Les bourgeois de Calais de Michel Bernard

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Omer Dewavrin, notaire et maire de Calais, a réussi à faire adopter par le conseil municipal son projet de monument en hommage aux six notables qui se livrèrent en 1347 au roi d’Angleterre afin de sauver leurs concitoyens après le terrible siège de la ville. Le maire doit maintenant trouver un sculpteur pour réaliser cette œuvre. C’est pourquoi il rend visite à Auguste Rodin dont un peintre calaisien lui a parlé. A 44 ans, l’artiste cherche encore à asseoir sa réputation mais il séduit rapidement Omer Dewavrin : « Il s’échauffait en discourant. Le sculpteur laconique, maladroit, presque frustre tout à l’heure, ramassait ses vues dans des formules saisissantes, concrètes et inspirées. Le monument devrait rapprocher les hommes d’aujourd’hui de ceux d’hier. L’hommage rendu au sacrifice des bourgeois n’aurait force de vérité et d’exemple que si les spectateurs pouvaient s’identifier à eux. C’est ce que lui, Auguste Rodin, voulait faire, donner une âme au bronze, et que le bronze soit une âme pour les yeux et les mains qui les caresseraient. » La rencontre des deux hommes marque la naissance d’une des sculptures les plus remarquables de l’artiste et d’une sincère amitié.

Après avoir beaucoup aimé « Les deux remords de Claude Monet », j’ai été enchantée de retrouver l’écriture ciselée de Michel Bernard. L’auteur excelle à nouveau à rendre l’atmosphère de l’époque, d’un Paris en pleine transformation et du bouillonnement artistique de cette fin de siècle (on y retrouve Claude Monet avec un joli clin d’œil de l’auteur à son roman précédent). La réalisation des « Bourgeois de Calais » prend des allures d’épopée, il faudra dix ans à Rodin pour livrer sa sculpture, inaugurée en 1895 alors qu’elle devait l’être pour le centenaire de la Révolution. Entre réticences face à la singularité de la maquette, une crise financière, une épidémie de choléra, des retards de l’artiste, il aura fallu beaucoup de ténacité à Omer Dewavrin pour arriver au bout de son projet ! « Les bourgeois de Calais » est aussi l’occasion pour Michel Bernard de dresser deux beaux portraits : Omer Dewavrin, intègre, pratique, solide, aimant sa ville et les plaisirs simples de la vie ; Auguste Rodin, artiste génial, ogre charismatique, débordant d’idées et d’énergie.

C’est la correspondance des deux hommes (et de Léontine Dewavrin, la femme du maire) qui a inspiré ce roman délicat et passionnant à Michel Bernard et qui nous permet de découvrir les coulisses de la création de ce saisissant monument.

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture.

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