Bilan livresque et cinéma de juillet

Comme les deux vignettes au-dessus vous le feront comprendre, mes vacances d’été eurent lieu en juillet ! La moisson de livres fut riche et encore une fois éclectique. Pas de mauvaises surprises, je n’ai fait que de belles lectures et j’ai eu plusieurs coups de cœur :

Maintenant, il ne me reste plus qu’à taper tous mes billets…pas une mince affaire !!!

De l’éclectisme aussi au niveau du cinéma :

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L’histoire de « Annette » peut se résumer en quelques mots : l’histoire d’amour tragique de Ann, soprano mondialement connu, et de Henry, star du standup. Le talent de Leos Carax sublime et transcende cette histoire universelle. L’ouverture du film est tout simplement jubilatoire, le spectacle commence et il s’annonce grandiose. Devant nous, se déroule une comédie musicale flamboyante, les Sparks ont offert à Carax une partition exceptionnelle qui mêle chansons pop, air d’opéra, R’n’B, etc… Le cinéma du réalisateur se met au diapason pour nous offrir un spectacle total, un tourbillon d’images qui enchaîne les idées visuelles (les scènes illustrant la chanson « We love each other so much », celle du bateau). Je n’ai pas adhéré à tout, je n’ai notamment pas trouvé très réussies les scènes de stand up. Mais la proposition qui nous est faite est indéniablement ambitieuse et singulière. Il faut bien entendu saluer la prestation des acteurs, Adam Driver en tête qui ne cesse d’étoffer son talent, et Marion Cotillard, peut-être un peu trop sage face à lui. Tout le monde n’appréciera pas ce film, comme toujours avec Carax, mais son amour du cinéma, de toutes les formes de spectacle, éclate dans chaque scène de « Annette ».

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Ibrahim a 17 ans, il vit seul avec son père. Ce dernier est écailler dans une brasserie parisienne. Il officie dehors et rêve d’être serveur en salle. Mais il ne pourra accéder à ce nouveau poste que s’il se fait poser des dents, ce qui coûte évidemment beaucoup d’argent. Il travaille dur et économise. Pendant ce temps, Ibrahim se cherche, s’ennuie, tombe amoureux et malheureusement s’encanaille avec un jeune homme peu fréquentable mettant ainsi en péril le rêve de son père.

Samir Guesmi réalise ici son premier film et il interprète le père d’Ibrahim. La sensibilité, la douceur qui se dégagent souvent de son jeu d’acteur sont également présentes dans son film. J’ai rapidement pensé aux films de Solveig Anspach où il a joué. L’apparition de Florence Loiret-Caille a confirmé mon impression (elle fut sa partenaire dans « Queen of Montreuil » et « L’effet aquatique »). On retrouve dans « Ibrahim » la même empathie pour les personnages que chez la réalisatrice islandaise. Le père et le fils sont tous les deux extrêmement touchants. Leur relation est faite de pudeur, de leur incapacité à se parler et pourtant c’est une profonde et sincère affection qui les lie. Il y a aussi, comme chez Solveig Anspach, des moments d’une poésie infinie (scène dans la colonne de la place de la Bastille par exemple). Abdel Bendaher, qui interprète Ibrahim, est la révélation du film et son talent lui promet un bel avenir cinématographique. Un premier film tout en retenue, sans esbroufe, à la beauté simple et lumineuse.

Gagarine

Youri a 16 ans et il a grandi dans la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine. Il rêve d’être astronaute, le nom de sa cité a influencé sa destinée. Sa mère est partie se construire une nouvelle vie ailleurs en laissant son fils se débrouiller seul. Gagarine et ses habitants sont devenus sa famille. Quand Youri apprend que la cité Gagarine va être démolie, il est prêt à tout pour l’empêcher.

Enfin un film qui parle différemment de la banlieue et montre une image positive des cités. Ici les habitants se connaissent, s’entraident quelques soient leurs origines, leurs âges. Cette petite communauté vit bien ensemble même si la cité se délite, vieillit mal. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont tourné leur premier film dans l’une des ailes de la cité durant la destruction et de nombreux anciens habitants jouent dedans. Mais les réalisateurs ne se contentent pas du réalisme social et ce qui fait la singularité du film, c’est sa poésie, son côté fantastique. Youri reste à Gagarine et en fait un vaisseau spatial. L’idée sonne comme une évidence, elle est parfaitement mise en scène et elle nous transporte aux côtés du jeune homme.

Et sinon :

  • « My Zoe » de Julie Delpy : Isabelle est généticienne, elle vit à Berlin avec sa petite fille Zoe dont elle partage la garde avec son ex-mari. L’enfant tombe gravement malade et son état ne cesse de se détériorer. La généticienne ne peut accepter ce qui arrive à son enfant et va chercher des solutions en dehors de la légalité. Je suis le travail de Julie Delpy comme actrice et réalisatrice depuis longtemps et j’apprécie sa singularité qui se manifeste une nouvelle fois ici. Le film pourrait se contenter d’être un mélodrame sur la maladie d’une enfant et le règlement de compte cruel des parents divorcés. Mais Julie Delpy est toujours surprenante et elle emmène son film vers la science-fiction et les possibilités offertes par les recherches génétiques. Au cœur de « My Zoe » sont la relation exclusive, entière de la mère et de sa fille, la souffrance infinie de la perte. Le sujet était périlleux à traiter mais la réalisatrice s’en sort à merveille pour nous offrir un film hybride, à la frontière des genres.

 

  • « Sous le ciel d’Alice » de Chloé Mazlo : Alice prend le bateau à Beyrouth pour rentrer en Suisse, son pays natal. Une fois installée, elle écrit une lettre à son mari libanais. Avec nostalgie, elle revient sur sa vie : son enfance rigoureuse en Suisse, sa formation de nourrice, son premier poste à Beyrouth où elle fait connaissance avec Joseph, son futur mari. Nous sommes alors dans les années 50, la ville est à son apogée, le couple construit sa vie, sa famille jusqu’à la guerre de 1975. Le premier film de Chloé Mazlo est original et plein de poésie. Elle mélange des prises de vue avec des séquences d’animation (l’enfance d’Alba par exemple). Les images du Beyrouth des années 50 sont également bricolées et contribuent à la fantaisie de l’ensemble. A la gaité des premières années, succèdent la tristesse du conflit, la destruction du Liban et de la famille construite par Alice et Joseph. La mélancolie du bonheur perdu, l’absurdité du conflit, l’amour qui ne résiste pas à la violence sont au cœur du film. « Sous le ciel d’Alice » est un film plein de tendresse, de fantaisie et d’émotions.

 

  • « Un espion ordinaire » de Dominic Cooke : En pleine guerre froide, Greville Wyne est contacté par le MI6 et la CIA pour servir de contact en Russie à un colonel qui veut trahir le régime communiste. Greville n’est qu’un représentant de commerce et il se retrouve embarqué dans une histoire qui le dépasse. Le film de Dominic Cooke s’inspire d’une histoire vraie et il s’inscrit dans la lignée des films classiques d’espionnage durant la guerre froide. Le contrat est rempli avec les différentes composantes de ce type de film (les risques de la mission, le colonel-taupe, le cruel KGB, l’horreur des prisons russes). Benedict Cumberbatch est comme toujours impeccable. Le scénario aurait peut-être gagné à être relu par John Le Carré pour lui donner un peu de pep’s mais l’ensemble est honnête et se laisse bien regarder.

3 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de juillet

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