
Déjà septembre s’achève, il est donc temps de revenir sur mes lectures du mois :
-« Le bureau des audacieuses », Mélanie Adler dresse le formidable portrait d’une femme inspirante et courageuse : la journaliste Séverine
-« Signora Sarfatti » m’a permis de découvrir un personnage très singulier de l’histoire italienne ainsi que la plume poétique et élégante de Serge Airoldi ;
-« A voix haute » est le deuxième roman de Polina Panassenko. Tout aussi réussi que le premier, il nous montre une Russie qui n’a pas fini de régler ses comptes avec le passé ;
-« Dans la tête de Sherlock Holmes-Le cauchemar de Loch Leathan », cette bande-dessinée est toujours aussi foisonnante et inventive mais il s’agit ici d’une histoire en deux parties et je vais avoir du mal à attendre la suite ;
-« Un marché noir », autre deuxième roman parfaitement réussi, cette fois Bérénice Pichat s’intéresse aux zones grises où évoluaient les mercantis ;
-« A la chaîne » où Eli Cranor poursuit sa route dans le roman noir avec cette fois une thématique plus sociale ;
-« Diables blancs », ce roman de James Robert Baker est totalement déjanté et halluciné et c’est réjouissant à lire !
Côté cinéma, j’ai vu 5 films dont voici mes préférés:

Un couple se dispute après une soirée. Les chamailleries se prolongent, semblent anodines. Pourtant Antonio quitte vraiment Marta après des années de vie commune. Cette professeur de sport doit réapprendre à vivre seule, à s’occuper d’elle. Du temps pour elle, elle ne va pas en avoir beaucoup car rapidement une maladie se déclare, un cancer qui change totalement sa façon d’envisager la vie.
Isabel Coixet s’est inspirée de l’autobiographie de Michela Murgia, atteinte d’un cancer du sein et décédée en 2023. Malgré son sujet dramatique, « Trois adieux » est un film lumineux, infiniment délicat. Marta, au tempérament réservé et sérieux, s’ouvre enfin au monde et aux autres. La murmuration des étourneaux dans le ciel de Rome, trois bols en promotion qui redonnent le goût de cuisiner, une silhouette en carton de chanteur de K-pop qui aide à briser la solitude, un collègue plein de charme, Marta s’accroche à ses instants suspendus, harmonieux. Et elle n’oublie pas les autres : sa sœur fantasque ou deux élèves en pleine crise d’adolescence. Alba Rohrwacher prête sa grâce, sa délicatesse à Marta. Elle est solaire et bouleversante. Il me faut préciser qu’Isabel Coixet n’appuie jamais sur le pathos, elle se consacre à la beauté du monde et sa redécouverte par Marta.

« Adieu monde cruel » de Félix de Givry : Une course-poursuite en pleine nuit dans les rues de Lisieux. Otto fuit des camardes de collège qui le harcèlent. Il est tellement au bout du rouleau qu’il prévoit de se suicider. Il rédige une lettre d’adieux qu’il photocopie pour l’envoyer à tous les élèves de sa classe. Otto décide de se jeter dans les eaux tumultueuses d’une rivière. Mais son heure n’était pas venue et le jeune garçon s’en sort. Les lettres ont été postées, Otto ne peut pas faire marche arrière sous peine d’humiliation, il choisit donc de se cacher. Au bout de quelques temps, il est recueilli par Léna qui va l’héberger dans une chambre de l’hôtel de sa mère.
Le premier film de Félix de Givry est une douce et tendre histoire de retour à la vie. Les deux adolescents vont vivre dans une bulle pendant quelques jours, quelques semaines loin de la souffrance, loin des adultes. Ensemble, ils apprivoisent la vie, les premiers émois et peuvent envisager la suite. Félix de Givry filme avec beaucoup de délicatesse ses jeunes formidables acteurs : Jane Beever et Milo Machado Graner (l’enfant de « Anatomie d’une chute »). Lumineux, « Adieu monde cruel » n’est pas sans évoquer François Truffaut et ses « Quatre cents coups ». Petit clin d’œil à la nouvelle vague, la voix off, qui nous raconte l’histoire de Léna et Otto, est celle de François Lebrun, inoubliable actrice de « La maman et la putain ».
Et sinon :
- « L’inconnue » d’Arthur Harari : David Zimmerman, un photographe solitaire, se laisse entrainer dans une fête par des amis. Durant la nuit, il fait l’amour avec une inconnue. Lorsqu’il se réveille, il est dans le corps de la jeune femme qui se prénomme Eva. Il se met à sa recherche grâce au portefeuille qui se trouve dans la poche de son manteau dans l’espoir de réintégrer son propre corps. Arthur Harari a ici imaginé un ovni cinématographique. Il nous plonge dans un cauchemar kafkaien. Une fois le point de départ fantastique accepté, le réalisateur s’attache au quotidien, au réel des personnages confrontés à une situation déstabilisante. Leurs réactions semblent parfaitement logiques en pareilles circonstances. L’atmosphère de « L’inconnue » est sombre, poisseuse, inquiétante. Léa Seydoux et Niels Schneider sont méconnaissables. Elle, est loin du glamour, aucun maquillage sur son visage totalement opaque. Lui, est d’une maigreur effrayante comme proche de la disparition. D’ailleurs, David photographie des lieux, des rues, des immeubles et vérifie ce qui a changé avec des clichés anciens. « L’inconnue » est une œuvre déroutante, singulière et captivante.
- « La vie d’une femme » de Charline Bourgeois-Tacquet : Gabrielle mène sa vie tambour battant. Elle est chirurgienne maxillo-faciale et cheffe de service dans un hôpital parisien. Son emploi du temps est surchargé mais elle arrive également à intervenir en Ukraine et à s’occuper de sa mère atteinte de démence. Gabrielle a choisi de ne pas avoir d’enfant et son mari la compare à Robocoop. Le centre du film est le personnage de Gabrielle, une femme solide, énergique, droite et brillante. Si le récit n’était que celui-là, le parcours sans faute d’une chirurgienne, il n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Au fil du temps, Gabrielle nous montre ses failles : sa mère qui s’est peu occupée de ses enfants, son adjoint et ami qui quitte l’hôpital sans la prévenir, le manque de moyens à l’hôpital et son coup de cœur pour une écrivaine venue la regarder travailler pour un roman. Gabrielle est un personnage plus complexe, plus sensible et fragile qu’il n’y parait au départ. Son aplomb, sa détermination ne suffisent pas toujours. Son aventure avec l’écrivaine, qui l’emmène dans les montagnes italiennes auprès d’Erri de Luca, est une soupape, un moment de respiration dans son quotidien beaucoup trop stressant. Gabrielle est incarnée par Léa Drucker, parfaite comme à son habitude, dans ce rôle intense.
- « Fjord » de Cristian Mungiu : Mihai Gheorghiu, un ingénieur roumain, s’installe en Norvège avec sa femme Lisbet, originaire de ce pays, et leurs cinq enfants. Leur intégration se déroule à merveille, chacun est apprécié dans son travail : lui comme informaticien, elle comme aide-soignante dans un Ehpad. les deux aînés trouvent rapidement une amie sincère. les choses se gâtent lorsqu’une enseignante découvre des bleus sur le corps de la fille aînée du couple. Une enquête sociale est alors initiée. En attendant les conclusions, les cinq enfants sont enlevés à leurs parents et placés dans des familles d’accueil. Cristian Mungiu cherchait à montrer dans son dernier film, l’impossible communication entre deux mondes totalement opposés. Il y a d’un côté une famille roumaine extrêmement croyante, rigoriste dans ses méthodes d’éducation et de l’autre côté un pays scandinave progressiste mais qui au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant place une famille dans un terrible et sévère engrenage. Aucune des deux parties n’est épargnée par le réalisateur, les torts et l’incompréhension sont partagés et chaque partie tombe dans l’excès. Le récit est tendu, efficace mais il s’avère également un peu trop long (2h26).