Bilan livresque et cinéma de novembre

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Le mois de novembre fut fructueux en lectures : 6 romans et 3 BD. J’ai commencé le mois avec un roman qui me tentait depuis longtemps « Ida Brandt » de Herman Bang et je n’ai pas été déçue par cette lecture que je vous conseille à nouveau. Le Grand Prix des lectrices Elle 2020 a beaucoup occupé mon mois de novembre avec un roman ample parlant d’absence et de trahison, « Berta Isla » de Javier Marias, un document réjouissant  « Jouir »de Sarah Barmak ; deux polars « Une famille presque normale » qui crée le doute chez le lecteur jusqu’à la dernière page et « Ma part de cruauté dont je vous parle bientôt mais qui est décevant ; un roman graphique « Le roman des Goscinny » qui ne m’a pas emballée. J’ai également lu « New York sera toujours là en janvier » qui est un roman de jeunesse du grand Richard Price et qui nous raconte la difficile entrée dans l’âge adulte de son héros. J’ai découvert grâce à ma copine Miss Léo, une formidable BD dont je vous reparle très vite : « Les Indes fourbes » de Ayroles et Guarnido. Après avoir adoré « La partition de Flintham »de Barbara Baldi, j’ai lu « Ada » dont la beauté plastique m’a enchantée.

Du côté du cinéma, j’ai également eu un excellent mois avec des films aux thématiques très variées.

Mes coups de cœur :

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Le film de Roman Polanski s’ouvre sur une scène magistrale et glaçante, celle de la dégradation militaire du capitaine Alfred Dreyfus le 5 janvier 1895. L’antisémitisme se hurle derrière les grilles de l’Ecole Militaire. Le capitaine est ensuite envoyé sur l’Ile du diable pour y purger sa peine. Roman Polanski nous raconte surtout l’histoire de sa réhabilitation et se concentre sur celui qui a en grande partie contribué à celle-ci : le lieutenant-colonel Marie-George Picquart. Ce dernier a participé à l’enquête et il s’est félicité de l’arrestation de Dreyfus. On lui offre une promotion, il devient chef du service de renseignement. C’est là, dans des dossiers poussiéreux, qu’il va découvrir la machination (grossière d’ailleurs) à l’oeuvre pour faire tomber Dreyfus. Roman Polanski montre tous les rouages de l’infamie, l’indignité des hauts gradés, l’antisémitisme galopant et ordinaire de la France de la fin du 19ème siècle. Roman Polanski réussit à rendre l’enquête de Picquart palpitante, elle concentre les grandes thématiques du réalisateur  comme l’enfermement, la persécution. Son casting est impeccable avec en tête Jean Dujardin, un fantomatique Louis Garrel et de nombreux acteurs de la comédie française.

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1992, Sarajevo est assiégée. La ville est criblée de balles et d’obus. Des snipers sont présents partout. Paul Marchand est un journaliste free-lance qui couvre le siège depuis le début. Il n’a peur de rien, traverse Sniper Alley à fond la caisse dans sa vieille voiture, va compter les morts à la morgue, passe les check-points pour interroger les Serbes. Paul Marchand cherche à dire la vérité dans ce chaos, veut témoigner de l’horreur vécue par les habitants de Sarajevo.

Guillaume de Fontenay rend un hommage magnifique à Paul Marchand, mort en 2009, sa caméra ne le quitte pas une minute. C’est un personnage flamboyant, trompe-la-mort et intransigeant. On le voit à plusieurs reprises malmener d’autres journalistes. Paul Marchand, bonnet vissé sur la tête et cigare toujours allumé, n’est pas là pour être aimable. Il semble totalement habité par la tragédie qu’il côtoie. Et l’on peut saluer la formidable performance de Niels Schneider (toujours parfait décidément) qui incarne avec fièvre et rage le journaliste. A ses côtés, Vincent Rottiers incarne son photographe avec nervosité et justesse. Avec eux deux, nous sommes plongés au cœur du conflit, au cœur d’une ville martyrisée, plongée dans un brouillard de cendres et de poussière. Un film qui nous permet de ne pas oublier que le siège de Sarajevo reste le plus long de l’ère moderne.

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Au lendemain de la victoire de l’équipe de France de foot en coupe du monde, les esprits s’échauffent à Montfermeil, à l’est de Paris. Un lionceau a été volé dans un cirque de gitans. Ces derniers viennent réclamer leur bien aux caïds de la cité. La BAC arrive pour calmer le jeu et les policiers se chargent de retrouver l’animal. Cet événement anodin va malheureusement tourner au drame et mettre le feu à la cité.

« Les misérables » est un film exemplaire sur les banlieues. Jamais manichéen, Ladj Ly sait nous montrer le quotidien des habitants avec nuance et mesure. Les différents groupes, qui constituent Montfermeil, nous sont tour à tour présentés : les trois flics de la BAC dont un qui vient d’arriver de Cherbourg, « le maire » caïd en chef qui gère les problèmes de chacun, les musulmans radicaux, les trafiquants de drogue et les enfants qui s’ennuient ferme et cumulent les bêtises (filmer les filles avec un drone, voler un lionceau, etc…). Chaque groupe est présenté sans à priori, sans colère et sans haine. Chacun vit le même quotidien, dans la même ville abandonnée de tous. Le début du film nous offre plusieurs scènes drôles avant de tourner au drame et à l’émeute. Ce qui est terrifiant, c’est le rôle des enfants dans cette histoire. La violence est de leur côté avec à leur tête un Gavroche moderne plein de rage et de soif de vengeance. La fin laisse un souffle d’espoir et il faut saluer ce film remarquablement équilibré et juste.

Et sinon :

  • J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin : Voilà un dessin animé étonnant, il débute sur l’évasion d’une main d’un laboratoire où elle est entreposée. Elle s’élance, saute par la fenêtre et continue son chemin sur les toits. On suit son parcours avec inquiétude comme toute scène d’évasion. On comprend rapidement qu’elle cherche à retrouver son corps, celui de Naoufel. La main se remémore son enfance, lorsqu’elle était encore rattachée au corps de Naoufel. Ce dernier veut alors devenir astronaute ou concertiste comme sa mère. La famille est harmonieuse, l’enfant s’y épanouit et enregistre tous les bruits, les voix qui l’entourent. Mais un drame survient. Le brillant avenir de Naoufel devient un triste présent. Il est devenu livreur de pizzas, ses rêves ont disparu. La rencontre avec une jeune femme va peut-être tout changer. Le film de Jérémy Clapin est aussi original sur la forme que sur le fond. Le dessin et l’histoire dégagent énormément de poésie. C’est à la fois un thriller, un récit d’apprentissage, une histoire d’amour. Tout y est parfaitement maîtrisé et l’on s’attache à Naoufel, jeune homme maladroit et mélancolique.

 

  • Le traître de Marco Bellocchio : A Palerme, les vieilles familles de Cosa Nostra célèbrent les dividendes reçus de la vente de l’héroïne. Au banquet sont conviés de nouveaux arrivants venus de Corleone. Mais rapidement, les nouveaux partenaires se transforment en bourreaux. Les vieilles familles palermitaines sont éliminées, enfants compris. Tommaso Buscetta a fui au Brésil avant d’être assassiné comme certains membres de sa famille. Arrêté par la police brésilienne, il est extradé et décide de parler au juge Falcone. Il veut faire tomber ceux qui se sont éloignés du code d’honneur de Cosa Nostra. Marco Bellocchio se concentre surtout sur la suite des aveux de Buscetta, lui qui se dit simple soldat et qui préfère l’argent et les femmes au pouvoir. Ses discussions avec le juge Falcone sont très intéressantes et elles montrent deux hommes intelligents jouant au chat et à la souris. Les révélations de Buscetta ont permis l’arrestation de dizaines de mafieux. Les scènes de procès sont ahurissantes, c’est un véritable cirque où tout le monde s’invective. Les caméras dans les cellules montrent des hommes qui auraient toute leur place en asile psychiatrique. Marco Bellocchio souligne également toute la complexité du phénomène mafieux. Buscetta est considéré comme un traître et les gens manifestent contre les arrestations. Les pancartes indiquent : mafia=travail. Un peu long sur la fin, le film de Marco Bellocchio montre bien toute l’ampleur et la complexité de la pieuvre.

 

 

5 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de novembre

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