Loving Franck de Nancy Horan

« Loving Franck » est le premier roman de Nancy Horan et il a obtenu (et mérité) le prix Fenimore Cooper de la meilleure fiction historique. L’auteur nous raconte la rencontre passionnée de Mamah Borthwick Cheney (1869-1914) et du célèbre architecte Franck Lloyd Wright (1867-1959).

Mamah connut une enfance choyée, elle fit des études à l’université ce qui lui permit de devenir professeur puis bibliothécaire. Elle devint militante des droits des femmes, notamment pour le droit de vote, et participa à de nombreuses réunions féministes. Malgré sa volonté d’indépendance, Mamah finit par céder aux avances de Edwin Cheney. Elle l’épousa et eut avec lui deux enfants : John  et Martha. En 1903, Edwin demanda à Franck Lloyd Wright de leur construire une maison, laissant le soin à Mamah de régler les détails avec l’architecte. Cette rencontre fut un coup de foudre pour tous les deux. « Pourtant, pendant les travaux, partis d’un simple détail architectural, leurs échanges s’étaient maintes fois transformés en longues discussions. Aujourd’hui, Mamah gardait un souvenir enchanteur de ces six mois de collaboration. Franck Lloyd Wright avait stimulé son esprit comme personne. » L’architecte est lui-même marié et a sept enfants avec sa femme Catherine. Mais l’amour est plus fort que tout et en 1909 Mamah et Franck quittèrent leurs familles, ils s’exilèrent en Europe en espérant ainsi faire taire les commérages. Mais la lutte pour leur vie commune n’en était qu’à ses prémices.

L’histoire racontée dans « Loving Franck » est celle de deux fortes personnalités, de deux précurseurs. Franck Lloyd Wright voulait inventer une architecture typiquement américaine. Il allait à l’encontre du classicisme ambiant. Son architecture était organique, ses maisons devaient être en accord avec la nature et avec le mode de vie de ses habitants. Tout dans la maison contribuait à l’effet voulu par l’architecte, le décor ne devait pas défigurer l’ensemble. Lorsque Mamah et lui décidèrent de vivre ensemble, Franck construisit, dans la vallée de ses ancêtres dans le Wisconsin, une maison représentant la quintessence de son art, appelée Taliesin.  « Elle l’avait souvent entendu dire que la réalité d’un bâtiment réside dans sa dimension intérieure. Votre façon de vivre et votre devenir. Ici, à Taliesin, il n’avait pas envie d’encombrer l’espace d’objets qui n’élèveraient pas leurs âmes. Mamah non plus. » Et ce quitte à se ruiner, Franck place son besoin de beauté au-dessus de toutes considérations matérielles. Sa liaison avec Mamah (car Catherine refusait obstinément de divorcer) lui causa certes des torts dans l’obtention de contrats mais les problèmes financiers du couple provenaient surtout des dépenses faramineuse de Franck. La légèreté de celui-ci et ses mensonges à propos de l’argent compliquèrent grandement la vie du couple. Il faut également souligner l’incroyable opiniâtreté de Franck Lloyd Wright. Par deux fois, Taliesin fut détruite par le feu, à chaque fois l’architecte reconstruisit sa maison.

Face à ce génie, le destin de Mamah Bothwick Cheney est également remarquable. Fervente défenseure du droit des femmes, Mamah était en avance sur son temps. Etre une femme au foyer, avoir des enfants ne lui suffisaient pas. « Car d’aussi loin qu’il lui en souvint, Mamah avait toujours ressenti un manque sans pourtant arriver à le préciser. Elle avait meublé ce vide avec toute sortes de choses – livres, réunions de l’association, militantisme pour le droit de vote, cours – mais rien ne l’avait comblée. » Ce manque c’est l’accomplissement de soi, la réalisation de quelque chose de personnel. Mamah fit preuve d’un courage exemplaire en quittant son mari, en abandonnant ses enfants qu’elle adorait. Elle refusait d’être hypocrite avec sa famille mais l’amour de Franck ne suffisait pas à combler le manque. Elle cherche sa voix à travers celles de Charlotte Perkins Gillman (dont j’ai parlé ici à travers son roman « La sequestrée ») et surtout de la philosophe suédoise Ellen Key. Elle décida de traduire l’oeuvre de cette dernière afin que ses idées se diffusent aux Etats-Unis et que les femmes conquièrent leur indépendance. Le livre de Nancy Horan rend un vibrant hommage à cette femme qui affronta la diffamation, l’humiliation publique pour affirmer ses convictions. La vie de Mamah Borthwick se termina par un terrible drame au moment où sa vie semblait enfin apaisée, l’empathie du lecteur n’en est que renforcée.

Le livre dense, précis de Nancy Horan nous rappelle que le combat des femmes pour l’indépendance fut long et douloureux. Nous devons aujourd’hui nous remémorer le courage de certaines d’entre elles qui, par leurs choix de vies, firent avancer les choses. Mamah Borthwick était l’une d’entre elles, son incroyable destin méritait bien un livre et celui-ci est particulièrement réussi.

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Orlando de Virginia Woolf

« Orlando » de Virginia Woolf est un roman surprenant. L’intrigue débute au XVIème siècle. Orlando est alors un adolescent, aristocrate qui bénéficie des largesses de la reine Elizabeth. « Car le vieille femme aimait Orlando, et la Reine qui savait reconnaître un homme quand elle en voyait un (…) rêva pour lui d’une splendide carrière. Elle lui donna des terres, elle le dota de maisons. » Lors du grand gel qui s’abattit sur l’Angleterre durant le règne de Jacques Ier, Orlando tomba éperdument amoureux d’une princesse russe : Sacha. Celle-ci trahit Orlando qui, éperdu de douleur, décide de fuir la gente féminine. C’est pour cette raison que,  deux siècles plus tard, Orlando demande au roi Charles de le nommer ambassadeur à Constantinople. C’est dans cette ville qu’Orlando se réveille en femme après une longue léthargie. Elle retourne alors en Angleterre au moment où s’éveille le XIXème siècle : « Tandis que frappaient les 9ème, 10ème et 11ème coups, une ombre énorme croula et couvrit Londres. Et quand le 12ème coup de minuit sonna, la nuit était complète. Un noir déluge tumultueux avait noyé la ville. Tout n’était que ténèbres, que doute, que chaos. Le XVIIIème siècle avait vécu, le XIXème venait de naître. » Orlando commence alors à apprivoiser sa nouvelle identité.

Comme mon résumé vous l’aura montré, « Orlando » est une fable, un conte où le personnage traverse les époques et se métamorphose. Le personnage reste néanmoins le même, Orlando reste passionné(e) par la nature et la littérature. Depuis son plus jeune âge, le personnage admire les écrivains et rêve d’en devenir un. Ce personnage ambigu sexuellement et qui deviendra une femme de lettres, permet à Virginia Woolf de rendre hommage à sa très chère amie Vita Sackville-West. Certains éléments de sa biographie sont reconnaissables : la reine Elizabeth avait donné le château de Knole aux Sackville-West au XVIème siècle, l’amour d’Orlando pour Sacha évoque l’histoire de Vita et de son amie d’enfance Violet Trefusis, Orlando est ambassadeur à Constantinople tout comme le mari de Vita. Ouvertement bisexuelle, Vita put, comme Orlando, profiter des avantages des deux sexes : « (…) il est certain qu’elle récolta ainsi double moisson ; les plaisirs de la vie furent accrus pour elle, et ses expériences multipliées. Elle échangeait contre la rigueur des pantalons la séduction des jupons, et connaissait la joie d’être aimée des deux sexes également. » La liberté de Vita fascinait Virginia Woolf. « Orlando » lui permet d’expérimenter la multiplication des identités, des réalités et des possibilités. Néanmoins cette allégorie des différents « moi » se teinte de mélancolie, le « moi » profond d’Orlando reste insaisissable.

Durant tout le roman, Orlando est traversé(e) de moments mélancoliques. Le personnage pense souvent à la brièveté de la vie, il est méditatif, replié sur soi. Même la littérature qu’il vénère n’est pas une source de plaisir. Orlando est en mal de littérature, en mal d’écrire. Le roman se conclut sur un ton totalement mélancolique. On est alors en 1928 et le monde a beaucoup changé. Orlando vit toujours dans le même château où rien n’a été modifié. Mais les objets semblent lui échapper, elle se sent repoussée par les pièces du château. Tout se rattache au passé, les souvenirs affleurent sans cesse, Orlando ne vit plus dans le temps présent. Cette part du personnage est très proche du caractère de Virginia Woolf qui a mis en valeur dans son oeuvre l’éphémère de nos sensations, de nos vies.

« Orlando » parle donc des sujets de prédilection de Virginia Woolf : la brièveté de nos vies, la difficulté de créer et le questionnement sur l’identité. « (…)la plus longue lettre d’amour de l’histoire« , comme le fils de Vita définissait « Orlando », est un roman certes complexe mais il est surtout d’une poésie folle.

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Lou, DeL.

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Une belle canaille de W. Wilkie Collins

Francis Softly est la belle canaille du roman de Wilkie Collins. Sa mère est issue d’une noble lignée, tandis que son père est un honorable médecin. Il tente d’ailleurs de faire embrasser cette carrière à son fils qui n’éprouve qu’un profond ennui à cette idée. Pour s’occuper et gagner de l’argent, Francis dessine des caricatures de l’aristocratie rencontrée dans les salons de sa grand-mère. Malheureusement, son père le découvre et le jette à la porte. Notre ami étant plein de ressources, il s’essaie à la carrière de portraitiste qui ne rapporte pas assez. « Cela eût suffi à décourager des personnes mieux intentionnées et pourvues d’un caractère moins bien trempé ; mais votre franche canaille est dotée d’un tempérament élastique, non aisément comprimable sous la pression du désastre quelle qu’elle soit. » Francis se trouve donc une nouvelle activité : la copie d’oeuvres de grands maîtres. Mais les aventures de Francis ne font que commencer…

Ce roman réjouissant de Wilkie Collins fut écrit à Paris en 1856. Il fut ensuite publié en feuilleton dans Household Words, le journal de Charles Dickens. Wilkie Collins rencontra l’auteur d’« Oliver Twist » en 1851 et tous deux devinrent amis et collaborateurs. Dickens emmena son jeune ami en villégiature à travers l’Europe et ils se retrouvèrent à Paris en février 1856. Dickens exigeait beaucoup de travail de Wilkie Collins qui devait écrire en cachette ses oeuvres. L’amitié du grand écrivain était probablement teintée de jalousie et il étouffait quelque peu la créativité de son cadet. Il n’en publia pas moins « A Rogue’s life » dans son hebdomadaire mais il essaya de modifier la fin de l’histoire qui manquait singulièrement de morale. Fort heureusement Wilkie ne changea rien à son texte.

Ce qui m’a tant plu chez Francis Softly est justement ce que Dickens lui reprochait : son manque de morale. C’est un personnage frivole, désinvolte et bourré d’humour. Le ton du roman est très surprenant lorsque l’on a abordé l’oeuvre de Wilkie Collins par « La dame en blanc » et « Pierre de lune« . L’auteur est connu essentiellement pour ses romans à suspense, ses intrigues mystérieuses. Ici on ne trouve rien de tout cela, il s’agit uniquement du portrait d’une belle canaille qui se joue de tous les obstacles, de toutes les mésaventures avec panache et amusement. Ce Wilkie Collins est extrêmement jouissif, quelle légèreté dans le ton, quel plaisir de lecture ! Le rythme du roman est une grande réussite. Les aventures de Francis Softly sont pleines de rebondissements : jeté à la porte par son père, il devient portraitiste, faussaire, secrétaire d’une institution culturelle et faux-monnayeur par amour ! « Existence passablement changeante que la mienne, n’est-il pas? (…) Shakespeare devait penser prophétiquement à moi lorsqu’il évoquait « tel homme jouant maints rôles en son temps ». Quel personnage j’aurais composé pour lui, si seulement il avait encore été de ce monde ! » Le récit de la vie de Francis Softly est entraînant et se lit d’une traite. Le roman est court, contrairement aux oeuvres victoriennes qui étaient en général conséquentes (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle « Une belle canaille » n’a été publiée en volume qu’en 1879). Les aventures se succèdent de manière enlevée, dynamique et on ne s’ennuie à aucun moment.

Le personnage de Francis Softly est terriblement plaisant, sa drôlerie et son irrévérence m’ont conquises. Wilkie Collins semble s’être follement amusé à nous raconter cette histoire et c’est contagieux. Je dois cette lecture à Cryssilda, fan numéro 1 de Wilkie, car malheureusement « Une belle canaille » n’est plus rééditée. C’est fort dommage car cette oeuvre mérite d’être largement diffusée.

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Nos amis les marque-pages

Pickwick a lancé un jeu concours sur les marque-pages, il faut tout simplement mettre en ligne une photo de nos marque-pages favoris. Je n’ai pu y résister puisque j’adoooooore ces petits objets. Ce petit jeu m’a d’ailleurs donné l’occasion de compter les miens…j’en possède à ce jour 91 ! Je vous présente donc un florilège :
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La ligne du haut est assez caractéristique de mes marque-pages puisque j’en ramène systématiquement lorsque je vais dans un musée ou une expo : le premier est un détail de « St Georges terrassant le dragon » de Paolo Uccello et j’aime beaucoup sa forme, le 2ème est un détail d’un de mes tableaux préférés « L’élégante » de Vuillard, le 3ème représente des nympheas de Monet dont jamais je ne me lasserai, le 4ème provient de l’expo Tiffany du musée du Luxembourg et ils ont eu la bonne idée de réaliser des marque-pages transparents pour rendre le travail du verre de l’artiste et le dernier est un marque-page qui vient de la Villa Emo réalisé par Palladio en Vénétie et dont les fresques ont été réalisée par Véronèse.

La seconde ligne est 100% anglaise puisqu’elle est constituée de deux marque-pages provenant du Jane Austen Centre(ils viennent de rejoindre ma collection) et le dernier a été réalisé par DViolante qui l’avait acheté à l’abbaye de Westminster. 

Ces marque-pages illustrent bien mes passions pour l’art et pour la littérature anglaise. Si vous voulez nous montrer vos marque-pages, vous avez jusqu’au 2 avril pour participer au jeu-concours de Pickwick.

Bonne plock à tous !!!

Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon

J’ai découvert Mary Elizabeth Braddon avec « Sur les traces du serpent » réédité par Phébus et grâce au challenge de Lou j’ai lu son roman le plus connu « Le secret de Lady Audley ».

Sir Michael Audley est veuf et est propriétaire d’un grand domaine dans le comté d’Essex. Ayant été séduit par la nouvelle institutrice, Sir Michael décide d’organiser une soirée afin de faire plus ample plus connaissance avec cette jeune personne. « Cette délicieuse soirée décida du sort de Sir Michael. Il fut fasciné par ces yeux bleus si doux et si touchants, la gracieuse élégance de ce cou svelte et de cette tête inclinée ornée de splendides boucles de cheveux aux reflets dorés et par la charmante voix qui résonnait comme une suave mélodie.  Tout son être dégageait une telle harmonie que chacun de ses attraits semblait avoir été formé l’un en fonction de l’autre. Tous ces charmes subjuguèrent tant le baron qu’il lui fut aussi impossible d’y résister que de se soustraire à sa destinée !  » Sir Michael épouse la très séduisante Lucy Graham et son bonheur semble complet jusqu’à l’arrivée de son neveu Robert Audley et de son ami George Talboys. Lady Audley agit alors de manière très étrange et George Talboys disparaît mystérieusement. Robert Audley n’aura de cesse de faire la lumière sur la disparition de son ami.

Je n’en dirai pas plus car il ne faut bien entendu pas trop déflorer l’intrigue conçue par Mary Elizabeth Braddon même si son roman n’est pas un whodunit classique. En effet, au bout d’environ 150 pages, le lecteur sait ce qui est arrivé à George Talboys mais surtout qui est à l’origine de sa disparition. Le suspense n’est donc pas dans la recherche du coupable, il est ailleurs. C’est l’enquête de Robert Audley qui va tenir le lecteur en haleine tout au long du roman. On a beau savoir très vite le nom du coupable, on ne connaît pas les raisons qui l’ont fait agir. Robert Audley va de plus affronter un être d’une grande perversité, d’une grande intelligence, prêt à tout pour que ses crimes restent impunis. Le lecteur est inquiet pour ce héros éminemment sympathique et désinvolte qu’est Robert Audley.

« Le secret de Lady Audley » a été publié en feuilleton en 1862 et la volonté de l’auteur de donner envie aux lecteurs de se précipiter sur le prochain épisode est visible. Cela se sent très fortement en fin de chapitre. Mary Elizabeth Braddon les termine par des révélations inattendues comme la mort de la femme de George Talboys qui revenait d’Australie pour la retrouver ; par des annonces de voyages qui permettront à Robert de découvrir de nouvelles pièces du puzzle ; par l’interpellation du lecteur : « Et pouvait-il maintenant sortir de l’enquête dans laquelle il se trouvait impliqué ? Pouvait-il s’arrêter ? Non, mille fois non. » Mais parfois Mary Elizabeth Braddon cherche trop à créer du suspense en lançant des pistes qui n’aboutiront jamais (je ne sais si c’est volontaire ou non). C’est le cas par exemple d’une lettre écrite à Robert Audley par sa cousine Alicia. L’auteur nous dit : »Si quelqu’un avait dit à ce moment au jeune avocat que la courte lettre de sa cousine devait être un jour l’un des maillons du terrible enchaînement de preuves nécessaires pour élucider le seul cas criminel  dont il aurait à s’occuper, Mr Robert Audley aurait peut-être haussé les sourcils de surprise. » En réalité, c’est le lecteur et non Robert qui hausse les sourcils car Mary Elizabeth Braddon ne nous reparle jamais de cette lettre !

Ce dernier détail ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman plein de rebondissements. J’y ai retrouvé une atmosphère très victorienne que j’apprécie tout particulièrement. Et j’ai trouvé très originale la forme de suspense créée par Mary Elizabeth Braddon : le lecteur sait dès le départ le nom du coupable et pourtant il ne peut lâcher ce livre de 470 pages !

 

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The ghost writer de Roman Polanski

Un « nègre » réputé dans le milieu littéraire (Ewan McGregor) est engagé par une maison d’édition pour rédiger les mémoires de l’ancien premier ministre britannique, Adam Lang (Pierce Brosnan). Celui-ci vit désormais sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, dans une maison moderne plantée sur les dunes au milieu de nulle part, sorte de cube aux larges baies vitrées, froid et impersonnel. Le « nègre » doit s’y rendre pour reprendre le manuscrit écrit par son prédécesseur, retrouvé noyé alors qu’il revenait d’une visite sur le continent.

D’emblée l’atmosphère est tendue dans l’équipe qui entoure Adam Lang, car celui-ci est soupçonné d’être impliqué dans des crimes de guerre en Irak perpétrés du temps de son mandat. Le « nègre » accomplit sa tâche sans passion, juste animé de sa conscience professionnelle. Tout prend une autre dimension lorsqu’il découvre scotchée sous un tiroir une enveloppe laissée là par son prédécesseur. Elle contient des photos et des documents sur le passé d’Adam Lang, révélant des faits que ce dernier a occultés ou falsifiés lors de leurs entretiens pour le livre. Déboussolé et poussé par la curiosité, il découvre également que la mort du « nègre » précédent tient plus du crime que de l’accident. Dès lors le suspense ne fera que s’accentuer jusqu’à la fin.

Les premières scènes du film mettent tout de suite dans l’ambiance : un ferry arrive à quai sur l’île (décidément… voir Shutter Island), les voitures sortent une à une mais l’une d’elles reste sur le ponton, sans conducteur ; le plan suivant montre de loin, sur une grande plage déserte, un corps échoué ballotté par les vagues. Tout est à l’avenant dans ce film, tout contribue à installer une aura de mystère et d’angoisse diffuse. Comme l’île au ciel plombé, ce paysage hivernal de landes battues par le vent et la pluie, le quai désert du ferry à la tombée de la nuit, l’hôtel dont le « nègre » est le seul client… Comme les personnages également, d’Adam Lang, homme de pouvoir sans pouvoir pris au piège de son passé, à l’inquiétant Paul Emmett (Tom Wilkinson), son ancien professeur à l’université et homme de main de la CIA, en passant par la cassante épouse d’Adam Lang, Ruth (Olivia Williams), femme d’influence et de caractère, opiniâtre et manipulatrice.

Ewan McGregor incarne à merveille un jeune type banal, habitué à un statut d’homme de l’ombre qui semble parfaitement lui convenir, mais qui décide pour une fois de ne plus s’en laisser conter et pour cela va mettre sa vie en jeu. Il est de toutes les scènes et le spectateur mène l’enquête avec lui, va de surprise en révélations, essaie d’échapper à ses poursuivants, risque sa peau avec lui. Jusqu’à cette géniale scène finale très – désolé pour ce qualificatif mille fois rebattu, mais je trouve pour le coup que la référence est évidente – hitchcockienne. Bref, Polanski a magistralement réalisé ce thriller politique à l’ambiance trouble, grâce à une mise en scène millimétrée et un grand sens du détail. Accrocheur.

St Patrick's day

Chers amis Leprechauns,

Le temps est venu de dévoiler nos jolis paquets reçus en l’honneur du saint patron de l’Irlande.

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Il n’y a pas que moi qui suis impatiente d’ouvrir tous ces cadeaux ! Et voici le résultat une fois ouverts :

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Ma chère swappée Virginie m’a envoyé :

-Le fantôme de Canterville de Oscar Wilde

-Les ombres sur la peau de Jennifer Johnston

-Tristan et Iseut de Béroul

-7 contes d’Irlande

-Un magnifique marque-page celte

-Un best-of de Divine Comedy qui est un groupe que j’aime beaucoup

-Du chocolat aux noisettes et des shortbreads pour les friandises, mon péché mignon…

-Et le clou du paquet : un coussin en forme de trèfle que Virginie a fait elle-même, bravo !

Tout est parfait dans ce colis, tout me convient parfaitement et mon canapé arbore fièrement mon très joli coussin trèfle ! Un grand merci à Virginie qui a su trouver tous ces beaux objets et à Cryssilda qui nous a organisé ce très sympathique swap.Vive l’Irlande ! Bonne St Patrick à tous !

J’ai pour ma part envoyé un paquet à ma très chère Lamousmé.

 

Coeur des ténèbres de Joseph Conrad

Un soir sur la Tamise, sur une yole en partance pour la haute mer, un marin, Charlie Marlow, raconte à ses camarades l’aventure qu’il a vécue autrefois : engagé comme capitaine d’un steamer par une société européenne faisant du commerce sur le fleuve Congo, on lui confia la mission d’aller chercher un agent de la compagnie, Kurtz, qu’on disait malade. Marlow  commence la remontée du fleuve Congo, expédition qui va le mener au cœur des ténèbres.

Les livres de Joseph Conrad sont de ceux qui ne se laissent pas facilement appréhender. De « Cœur des ténèbres » se dégage une atmosphère étrange. Au fil de sa remontée du fleuve, Marlow a l’impression de revenir aux âges primitifs de l’humanité, à l’époque des origines, quand régnait la barbarie. A mesure qu’il pénètre dans les profondeurs de la jungle, celle-ci se fait plus menaçante et oppressante : « Remonter le fleuve, c’était comme retourner aux premiers âges de la Terre, lorsque la végétation abondait et que régnaient les grands arbres. Un cours d’eau vide, un grand silence et partout une forêt impénétrable. L’air était chaud, épais, lourd et gluant, l’éclat du soleil, sans gaieté ». Une scène résume à elle seule cette sensation d’étouffement et de danger, lorsqu’un brouillard blanc épais s’abat sur le fleuve et qu’une clameur sauvage s’élève de la forêt environnante.

Mais la sauvagerie n’est pas que le fait des autochtones. Avides et rapaces, les colons Européens les exploitent sans merci et les traitent avec cruauté tout en prétendant faire œuvre de civilisation. Le personnage de Kurtz symbolise cette ambiguïté. Agent très efficace de la compagnie pour laquelle il collecte de l’ivoire, il a également été chargé par l’ « Association internationale pour la suppression des coutumes barbares » de rédiger un rapport. Or, au bout de son périple, Marlow découvre en Kurtz une sorte de chef de tribu sur laquelle il paraît exercer une grande fascination et qui commet des actes barbares en son honneur, peut-être même de par sa volonté. L’humaniste semble avoir sombré dans la folie du mal.

Le mérite de Conrad est de préserver jusqu’au bout le mystère qui entoure Kurtz. Il n’apparaît que dans le dernier quart du roman, alors qu’il n’est plus qu’un homme malade et délirant. Pourtant, il est déjà présent bien avant grâce aux informations que recueille Marlow sur son compte dès son arrivée en Afrique. Elles font toutes de lui un grand homme, voire un génie, promis à un brillant avenir. Avant même de le rencontrer, Marlow est déjà sous l’emprise de Kurtz, et ce qu’il découvrira de l’horrible réalité n’y changera rien.

Conrad signe là une œuvre envoûtante sur l’horreur du colonialisme et la fascination du mal, sur ces ténèbres nichées au cœur des hommes. Dans le but de rendre justice à la modernité de ce texte, les Editions des Equateurs ont voulu dépoussiérer les précédentes traductions de Heart of darkness (plus connu sous le titre de « Au cœur des ténèbres »). Par les exemples qu’elle donne dans la préface, il semble bien que la traductrice a réussi à rendre sa fluidité à la prose de Conrad, tout en préservant cette ambivalence et cet art de l’évocation qui la caractérisent. A noter pour finir que « Cœur des ténèbres » inspira le film de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now », transposé pendant la guerre du Vietnam, avec Marlon Brando dans le rôle de Kurtz. On y trouve comme dans le livre cette impression d’asphyxie, cette noirceur de l’âme. Le livre comme le film ne se laisseront pas facilement oublier.

Come and follow us !

logotexte.jpgLadies and gentlemen,

Dans la foulée du swap The Portrait of a Lady, Lou et moi vous proposons d’accompagner le swap de lectures tirées de la bibliographie (non exhaustive) préparée pour les valeureuses participantes. Pour ceux et celles qui le souhaitent, n’hésitez pas à découvrir quelques-uns de ces titres d’ici la fin du mois d’avril, en nous indiquant les liens vers vos billets dans les commentaires de ce message (ou de celui publié en parallèle par ma coéquipière de choc !). Pour le 1er avril, nous avions déjà prévu de lire Orlando de Virginia Woolf, mais toute publication woolfienne à cette date est également la bienvenue !

J’en profite pour remercier les participantes du swap qui, non contentes d’être adorables avec nous, font preuve d’un enthousiasme communicatif idéal pour coacher les deux victoriano-british-classic lovers que nous sommes !

Et voici la fameuse biblio :

Les écrivains :

AUSTEN Jane

-Orgueil et préjugés

-Raison et sentiments

-Emma

-Persuasion

-Northanger Abbey

-Lady Susan

-Mansfield Park

-Sanditon/Les Watson

-Lady Susan

-Juvenilia

BOWEN Elizabeth

-Les coeurs détruits

-La chaleur du jour

-Les petites filles

-Dernier automne

-Emmeline

-Eva Trout

-L’amant démoniaque

-L’adultère

-La maison à Paris

-Sept hivers à Dublin (autobiographie)

BRADDON Mary Elizabeth

-Sur les traces du serpent

-Le secret de Lady Audley

-L’héritage de Charlotte

-Aurora Floyd

-Lady Lisle

-La femme du docteur

-Le triomphe d’Eléanor

-Henry Dunbar

-Les oiseaux de proie

-L’héritage de Charlotte (suite du livre précédent)

BRONTE Anne

-La recluse de Widfell Hall

-Agnès Grey

BRONTE Charlotte

-Jane Eyre

-Le professeur

-Villette

-Shirley

BRONTE Emily

-Les Hauts de Hurlevent

BROUGHTON Rhoda

-Belinda (v.o)

-Good bye, sweetheart! (v.o)

-Nancy (v.o)

CHRISTIE Agatha

-Les aventures d’Hercule Poirot

-Les aventures de Miss Marple

-Les aventures de Tommy et Tuppence

et beaucoup d’autres !

COMPTON-BURNETT Ivy

-Une famille et une fortune

-Des hommes et des femmes

-Un héritage et son histoire

-Une famille et son chef

-Excellence de nos aînés

-Un Dieu et ses dons

-Deux mondes et leurs usages

-Frères et soeurs

CORELLI Marie

-A romance of the two tales (en v.o et en occasion)

-Barabbas (en v.o)

-Vendetta (v.o)

-Innocent, her fancy and his act (v.o)

-Ziska (v.o)

-Holy orders, the tragedy of a quiet life (v.o)

EDWARDS Amelia

-Une dame dans les Dolomites

-Monsieur Maurice

ELIOT George

-Middlemarch

-Le Moulin de la Floss

-Daniel Deronda

-Silas Marner

-Adam Bede (v.o)

-Felix Holt, the Radical (v.o)

-Romola (v.o)

GASKELL Elizabeth

-Nord et Sud

-Cranford

-Femmes et filles

-La vie de Charlotte Brontë

-Lady Ludlow

-Mary Barton  (v.o)

-Sylvia’s lovers  (v.o)

-Ruth  (v.o)

-Cousin Phillis (v.o)

-La sorcière de Salem (en occasion)

GOUDGE Elizabeth

-L’arche dans la tempête

-Le pays du dauphin vert

-La colline aux gentianes

-Les amants d’Oxford

-La cité des cloches (en occasion)

-La vallée qui chante

-L’appel du passé (en occasion)

-Le domaine enchanté (en occasion)

-Le secret de Moonacre

HAYS Mary

-Memoirs of Emma Courtney

HUNT Violet

-La nuit des saisons mortes

-South lodge (v.o)

-Prisonners of the tower of London (v.o)

-A hard woman (v.o)

-Lord Roberts (v.o)

-The flurried years (v.o)

LEE Vernon

-La voix maudite

-Les épées de l’effroi (en occasion)

LEHMANN Rosamund

-Poussière

-Une note de musique

-Un jour enseveli

-L’invitation à la valse (en occasion)

MAYOR Flora M.

-La troisième miss Symons

OLIPHANT Margaret

-Sheridan (v .o)

-The rector and the doctor’s family (v.o)

-Hester (v.o)

-Miss Marjoribanks (v.o)

-Old lady Mary (v.o)

PYM Barbara

-Lorsqu’un matin d’orage

-Un brin de verdure

-Une demoiselle comme il faut

-Secret très secret

-Moins que les anges (en occasion)

-Adam et Cassandra

-Une question purement académique (en occasion)

-Les ingratitudes de l’amour (en occasion)

-Crampton Hodnet

-Une corne d’abondance

-La douce colombe est morte

-Jane et prudence (en occasion)

RADCLIFFE Ann

-Les mystères d’Udolphe

-The Italians (v.o)

RHYS Jean

-Rive gauche

-Voyage dans les ténèbres

-Quai des Grands-Augustins

-Bonjour minuit

-La prisonnière des Sargasses

-L’oiseau moqueur et autres nouvelles

-Les tigres sont plus beaux à voir

SACKVILLE-WEST Vita

-Plus jamais d’invités !

-Toute passion abolie

-Paola

-Haute société

-Au temps du roi Edouard

-Portrait d’un mariage

-Séducteur en équateur

-Una aristocrate en Asie (récit de voyage)

-Histoire de famille (en occasion)

-Ceux des îles (en occasion)

-Les invités de Pâques (en occasion)

SHELLEY Mary

-Frankenstein

-Le dernier homme

-Maurice ou le cabanon du pêcheur

-Beatrice Cenci

-La jeune fille invisible

-Mathilda (v.o)

STRACHEY Julia

-Drôle de temps pour un mariage

TOWSEND WARNER Sylvia

-Une lubie de monsieur Fortune

-Laura Willowes

-Les royaumes des elfes

-Le c?ur pur

-Le diable déguisé en belette

VON ARNIM Elizabeth

-Vera

-Avril enchanté

-En caravane

-Love

-Mr Skeffington

-Christopher et Columbus

-L’été solitaire (en occasion)

WOOLF Virginia

-Mrs Dalloway

-Les vagues

-Orlando

-La promenade au phare

-Une chambre à soi

-Ce que je suis en réalité demeure inconnu

-La traversée des apparences

-Les années

-Trois guinées

-La fascination de l’étang

-La maison de Carlyle

-La scène londonienne

-L’art du roman

-Instants de vie

-De la maladie

-Comment lire un livre

-Journals

-Correspondance avec Lytton Stratchey

WOLLSTONECRAFT Mary

-A vindication of the rights of woman (v.o)

-Les fantômes des victoriennes

Les héroïnes

-Lorna Doone de Richard D. Blackmore

-Fanny Hill de John Cleland (érotique)

-La dame en blanc de W. Wilkie Collins

-L’hôtel hanté de W. Wilkie Collins

-Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

-Pauvre miss Finch de W. Wilkie Collins

– La Femme Rêvée de W. Wilkie Collins

-Moll Flanders, Daniel Defoe

-Little Dorrit de Charles Dickens

-Avec vue sur l’Arno de E.M. Forster

-Tess d’Uberville de Thomas Hardy

-Portrait de femme de Henry James

-Daisy Miller de Henry James

-La muse tragique de Henry James

-L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

-La fille perdue de D.H. Lawrence

-Carmilla de Sheridan Le Fanu

-La comédienne, Somerset Maugham

-La dame au linceul de Bram Stoker

-Esther Kahn, Arthur Symons

-Miss Mackenzie de Anthony Trollope

Shutter Island de Martin Scorsese

Le dernier film de Martin Scorsese partait déjà sous de bons auspices puisqu’il est adapté du diabolique « Shutter Island » de Denis Lehane dont Hollywood raffole. Le thriller américain à l’écriture très cinématographique donnait une solide base scénaristique au réalisateur.

Les marshalls Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et Chuck Aule (Marc Ruffalo) arrivent en bateau sur Shutter Island. Sur cette île se trouve un hôpital psychiatrique pour les malades les plus dangereux. Daniels et Aule viennent enquêter sur la disparition d’une des malades, Rachel Solando, qui s’est mystérieusement volatilisée. Les deux marshalls ne sont pas au bout de leurs surprises et l’atmosphère régnant sur l’île devient de plus en plus anxiogène.

Martin Scorcese a su parfaitement exploiter ce qui faisait la force du roman de Denis Lehane : la montée en puissance de l’angoisse. Pour ce faire, il utilise les codes des films gothiques. Le lieu est déjà par lui-même inquiétant : un hôpital psychiatrique, de surcroît sur un site isolé. A l’intérieur de l’hôpital, le bâtiment C attise l’intérêt du marshall Daniels, il est réservé aux grands malades et se trouve être un ancien fort. Ses hautes tours s’élèvent comme une menace et évoquent un château hanté. De plus une terrible tempête éclate. Les éclairs et le vent accentuent l’atmosphère sinistre. Cela permet également à Scorsese d’éclairer son film de manière expressionniste comme dans la scène où Daniels s’infiltre dans le fameux bâtiment C. Les lieux sont plongés dans l’ombre d’où jaillit le visage blafard du marshall. Dans cette scène l’escalier joue un rôle prépondérant et m’a évoqué celui de « La maison du diable » de Robert Wise. Les clins d’oeil au cinéma chez Scorsese sont toujours très multiples et je suis très loin de les avoir tous repérés ! Un dernier élément m’a paru important, la musique. Dans la scène d’ouverture, elle se fait de plus en plus forte et inquiétante à mesure que les marshalls approchent de l’île, nous signalant clairement que le lieu sera terrifiant. Mais la musique sait également se taire pour souligner la solitude et la peur de Teddy Daniels.

Ce personnage est le coeur du film et il se révèle rapidement ambigu. Avant de connaître son appartenance à la police, on le découvre totalement décomposé par le mal de mer et incapable de se dominer. Il est par la suite constamment terrassé par des maux de tête qui l’empêchent de mener son enquête. Face au calme olympien du Dr Cawley (Ben Kingsley), le marshall Teddy Daniels semble assailli par le doute et la peur. Ses rêves sont par ailleurs assez inquiétants. Dans le premier, Teddy est avec sa femme et à la manière des rêves  de « Twin Peaks », elle révèle des indices à son mari. Ce qui est effrayant, c’est que Dolores Daniels (Michelle Williams) est morte dans un incendie et on la voit se consumer dans les bras de Teddy. Une pluie de cendres, très esthétique, s’abat sur eux. Ce personnage, rongé par le doute, est joué par l’extraordinaire Leonardo DiCaprio. C’est sa quatrième collaboration avec Scorsese et c’est sans doute ici que son talent s’exprime le mieux. Ses traits poupins sont peu à peu déformés par la paranoïa et se creusent de terreur. Le marshall Daniels est un personnage complexe et torturé. Et pour cause, il a fait partie des soldats qui ont libéré Dachau et il reste hanté par les images des camps de concentration. La question qui se pose pendant tout le film c’est : qui est réellement Teddy Daniels ?

« Shutter Island » est un bon Scorsese. J’y ai retrouvé l’atmosphère sinistre et pesante qui m’avait séduite chez Denis Lehane. Les nombreux rebondissements m’ont tenu en haleine jusqu’à la fin et je n’ai pas vu passer les 2h17 !