Orgueil et préjugés suivi de Amour et amitié-concours

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Pour le bicentenaire de la publication de « Orgueil et préjugés », les éditions Folio ont eu la bonne idée de rééditer le roman dans un joli coffret. En complément du chef-d’œuvre de Jane Austen, le coffret contient également une nouvelle intitulée « Amour et amitié ». Je vous ai déjà parlé de « Orgueil et préjugés », de sa finesse psychologique, son humour cinglant envers la société georgienne, l’exquise délicatesse de l’écriture de Jane Austen. En bref, ce livre est pour moi (et pour beaucoup d’entre vous) un incontournable de la littérature anglaise.

« Amour et amitié » fait partie des textes de jeunesse de l’auteur. Il fut achevé en 1790 alors que Jane Austen n’a pas encore quinze ans. Comme « Lady Susan », il s’agit d’une fiction épistolaire. Isabel demande à son amie Laura de raconter sa vie à sa fille Marianne. La vie de Laura fut rocambolesque et agitée. Après un coup de foudre expéditif (mariage à la clef quelques heures après la rencontre), Laura et son mari Edward sont en butte à la jalousie de la famille du jeune homme et doivent affronter une poursuite pour dettes, un emprisonnement, une fuite éperdue en Écosse et la mort brutale d’Edward. Ce type de péripéties invraisemblables fait penser au « Candide » de Voltaire qui lui aussi accumule les mésaventures. Mais il s’agit surtout pour Jane Austen de se moquer des romans sentimentaux très en vogue à l’époque. Elle en utilise d’ailleurs les codes : coups de foudre, fortes émotions, des coïncidences qui s’enchaînent (la plus belle étant un grand-père qui retrouve, dans une auberge au fin fond de l’Écosse, ses quatre petits-enfants qu’ils n’avaient jamais vus auparavant !), la lutte contre l’adversité. Jane Austen y raille surtout l’exacerbation des sentiments à l’excès et la sensiblerie. Laura passe son temps à tomber en pâmoison à la moindre émotion ! Se croyant supérieure aux autres grâce à sa profondeur de sentiments, elle méprise et juge son prochain au premier coup d’œil : elle refuse de lier connaissance avec une Bridget car ce prénom est vulgaire et celle qui le porte forcément grossière et inculte. On apprend également que les ronflements sont signe d’ignorance et d’un manque de délicatesse, pas la peine de s’intéresser à la personne qui les produit !

Comme vous le voyez, Jane Austen s’est beaucoup amusé à écrire cette petite histoire destinée à divertir sa famille et elle approfondira sa critique de ce type de roman dans « Northanger Abbey » rédigé en 1798-99.

Les éditions Folio et moi-même vous proposons de gagner deux coffrets « Orgueil et préjugés ». Pour gagner, il faudra répondre à la question suivante :

Quel auteur comparait les romans de Jane Austen à « un exquis travail au petit point » ?

La réponse se trouve sur mon blog et vous avez jusqu’au 25 juillet pour me donner votre réponse à l’adresse suivante : plaisirsacultiver@yahoo.fr

Bonne chance à tous et merci à Lise et aux éditions Folio !

Le séducteur de Richard Mason

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En 1907 à Amsterdam, le jeune et extrêmement séduisant Piet Barol se fait engager comme précepteur chez la famille Vermeulen-Sickerts. Issu d’un milieu pauvre, Piet souhaite s’élever socialement et il se sent rapidement très à l’aise dans le luxe de la demeure des Vermeulen-Sickerts. Ses charmes et sa bisexualité lui permettent de se faire accepter partout : aussi bien auprès des domestiques que de la riche famille. Son changement de vie semble bien amorcé.

Commençons par ce qui m’a plu dans ce roman. Richard Mason a une écriture très fluide, agréable et son roman se lit sans peine. La construction est intéressante car elle alterne les points de vue et on passe de l’étage des domestiques à celui de des maîtres à la manière de Julian Fellowes. Richard Mason met en place toute une galerie de personnages secondaires plutôt attachants comme Didier, le valet de pied enthousiaste et naïf, ou Egbert Vermeulen-Sickerts, le dernier de la famille qui se bat contre une ribambelles de tocs.

Le personnage central, Piet Barol, avait au départ une ambiguïté source possible de rebondissements et de manipulations. Il est beau comme un Dieu, aime le luxe, a les dents longues et il est prêt à payer de sa personne. Malheureusement il manque cruellement de relief, il est finalement très lisse et ne séduit que la maîtresse de maison. Quoi de plus banal ? Il n’est pas non plus assez machiavélique pour le rôle que l’auteur lui assigne, il a même des regrets pour ses mauvaises actions !

De même, l’intrigue manque d’aspérités.  Les moments de tension se résolvent comme par enchantement. Deux exemples pour étayer mon reproche : Piet force Egbert à sortir, c’est un drame colossal, personne n’a jamais rendu l’enfant aussi hystérique. Là, le lecteur craint le renvoi de Piet mais non, le problème est balayé en deux paragraphes, une petite discussion et on repart comme si de rien n’était ! (D’ailleurs, les tocs sont également éliminés comme par magie…) De même, lorsqu’une des filles Vermeulen-Sickerts révèlent à l’ensemble de la famille que sa mère couche avec Piet, point d’esclandre. Le mari cocu n’est pas offusqué, il s’excuse même auprès de sa femme de l’avoir délaissée. Je connais peu de gens aussi magnanime ! Ce manque de rebondissements nuit bien évidemment à l’intérêt que l’on porte à l’intrigue.

Et cela ne s’arrange pas dans la dernière partie. Piet Barol s’embarque pour l’Afrique du Sud grâce à la prime donnée par M. Vermeulen-Sickert (vraiment pas rancunier le mari cocu..) et part tenter l’aventure. C’est alors presque un nouveau roman qui commence où il n’est plus du tout question des Vermeulen-Sickerts. Mais pourquoi ne pas avoir terminé ce roman-ci avec le départ en bateau et commencé le prochain (le livre se clôt par un « A suivre ») avec le voyage ?  Cela donne quelque chose de très bancal, de mal équilibré, cette dernière partie dure en effet une centaine de pages.

Beaucoup de défauts dans « Le séducteur » qui n’est pourtant pas déplaisant à lire mais Piet Barol n’est pas assez manipulateur et aventurier à mon goût !

Un grand merci à Christelle et aux éditions Robert Laffont pour cette découverte.

Le linguiste était presque parfait de David Carkeet

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Jeremy Cook est un jeune et brillant linguiste qui travaille à l’institut Wabash, un ancien centre pénitencier reconverti en centre de recherche. L’institut se concentre sur l’étude du langage (ou plutôt des babillements) des enfants en bas âge. C’est ainsi que Jeremy Cook se retrouve à étudier les interprétations et les intonations du terme m’boui. Un son qui n’a l’air de rien mais qui est riche en significations.

Notre fin linguiste va rapidement se retrouver confronté à deux problèmes. Le premier est que quelqu’un l’a traité de trou du cul devant la nouvelle et ravissante assistante de puériculture. Jeremy se pensait apprécié de tous ses collègues (mais ce n’est pas réciproque !), le voilà bien déçu et perplexe. Son ego en prend un sacré coup. Son deuxième problème est la découverte du cadavre d’Arthur Stiph, un autre linguiste, dans son bureau. Jeremy Cook fait figure de suspect numéro 1 pour le commandant Leaf, imposant et surprenant policier chargé de l’enquête. Pour résoudre ces deux problèmes essentiels (surtout le premier…), Jeremy n’a pas d’autre alternative que de se mettre à enquêter sur les membres de l’institut Wabash.

« Le linguiste était presque parfait » a été publié en 1980 aux États-Unis et il s’agit du premier volet d’une trilogie dont Jeremy Cook est le héros. Nous sommes ici à mi-chemin entre le campus novel et le whodunit. L’institut Wabash est un bâtiment circulaire où l’on peut s’observer, ou s’espionner facilement. L’enquête s’y déroule en grande partie, presque en huis clos à la manière d’Agatha Christie. Tout le monde est suspect et tout le monde suspecte son voisin ! Les investigations de Jeremy vont rapidement devenir totalement burlesques puisque, en bon linguiste, elles seront uniquement basées sur le langage. Ce qui occasionne  jeux de mot, incompréhension et règlements de compte collectifs ! Les linguistes ne sont pas tendres entre eux. L’enquête importe finalement moins que le travail sur la langue et l’importance du choix des mots, des intonations, des silences.

Notre pauvre Jeremy Cook se retrouve embarqué dans des péripéties de plus en plus loufoques au fil des pages, mais pour notre plus grand bonheur. Ce roman fluide et agréable à lire ferait un parfait compagnon de vacances. J’attends dorénavant la suite des aventures de Jeremy Cook.

Merci à Babelio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette délicieuse lecture.

Les challenges de l’été

Après un mois anglais animé, j’ai décidé de me consacrer pendant l’été à cette petite chose oubliée : ma PAL ! Pour ce faire, je suis aidée par deux challenges (et un coach…oui vous avez bien lu j’ai un coach PAL !).

Le capitaine Lili Galipette nous embarque sur son vol spécial PAL :

Noctenbule nous propose de partir aux USA en octobre et un mois américain ça se prépare à l’avance ! Je vais combiner ce mois thématique avec mon challenge Myself qui avait pour thème les livres américains de ma PAL.

Comme vous pouvez le constater, je suis pleine de bonne volonté pour faire baisser ma fichue PAL mais la volonté suffira-t-elle ?  Suspense (hitchcockien bien entendu)…

J’en profite pour vous annoncer que le challenge Hitchcock se terminera le 31 décembre 2013, n’hésitez pas à y participer !

Bons challenges estivaux à vous tous !

Le baron perché d’Italo Calvino

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C’est à 12 ans que le fils aîné du baron Laverse du Rondeau va transformer le cours de sa vie. Après avoir refusé de manger un plat d’escargots, le jeune Côme fait une fugue dans les arbres. Il y grimpe pour échapper aux contraintes familiales et décide de ne plus jamais mettre un pied à terre. Mais Côme n’y est pas coupé du monde, loin de là. Il participe activement tout au long de son existence au quotidien de son village du nord de l’Italie. Il crée un système d’arrosage, empêche un incendie de s’étendre, met en place un cahier de doléances, etc…Du haut de son arbre, Côme connaît également l’amour passionnel avec sa voisine Violette. Et même Napoléon vient le saluer !

Ce formidable récit d’Italo Calvino fait partie d’une trilogie nommée Nos ancêtres et qui comporte également « Le vicomte pourfendu » et « Le chevalier inexistant ».

Le début de l’histoire se déroule dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle et c’est le frère cadet qui nous raconte la vie de Côme. Celle-ci est pleine de péripéties, d’exploits. Le cadet rapporte souvent des bruits, des on-dit courant sur son frère, la vie de Côme est devenu légendaire. « Le baron perché » est très marqué par le siècle des Lumières, il s’agit d’ailleurs d’un conte philosophique à la Voltaire. Les aventures de Côme sont aussi invraisemblables que celles de Candide ! Côme incarne la liberté de penser (et de vivre comme on l’entend), la soif de connaissances propres aux Lumières. Il lit d’ailleurs toute l’Encyclopédie et écrit à Diderot ainsi qu’à Rousseau. L’arrière-plan historique est d’ailleurs toujours bien présent. Le livre débute après la Guerre de Succession d’Autriche, se poursuit à la Révolution française et s’achève aux moments des guerres napoléoniennes. La Révolution offre la possibilité à Côme de mettre en pratique ses idéaux démocratiques et de liberté pour chacun. Côme semble se mettre à l’écart du monde dans le feuillage des Yeuses mais c’est pour mieux le voir et l’apprécier.

« Le baron perché » est également une ode magnifique à la nature et au respect de celle-ci. Le cadet de Côme regrette qu’après la disparition de celui-ci, les arbres aient été coupés. Comment aurait pu s’exprimer la révolte de son frère sans les forêts et les parcs arborés ? Une réflexion on ne peut plus actuelle sur la conservation de la nature. « Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l’oreille, d’une menue poussière de bruits : un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l’eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales … Les bruits se mêlent l’un à l’autre, l’ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s’élève ou que passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul le reste, au plus profond de l’oreille, l’ombre d’un mugissement ou d’un murmure – celui qui vient de la mer. »

« Le baron perché » est une fantaisie extrêmement plaisante et poétique. Un très bel hymne à l’indépendance d’esprit, à l’intelligence et à la passion.

Un lecture commune avec Noctenbule avec qui je lirai probablement la suite de cette jolie trilogie.

Bilan du mois anglais : ce n’est qu’un au revoir !

Keep calm and read

Nous voici déjà au dernier jour du mois anglais édition 2013. Le temps a passé très vite et encore fois ce fut un rendez-vous bien rempli comme en témoigne le billet récapitulatif. Vous avez été encore une fois très enthousiastes à nous faire partager vos goûts, vos envies en matière de littérature, de cinéma, de série et de cuisine. L’édition 2013 fut encore plus réussie que celle de 2012 et je tiens à vous remercier tous pour ce mois de juin riche en découverte, en discussion sur le groupe facebook.  D’ailleurs celui-ci reste ouvert pour que nous puissions continuer à partager notre amour de l’Angleterre. La qualité et la variété de vos articles m’ont ravie.

My kingdomJ’ai pour ma part réussi à publier 14 billets, ce qui est mieux qu’en 2012. Comme quoi, l’organisation paie ! Mes coups de cœur vont à Virginia Woolf dans j’ai adoré « Les vagues » et dont le talent me surprendra toujours, à la bande-dessinée sur Sherlock Holmes dont j’ai aimé l’intrigue et le dessin et à « L’affaire de Road Hill House » de Kate Summerscale qui m’a replongée dans mon Angleterre victorienne. Voici la photo de mon livre chouchou du mois :

IMG_20130629_100906Les grandes stars de cette édition sont Agatha Christie qui reste la reine des mois anglais mais aussi Jane Austen, Vita Sackville-West, Elizabeth Gaskell, Anne Perry et notre héros préféré à tous Sherlock Holmes (n’est-ce pas Belette ?). Au niveau des séries, c’est sans conteste « Downton Abbey » qui a la faveur de vos billets et je vous comprends !

Vous m’avez donné envie de découvrir Susan Fletcher, Mary Wesley, Mary Hooper et de visionner de toute urgence « Ripper Street » et « Broachurch ».

Encore une fois merci à tous pour vos très nombreuses participations et tous ces bons moments passés en votre compagnie, merci à ma co-organisatrice de choc Miss Lou avec qui je prévois d’organiser un nouveau challenge à la rentrée…mais je n’en dis pas plus pour le moment ! A la fin de ce mois, une chose évidente s’impose à moi : le mois anglais will be back in 2014 !

Bye and see you soon my friends !

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Graveney Hall de Linda Newbery

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C’est en se promenant pour faire des photos que le jeune Greg découvrit Graveney Hall : « La propriété était presque aussi vaste que la maison était grande ; il y avait ici des restes de murs en brique, peut-être ceux d’une dépendance, ou d’un jardin d’hiver. Il poursuivit sa route vers l’arrière et se retrouva dans un jardin à l’abandon. Il vit deux pavillons d’été en pierre, et une balustrade qui divisait le jardin en niveaux. Quand on était dans l’allée, on ne se doutait pas qu’il y avait tout cela. Il prit deux photos, imaginant ce qu’avait été ce jardin 150 ou 200 ans plus tôt. » La demeure a été détruite par un incendie en 1917. Un chantier de reconstruction est en cours et c’est parmi les bénévoles que Greg rencontre Faith. Tous deux vont se lier d’amitié et se lancer dans une recherche autour du dernier héritier du domaine, Edmund Pearson, « considéré comme ayant été tué au moment de l’incendie ». Les termes employés cachent quelque chose, mais quoi ?

Linda Newbery traite en parallèle l’histoire de Greg et celle d’Edmund, leur point commun étant leur homosexualité. Edmund l’a découverte sur le front en rencontrant Alex. Son amour balaie les conventions de sa classe sociale et le libère. Greg se cherche encore et hésite à s’assumer. Se déclarer homosexuel en 1917 ou de nos jours reste difficile. La comparaison des deux vies aurait pu être intéressante mais les passages sur Edmund sont trop courts, pas assez consistants pour que l’on s’attache vraiment à lui. De plus, elle est un peu vaine puisque l’expérience d’Edmund sera inutile à Greg qui n’arrivera pas à découvrir la vérité sur sa mort.

A ce thème de l’homosexualité se rajoute celui de Dieu. Greg et Faith en parlent sans cesse, le garçon cherchant à comprendre la foi de sa camarade. Pourquoi Linda Newbery a-t-elle éprouvé le besoin d’aborder ce sujet ? Pour rajouter à l’indécision des adolescents ? Pour nous rappeler que l’Église est contre l’homosexualité ? Quelles que soient la raison, je trouve que cela n’apporte rien ni à l’intrigue ni aux personnages.

« Graveney Hall » n’est pas un roman déplaisant, il se lit sans peine. Mais une fois refermé, je n’ai réellement retenu que les défauts et c’est dommage car l’histoire d’Edmund Pearson me plaisait bien.

Merci à Bénédicte et aux éditions Phébus.

Keep calm and read

L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale

Le 30 juin 1860, la maison de Samuel Kent à Road dans le Wiltshire, est en émoi. Saville, âgé de quatre ans, a disparu de sa chambre. La nurse , qui dormait dans la même pièce que l’enfant, pensait que Mrs Kent était venu le chercher après l’avoir entendu pleurer. Après de longues recherches, le corps de Saville est retrouvé dans la fausse des toilettes à l’arrière du jardin. Il a été poignardé et égorgé. La maison avait été entièrement fermée la veille au soir, personne ne pouvait y pénétrer de l’extérieur. L’assassin habite donc obligatoirement Road Hill House.

Kate Summerscale reconstitue de manière minutieuse ce fait divers qui marqua les esprits et fut à l’origine de plusieurs œuvres littéraires notamment « La pierre de lune » de Wilkie Collins. Le meurtre de Saville eut un écho retentissant dans la presse pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’enquête fut menée par un célèbre détective de Scotland Yard, Jack Whicher. Une unité de détectives en civil avait été fondée peu de temps auparavant en 1852. La figure du détective naît à cette époque et est rapidement transposée en littérature. Edgar Alan Poe fut le précurseur avec Dupin bien avant les anglais. C’est véritablement la naissance du corps d’élite londonien qui donne vie au détective intuitif, observateur, à l’affût du moindre détail et avec un sens élevé de la déduction. Cet archétype se retrouve dans « La maison d’Apre-vent » de Dickens avec l’inspecteur Buchet et bien entendu dans « La pierre de lune » où le personnage de Cuff est directement inspiré par Jack Whicher.

Ensuite la famille Kent semble au-dessus de tout soupçon. Il s’agit de la haute bourgeoisie issue de l’industrialisation. Comme pour l’affaire de l’assassinat de Mr Briggs dans un train de première classe, ce qui fascine c’est que les classes élevées soient vulnérables et touchées par le crime. L’intimité des Kent est rapidement mise à nu, la maison et les affaires personnelles de chacun sont fouillées. Cette recherche poussée est choquante à l’époque victorienne. La maison est un havre de paix, de repos qui doit être inviolable. Bien entendu la famille Kent se révèle plus complexe et moins lisse qu’il n’y paraissait. Saville, ainsi que deux autres enfants, est issu du second mariage de Samuel Kent. Quatre enfants du premier lit habitent également la maison. La deuxième Mrs Kent était la nurse des enfants et la première Mrs Kent était considérée comme folle. Les secrets de famille sont exposés aux yeux de tous et feront le sel des romanciers comme Mary Elizabeth Braddon dans « Le secret de Lady Audley ». « L’histoire familiale que Whicher reconstitua à Road Hill House donnait à penser que la mort de Saville s’inscrivait dans un tissu de tromperie et de dissimulation. Les romans policiers que l’affaire inspira, à commencer  par « La pierre de lune » en 1868, retinrent la leçon. Tous les suspects d’une énigme criminelle classique ont leur secret et, pour le garder, ils mentent, dissimulent, éludent les questions de l’enquêteur. Chacun a l’air coupable parce que chacun a quelque chose à cacher. »

Les enquêteurs et les journalistes vont faire leur miel des révélations sur la première Mrs Kent et sa soi-disant folie. La médecine aliéniste est en plein développement et tend à enfermer toute personne un peu fragile. Ses dérives sont pourtant connues et Wilkie Collins en avait fait le cœur de « La dame en blanc ». Mrs Kent était-elle vraiment folle ou a-t-elle été abusivement cloitrée chez elle ? Les révélations sur la vie antérieur de Samuel Kent sont bien évidemment le centre de l’affaire.

Tous les détails de ce fait divers concouraient à marquer les esprits et à attiser la curiosité morbide du public. Kate Summerscale retranscrit cette histoire et son contexte historique avec rigueur et précision. Le livre est extrêmement bien documenté et est aussi captivant qu’un roman policier.

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So shocking ! d’Alan Bennett

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« So shocking !  » d’Alan Bennett est composé de deux histoires : celle de Mrs Donaldson et celle de Mrs Forbes. La  première  est veuve, sa fille a quitté la maison depuis longtemps. Pour s’occuper, elle travaille à l’hôpital en tant que fausse patiente. Son jeu d’actrice est très apprécié des jeunes étudiants et surtout du docteur Ballentyne. Mrs Donaldson décide également de jouer une chambre à un jeune couple. Les deux jeunes gens ont du mal à payer leur loyer de manière régulière et propose une compensation surprenante à leur logeuse : la laisser les regarder faire l’amour.

Mrs Forbes se désespère du mariage de son fils Graham. Elle le trouve si parfait , si magnifiquement beau qu’elle ne comprend pas ce qu’il trouve à la fade Betty. Il faut dire aussi que Mrs Forbes connaît fort mal son entourage. Graham fête la fin de sa vie de garçon dans les bras d’un homme. Mr Forbes fait des rencontres coquines sur internet. Et Betty, la plus fine et intelligente, est loin d’être dupe et profite des défauts des autres pour avoir une vie agréable.

Ces deux histoires raillent le confort de ces deux bourgeoises et bousculent leurs mœurs. La sexualité des autres va perturber leur vie et surtout leur permet de nouvelles découvertes. Il y a comme toujours de l’humour dans l’écriture d’Alan Bennett mais aussi de la tendresse envers ces deux femmes. Malheureusement il n’y a pas grand chose à dire de plus sur ce petit livre.

« So shocking ! » est plaisant, amusant mais il ne me laissera pas beaucoup de souvenir. Le talent d’Alan Bennett m’avait beaucoup plus séduit dans « La reine des lectrices », le sujet y était sans aucun doute pour beaucoup.

Merci à Lise et aux éditions Folio.

Une lecture commune avec Miss Léo, Chroniques Littéraires et Maggie.

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Quatuor d’automne de Barbara Pym

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Dans un bureau londonien, quatre personnes travaillent ensemble depuis plusieurs années : Letty, Marcia, Edwin et Norman. Tous les quatre sont à l’automne de leur vie, la retraite approche. Tous les quatre sont célibataires et ont peu d’amis. Ils gardent une certaine distance les uns envers les autres. Ils ne mangent pas ensemble le midi et ne se voient pas en dehors du travail. Pourtant un lien les attache, les lie plus qu’ils ne pensent.

Le livre de Barbara Pym se découpe en deux moments. Dans la première partie sont décrites les habitudes, les manies des quatre personnages. Marcia refuse d’avoir des contacts avec les trois autres et avec l’assistante sociale de son quartier. Elle a gardé intacte la chambre où sa mère et son chat sont décédés. Elle entasse des boîtes de conserve et des bouteilles de lait vides en cas de pénurie. Letty essaie d’avoir une vie équilibrée et prévoit de passer sa retraite à la campagne avec sa seule amie Marjorie. Edwin passe son temps à l’église depuis le décès de sa femme. Norman est veuf également et il continue à rendre visite à son beau-frère plus par pitié que par réelle sympathie.

Dans la deuxième partie, les deux femmes prennent leur retraite. Marcia se terre de plus en plus. Letty est déçue par son amie qui la laisse tomber. La solitude envahit leur quotidien. Et les deux hommes ne prennent pas la peine ou n’osent pas les déranger. Un seul déjeuner sera organisé entre les quatre anciens collègues.

Ce roman de Barbara Pym s’attache à des petites choses et à des gens « ordinaires ». Rien de spectaculaire mais tous ces petits détails composent aussi nos vies et sont parfois des bouées de sauvetage dans un océan de solitude. Les quatre personnages passent leurs journées ensemble sans véritablement se connaître, sans exprimer le moindre sentiment. Tout le récit est emprunt d’une grande tristesse, d’une mélancolie qui finit par être poignante. On aimerait que la vie offre une seconde chance à ces quatre personnes.

L’atmosphère de « Quatuor d’automne » est un peu surannée mais il s’en dégage beaucoup de tendresse et d’humanité pour ces quatre collègues de bureau.

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