
Le 30 juillet 2002 à Eastlake, banlieue de Cleveland, est retrouvé le corps inanimé de Joseph Chandler. L’homme de 64 ans semble s’être suicidé d’une balle dans la bouche en se regardant dans le miroir de sa salle de bain. Le corps est dans un état de décomposition très avancé, ce qui empêche tous prélèvements ou prise d’empreintes. Joseph Chandler vivait en ermite depuis dix-sept ans dans son appartement de location mais il n’a développé aucun lien avec les autres locataires de la résidence. Plus étrange : aucune empreinte n’est retrouvée dans son logement ou sa voiture. La police découvre qu’une coquette somme d’argent est disponible sur ses comptes en banque. Est alors lancée une recherche d’héritier et c’est ainsi que l’on découvre que l’homme décédé à Eastlake ne s’appelait pas Joseph Chandler. Il a usurpé l’identité d’un enfant mort à l’âge de huit ans dans un accident de voiture avec ses parents en 1945. Qui était donc cet homme et qu’avait-il donc à cacher ?
Thibault Raisse, journaliste d’investigation, nous fait revivre cette enquête qui piétine, tombe dans les cold cases et est finalement rouverte des années après grâce aux progrès scientifiques. Le fait divers est fascinant et le récit est absolument captivant. « L’inconnu de Cleveland » se lit comme un roman policier qui nous tient en haleine de la première à la dernière page. Thibault Raisse a fait un gros travail d’investigation, son texte est extrêmement précis et méticuleux.
Ce qui est également très intéressant dans ce livre, c’est que l’auteur replace le fait divers dans son contexte historique et politique. Il nous raconte la désindustrialisation de Cleveland et son déclin dans les années 60 puis sa renaissance dans les années 90 grâce à l’industrie médicale et à l’arrivée de LeBron James dans les années 2000. Une ville, et surtout la banlieue d’Eastlake, qui permet de vivre totalement hors des radars pendant de longues années sans que personne ne s’intéresse à vous. Il y a une adéquation parfaite entre le lieu de vie de Joseph Chandler et sa volonté de passer inaperçu.
« L’inconnu de Cleveland » se dévore, le solide travail documentaire de Thibault Raisse rend le livre passionnant, haletant et nous permet de découvrir un fait divers incroyable.















