Dix livres m’ont accompagnée durant le mois d’août :
-le bouleversant et douloureux « Gioconda » de Nikos Kokantzis,
-mon premier roman de la rentrée littéraire, le très réussi et très attendu « Nous serons tempête » de Jesmyn Ward,
-« Toi » le très bel hommage de Hélène Gestern à sa splendide chatte blanche,
-ma deuxième lecture de la rentrée littéraire est un premier roman à l’écriture ciselé, imagée et poétique, il s’agit de « L’entroubli » de Thibault Daelman,
-« Le veuf noir du Grand Canyon » de Vincent Manilève parce que j’aime décidément beaucoup cette collection Society de 10/18,
-ma troisième lecture de la rentrée littéraire fut « Éclaircie » de Carys Davies, un excellent roman qui nous transporte dans une ile au nord de l’Ecosse au 19ème siècle,
-mon coup cœur du mois va au deuxième roman de Michelle Gallen « Du fil à retordre », une fresque social et un récit d’émancipation teintés de désespoir et d’un humour caustique,
-j’ai également découvert l’écrivain indien Rabindranath Tagore avec son très beau « Chârulatâ »,
-j’ai retrouvé Elizabeth Jane Howard avec « A petit feu », un roman parfait pour l’été puisqu’il nous emmène sur la Côte d’Azur et en Jamaïque, mais qui est loin d’être aussi léger qu’il n’y paraît au départ,
-enfin, j’ai lu le délicieux recueil de Marco Martella « Fleurs » où l’auteur s’amuse follement à brouiller les frontières entre fiction et réalité.
Côté cinéma, j’ai vu sept films durant le mois d’août dont voici mes préférés :
Myriam est une militante obstinée des droits des femmes. Le pouvoir iranien l’a mise en prison. Mais en raison de ses problèmes de santé, Myriam est autorisée à sortir pendant sept jours pour effectuer des examens médicaux. A sa sortie, elle découvre que son frère et sa mère ont organisé son évasion du pays à travers les montagnes. De l’autre côté, en Turquie, l’attendent son mari et ses deux enfants qui ne l’ont pas vue depuis six ans et qui se sont exilés en Allemagne.
Le formidable film d’Ali Samadi Ahadi souligne l’incroyable courage des opposants iraniens et notamment celui des femmes depuis le mouvement Femme, vie, liberté. Pendant tout le trajet vers sa famille, Myriam questionne son engagement et la possibilité de l’exil. Que doit-elle faire passer en premier ? Sa famille ou son combat ? Peut-elle être une opposante crédible et efficace si elle quitte son pays ? Elle en parlera avec ses enfants et surtout sa fille adolescente, en colère contre sa mère absente. « Sept jours » est un film poignant, intense, Myriam est superbement interprétée par Vishka Asayesh, qui a elle-même choisi l’exil, tout comme Ali Samadi Ahadi.
Hugo, 19 ans, enfile sa plus belle chemise pour recevoir sa petite amie Queen, dans la maison familiale sur une ile de l’Atlantique. Le garçon est timide, réservé et il n’en revient pas d’avoir réussi à conquérir une fille aussi belle, lui qui un an plus tôt était en surpoids. Queen est originaire de Toulon, elle est esthéticienne, porte des robes sexy et des ongles interminables. Elle assume son look avec naturel, à un très bon cœur et s’émerveille de tout. Les vacances à deux auraient pu se dérouler sans nuage mais Hugo recroise des connaissances, issues d’un milieu bourgeois. On sent qu’Hugo à toujours voulu faire partie de leur groupe et il cherche par tous les moyens à devenir leur ami.
Le premier film d’Aurélien Peyre est une formidable réussite. L’histoire, qui se déroule devant nous, est d’une immense cruauté. Hugo est habité par la honte, celle de son ancien corps, celle de son milieu social qui n’est pas au niveau de celui de ses amis et enfin de Queen, jugée trop populaire, trop cagole par ces bougeois snobs. Au lieu de profiter de sa solaire et ravissante petite amie, Hugo préfère se conformer au moule imposé par ceux qui le considère à peine. Le jeune homme est incarné par le formidable Félix Lefebvre, dont j’avais déjà admiré le talent dans « Été 85 » de François Ozon. Il faut également souligner celui d’Anja Verderosa, splendide et attachante Queen. « L’épreuve du feu » se revele être un conte moral aussi amer que douloureux pour ces deux protagonistes principaux.
Et sinon :
- « En boucle » de Junta Yamaguchi : A Kibune au Japon, le temps va s’arrêter à 13h58 ou plutôt il va reculer à 13h56. Les employés et les clients de cette auberge au bord de l’eau vont se retrouver bloqués dans une boucle temporelle de deux minutes. Mais leur conscience n’est pas prisonnière de la boucle et chacun se souvient de ce qu’il fait. Mais que peuvent-ils faire en si peu de temps ? Certains règlent leur compte, d’autres s’avouent leur amour, un autre se suicide pour expérimenter la mort pour son prochain livre, une autre tente désespérément de réchauffer du saké à la cuisine, un autre cherche une explication. « En boucle » n’est pas le premier film à plonger ses personnages dans une répétition temporelle mais son originalité tient à la durée très courte de la boucle. Cela donne une frénésie comique aux différentes scènes, les personnages doivent sans cesse se dépêcher pour accomplir une action. C’est truculent et ça se termine comme un épisode du Doctor Who !
- « Sally Bauer » de Frida Kempff : Suède, 1939, Sally est la mère célibataire d’un petit Lars dont le père, danois, a déjà une femme et des enfants. La famille de Sally accepte mal cette situation et lui rappelle sans cesse ses devoirs maternels. Sa mère l’oblige à s’inscrire dans une école pour devenir une bonne ménagère. Mais Sally n’a qu’une idée en tête : traverser la Manche à la nage. Le film de Frida Kempff réinvente un peu l’histoire de la nageuse Sally Bauer (1908-2001). Mais il remet en lumière l’exploit de cette jeune femme qui traversa la Manche en 1939, quelques jours avant le début de la seconde guerre mondiale. La reconstitution est très classique mais l’actrice principale, Josefin Neldén, est totalement habitée par son rôle.
Cet été, des films des deux premières décennies de la carrière de Claude Chabrol ont été repris sur grand écran et j’en ai profité pour voir ou revoir les œuvres suivantes :
- « Que la bête meure » : Sur la place d’un petit village breton, un jeune garçon est brutalement percuté par une voiture fonçant à vive allure. L’enfant meure et son père, Charles Thénier, s’effondre de douleur; Après une dépression de plusieurs mois, il se jure de retrouver et de tuer l’assassin de son fils. « Que la bête meure » est redoutablement bien construit, Chabrol y joue perpétuellement avec la fiction et l’ambiguïté. Charles Thénier est écrivain et il note tout dans son carnet qui aura un rôle performatif dans l’intrigue et un rôle décisif dans le dénouement. Le film va rapidement se centrer sur l’affrontement entre Charles et l’assassin présumé de son fils, un garagiste ayant réussi en affaires. Ce dernier est incarné par le génial Jean Yanne : vulgaire, grossier, ignoble, brutal, sa famille le déteste et il le lui rend bien. Face à lui, Michel Duchaussoy est l’incarnation de la colère, de la vengeance sous un masque d’impassibilité. Un jeu de chat et de la souris s’installe où le cynisme, la lâcheté, la rouerie auront partie prenante. Un sommet d’ironie et de tragédie.
- « La femme infidèle » : Charles, Hélène et leur fils vivent en banlieue parisienne dans une luxueuse maison. Leur vie respire un bonheur paisible et bourgeois. Charles travaille à Paris pendant que sa femme reste à la maison. Il la surprend un jour en plein mensonge. Il craint l’adultère et engage un détective privé pour suivre Hélène. Le point de départ du scénario est très classique. Mais nous sommes chez Claude Chabrol et la singularité du film s’affirme à partir de la rencontre entre le mari (Michel Bouquet incarnation parfaite du bourgeois chez Chabrol) et l’amant (Maurice Ronet toujours charmeur). La scène entre les deux hommes est surréaliste et se termine mal pour l’amant. Le mari se débarrasse du corps avec une maladresse risible. Débute alors un drame psychologique et une étonnante alliance silencieuse entre Charles et Hélène (Stéphane Audran, frivole et langoureuse) quand la police débarque chez eux. L’ambiguïté de leur relation fait tout le sel de ce film qui sait surprendre son spectateur.
- « Juste avant la nuit » : Charles vit à Versailles avec son épouse Hélène et leurs deux enfants. Sa maison a été construite par son meilleur ami François. L’épouse de ce dernier est la maîtresse de Charles et elle aime les jeux sexuels violents. Lors de l’un d’eux, son amant l’étrangle. La police ne remonte pas jusqu’à lui, personne ne le soupçonne. Mais Charles est dévoré par la culpabilité. « Juste avant la nuit » est le pendant de « La femme infidèle ». Les personnages portent les mêmes prénoms et sont interprétés par les mêmes acteurs : Stéphane Audran et Michel Bouquet. Il est également question d’adultère mais cette fois, c’est le mari qui trompe sa femme (mais c’est toujours Michel Bouquet qui assassine !). Cette fois, Charles ne cherche pas à masquer son crime mais il veut au contraire le révéler à tout le monde. Le personnage est une sorte de Raskolnikov qui ne sera en paix que lorsque son crime sera puni alors que ni sa femme, ni son ami ne veulent le dénoncer. Briser sa jolie famille et le vernis des apparences n’est pas envisageable. L’ordre établi doit rester intact et c’est ce qui fait froid dans le dos dans ce drame feutré.












