Concours « La marche du cavalier »

Pour gagner cinq exemplaires de l’excellent essai de Geneviève Brisac, j’avais posé la question suivante :

Dans quel roman Virginia Woolf parle-t-elle du mouvement des suffragettes ?

Il s’agit de « Nuit et jour » que les éditions Points ont eu la bonne idée de publier l’année dernière.

Les cinq premières personnes à avoir bien répondu sont :

-Noctenbule

-Lilly

-Yolande

-Miss Léo

-La Lyre

Bravo à toutes les cinq et encore un grand merci à Julie et aux éditions Points pour ce concours.

LOGO_Points

Le monde enchanté de Jacques Demy à la Cinémathèque

2013-04-24 13.24.592013-04-24 13.25.22

La cinémathèque me donne l’occasion de vous parler d’un de mes cinéastes préférés : Jacques Demy. L’exposition qui a commencé en avril permet de plonger dans l’univers enchanté de ce cinéaste. Un fois les portes franchies, c’est une véritable immersion puisqu’on y trouve beaucoup de photos, des décors, des costumes, des extraits de films et d’interviews, des témoignages. Le travail de Jacques Demy y est parfaitement mis en valeur. L’expo permet de voyager chronologiquement dans l’œuvre. Elle s’ouvre sur le passage Pommeraye de Nantes peuplé des différents personnages. Ensuite chaque salle est consacrée à un ou plusieurs films.

entrée expo demy2013-04-24 14.06.41

Ce que souligne cette exposition, c’est la richesse de l’imaginaire du réalisateur et sa recherche d’un idéal. Pour l’atteindre, Jacques Demy travaillait avec minutie et souci du détail. Chaque éclairage, chaque décor (par exemple les papiers peints) étaient méticuleusement choisis et travaillés.

2013-04-24 13.59.382013-04-24 14.55.26

Elle montre également les influences de Jacques Demy : Jean Cocteau et Leonor Fini pour « Peau d’âne », Vermeer dans « Les parapluies de Cherbourg », Bernard Buffet et Calder dans « Les demoiselles de Rochefort », Raoul Dufy dans « La baie des anges ». Des influences complétées par le travail de fidèles comparses : Bernard Evein pour les décors et bien entendu Michel Legrand pour mettre en musique cet univers.

2013-04-24 14.38.392013-04-24 14.23.05

La part belle est faite aux trois films les plus connus : « Les parapluies de Cherbourg », « Les demoiselles de Rochefort » et « Peau d’âne ». Ces trois salles sont un enchantement et sont magnifiquement scénographiées. Elles raviront les amateurs du cinéaste. Ce sont sans doute les films les plus emblématiques du merveilleux à la Demy : un mélange de poésie et de réel, de douceur et d’âpreté.

2013-04-24 13.43.442013-04-24 14.39.36

Les autres talents de Jacques Demy sont également montrés : dessin, peinture et photo (celles de Los Angeles prises à l’occasion du tournage de « Model shop » m’ont beaucoup plu) Le cinéaste s’était tourné vers d’autres formes d’art surtout après l’échec commercial de « Une chambre en ville ».

2013-04-24 14.25.48

Je vous conseille donc chaleureusement cette exposition qui met en valeur la liberté de ton, l’indépendance, l’amour du cinéma et des acteurs de Jacques Demy. Et surtout elle donne envie de voir ou revoir toute sa filmographie, sauf « Parking » que je vous déconseille tant il a mal vieilli !

2013-04-24 14.08.452013-04-24 15.03.29

La marche du cavalier de Geneviève Brisac

Face aux bruits et à l’urgence du monde contemporain, Geneviève Brisac a décidé de se plonger dans ses livres préférés. Elle y cherche rêverie et réflexion. Cette dernière se tourne vers un sujet qui lui est cher : les femmes écrivains. Peut-on parler de littérature féminine ?

La question se pose en effet lorsque l’on voit le mépris de grands théoriciens de la littérature envers les femmes. Geneviève Brisac choisit comme exemple le misogyne Nabokov. Ce dernier rechignait à lire Jane Austen. Une fois la chose accomplie, il reconnaît le talent de la demoiselle mais en le minimisant : « De ce panier à ouvrages, écrit-il, sort un exquis travail au petit point, il y a chez cet enfant quelque chose de merveilleusement génial.  » Le vocabulaire employé par Nabokov parle de lui-même. Pour essayer de répondre à la question de départ, Geneviève Brisac fait appel aux grandes dames de la littérature: Jane Austen, Virginia Woolf, Jean Rhys, Alice Munro, Karen Blixen, Sylvia Townsend Warner, Flannery O’Connor, Marine Tsvetaïeva, Ludmila Oulitskaia ou d’autres moins connues comme Grace Paley ou Rosetta Loy.

Pour Geneviève Brisac, la particularité de la littérature féminine ne tient pas dans le style. La syntaxe et les figures de style ne sont ni l’apanage des hommes ni celui des femmes. En revanche, les thèmes traités sont sans doute différents. Les femmes écrivains n’hésitent pas à parler de ce qui fait leur quotidien. Grace Paley, par exemple, écrit tout simplement sur ce qu’elle voit autour d’elle : les enfants au square, une promenade dans la rue, ce qu’elle aperçoit de sa fenêtre. Rien que de très ordinaire mais elle cherche à percer le mystère, la vérité de la vie à travers ces scènes. La vie est toujours plus complexe et agitée qu’il n’y paraît. Les femmes observent tout cela en faisant un pas de côté, c’est la fameuse marche du cavalier. C’est un terme employé par Nabokov pour décrire l’un des procédés stylistiques de Jane Austen. Il s’agit d’un décalage, d’un recul par rapport à l’action, à ce qui est décrit afin de percevoir la réalité différemment. La littérature féminine explore cela : chercher ce qui constitue l’âme, la conscience, les sentiments. Geneviève Brisac donne une très belle définition de ce que représente écrire pour elle et certainement est-ce le point commun des écrivains dont elle parle : « Écrire : nommer ce que nous vivons d’innommé et d’innommable, de confus. Écrire : interroger cet état somnambule qu’est presque toute vie. Nous ne savons ce que nous faisons, et sommes bouts de bois ramés flotillant sur la mer. L’enfant en nous le sait. » Cette définition colle parfaitement au travail de Virginia Woolf qui cherchait à capter les milliers de sentiments qui nous traversent.

A travers ce court mais passionnant essai, Geneviève Brisac rend hommage à la littérature au féminin, à ces voix libres et sincères qui tentèrent de décrire la matière de la vie. Un essai brillant qui donne envie de découvrir tous les romans cités !

Les éditions Points vous proposent de gagner 5 exemplaires de « La marche du cavalier ». Voici la question à laquelle vous devez répondre :

Dans quel roman Virginia Woolf parle-t-elle du mouvement des suffragettes ?

Vous avez jusqu’au 1er mai pour m’envoyer vos réponses à l’adresse suivante : plaisirsacultiver@yahoo.fr

J’attends vos réponses !

Merci à Julie et aux éditions Points.

LOGO_Points

Le braconnier du lac perdu de Peter May

Fin Macleod a trouvé du travail sur son île de Lewis. Il devient chef de la sécurité du domaine des Woolbridge. Sa première mission est de se débarrasser des braconniers. Le problème de Fin c’est que le premier braconnier qu’il doit arrêter est un ami d’enfance : Whistler. C’est en partant à sa recherche dans les montagnes de Lewis, que Fin tombe sur un avion abandonné. Ce dernier avait disparu dix sept ans plus tôt, l’assèchement d’un loch l’a remis au jour. Le pilote de l’avion, Roddy Mackenzie, était un ami de Whistler et Fin, un chanteur de rock celtique dont le groupe commençait à connaître la célébrité. La redécouverte de l’avion réserve une surprise de taille à Fin : Roddy n’est pas mort d’un accident mais il a été assassiné.

Retour sur l’île de Lewis pour la dernière fois où nous retrouvons Fin qui ne peut s’empêcher d’enquêter (je rappelle qu’il n’est plus policier depuis la fin du tome 1), son âme de flic est toujours en service. Il faut dire que les anciens amis de Fin se sont donné le mot pour se faire assassiner. C’est la grosse invraisemblance de la trilogie, tous les morts suspects de l’île de Lewis sont liés à la vie de Fin. Il vaut donc mieux éviter d’être ami avec lui pour garder la vie sauve ! Cette nouvelle aventure est de nouveau le prétexte à des retours sur l’histoire de Fin. Cette fois, nous sommes plongés dans la vie d’un groupe de rock : les coulisses, les jalousies, les rivalités, la reconnaissance et ses effets sur des amis d’enfance. L’intrigue est une nouvelle fois bien ficelée avec de lourds secrets et de nombreux rebondissements. Et le charme des paysages opère encore une fois. Les personnages évoluent dans une atmosphère tourmentée, humide, ombrageuse et peuplée de midges !

« Le braconnier du lac perdu » clôture bien cette série sur l’île de Lewis. L’intrigue et la construction m’ont plus emballée que celle de « L’homme de Lewis ». Les personnages attachants évoluent au fil des livres et je les quitte à regret. L’île de Lewis avec ses paysages tourmentés va me manquer !

Crime d’honneur de Elif Shafak

Des filles, des filles, rien que des filles. Dans le village de Mala Çar Bayan près de l’Euphrate, Naze espérait avoir enfin un fils. Mais elle accouche de jumelles : Jamila et Pembe. Une véritable malédiction pour cette famille très traditionnelle : encore deux filles qu’il faudra marier. Des deux sœurs, seule Pembe se marie. Jamila devient sage-femme aux fins fonds de la Turquie, aidant et guérissant ceux qui viennent la chercher. Pembe épouse Adem qui l’emmène à Istanbul. Iskender et Esma naissent dans la capitale turque, avant que leurs parents ne décident de s’installer à Londres. Un eldorado où la vie sera forcément plus douce et où Pembe met au monde un dernier enfant : Yunus. Mais le mirage londonien est de courte durée. Adem se perd dans les salles de jeu, Iskender dans la colère jusqu’au terrible drame qui le conduit en prison.

« Crime d’honneur » est une formidable saga familiale couvrant plusieurs générations (des années 50 au début des années 90) et plusieurs pays. Les chapitres alternent les époques, les points de vue et nous transportent des bords de l’Euphrate à ceux de la Tamise où la famille de Pembe est venue vivre. A travers la trajectoire de Pembe et des siens, Elif Shafak aborde de riches thématiques : le poids des traditions, du déracinement, la place des femmes, l’éducation. Les trois enfants de Pembe incarnent les différentes réactions des immigrés. Iskender, l’aîné et « sultan » de sa mère, est le plus perdu. Il n’arrive pas à trouver sa place à Londres, il se cherche et pense trouver des réponses dans le repli communautaire. Ce retour irréfléchi aux traditions l’amènera à commettre un crime d’honneur impensable et impardonnable. Yunus, le cadet, est né à Londres et la question de l’intégration ne se pose pas pour lui. Ses souvenirs sont ancrés dans les rues et les squats londoniens. Esma est entre les deux mondes. Jeune femme moderne, elle n’a pas pour autant oublié ses racines turques : « Istanbul … Dans les circonvolutions de ma mémoire, le nom de la ville se distingue des centaines de mots que j’ai rangés tout au fond, au fil de ma vie. Je le pose sur ma langue, je le déguste lentement, avec envie, tel un bonbon. Si Londres était un bonbon, ce serait un caramel – riche, intense et traditionnel. Istanbul, par contre, serait un morceau de réglisse à la cerise – un mélange de saveurs opposées, capable de transformer l’aigreur en sucre, la douceur en amertume. » Les femmes de la génération précédente n’auront pas la chance de profiter de la libération de la femme. Pembe et sa sœur Jamila sont les deux sacrifiées, leurs vies gâchées et gaspillées par l’impossibilité d’échapper à la tradition.

« Crime d’honneur » est l’histoire déchirante de deux sœurs, de leur famille cherchant désespérément la liberté, le bonheur et qui ne trouve que la violence et la peur.

I love London logo

L’homme de Lewis de Peter May

Sur l’île de Lewis, un cadavre a été découvert, celui d’un jeune homme mort cinquante ans plus tôt. La tourbe l’a momifié, ce qui permet au médecin légiste de déterminer qu’il s’agit d’un meurtre. « A présent, le cadavre gisait ouvert, comme une carcasse que l’on aurait décrochée d’un crochet de boucherie. Les organes internes avaient été enlevés et découpés en tranches. C’était le corps d’un jeune homme fort, en pleine santé. Ils n’y trouvèrent rien qui puisse les détourner de l’idée que sa mort avait été provoquée par un meurtre bestial. Un meurtre perpétré par quelqu’un qui avait des chances d’être encore vivant. » L’analyse ADN établit un lien entre le mort et Tormod Macdonald, le père de Marsaili, amie d’enfance de Fin MacLeod. Ce dernier a abandonné son métier de policier et est de retour sur Lewis pour retaper l’ancienne blackhouse de ses parents. Cherchant à aider Marsaili, Fin se met à enquêter sur le meurtre. Et ce n’est pas Tormod, plongé dans les brumes d’Alzheimer, qui va pouvoir l’aider.

Peter May orchestre avec brio cette nouvelle enquête sur l’île de Lewis. C’est un plaisir de retrouver les personnages de « L’île des chasseurs d’oiseaux » et surtout le complexe Fin qui oscille toujours entre son passé et son avenir. Son enquête l’entrainera cette fois à fouiller le passé de quelqu’un d’autre. Les chapitres alternent entre l’enquête proprement dite et les souvenirs de Tormod qui affluent dans sa tête. Cette construction est très semblable au précédent roman. Peter May intercalait les souvenirs d’enfance de Fin et son intrigue policière. Il est dommage, voire un peu facile, d’utiliser exactement le même procédé. Mais je n’en tiens pas rigueur à l’auteur qui est un narrateur hors-pair. L’intrigue monte en puissance et accroche le lecteur jusqu’à la dernière page. Elle est également bien documentée et nous fait découvrir le terrible sort qui attendait les orphelins catholiques soixante ans auparavant. Envoyés sur les îles Hébrides, ils servaient d’ouvriers, de main-d’œuvre aux habitants et étaient corvéables à merci.

« Les habitations escaladaient la colline par grappes dispersées sur Five Penny et Eoropaidh, orientées vers le sud-ouest pour braver les vents dominants au printemps et en été, et tassées le long de la corniche, tournant le dos aux rafales glaciales de l’hiver en provenance de l’Arctique. Tout au long de la côte déchiquetée, la mer écumait et grondait, une armada infatigable de chevaux blancs dépourvus de cavaliers qui venaient s’abattre sur la pierre sombre et imperturbable des  falaises. »  De nouveau, les paysages sauvages de l’île de Lewis sont à l’unisson des destins tourmentés des personnages. Les descriptions de Peter May sont grandioses et nous plongent totalement dans cette île rude mais magnifique.

Malgré les fortes similitudes avec « L’île des chasseurs d’oiseaux », l’intrigue de « L’homme de Lewis » est excellente et particulièrement glaçante. Il ne me reste plus qu’à découvrir le dernier volume de la trilogie de Peter May sur l’île de Lewis, « Le braconnier du lac perdu ».

Yellow birds de Kevin Powers

John Bartle s’est engagé dans l’armée pour fuir Richmond en Virginie. A 21 ans, il se retrouve à Al Tafar en Irak pour libérer la ville. Lors du camp d’entraînement, il fait la connaissance de Daniel Murphy. Avant le départ en Irak, les soldats ont droit à une soirée avec leurs familles. C’est là que Bartle promet à la mère de Murph qu’il prendra soin de lui et le ramènera sain et sauf. Très rapidement, on comprend que cette promesse ne pourra être tenue. Bartle reviendra aux Etats-Unis sans Murph at sa mort va le ronger nuit et jour.

« La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L’herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s’adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s’étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l’épuisement, elle gardait nos yeux blancs ouverts dans l’obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations, donnait naissance, et se propageait par le feu. « 

Le début de « Yellow birds » m’a vraiment frappé à plusieurs titres. Tout d’abord, j’ai compris que je tenais là l’œuvre d’un grand écrivain. Pour son premier roman, Kevin Powers fait preuve d’une exceptionnelle maîtrise narrative et stylistique. Avec une écriture sobre et poétique, il alterne les chapitres sur la guerre et ceux sur le retour de Bartle aux États-Unis. Un va-et-vient parfaitement fluide qui ne se contente pas de raconter mais qui crée un certain suspens puisque nous devons attendre la fin du livre pour connaître les circonstances de la mort de Murph. Ce qui permet également de mieux comprendre l’impossibilité du retour à la vie quotidienne pour Bartle.

La deuxième chose qui frappe dans ce début de roman, c’est la manière dont le narrateur parle de la guerre. Il la personnifie totalement, c’est une entité vivant en dehors et au-delà des hommes. Bartle et Murph l’apprivoisent, la recherchent, la défient et finissent par la détester. Tous deux sont venus là pour grandir, devenir des hommes et fuir leurs campagnes ennuyeuses. Mais Bartle comprend rapidement qu’il a fait une erreur en s’engageant. La guerre est absurde, la ville d’Al Tafar est reprise pour la septième fois ! La guerre se nourrit d’elle-même, les hommes ne sont là que pour l’empêcher de s’éteindre. La violence, la destruction, la mort deviennent le quotidien de ces deux jeunes hommes. D’ailleurs, le pire n’est peut-être pas le champ de bataille, c’est le retour au pays. Comment rentrer après avoir vu ce que l’on a vu ? Comment vivre après ce que l’on a fait ? Non seulement Bartle culpabilise de revenir sans Murph, mais il ne supporte pas qu’on le traite en héros. Tuer des hommes, des femmes, des enfants, c’est faire preuve d’héroïsme ? C’est inacceptable pour Bartle qui ne sait plus comment vivre. Ce pays dont il rêvait en Irak, ne peut comprendre son dégoût, sa douleur profonde. La guerre ne quitte pas John Bartle, elle le dévore de l’intérieur.

« Yellow birds » est un roman admirable sur une âme en souffrance, une promesse non tenue et l’absurdité des combats. Kevin Powers est d’une grande justesse aussi bien dans les scènes de guerre que dans l’émotion des différents personnages. Pas étonnant que cette oeuvre puissante et émouvante ait été finaliste du Booker Prize.

L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May

Sur l’île de Lewis, au nord de l’Écosse, un cadavre est découvert dans un hangar à bateau. Ange Macritchie a été assassiné selon le même modus operandi qu’un autre homme retrouvé à Édimbourg. C’est pourquoi la police de Lewis fait appel à Fin Macleod qui a enquêté sur le premier meurtre. Ce n’est pas seulement à cause de cela que Fin est concerné par la mort d’Ange, il le connaissait parfaitement bien. Fin Macleod est natif de Lewis. Il a quitté l’île depuis dix-huit ans sans jamais y retourner. Il hésite d’ailleurs à reprendre l’enquête. Mais Fin vient de perdre son fils unique, n’est-il pas temps de renouer avec ses racines ? « Retourner là où, autrefois, la vie avait été simple. Retrouver son enfance, ses origines. Qu’il était soudain facile d’ignorer le fait qu’il avait passé l’essentiel de sa vie d’adulte à éviter ce moment. Facile d’oublier qu’adolescent, rien ne lui semblait plus important que de quitter l’île.  » Les souvenirs de Fin, ses anciens camarades vont être au cœur de cette enquête.

Peter May, habitué aux polars, écrit cette fois une intrigue éloignée des enquêtes traditionnelles. Les chapitres alternent entre le travail des inspecteurs et les souvenirs de Fin. Et c’est la vie de Fin qui prend le pas sur l’intrigue policière. Le coupable se devine assez vite mais ce n’est pas cela qui nous intéresse le plus. C’est l’enfance de Fin, ses relations avec son ami Artair et la jolie Marsaili, la dureté de la vie sur l’île de Lewis qui font le sel de ce roman captivant. Peter May nous décrit une île où des mœurs ancestrales ont toujours court. Enfant, Fin devait respecter le sabbat chrétien, toute activité était proscrite à part celle de s’ennuyer à la messe. Lorsqu’il commença l’école, Fin ne parlait pas un mot d’anglais, il ne connaissait que le gaélique. Et puis il y a l’An Sgeir. Ce rocher inhospitalier où les hommes partent chaque année pour tuer des gugas (des fous de Bassan). Les deux semaines passées sur l’An Sgeir sont vécues comme un passage à l’âge adulte, comme un rite. Fin aura droit à son voyage sur le rocher. Le long chapitre consacré à cet épisode est particulièrement réussi, prenant et marquant. L’hostilité des paysages durcit le cœur des hommes.

Peter May parle d’ailleurs magnifiquement de cette île dominée par la lande et la tourbe. « C’était un paysage maussade, mais qu’un simple rayon de soleil pouvait transfigurer. Fin connaissait bien la route. Il l’avait empruntée en toute saison et n’avait jamais cessé d’être émerveillé de voir à quel point ces hectares ininterrompus de tourbe sans caractère pouvaient changer au fil des mois, en une journée, voire en une minute. La couleur de paille sèche de l’hiver, les tapis de minuscules fleurs blanches au printemps, les mauves saisissants de l’été. A leur droite, le ciel avait noirci et il pleuvait certainement sur l’arrière-pays. A gauche, par contre, le ciel était presque clair et le soleil d’été inondait la campagne. Ils pouvaient apercevoir au loin la silhouette des montagnes de Harris. Fin avait oublié à quel point le ciel d’ici était immense. »

Une enquête atypique, des personnages touchants, des paysages d’une beauté à couper le souffle, j’ai hâte de retourner sur l’île de Lewis en compagnie de Fin dans le deuxième volet de cette trilogie.


Un point sur le mois anglais

Keep calm and read

Un petit bilan de notre mois anglais qui a attiré les foules pour notre plus grand bonheur ! Votre enthousiasme nous ravit. Je sens que le mois de juin va être riche en billets anglais !

Les lectures communes sont également de plus en plus nombreuses et je souhaitais mettre la liste à jour pour tous ceux qui ne suivraient pas le groupe facebook :

1er juin : « Expiation » de Ian McEwan, lecture du blogoclub ouverte à tous/ « Emma » de Jane Austen pour George, EstelleCalim et Noveleen

3 juin : « Ma cousine Phyllis » de Elizabeth Gaskell pour Virgule et « Cranford » pour Rachel et Chroniques littéraires

-4 juin : « Human remains » de Elizabeth Haynes pour Enna, Valérie et Mrs B

5 juin : « Les forestiers » de Thomas Hardy pour Lou, Cléanthe et Virgule

-6 juin : « The unlikely pilgrimage of Harold Fry de Rachel Joyce pour Mrs B et Enna

8 juin : « Dark island » de Vita Sackville-West pour Eliza, Shelbylee, George, Adalana et moi-même

9 juin : Un livre de Jonathan Coe au choix pour Noctenbule, Enna, Denis, Sylire et Val

-11 juin : « Meurtres au manoir » de Willa Marsh pour Noctenbule, Chroniques littéraires et moi-même

-12 juin : « Boys don’t cry de Malorie Blackman pour Enna et mrs B

-13 juin : « Une autre histoire de Londres » de Boris Johnson pour Maggie, Miss Léo et moi-même

-14 juin : Un livre au choix de Kate Atkinson pour Mrs B, Enna et Fanny

15 juin : « Les vagues » de Virginia Woolf pour Eliza, Natiora, Chroniques Littéraires et moi-même

-16 juin : Sherlock Holmes sous toutes ses formes pour Karine:), Lydia, Yueyin, Kélig , Belette et Valou

-17 juin : Un livre au choix de Susan Fletcher pour Laure, Mrs Frenchbooklover, Cryssilda et Sylire

18 juin : « Une place à prendre » de JK Rowling pour Mrs B,Novelenn, Droopyvert et Karine:)

20 juin : Un livre d’Agatha Christie au choix pour Enna, Lydia, Karine:), George, Touloulou, Emma, Noctenbule, Valou, Chinchilla, Lilousoleil, Mrs B, Lisou, Coralie, Lilas, Soie, Chroniques Littéraires et beaucoup d’autres / -Une pièce de Shakespeare au choix pour Cryssilda, Lydia, Mrs Figg, Noctenbule, Droopyvert, Valou, Miss Léo et Shelbylee

-22 juin : Un livre au choix  de EM Forster pour Chinchilla, Karine:),  Yueyin, Lou et Shelbylee

24 juin : « Pierre de lune » De Wilkie Collins pour Val, Natiora, Denis, Laure, Rachel, Choupynette, Laure et Jainaxf et Droopyvert lira « Mari et femme »

-25 juin :  « Drôle de temps pour un mariage » de Julia Stratchey pour Laure, George, Fanny et Eliza / « So shocking » d’Alan Bennett pour Maggie, Miss Léo et moi-même

-26 juin : Un livre de Mary Wesley au choix pour George, Denis et Karine:)

27 juin : -« L’affaire de Road Hill House » de Kate Summerscale pour Lou, Miss Léo, Lisou, Valou, Adalana, Syl, Claudia-Lucia et moi-même / Un livre au choix de Daphné du Maurier pour Laure, Heide, Soie et Bentos du Jardin

-28 juin : Un livre au choix de Pratchett pour Jainaxf, Karine:) et Lydia

-29 juin : Un livre au choix de Charles Dickens pour Shelbylee, Mrs Figg, Novelenn et Hilde

-30 juin : Raison et sentiment de Jane Austen pour Coralie et Lou / « Virginia Woolf » de Viviane Forrester pour Laure, Heide, Denis et Philisine/ « Miss Mackenzie » de Trollope pour Lilly, Romanza et Lou

Dates à définir pour les LC suivantes :

-Un livre de Barbara Pym au choix pour Lou, Chinchilla et moi-même

-« La vie privée de Mr Sim » de Jonathan Coe pour Sylire, Noctenbule et Denis

-Mariage impossible de Anne Perry pour Syl, Shelbylee, Adalana et Claire

Proposition de LC :

-Un livre au choix de Daphné du Maurier pour Heide

Vous pouvez vous inscrire à l’une de ces lectures ou nous en proposez de nouvelles.

La liste des participants (j’espère que je n’oublie personne, n’hésitez pas à me signaler mes oublis !) :

Vivement le mois de juin et merci à tous ceux qui ont fait un billet pour parler de ce challenge !

My kingdom

La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

lettre écarlate

A Boston, en 1850, Hester Prynne attend en prison le moment  de l’humiliation publique. Elle va être exposée au pilori pendant plusieurs heures. Sa faute : être une femme adultérine et d’avoir eu un enfant de cette liaison. En plus de son exposition publique, elle devra porter à vie un A rouge sur son corsage pour que tout le monde sache ce qu’elle a fait. Hester a cependant échappé à la peine de mort qui est la sentence habituelle pour ce crime. Elle a des circonstances atténuantes. Vivant en Allemagne, c’est son mari qui voulut venir aux États-Unis. Il envoya d’abord sa femme et devait la rejoindre. Mais après plusieurs années à Boston, Hester est toujours seule et tout le monde suppose que son époux a péri en mer. Sa tentation en est plus compréhensible. Hester ne devrait pas être seule sur le pilori mais elle refuse de révéler le nom de son amant, de le déshonorer. Elle affronte, avec son bébé dans les bras, les huées de la foule, les regards méprisants avec dignité. Mais dans les personnes présentes, elle reconnait une silhouette, celle d’un homme âgé et voûté, celle de son mari.

« La lettre écarlate » est un des tous premiers romans de la littérature américaine, une œuvre fondatrice absolument remarquable. Après un prologue (un peu long) où Hawthorne nous parle de son amour pour sa ville de Salem, l’intrigue s’ouvre directement sur la très forte scène du pilori. Tout est déjà en place, tout se noue lors de l’humiliation publique d’Hester. Car elle n’est pas seulement sous le regard de son mari, son amant est également là parmi les notables de la ville. Il s’agit en effet du révérend Dimesdale, respecté de tous pour sa haute moralité. Le roman va ensuite être basé sur la psychologie, les affres intérieurs des trois personnages. Hester s’acharne à porter sa lettre d’infamie, reste à Boston alors que rien ne lui interdirait de partir : « La torture que lui infligerait sa honte quotidienne laverait peut-être à la fin  son âme et en remplacerait la pureté perdue par une autre approchant de celle d’une sainte puisqu’elle serait le résultat d’un martyre.  » Hester se fond parfaitement dans le puritanisme excessif de Boston. A force d’abnégation, d’humilité, de charité, elle change le regard des autres. Contrairement à ce que laisse augurer l’ouverture du roman, Hester n’est pas celle qui souffre le plus. Le mari excuse la faiblesse de sa femme. C’est un penseur, un philosophe. Mais il est quand même pris au piège de la jalousie et de la curiosité. Il veut savoir qui est l’amant d’Hester et le découvre rapidement. Il devient le médecin du révérend, dès lors une relation extrêmement perverse se développe entre les deux. Le révérend Dimmesdale est rongé par la culpabilité, par sa faute. Il attend la mort et  le jugement de Dieu. Mais le médecin lui refuse, il fait tout pour le garder en vie et finalement le torture en le sauvant à tout prix. Cette relation entre les deux hommes est absolument incroyable, c’est une idée romanesque brillante. L’étude psychologique de chaque personnage est très poussée, même celle de Pearl, l’étrange fille d’Hester.

« La lettre écarlate » est un formidable roman psychologique et aussi un témoignage sur les commencements si puritains des États-Unis.

Une lecture commune avec Noctenbule.

Challenge Myself