Une photo, quelques mots (135ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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 © Antoine Vitek

Smoking kills… smoking kills… et avec une tête de mort en plus ! Comme si je n’étais pas au courant que la cigarette était mauvaise pour ma santé. Comme si je ne savais pas que chaque bouffée me mettait en danger. Ma vie part en fumée ! J’ai bien compris le message, merci ! Facile de se donner bonne conscience avec quelques photos sur les paquets de cigarettes !

Mais qu’est-ce qu’ils croient ? Que je n’ai pas envie d’arrêter ? J’en rêve au contraire ! Ne plus me sentir dépendante. Ne plus sentir le manque m’envahir. Ne plus avoir à chercher le tabac le plus proche après avoir fouillé frénétiquement mon sac en vain. Ne plus attraper froid en hiver en fumant dehors. Quel poids en moins !

Mais pour ça, il faudrait que je sois moins stressée, moins perpétuellement sur les nerfs. Dans notre société actuelle, c’est une véritable gageure ! Il faut tenir bon, la situation va bien finir par s’améliorer. En attendant, le mois dernier, il y a encore eu des licenciements dans mon entreprise. Avoir une épée de Damoclès au-dessus de sa tête en permanence n’aide pas à se décontracter. Moins de monde dans la boîte signifie plus de boulot pour les autres. Les seuls moments où je peux souffler, c’est quand je descends fumer. Alors j’y tiens à ma cigarette !

Et le soir ce n’est pas mieux. Je suis toute seule avec mes deux filles et je cours pour les récupérer et m’occuper de tout pour elles. Je cours, je cours, je cours. Voilà un bon résumé de ma vie ! Jamais le temps pour autre chose que métro, boulot, dodo. Jamais le temps de se poser, se détendre, de réfléchir à ce que devient ma vie, à mes envies. Mais j’ai l’impression que c’est la société toute entière qui est soumise à cette cadence infernale, le rythme s’est accéléré. Le bien vivre a cédé le pas face à la crise.

Ah paresser au lit le dimanche matin… avoir toute une journée juste pour moi… une utopie !  En attendant que ça arrive, je m’en grillerais bien une petite !

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Une putain de catastrophe de David Carkeet

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Dans « Le linguiste était presque parfait« , Jeremy Cook, spécialiste du babillage des bébés, avait du mener une enquête après le meurtre d’un de ses collègues de l’institut Wabash dans l’Indiana. Suite à ces évènements, l’institut de linguistique en question a fermé. Notre pauvre Jeremy se retrouve donc sans emploi. La linguistique ne semblant plus intéressée par ses recherches, Jeremy Cook se voit contraint à répondre à l’annonce sibylline de l’agence Pillow à St Louis, Mississippi. Après avoir rencontré quelques difficultés à obtenir un entretien avec son futur employeur, notre linguiste chevronné apprend enfin le but de l’agence : « Vous comprenez, Jeremy, je crois en l’amour. C’est tout nouveau pour moi, et c’est cette croyance qui a poussé l’agence Pillow dans une nouvelle et surprenante direction. L’agence Pillow vient en aide aux couples mariés. Notre spécialité : les unions souffrant de troubles linguistiques. C’est là que nos linguistes retroussent leurs manches et se mettent au boulot. Ils envahissent littéralement le mariage. Les Wilson sont dans une impasse linguistique. Vous, Jeremy, investirez leur mariage. Vous allez, pour ainsi dire, bivouaquer sur leur champ de bataille conjugal. » Et voilà notre pauvre Jeremy qui emménage chez Beth et Dan Wilson pour recoller les morceaux de leur couple en péril à l’aide de la grammaire !

« Une putain de catastrophe » est le deuxième volet de la trilogie consacrée à Jeremy Cook que les éditions Toussaint Louverture ont la bonne idée de rééditer. Le titre vient de « Zorba le grec », le film mais je suppose également le roman, où le héros  qualifie le mariage et les enfants comme une putain de catastrophe. Et c’est à cela que va devoir s’atteler notre cher linguiste. Il s’incruste dans la maison des Wilson, épie toutes les discussions, guette chaque silence, chaque onomatopée. Il est aidé dans cette tâche ardue par le manuel Pillow, enfin aider, c’est un bien grand mot puisque les messages du livre sont succincts : « Observez. Ne dites rien »,  « Mrs Pillow » ou encore « Pillow ». Ce qui permet à Jeremy de copieusement s’énerver contre le créateur de cette méthode atypique. Il faut souligner l’infinie patience et bonne volonté des Wilson qui subissent cette thérapie linguistique. Celle-ci, comme vous l’aurez compris, est  totalement farfelue et aussi à côté de la plaque que Jeremy Cook ! Ce dernier était plus à l’aise avec les nourrissons, d’autant plus que ses qualités de linguiste ont été remise en cause au début de cette nouvelle aventure (un problème d’adverbe chez les indiens kickapoos…).  Reprendra-t-il confiance en lui ? C’est ce que nous dira le dernier volume de ses péripéties fantasques !

Voilà un livre léger, agréable à lire et qui finalement en dit assez long sur l’importance du langage dans une relation amoureuse. J’attends la suite !

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La colline aux cyprès de Louis Bromfield

 

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En 1890, la famille Shane règne sur leur petite ville américaine. Enviée, jalousée, la famille Shane a bâti sa fortune grâce à John, pionnier du début du XIXème qui fonda la ville. Mort depuis, il laissa sa splendide villa aux cyprès à sa femme Julia et à ses deux filles Irene et Lily. Mais depuis la disparition de John, la ville a bien changé. Des aciéries sont venues s’installer et défigurer le paysage. La villa aux cyprès, décorée comme une villa italienne de la Renaissance, souffre de cet environnement comme le constate Lily : « Mais il y avait de grandes plaques de terre nue où rien ne poussait, des étendues qui, dans son enfance, avaient été enfouies sous une végétation fleurissante et luxuriante de pieds d’alouette bleu ciel, de pavots écarlates, de tritomas ardents, de pivoines rougissantes, de digitales, de pattes-d’oie, de pervenches et d’œillets couleur de cannelle … Tout ceci avait maintenant disparu, brûlé par le capricieux et mortel vent du sud, apportant avec lui son chargement de gaz et de suie. Ce n’étaient pas seulement les fleurs qui avaient souffert. Dans les niches taillées par Hennery dans le mur de thuyas moribonds, les statues blanches étaient striées de suie noire, qui avait maculé leurs corps purs. On ne pouvait plus reconnaître l’Apollon du Belvédère ni la Vénus de Cnide. »  C’est le monde de John et Julia qui disparaît sous la suie. Irene et Lily seront confrontées à un monde nouveau, en mutation. Chacune aura du mal à trouver sa place.

Louis Bromfield nous raconte la vie de la famille Shane de la fin du XIXème à 1956. A la manière de « Mrs Parkington », c’est une véritable saga familiale qui se déroule sous nos yeux. On commence par découvrir Julia Shane puis ce sont les destins d’Irene et Lily que nous suivons. Les deux sœurs ne peuvent d’ailleurs être plus différentes. Lily est d’une grande beauté, légère et libre. Ses choix de vie ne seront que coups de cœur et coups de tête. Elle vit dans l’instant. Irene est plus tourmentée, plus sombre. Elle se plonge dans la religion avec ferveur. Sa mère l’empêche d’entrer dans les ordres. Irene dédie alors sa vie à aider les ouvriers des aciéries.  Les deux sœurs ont pourtant un point commun : leur amour pour Krylenko, un ouvrier syndicaliste des aciéries qui bouleverse leurs destinées.

La vie de la famille Shane suit les soubresauts de l’Histoire : guerre hispano-américaine, luttes ouvrières, première guerre mondiale. C’est un monde en pleine mutation, des changements qui se font dans la violence. L’Amérique, cette nation si neuve, n’est pas épargnée. Irene et Lily doivent y trouver leur place. Lily préfère se réfugier en France à la recherche de plus de liberté, d’indépendance. Mais il lui restera toujours une grande nostalgie, une mélancolie qui donne sa teinte au roman de Louis Bromfield. Il y a tout au long du roman un sentiment profond de perte d’innocence.

« La colline aux cyprès » est un roman foisonnant, une saga familiale au croisement de deux siècles et de deux destinées. L’histoire de la perte de l’innocence de l’Amérique et de Lily est racontée avec infiniment de délicatesse par un grand romancier américain.

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Une photo, quelques mots (134ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Ce n’est pas possible, mais où peut-elle bien être ? Cinq sms, trois appels… et pas de nouvelles. Elle pourrait me rappeler quand même ! Ça fait quarante minutes que je poireaute ! J’en ai ras-le-bol ! Elle va m’entendre ! Je me suis décarcassée pour trouver de bonnes places pour la pièce dont tout le monde parle et madame n’est pas fichue d’être là à temps ! C’est sûr, on va rater le début…

A chaque fois, c’est la même chose. Alice est toujours en retard. Rien à faire, elle est génétiquement programmée pour ne jamais être à l’heure. Une vraie pathologie ! Mais que nous sommes des amies mal assorties !  Je suis tout l’inverse. Alice vous dirait que j’ai avalé un coucou suisse tellement je suis à cheval sur l’heure. Cette différence nous a valu bien des disputes, et des mémorables ! Et la dernière est toute récente. Nous devions prendre l’avion pour une semaine de vacances à Dublin. Je lui avais pourtant dit et redit que les compagnies ne plaisantaient pas au niveau des horaires. Mais non, rien à faire, madame nous a fait manquer le vol ! Il a fallu repayer pour avoir des places dans l’avion suivant. Quand je vous dis que c’est une maladie… un cauchemar cette Alice ! Notre amitié commence à me coûter cher !

Nous ne sommes décidément pas sur le même fuseau horaire. Voilà dix ans que nous sommes en décalé, dix ans que nous n’arrivons pas à nous synchroniser ! Je ne devrais plus lui proposer de sortir avec moi, ça limiterait les embrouilles ! Mais Alice est ma meilleure amie, je ne vais pas me priver d’elle pour si peu… quoique là, au moment où je vous parle, je me pose la question !

Le pire, c’est que je finis toujours par céder, elle arrive toujours à se faire pardonner : une bonne excuse, une petite attention, son sourire lumineux et communicatif… elle est totalement désarmante Alice ! Je n’arrive pas à lui en vouloir. Rien à faire, je m’énerve, je m’énerve et puis tout retombe. J’oublie tous mes griefs !

Bon, elle n’est toujours pas là. Tous les autres spectateurs sont déjà rentrés dans la salle. La sonnerie retentit…. Ce n’est pas la peine d’attendre l’entracte, on ne va rien comprendre à la pièce ! Et on ne va quand même pas se fâcher pour ça, je pourrais toujours essayer de me faire rembourser ou échanger les places. Allez, on va plutôt siroter une bière et papoter ! La culture attendra !

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Festival America 2014

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Encore un festival America qui se termine et qui fut absolument passionnant. Il faut saluer à nouveau la qualité de l’organisation, des débats et la grande disponibilité des auteurs présents. Cette année 65 écrivains outre-Atlantique étaient présents et pour la première fois 40 auteurs français étaient venus compléter l’affiche.

Quelques temps forts durant mon week-end :

-La rencontre entre Joyce Maynard et Frédéric Beigbeder autour de JD Salinger, un débat enjoué et passionné qui mettait face à face l’homme assez vil et l’écrivain génial. Beaucoup d’humour, de bons mots durant ce débat qui ouvrait pour moi le festival 2014. Je suis tombée sous le charme de Joyce Maynard, une femme d’un rayonnement incroyable et qui adore parler français !

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-Cette soirée, ouverte sous l’égide de Salinger, s’est poursuivie dans le Far-West avec une soirée consacrée au mythe de l’Ouest américain avec notamment Jim Fergus, Joseph Boyden et Philip Meyer. Pour Jim Fergus et Philip Meyer, l’ouest était tel qu’il le voyait dans les westerns, ils ont découverts adultes cette partie de leur pays. Tous deux ont été fascinés par les paysages et ont senti une culpabilité très forte envers les amérindiens et les réserves dans lesquels ils devaient vivre. Les trois auteurs travaillent à rétablir une certaine vérité historique (ex : « Le chemin des âmes » de J. Boyden; « Mille femmes blanches » de J. Fergus), de rendre justice aux amérindiens mais également aux premiers colons, aux trappeurs.

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-Le jour suivant, j’ai eu l’occasion d’assister à une belle rencontre  entre Richard Ford et Philippe Djian. Chacun des deux auteurs défendait la tradition littéraire de l’autre ! Djian trouve que les romans américains ont un souffle romanesque, une ambition qu’il ne retrouve pas dans la littérature française. Lui cherche avant tout le travail de la langue à la manière de Céline. Richard Ford rappelle néanmoins que la littérature française a ouvert des portes grâce à Flaubert ou Stendhal pour le roman ou Maupassant pour les nouvelles. Tous deux sont très humbles devant leurs œuvres et ont en commun une haute idée de ce que doit être la littérature et de son utilité.

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-J’ai également eu la chance d’assister à la discussion entre Laure Adler et Margaret Atwood. L’auteur canadien est vraiment une grande dame de la littérature, aussi à l’aise dans le thriller que dans la science-fiction ; je suis admirative de sa capacité à changer de genre et de thème dans ses romans. Je l’ai sentie curieuse de toutes choses, passionnée par l’écologie et par l’environnement, ses yeux pétillaient de malice !

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-Mes coups de cœur du salon 2014 sont Joseph Boyden et Philip Meyer (avec qui j’ai passé tout mon week-end puisque je l’ai lu plusieurs fois par jour !). Tous les deux ont su animer les débats avec passion, intelligence, culture et beaucoup d’engagement. Ils sont d’ailleurs devenus inséparables alors qu’ils ne se connaissaient pas avant le festival. J’ai également écouté avec beaucoup d’intérêt Ayana Mathis qui sait magnifiquement parler de son livre (« Les douze tribus d’Hattie » a reçu le prix des lecteurs de Vincennes) et surtout de son personnage central : Hattie, une femme bigger than life ! Il ne me reste plus qu’à lire leurs romans respectifs.

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Encore un week-end qui a passé bien vite et qui fut fort enrichissant. Il me faudra attendre deux ans pour retrouver ce formidable rendez-vous littéraire. Et en attendant, j’ai noté plein (trop !) de romans qui m’emmèneront de l’autre côté de l’Atlantique.

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Une photo quelques mots (133ème)- Atelier d’écriture de Leiloona

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© Marion Pluss

Ma sœur et moi nous n’avons pas de maison. Nous vivons avec plein d’autres familles dans des caravanes. Mais on a beaucoup changé d’endroits. Là où nous habitons, c’est pas très joli. Une fois, on était même dans une forêt au bord de la route. Ça faisait beaucoup de bruit. Nos parents nous disent que les gens ne nous aiment pas, c’est pour ça que nous devons partir. J’ai demandé pourquoi les autres ne nous aiment pas. Mon papa m’a dit qu’ils avaient peur de nous parce que nous sommes différents d’eux et qu’ils ne nous comprennent pas.

L’autre jour, des policiers sont venus chercher nos voisins. Ils pleuraient et criaient. Ils ne voulaient pas partir. Les policiers ont jeté toutes leurs affaires par terre. J’étais très triste parce que j’aimais bien nos voisins. Je ne veux pas que les policiers nous emmènent aussi, ils sont méchants. Ils ne toucheront pas à ma petite sœur.  Je veux qu’on reste ensemble toujours. Je ne veux pas aller dans un pays inconnu, ça me fait peur et je fais des cauchemars.

Je  veux pas partir aussi parce que l’année prochaine je vais aller à l’école. Je suis pressée de voir les autres enfants. Ils ne seront pas comme moi. Ils vivent dans de vraies maisons solides et bien chaudes. J’espère avoir des copines et qu’elles voudront bien jouer avec moi.

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Texasville de Larry McMurtry

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Lorsque nous les avions quittés à la fin de « La dernière séance », Sonny avait perdu un œil suite à une bagarre avec Duane. Tous deux convoitaient la même fille, la plus belle de Thalia au Texas, Jacy. Suite à cet incident, Duane s’était engagé dans l’armée, ne pouvant plus regarder son meilleur ami en face. Vingt-sept ans plus tard, nous retrouvons les deux amis, toujours à Thalia. Sonny en est même le maire. Duane, quant à lui, a fait fortune dans le pétrole. Mais la crise est passée par là et au début du roman, il est à la tête d’une dette de douze millions de dollars. Il est également le père de quatre enfants tous plus beaux les uns que les autres mais également tous complètement barrés : « Dickie, leur fils de 21 ans, avait été élu le plus beau garçon du lycée de Thalia tout au long de ses études secondaires. Nellie, elle, avait remporté une fois le titre dans la catégorie jeunes filles alors qu’elle était en seconde, mais des jaloux s’étaient arrangés par la suite pour qu’on ne vote plus pour elle. Quant à Jack et Julie, ils étaient, pour autant qu’on le sache, les plus beaux jumeaux du Texas. Dickie gagnait sa vie en vendant de la marijuana et Nellie, avec trois mariages en l’espace d’un an et demi, pulvérisait sans doute le record d’Elizabeth Taylor dans ce domaine avant sa 21ème année. Mais personne ne pouvait nier qu’ils étaient beaux tous les quatre. » Il faut ajouter qu’à 11 ans les jumeaux sont les pires garnements de tout le comté, un exemple de leurs méfaits : ajouter du LSD dans les céréales des pasteurs dans leur camp de vacances. Mais la folie furieuse de la famille de Duane s’étend à l’ensemble de la ville et cela ne va pas s’arranger avec la célébration du centenaire de Thalia.

Dans ce deuxième volet consacré à Thalia, c’est Duane qui passe au premier plan. Au milieu des loufoqueries des habitants (les maris et les femmes échangent leur partenaire comme nous changeons de chaussettes), Duane semble être la seule personne saine d’esprit et capable de raisonner. Mais il finit par avoir du mal à contrôler la situation, surtout quand la sublime Jacy fait son retour à Thalia. Duane est alors plongé dans une véritable crise d’identité où se mêlent la culpabilité et la peur de mal faire. Tout cela le paralyse et l’empêche de comprendre ce qui se passe autour de lui et il y a de quoi faire durant le centenaire qui s’achève en une omelette géante !

« Texasville » est beaucoup plus drôle que « La dernière séance », tout part en vrille. Mais derrière cette loufoquerie, Larry McMurtry nous montre une Amérique totalement désemparée et ayant perdu tous ses repères. Désopilant mais pas seulement.

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La ballade de Gueule-Tranchée de Glen Taylor

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Early Taggart faillit ne pas survivre à son baptême en 1903. Sa mère le plongeant dans l’eau glacée d’une rivière et prenant les gémissements de son fils pour la langue de Satan, elle le lâcha. Ona Dorsett le récupéra et le ramena à la vie. Elle avait déjà recueilli Clarissa, un bébé né d’un viol et également abandonné par sa mère. Ona était veuve, son mari était mort à la suite de l’effondrement d’une mine. Elle subvenait aux besoins de sa famille grâce à sa distillerie clandestine. Très habile avec une arme à feu, elle enseigna son art à Early ou plutôt Gueule-Tranchée puisque c’était son surnom. Le pauvre garçon attrapa une infection dans la rivière où sa mère le laissa tomber. Ses gencives en furent infectées et se fendirent. La bouche de Early saignait sans cesse et ses dents pourrissaient. Cette particularité isola l’enfant, l’habitua à une vie en marge. Ses talents de cunilinguiste et de tireur d’élite lui attirèrent rapidement de nombreux ennuis.

Ma chère Lou m’a offert « La ballade de Gueule-Tranchée », livre dont je n’avais  pas entendu parler. Je suis assez mitigée sur ce titre qui pourtant se lit aisément. Toute la première partie est réussie. L’enfance de Gueule-Tranchée et la partie consacrée aux rebellions dans les mines ont un vrai souffle romanesque. Glen Taylor rend bien l’atmosphère de ce début de siècle et les aventures de Gueule-Tranchée sont fort bien contées. Le personnage est haut en couleurs, plein de panache et d’audace.

La suite de la vie de Early est moins palpitante et surtout répétitive. Nous assistons à de multiples résurrections où notre hors-la-loi devient homme des bois, musicien de génie, journaliste de renom, ami de JFK. Tout cela est un peu trop pour un seul homme même si celui-ci est exceptionnel. Et l’écriture perd de son rythme et de sa verve, je la trouve même indolente dans la dernière partie.

Je ne peux pas dire que je me sois ennuyée durant cette lecture, loin de là. Il manque un petit quelque chose pour rendre ce roman bon. Il faut préciser qu’il s’agit du premier roman de Glen Taylor et son inventivité laisse espérer de belles choses. A suivre donc.

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Une photo, quelques mots (132ème)- Atelier d’écriture de Leiloona

© Leiloona

« Une journée parfaite »

Le jour décline déjà. Elle l’avait pourtant tant attendu. Des semaines à l’espérer, des semaines à l’imaginer, des semaines à le désirer. Des semaines qu’il lui avait proposé de passer le dimanche après-midi à la fête foraine. Enfin elle existait dans ses yeux. Et le bonheur, comme une vague de chaleur, qui monte aux joues et étrangle la voix. Oui avec plaisir, avait-elle répondu dans un souffle.

Et le voici dans l’encadrement de sa porte en ce dimanche après-midi. Enfin le rêve va pouvoir s’animer, prendre vie sous le soleil éclatant de cette journée d’été. Une journée parfaite. Voilà ce qu’elle avait pensé en se levant, cette journée va être parfaite.

Et elle est passée comme un tourbillon. Les tours dans la grande roue, dans les montagnes russes, les frayeurs du train fantôme, la douceur des barbes à papa, les détonations des carabines, les rires des enfants. Elle est ivre d’insouciance, de la légèreté de la fête, d’être avec lui.

Une journée parfaite.

Et pourtant, le soleil commence à descendre. Il est bientôt temps de rentrer. De se quitter. Et rien ne clôture cette journée comme elle le souhaitait. Pas de baiser échangé. Pas de promesse de se revoir très bientôt. Rien. Juste ce pincement au cœur qu’elle dissimule derrière un sourire.

Une journée parfaite … ou presque.

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MaddAddam de Margaret Atwood

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Quand s’ouvre « MaddAddam », la majorité de l’espèce humaine a été exterminée par une épidémie. Un homme, Crake, ne croyait pas en la possibilité de rédemption de son prochain. Pour en finir avec cette humanité décadente, Crake diffusa une pandémie avec des pillules « JouissePlus ». Pour pallier à cette disparition, il créa des êtres purs, pacifistes et herbivores : les Crakers. Mais certains humains ont réussi à survivre et finissent par se regrouper dans un campement de fortune. Certains sont issus des MaddAddam, des terroristes biogénéticiens ; d’autres des Jardiniers de Dieu, une sorte de secte consacrée à la Terre. Tous doivent lutter contre les Painballers qui attaquent, brutalisent et violent les femmes. Ils doivent également affronter les porcons, des hybrides entre les humains et les cochons. Les survivants devront réussir à se défendre et à perpétuer l’espèce humaine.

  « MaddAddam » est le dernier roman de la trilogie d’anticipation créée par Margaret Atwood. Les deux autres volumes, « Le dernier homme » et « Le temps du déluge », sont résumés au début de ce dernier tome ce qui aide à s’y retrouver. Néanmoins, je dois bien avouer avoir eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire. Le fait qu’il s’agisse de science-fiction  n’est sans doute pas étranger à cette difficulté. Pourtant le monde de « MaddAddam » est parfaitement cohérent et imaginatif. Margaret Atwood pousse à leur paroxysme nos habitudes, nos manies, nos modes. Le pétrole est devenu l’objet d’une Église avec site internet de donation et médias sociaux. Les hommes mangent des brochettes de Pas1GtteDe100VerC ou des cornets de SojaMiam-Miam. Les plus pauvres évoluent à la marge dans des Plèbezones. Tout cela sonne juste et semble possible.

Ce qui m’a beaucoup plu dans le roman de Margaret Atwood est la manière dont l’Histoire est réécrite. Toby, une ancienne des Jardiniers de Dieu, se fait conteuse chaque soir pour les Crakers. Ces derniers sont trop naïfs pour appréhender les réactions des hommes. Toby doit leur expliquer ce qui les entoure mais également leurs origines. Devant leur parfaite innocence, elle élude, réinvente les évènements. Cette transmission orale ne tarde pas à passer par l’écriture : « Qu’est-ce qui va venir ensuite ? Des règles, des dogmes, des lois ? Le Testament de Crake ? Combien de temps avant qu’il y ait des textes anciens auxquels ils se sentiront obligés d’obéir, mais en ayant oublié comment les interpréter ? Est-ce que je les ai détruits ? » Un questionnement qui porte sur nos propres origines et qui montre également que les hommes n’auraient sans doute pas pu se passer d’une réinvention de celles-ci.

Un roman que je n’ai sans doute pas apprécier à sa juste valeur mais dont l’univers est parfaitement construit et n’est pas si éloigné de notre réalité.

Merci aux éditions Robert-Laffont pour cette lecture.

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