
« Il y a des gens qui veulent du fric, d’autres qui veulent des caribous. Il faut bien prendre position et se ranger d’un côté ou de l’autre. » Voilà le constat que tire Rick Bass après avoir passé plusieurs mois dans la ville de Yaak dans le Montana. Après avoir traversé les Etats-Unis à la recherche d’un endroit où se poser, Rick Bass et sa compagne Elizabeth atterrissent au fin fond du Montana. Yaak est une ville sans électricité, sans téléphone, sans route pavée, loin de toute civilisation en somme ! Rick et Elizabeth ne pouvaient pas mieux tomber puisqu’ils cherchent le calme afin d’écrire pour l’un et peindre pour l’autre. « Winter » est le journal de l’installation du couple dans son chalet, surtout la façon dont ils passèrent leur premier hiver dans cette rude contrée. Rick est très inquiet par l’arrivée de cette saison qui isole, qui désole les paysages comme les hommes. Même les habitants s’en méfient : « C’est de cela qu’ils parlent surtout quand ils évoquent l’hiver : le silence. Jim Kelly, un garde forestier à la retraite (…) me dit qu’il lui arrivait d’enfiler ses raquettes et de partir en courant dans les bois, montant tout en haut du mont Hensley Face avant d’en redescendre, soit un parcours de plus de 16 kilomètres, uniquement pour avoir quelque chose à faire. » Rick et Elizabeth ne s’attendaient pas à une telle rigueur mais ils ont le temps de s’y préparer. Rick s’y emploie avec ardeur et pourrait sans mal devenir bûcheron professionnel ! C’est d’ailleurs dans ces passages que j’ai été le moins convaincue par ce récit. Rick Bass ne nous épargne pas toutes les explications techniques concernant sa tronçonneuse et je sais désormais ce qu’est un guide-chaîne et comment le changer !
Mais face à cela, Rick Bass défend des idées qui me sont chères. Il est un admirateur de la nature et de ses animaux et en parle avec ferveur et poésie. La vue d’un nouvel animal l’enchante positivement et il se désespère de voir certaines espèces disparaître (c’est le cas des caribous). Son constat est sans appel, notre société ultra-libérale et consumériste est à l’origine de la destruction de la nature. La déforestation est au coeur du problème à Yaak. « Yaak proprement dit est juste à la frontière canadienne, sur les bords de Yaak River, qui est un fleuve ravissant et lent, dont les méandres serpentent au milieu des saules et des prairies. On voit souvent des orignaux y barboter, mais il n’y a guère de poissons. Un déboisement massif, à l’extrémité nord de la vallée, a englouti des sédiments dans le fleuve, ce qui fait que même si l’eau est restée limpide, un bon demi-centimètre d’argile s’est répandu comme un cancer au fond de l’eau (…) » Les hommes sont bien responsables, l’appât du gain est plus fort que la nature. Rick Bass tente donc de vivre selon ses convictions, va vers le dénuement et recentre sa vie sur des choses simples et l’autosuffisance. Ce que j’ai apprécié chez Rick Bass c’est qu’il ne cache pas ses difficultés, ses doutes. Le mode de vie qu’il a choisi est extrêmement dur, épuisant mais le rapprochement avec la nature vaut ses sacrifices. Le bonheur est appréciable car il est difficile à atteindre, c’est ce qui lui donne toute sa valeur contrairement aux idées actuelles de vitesse, de facilité et de joie instantanée.
« Winter » est un beau livre défendant des valeurs de respect de la nature, de patience et de simplicité. C’est une autre manière de vivre, une autre voie qui nous est ouverte par Rick Bass. Sans être aussi radicaux que lui, essayons de respecter ses enseignements et d’être moins prisonniers de la société de consommation.
Merci à Lise des éditions Gallimard de me l’avoir fait découvrir.














