A la pointe de Pierric Bailly

A-la-pointe

« Le bâtiment est cerné d’une vaste surface en béton brut. Je le contourne par la gauche et emprunte un escalier pour aller me réfugier sous son abdomen surélevé, à l’abri au sec.

C’est peu dire que la masse est imposante. Soutenue par une dizaine de poteaux compacts, dont aucun n’est vraiment d’aplomb. C’est ce qui frappe en premier : l’absence quasi totale d’angles droits. Tout est un peu de traviole. Même une simple rampe d’escalier est une ligne brisée. » 

Ce drôle de bâtiment, c’est le musée des Confluences à Lyon. Depuis son ouverture en 2014, la collection Récits d’objets propose à des écrivains de choisir un objet du musée et de créer de la fiction autour de celui-ci.

Le choix de Pierric Bailly est très original puisqu’il choisit d’écrire sur le musée lui-même où il refuse de rentrer. Ce qui intéresse l’auteur, c’est ce qui se déroule autour du bâtiment. « Je me sens mieux à tourner autour, à papoter avec les gens qui passent, qui dansent, qui pêchent, qui travaillent, qui font la manche. » L’auteur l’avoue, les musées l’intimident comme les bibliothèques. 

Pendant quatre mois, Pierric Bailly sillonne les alentours du musée, questionne les personnes croisées sur leur impression à propos de l’architecture du musée. Ce dernier ressemble tour à tour à une grenouille, un vaisseau spatial ou un tamanoir. Sur l’esplanade de béton brut se croisent des skateurs, des danseurs, des sportifs, des promeneurs, des pêcheurs (le musée est à la confluence du Rhône et de la Saône), des SDF. Ce lieu m’a fait penser à l’esplanade qui s’étend au pied du centre Pompidou où gravitent également des foules très diverses. 

Ses errances autour du musée sont aussi l’occasion pour Pierric Bailly d’évoquer l’histoire du quartier Confluence qui est passé de quartier malfamé à quartier moderne et donc cher, de la construction difficile du musée, de faire des rapprochements entre son enfance dans le Jura et sa nouvelle vie lyonnaise, d’inventer les vies des personnes croisées qu’il n’ose pas aborder.

En moins de quatre-vingt pages, Pierric Bailly réussit à rendre l’atmosphère, la vie qui entoure le musée des Confluences. La réflexion de l’auteur, son humanité, la diversité des thèmes abordés, valent que l’on se penche sur ce texte, accessible même si l’on ne connaît pas Lyon. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.