir toutes les « détectandes » que j’avais manquées.

Antoine Bello aime jouer avec l’intelligence de son lecteur, cette qualité m’avait déjà séduite lors de la lecture de « Eloge de la pièce manquante ». Je me suis faite mener en bateau avec grand plaisir. De plus, ce roman donne une folle envie de se replonger dans l’oeuvre d’Agatha Christie et est finalement une bonne introduction au challenge des Livres de George. Et la grande leçon d’Antoine Bello est peut-être celle-ci : le plus grand détective d’Agatha Christie n’est pas Hercule Poirot mais Ariadne Oliver…

 

 

La maison du splendide isolement de Edna O'Brien

Irlande. Un homme s’est échappé des mains de la gendarmerie royale et de l’armée britannique. Pour eux, cet individu, McGreevy, est un dangereux terroriste, pour ses compagnons c’est un patriote héroïque. McGreevy trouve refuge dans une maison isolée où habite une femme âgée, Josie. Le roman d’Edna O’Brien confronte ces deux vies, ces deux solitudes. Josie est seule depuis de nombreuses années, elle ressasse son passé au fil des jours. Jeune femme, elle a tenté de fuir la misère de l’Irlande en travaillant aux Etats-Unis. Mais la vie outre-Atlantique est difficile pour les immigrants et Josie finit par rentrer au prix de son émancipation. Car une fois en Irlande, Josie n’a d’autre choix que de se marier. Et elle, qui rêvait d’autres choses, est forcément déçue par cette union. Son mari est un paysan, rustre et violent. Mais il meurt dans un accident en partie causé par Josie. Alors malgré son amertume due au mariage, elle est rongée par la culpabilité. Elle revient inlassablement depuis toutes  ces années sur ces évènements. Et voilà cet homme inconnu qui force son hospitalité. Ce McGreevy décrit comme dangereux par la radio, qui s’est évadé plusieurs fois, tournant en ridicule les forces de police. Cet homme taciturne se laisse découvrir petit à petit, enlève son armure pour laisser voir sa souffrance et son immense solitude. Edna O’Brien sait parfaitement rendre la psychologie, les états d’âme de ces personnages. Ce sont eux qui nous parlent, les voix intérieures de chacun s’entrecroisent, se succèdent sans transition. Nous entendons également celles des gendarmes et surtout un en particulier qui se questionne sur l’engagement de McGreevy.

« La maison du splendide isolement » est bien entendu un livre sur les combats en Irlande. Cette guerre larvée qui ne dit pas son nom et qui oppose les Irlandais entre eux. McGreevy et les gendarmes sont de la même nationalité et pourtant ils s’affrontent. Ils ont pourtant appris la même histoire à l’école : « Miss McCloud leur parlait de batailles et d’insurrections, d’immenses batailles et de moins grandes, de la forge du forgeron qui forgeait les piques et les fusils, de la fuite tragique des Comtes, la fine fleur de la noblesse d’Irlande, contraints de s’enrôler dans les armées d’Europe, puis des années noires, 47 et 48, la mort rampante, les femmes arrachant l’herbe pour nourrir leurs enfants, les hommes décimés se traînant jusqu’aux élevages de bestiaux dans l’espoir de rapporter à leur famille une pinte de sang de boeuf.  » Alors qui sont les vrais patriotes ? Les gendarmes qui souhaitent que leur pays connaisse un peu de paix ou McGreevy qui veut libérer son pays du joug anglais ? Le roman d’Edna O’Brien pose aussi la question du sang versé pour la cause. Josie se demande si les idéaux de justice, d’identité de McGreevy valent le sang versé. « La maison du splendide isolement » montre bien le clivage qui partage le peuple irlandais et la culpabilité qui accompagne le combat armé.

L’écriture d’Edna O’Brien est poétique et lyrique. Elle parle formidablement bien de la campagne irlandaise, chaque page sent la tourbe. La construction par enchevêtrement des récits est très réussie et permet au lecteur de rentrer progressivement dans les pensées de chaque personnage.Un beau roman sur les souffrances de l’Irlande.

 

Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

J’avais offert à Maggie, lors du Portrait of a lady swap, « Seule contre la loi » de W. Wilkie Collins.   Nous avons donc décidé de faire une lecture commune de ce roman.

Le livre s’ouvre sur le mariage de Valeria et de Eustace Woodville. Les deux jeunes gens se connaissent depuis peu mais ils ont décidé très rapidement de s’engager l’un envers l’autre. La famille de Valeria trouve d’ailleurs cette union précipitée. La jeune femme ne connaît que peu de choses sur son futur époux et notamment rien sur sa famille. Eustace prétend que sa mère n’assiste pas au mariage car elle s’y oppose sans que ses raisons soient très claires. L’atmosphère le jour de la noce n’est d’ailleurs pas très engageante : « Le ciel, déjà couvert ce matin-là, s’est encore assombri pendant que nous étions dans l’église et une forte pluie se met à tomber. Les badauds, abrités sous une forêt de parapluies, l’air maussade, nous regardent passer entre les rangs pour nous engouffrer dans la voiture. Point d’acclamations ni de rayon de soleil, pas de fleurs lancées sur notre passage, de banquet suivi de discours chaleureux, pas de demoiselles d’honneur, pas de voeux de bonheur adressés par nos pères et mères respectifs. Un bien triste mariage – force est de le reconnaître – , doublé, si ma tante Starkweather a dit vrai, d’un mauvais départ ! » Le mauvais départ en question étant le fait que Valeria ait signé le registre des mariages avec son nom de jeune fille et non son nom de femme mariée. Le départ de l’intrigue est d’ailleurs un problème de nom car Valeria découvre rapidement que son mari ne se nomme pas Woodville mais Macallan. Que peut bien cacher Eustace à sa femme ? C’est ce qu’elle celle-ci va tenter de découvrir.

Dans « Seule contre la loi », c’est Valeria la narratrice, elle qui va se lancer dans une longue enquête pour en savoir plus sur le passé de son mari. Les hommes qui entourent notre héroïne n’ont guère confiance en ses talents. Une faible femme est-elle capable de mener une enquête ? Certains propos sont assez misogynes et Maggie trouve que vraiment les victoriens sont d’affreux bonshommes !! Il est vrai qu’à l’époque la femme est réduite à une simple potiche sans cervelle. Malgré cela, je trouve Wilkie Collins audacieux. C’est une femme qui est au coeur du roman et qui va réussir à démêler l’intrigue. Valeria a une vraie force de caractère, elle ne cède à aucun moment face aux hommes qui aimeraient la voir abandonner ses recherches. Son obstination va permettre de résoudre le mystère qui entoure son mari. Ce n’est pas elle directement qui va trouver les dernières preuves mais c’est sa volonté qui va pousser les autres à agir. Du coup, je trouve que l’on peut pardonner à Wilkie Collins ses quelques propos misogynes.

Et comme toujours, Wilkie met en place une intrigue palpitante et pleine de fausses pistes. Même si j’aurais aimé avoir une fin plus surprenante, j’ai quand même été tenue en haleine. Je suis une bonne cliente pour les romans de Wilkie, je marche à chaque fois !

 

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Le vin de la jeunesse de John Fante

Ce mois-ci le thème du blogoclub était l’enfance. Les participants ont choisi de lire l’excellent et unique livre de Harper Lee : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».  L’ayant déjà lu, j’ai choisi le livre pour lequel j’avais voté, à savoir « Le vin de la jeunesse » de John Fante.

Ce livre est un recueil de nouvelles qui a été publié après le décès de l’auteur. Elles sont divisées en deux parties. Le premier ensemble est plus cohérent et apparaît clairement autobiographique. Le deuxième est constitué de nouvelles toujours sur le thème de l’enfance mais elles sont plus tournées vers la fiction. Une petite critique au passage, les deux dernières nouvelles du recueil me semblent assez incongrues. Dans « Le rêveur », le narrateur-écrivain est adulte et aide son voisin à conquérir une femme. Dans « Helen, la beauté est à moi », la narrateur est un ouvrier philippin ce qui nous éloigne de l’auto-fiction des premières nouvelles, et de l’enfance.

Dans les autres nouvelles, John Fante nous raconte sa vie d’enfant d’immigrés italiens dans le Colorado. Certaines thématiques se retrouvent dans ce recueil. La première d’entre elles est bien entendu la famille et surtout les parents. Le père était maçon, travailleur dur au mal. Mais tous les hivers, il se retrouve sans emploi, le froid gèle le mortier. Lui si dynamique, se retrouve coincé chez lui à tourner en rond. Cet état des choses le rend violent et il s’en prend à toute la famille. Pour s’occuper, il boit, beaucoup. Dan Fante, le fils de John, parle d’ailleurs de l’alcool comme une donnée génétique chez les hommes de la famille ! Ce père irascible, menant la vie dure à sa famille pendant les mois d’hiver, est néanmoins présenté avec beaucoup de tendresse par son fils. On devine la crainte mais aussi l’amour, l’admiration. La mère est d’ailleurs, par moments, traitée avec moins de considération. Les enfants l’imaginent comme la raison de la violence du père. Ils aimeraient la voir plus tendre, plus compréhensive. Mais on sent également que l’enfant qui nous raconte sa vie a pris du recul et qu’une fois adulte il a eu de la compassion pour sa mère. Les plus beaux passages de ce recueil sont consacrés à cette femme brisée par le travail quotidien, qui a ruiné sa beauté pour ses enfants et son mari bien souvent ingrats. Voici comment John Fante parle de sa mère, le passage se situe après une dispute avec le père : « Alors, tous en même temps, nous avons senti ça dans notre dos, et avant de nous retourner pour la regarder nous avons compris toute la souffrance accumulée derrière nous, qui nous submergeait, et nous nous sommes retournés en même temps, et elle était là qui nous regardait, elle semblait âgée d’un million d’années, Mamma, notre mère, et nous ses enfants avons senti son coeur brisé, elle était debout sur le seuil de la cuisine, son tablier masquant la douleur de ses mains usées, des petits ruisseaux de beauté évanouie descendant lamentablement ses joues ravagées. » Toute la douleur d’une vie est ici révélée par ces quelques mots émouvants.

L’autre grand thème du recueil est bien-sûr la religion, John Fante n’était pas d’origine italienne pour rien ! Le catholicisme a une place centrale dans l’éducation de notre narrateur. Sa mère voulait devenir nonne lorsqu’elle était jeune, elle oblige donc ses enfants à aller à l’église. Le rapport de Fante au christianisme est très ambigu. D’un côté, il aime la messe, la communion et est très imprégné par le discours des prêtres. De l’autre, c’est un enfant turbulent, bagarreur, pauvre qui est tenté par le vol. Mais les mauvaises actions sont toujours accompagnées d’une forte culpabilité et d’une volonté de se confesser. Cela donne lieu à des scènes et des raisonnements très cocasses : « D’ailleurs un péché de plus ou de moins ne ferait pas grande différence, car j’avais déjà commis un péché mortel en souhaitant du mal à un prêtre. Un péché mortel était aussi mortel que vingt péchés mortels. Je veux dire qu’il suffit d’en commettre un seul pour se retrouver en enfer aussi vite que si on en commet vingt. C’est écrit noir sur blanc dans le catéchisme. »

D’autres thématiques traversent les nouvelles comme la honte d’être un fils d’immigrés italiens ou encore le baseball dont Fante était un grand fan. Mais je ne peux pas les aborder toutes ici. Encore une fois, je suis sous le charme du talent de conteur de John Fante, de la fraîcheur et du naturel de son écriture, de son humour. Se rajoute à tout cela une véritable émotion. John Fante nous raconte ses souvenirs d’enfance de manière extrêmement touchante et j’en suis ressortie fort émue.

 

Shirley de Charlotte Brontë

« Si vous croyez, ami lecteur, découvrir dans cette introduction le prélude à une sorte de roman, vous ne vous serez jamais aussi lourdement trompé. Vous attendez-vous à du sentiment, de la poésie ou du rêve ? Espérez-vous de la passion, du mouvement, du mélodrame ? Ne vous emballez pas trop vite. Quelque chose de réel, de froid, de solide se présente à vous, quelque chose d’aussi peu romanesque qu’un lundi matin, lorsqu’on s’éveille avec la conscience qu’il va falloir reprendre le collier. »

« Shirley » est en effet la participation de Charlotte Brontë au courant des romans industriels de l’époque victorienne. Le roman s’ouvre sur la lutte qui oppose Robert Moore aux ouvriers de sa filature. Ces derniers refusent les machines modernes qui, forcément, vont les mettre au chômage. Les ouvriers veulent détruire toutes les machines arrivant dans les usines. Le roman de Charlotte Brontë se situe en 1811-1812 au moment des violentes révoltes ouvrières, mouvement appelé luddisme, du nom de John Ludd ouvrier ayant détruit des métiers à tisser en 1780. S’inspirant de ce personnage, les ouvriers sabotent les tentatives de « modernisation » des usines. Robert Moore voit ses machines détruites par des hommes du village qui craignent la misère. Notre héros est détesté de tous à cause de ses machines mais également car il est étranger. Venant des Flandres, Robert veut à tout prix réussir et effacer la honte de la ruine familiale. Cette idée l’obsède, le préoccupe à tel point qu’il ne se rend pas compte de la pauvreté qui l’entoure. Il est hautain avec les ouvriers, ne comprend rien à leur révolte. Mais fort heureusement Robert Moore est un coeur honnête qui ne demande qu’à s’ouvrir aux autres. Car, malgré son désir de s’éloigner du romantisme avec « Shirley », Charlotte n’est pas une Brontë pour rien et le romantisme prend rapidement le pas sur le roman industriel. C’est donc l’amour qui va rendre meilleur Robert Moore et qui est le centre du roman.

L’histoire se concentre sur deux jeunes filles : Caroline Helstone et Shirley Keedar. La première est la nièce du pasteur Helstone, elle est orpheline et ne possède aucun bien. Caroline est éperdument amoureuse de Robert Moore qui est trop occupé par sa filature pour s’en apercevoir. Elle incarne totalement l’héroïne romantique puisqu’elle se meurt littéralement d’amour. « Elle dépérissait, perdait sa gaieté et pâlissait de jour en jour. Le nom de Robert Moore l’obsédait comme une mélopée. Sans trêve, l’élégie du passé chantait à ses oreilles : les débris de son rêve détruit passaient, de plus en plus lourds, sur sa jeunesse ardente qui se pétrifiait lentement, comme si l’hiver envahissait peu à peu son printemps et enserrait dans la stagnation stérile de ses glaces, ses trésors les plus purs qu’elle recelait en elle.  » Mais Caroline n’est pas qu’un coeur en souffrance, elle est aussi une jeune femme moderne. Elle soutient et comprend les ouvriers. Elle tente tout le long du roman d’adoucir les positions de Robert envers les pauvres. Sa condition sociale l’aide probablement à se sentir proche des démunis. Caroline est très consciente de sa position et elle compte y remédier en devenant préceptrice. Tout son entourage rejette cette idée mais la jeune femme souhaite devenir maîtresse de son destin.

Shirley Keedar est également un personnage très moderne. Elle est propriétaire terrienne et la filature de Robert Moore se trouve sur ses terres. Shirley est une jeune femme riche mais elle ne se contente pas du revenu de ses terres, elle aide Moore à gérer la filature. C’est un personnage extrêmement énergique, entier et attirant le respect par son charisme et son courage physique. Elle agit de même dans sa vie privée puisqu’elle refuse tous les riches prétendants proposés par son oncle. Shirley choisira son mari selon son coeur et non selon les diktats de la société. Il est bien entendu plus facile pour Shirley d’être indépendante puisqu’elle jouit de hauts revenus. La timide et discrète Caroline n’en est que plus méritante dans son envie d’indépendance.

« Shirley » n’est sans doute pas le meilleur des romans industriels, j’ai préféré celui de Elizabeth Gaskell qui d’ailleurs sera la biographe de Charlotte Brontë. Il n’en reste pas moins que ce roman est fort plaisant. Il dresse le portrait de deux jeunes femmes voulant suivre leurs aspirations, leurs désirs sans se plier aux volontés de leurs proches. Cette modernité des personnages m’a séduite et j’y retrouve un des thèmes privilégiés des soeurs Brontë. Contrairement à l’avertissement de départ, Charlotte a bien écrit un roman d’amour mais ce sont les femmes qui y mènent la danse et qui choisissent leurs maris ! La force du désir triomphe pour notre plus grand plaisir.

Lu avec Isil dans le cadre de notre club de lecture.

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