
Et voilà revenue la rentrée et son temps contraint, cela se sent sur mes lectures avec seulement cinq ouvrages à mon actif. J’ai déjà pu vous parler de la splendide bande-dessinée sur Anne Brontë de Paulina Spucches, de la plongée dans le monde des sorcières de « Laura Willowes et du délicieux roman « Père » de Elizabeth Von Arnim. J’ai également adoré « Pour mourir, le monde » de Yan Lespoux dont le recueil de nouvelles m’avait énormément plu. Je vous parle très rapidement de mon immersion dans le monde des caraques portugaises. En revanche, je n’ai pas été captivée par « Pantelleria » de Giosué Calaciura qui doit beaucoup plus s’apprécier lorsque l’on connaît la typologie des lieux.
Du côté du cinéma, j’ai pu voir six films dont mes préférés sont les suivants :

Ansa et Holappa se croisent dans un bar karaoké, un échange de regards appuyé qui ne va pas plus loin. Le hasard faisant bien les choses, ils finissent par se revoir. Mais Holoppa perd le numéro de téléphone d’Ansa. Cette dernière repart dans son morne quotidien d’employée de supermarché tandis que Holoppa plonge de plus en plus dans l’alcool. La noirceur et la solitude les cernent et rien ne semble pouvoir éclairer leur vie.
Après plusieurs années d’absence, Aki Kaurismaki est de retour avec son univers vintage et mélancolique. Son humour pince-sans-rire n’a pas non plus disparu. D’habitude, ses intérieurs colorés et épurés ne s’inscrivent dans aucune époque précise. Cette fois, l’actualité s’invite chez le réalisateur finlandais. La radio donne à plusieurs reprises des nouvelles de la guerre en Ukraine à qui Kaurismaki donne son soutien par ce biais. Mais l’histoire d’Ansa et Holappa est moins désespérée qu’il n’y parait au départ. Les amoureux se perdent plusieurs fois de vue pour mieux se retrouver ensuite. L’espoir ne semble jamais perdu malgré les difficultés. Leur histoire m’a beaucoup fait penser à « Elle et lui » de Leo McCarey. D’ailleurs, Aki Kaurismaki fait de nombreux clins d’œil à de grands noms du cinéma : David Lean, Jean-Luc Godard, Chaplin, etc… Un bel et discret hommage au septième art pour une histoire d’amour touchante.

Inès, qui vit avec son fils adolescent, est menacée d’expulsion. Cherchant un emploi stable, elle se présente chez Anti-squat, une société qui protège des immeubles des squatteurs en y logeant temporairement des résidents. Ceux-ci devront respectés des règles strictes : pas d’enfants, pas d’animaux, pas plus de deux visiteurs et interdiction de manger dans les chambres. Les locataires devront également entretenir l’immeuble. A la moindre erreur, ils seront renvoyés du bâtiment. Inès devra recruter les futurs résidents et surveiller ce qui se déroule dans l’immeuble. Elle sera soumise aux mêmes règles que les autres.
Une loi autorise ce type d’occupation de bâtiments vides et montre, s’il en était besoin, tout le cynisme du néolibéralisme. Inès va rapidement se retrouver prise au piège de ce nouveau boulot et devra se montrer inhumaine pour le garder. Nicolas Silhol avait déjà montré les ravages du monde du travail dans « Corporate ». Il nous offre ici un thriller social tendu, anxiogène qui se déroule quasiment en huis-clos. Louise Bourgoin est formidable, comme toujours, son comportement oscille entre la culpabilité et la peur de perdre son emploi. La fin du film est glaçante.
- « Reality » de Tina Satter : En 2017, Reality Winner trouve, en rentrant chez elle, deux agents du FBI. Vétérane de l’US Air Force et traductrice pour la NSA, la jeune femme ne semble pas surprise par leur présence. Mais peu à peu, les questions se font plus pressantes et d’autres agents arrivent au domicile de Reality pour le perquisitionner. La jeune femme est en fait soupçonnée d’avoir fait fuiter un document classifié, révélant une tentative de piratage russe du système de vote électronique lors de l’élection de Donald Trump. Ce qui est très original dans le film, c’est que la réalisatrice a choisi d’utiliser mot pour mot la retranscription de l’interrogatoire de Reality par le FBI. La manière dont cela se passe est surprenant. Le ton est au départ badin, anecdotique pour être de plus en plus menaçant. Reality n’est prévenue que très tardivement de la raison de leur présence et elle se retrouve seule à affronter les questions des agents du FBI. Et tout se déroule dans sa maison. La situation parait irréelle et c’est ce qui est fascinant dans le film où l’on voit la lanceuse d’alerte petit à petit prise au piège. Reality a du purger cinq ans de prison.
- « Le livre des solutions » de Michel Gondry : Marc, cinéaste connu, voit son dernier film être refusé par ses investisseurs et son producteur habituel ne le défend même pas. Marc n’a pas d’autres choix : il s’enfuit de la réunion en emportant les images déjà tournées de son film. Il met en place le plan B : le terminer dans les Cévennes chez sa tante Denise avec sa monteuse et sa directrice de production. Arrivé là-bas, il déborde d’idées fantasques mais aucune pour achever son film. Son incapacité à se concentrer, à vouloir visionner les images montées tapent sur le système de ses collaboratrices. « Le livre des solutions » est largement autobiographique. Michel Gondry aborde avec humour et autodérision ses caprices d’enfant gâté, ses colères, ses moments dépressifs. J’ai retrouvé ce qui me plaît chez le réalisateur : sa fantaisie débridée, ses trouvailles visuelles. Marc est aussi attachant qu’insupportable. Il est interprété par un Pierre Niney survolté et qui se coule à merveille dans les sautes d’humeur de Marc. Malgré tout, le film n’est pas complètement à la hauteur de mes espérances, peut-être en raison d’un manque de rythme ou de la répétition des pétages de câble du personnage.
- « Acide » de Just Philippot : Michal porte un bracelet électronique en raison des violences qu’il a commises lors de la prise d’otage du patron de son usine. Il est divorcé et voit régulièrement sa fille de 15 ans, Selma. Lorsque des pluies acides menacent la France, Michal est prêt à tout pour éloigner sa fille et son ex-femme. Bientôt le chaos règne sur le pays. « La nuée », le premier film de Just Philippot, était impressionnant de tension et d’anxiété. La question écologique est encore au cœur de son nouveau film. Je l’ai trouvé un peu moins réussi que le précédent, le suspens n’est pas aussi fort malgré la fuite des personnages à travers la France. Peut-être que ceux-ci sont trop monolithiques, trop désagréables pour que l’on soit totalement en empathie avec eux. Il n’en reste pas moins que Just Philippot nous offre des images d’apocalypse très fortes et saisissantes. Le cinéma de genre n’est décidément pas l’exclusivité du cinéma américain.
- « Le mystère à Venise » de Kenneth Branagh : Hercule Poirot a pris sa retraite à Venise où il vit en ermite. C’est là que le retrouve Ariadne Oliver, son amie autrice de romans policiers. Elle lui propose de participer à une séance de spiritisme pour démasquer ou non la voyante. Poirot se prend au jeu malgré son envie de tranquillité. Le crime va, comme toujours, le rattraper. « Mystère à Venise » est la troisième adaptation d’Agatha Christie pour Kenneth Branagh. Cette fois, il prend beaucoup de liberté avec le texte d’origine. Et cela se sent, il faut toujours faire confiance au talent d’Agatha pour trousser une bonne intrigue. Le film reste néanmoins divertissant avec un casting international de qualité (Kelly Reilly, Camille Cotin, Jamie Dornan, Michelle Yeoh, Ricardo Scamarcio). Venise est magnifiquement filmée : son mystère , la brume qui envahit ses nombreuses ruelles sont le cadre idéal pour une enquête policière.