Beautiful useful things, what William Morris made de Beth Kephart et Melodie Stacey

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L’album de Beth Kephart est une splendide évocation de la vie et du travail de William Morris. Le texte est extrêmement poétique et il rend hommage aux multiples talents du créateur : écrivain, peintre, imprimeur, designer de textiles, de papier-peint, meubles, vitraux, etc… L’album souligne également son engagement politique pour la défense des travailleurs, contre le capitalisme et sa production à outrance (je vous en reparle très vite au travers de deux essais publiés aux éditions Rivages).

« Have nothing in your houses that you do not know to be useful or believe to be beautiful ». Tout l’art, toute la vie de William Morris est résumé dans cette phrase. Beth Kephart insiste beaucoup sur l’observation de la beauté et notamment celle de la nature au milieu de laquelle l’artiste a grandi et qu’il se désole de voir disparaître en raison de l’industrialisation. L’album ne rentre pas dans le détail de la biographie de William Morris mais l’on reconnaît au détour des pages Kelmscott Manor, Jane Morris, Edward Burne-Jones, les filles du couple Morris Jenny et May qui sera également une artiste de grand talent qui poursuivra l’œuvre de son père.

L’album, grâce aux dessins de Melodie Stacey, est d’une grande beauté. Il est foisonnant, très richement et délicatement illustré.

Je suis totalement sous le charme de cet album qui, en peu de pages, donne un portrait très juste et très complet de la vie et du travail de William Morris. Un grand merci à Emjy pour cette merveilleuse découverte.

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Ceux qui changent et ceux qui meurent de Barbara Comyns

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1911, comté du Warwickshire, le petit village, où vit la famille Willoweed, vit des moments étranges. En plein été, une terrible inondation submerge tout et charrie les cadavres des animaux comme des humains. Pourtant, le village va connaître bien pire par la suite. Le meunier, qui semble avoir perdu la tête, se noie. Peu de temps après, le boucher se tranche la gorge. Les accès de démence semblent toucher les habitants les uns après les autres. Dans leur propriété, Emma, Hattie, Dennis, leur père Ebin, leur grand-mère et ses domestiques voient le chaos s’abattre autour d’eux sans qu’ils puissent rien y faire.

Depuis que je suis le compte de Pear Jelly sur instagram, j’ai très envie de découvrir Barbara Comyns dont elle parle avec enthousiasme très régulièrement. J’étais donc ravie de découvrir les publications de « Ceux qui changent et ceux qui meurent » et des « Infortunes d’Alice » aux éditions Robert-Laffont.  Le premier roman s’ouvre sur des scènes très marquantes : les corps des animaux noyés pénètrent dans la demeure des Willoweed, certains crient et se débattent pour ne pas sombrer sous l’eau. Et Ebin ne trouve rien de mieux  que de faire un tour en barque avec ses enfants, affligés par le spectacle ! Cette ouverture donne le ton de ce qui va suivre puisque les morts vont s’enchainer. La folie semble se répandre comme une maladie contagieuse. L’atmosphère du roman est inquiétante, tragique, par moments sanglante. Malgré la noirceur de l’intrigue, il faut préciser que Barbara Comyns apporte beaucoup d’humour à son roman et cela n’est pas la moindre de ses qualités.

Elle nous offre également une galerie d’incroyables personnages. La famille Willoweed est totalement dysfonctionnelle. La grand-mère est tyrannique et absolument sans empathie. (lors de l’inondation, elle se désole de la perte de ses massifs de fleurs et pas du tout de celle des humains ou des animaux). Elle fait régner la terreur sur son domaine qui est pourtant proche de la décrépitude. Elle s’inquiète beaucoup pour son héritage qu’elle ne veut pas voir aller à son fils, incapable et paresseux. Les trois enfants, coupés du monde, essaient de rester solidaires face à l’égoïsme de leurs aînés.

Ecrit en 1954, ce roman de Barbara Comyns m’a enchantée. Son atmosphère insolite, l’humour pince-sans-rire, l’écriture très visuelle, j’ai absolument tout adoré dans « Ceux qui changent et ceux qui meurent ». « Les infortunes d’Alice » ne devrait pas attendre longtemps avant de sortir de ma pal et j’espère que d’autres traductions suivront.

Traduction Aline Azoulay-Pacvon

Hot milk de Deborah Levy

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« Je n’ai pas de profession à proprement parler, ni d’occupation, d’ailleurs mais j’ai une préoccupation et elle s’appelle Rose. » Sofia Papastergiadis a 25 ans, elle est diplômée en anthropologie mais elle travaille comme serveuse dans un café à Londres. Depuis que sa mère, Rose, est tombée malade, Sofia s’occupe de sa mère. Son père, grec, a quitté le domicile depuis que sa fille a cinq ans. Les symptômes  et les douleurs de Rose s’aggravant sans raison apparente, elle décide d’hypothéquer sa maison pour s’offrir les soins du controversé docteur Gomez à Almeria. Bien entendu, Sofia accompagne sa mère sur la côte andalouse. 

Après avoir lu l’autobiographie de Deborah Levy et son recueil de textes « La positon de la cuillère », j’étais ravie de pouvoir découvrir sa plume de romancière. « Hot milk » a été publié en 2016 en Angleterre. Il s’agit d’un roman initiatique puisque Sofia devra apprendre à se défaire de l’emprise de sa mère, totalement hypocondriaque, et apprendre à pardonner à son père qui a refait sa vie à Athènes. En bonne anthropologue, Sofia observe, immobile, sa mère et ses nombreux symptômes. Sous le soleil de plomb et l’épaisse chaleur d’Almeria, la jeune femme va être obligée de se mettre en mouvement, des piqûres de méduses vont l’y aider et la réveiller. Deborah Levy utilise très judicieusement le mythe de la Méduse et c’est l’un des motifs qui circule dans le roman. La sensualité et les rencontres vont également lui permettre de se libérer. Entre les chapitres racontés par Sofia, s’intercalent de courts textes en gras qui nous offrent un regard extérieur sur l’héroïne. L’anthropologue est à son tour regardée, observée attentivement dans chacun de ses gestes. A travers la relation complexe de Sofia et Rose, Deborah Levy déploie tout son talent et une atmosphère venimeuse, ambigüe et teintée d’humour. « Hot milk » se lit avec beaucoup de plaisir et de délectation. 

Je ressors enchantée par la lecture du roman de Deborah Levy, par son côté insolite, la profondeur des thèmes abordés, son humour et son atmosphère moite et sensuelle qui enveloppe toute l’intrigue. 

 

Traduction Céline Leroy

Juliette Pommerol chez les angliches de Valentine Goby

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Après avoir du rentrer en urgence de classe de neige car ses parents lui manquaient terriblement, Juliette Pommerol est la risée de la cour d’école. Alors quand Flavie se vante de partir en Angleterre pendant l’été dans une famille d’accueil, Juliette se précipite à la mairie pour remplir le formulaire lui permettant de faire de même. C’est ainsi qu’en juillet, Juliette prend l’eurostar pour Londres où elle sera accueillie par la famille Littlestone. « A l’intérieur, je me sentais comme un funambule débutant face au vide. L’Angleterre toute seule pendant deux semaines, c’était le gouffre sous mes pieds. Seulement je devais partir, je l’avais voulu, désormais, mon honneur en dépendait. » Heureusement ses onze peluches ont fait le voyage avec elle.

La couverture pop et colorée de ce roman jeunesse donne bien le ton de son intrigue : pétillante, joyeuse et tendre. Juliette, très attachée à sa famille, s’est lancée un défit de taille, d’autant plus que l’anglais n’est pas son point fort à l’école. Elle va découvrir de nouvelles habitudes culinaires, la ville de Londres au pas de course et même le camping dans les Highlands et ses terribles midges (ça lui apprendra à mentir sur le formulaire de la mairie). Le choc des cultures est vraiment amusant à lire. 

« Juliette Pommerol chez les Angliches » est un roman charmant, malicieux où notre jeune héroïne va franchir un pas important vers l’âge adulte. 

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Qui a écrit Trixie ? de William Caine

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Londres 1920, l’archidiacre Samson Roach a écrit dans le plus grand secret un roman sentimental. Cela pourrait rester un passe-temps un peu honteux mais notre homme d’église veut que le monde entier profite de son talent. Espérant devenir évêque, Samson Roach ne peut pas se permettre de publier son roman « Trixie » sous son nom. Il pense alors au soupirant de sa fille Chloé, Bisham Dunkle, un piètre et prétentieux poète. Contre compensations financières et la promesse d’obtenir la main de Chloé, Dunkle accepte de devenir le prête-nom de l’archidiacre. Ce qui n’était pas prévu, c’est le succès retentissant de « Trixie ». La fortune du couple Dunkle est assurée. Mais l’artiste qui sommeille en Samson Roach réclame sa part de notoriété. L’archidiacre veut officiellement reconnaître la paternité de « Trixie », ce qui n’est pas du tout du goût des très dépensiers Dunkle.

Le roman de William Caine a été publié en 1924 et il n’avait jamais été traduit en français. C’est grâce à la collection « Dans la bibliothèque de  » des éditions Feuillantines que nous avons aujourd’hui l’immense plaisir de le lire. « The author of Trixie » fait en effet partie de la bibliothèque de Sebastian Knight, héros du premier roman de Vladimir Nabokov. Hervé Lavergne, directeur de la collection et traducteur, nous explique, dans sa très intéressante postface, comment il a retrouvé le texte et pourquoi Nabokov avait choisi ce roman. On ne peut que saluer son travail pour exhumer cette petite pépite d’humour anglais. William Caine écrit un roman satirique sur la société de l’entre-deux-guerres, se moquant aussi bien des ecclésiastiques, des liens familiaux ou des écrivains. La bataille pour la paternité de « Trixie » est extrêmement réjouissante, d’ailleurs on ne saura jamais rien de l’intrigue de ce roman à l’eau de rose. William Caine semble s’être beaucoup amusé à construire son intrigue avec notamment des interventions malicieuses et truculentes du narrateur qui s’adresse à son lecteur.

Si vous appréciez la causticité, l’ironie de l’humour anglais, il faut vous précipiter sur « Qui a écrit Trixie ?  » qui vous réjouira du début à la fin.

Traduction Hervé Lavergne

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Bilan livresque et cinéma de mai

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Le mois de juin est déjà là, il est donc temps de faire le bilan du mois qui vient de s’achever. Un mois de mai finalement bien rempli avec :

  • des bandes dessinées : le passionnant « Brancusi contre États-Unis » d’Arnaud Nebbache, « C’est chic !  » et « Notre cabane » de la talentueuse Marie Dorléans et le touchant « Lebensborn » d’Isabelle Maroger ;
  • des découvertes : le poétique « Un amour de poisson rouge » de Kanoko Okamoto, le joyeux « Juliette Pommerol chez les angliches » de Valentine Goby  et « De mes nouvelles » de Colombe Boncenne où l’amour de la littérature est mise à l’honneur ;
  • des habitués : « Vivarium » de Tanguy Viel dont la lecture n’a pas été facile, « Les cœurs bombes » de Dario Levantino qui m’a permis de retrouver la ville de Palerme et Rosario, « Le ciel ouvert » de Nicolas Mathieu dont l’écriture me séduit toujours, « Nos armes » le dernier roman plein de rage de Marion Brunet, « Hot milk » qui me permet de découvrir la Deborah Levy romancière et « Le maître du jugement dernier » du formidable et toujours surprenant Leo Perutz.

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Le 1er juin est également la date de lancement du mois anglais que j’ai le plaisir d’organiser avec Lou pour la 13ème année. Cette année, nous vous proposons une totale liberté dans vos choix de lectures, pas de programme, pas de rendez-vous imposés, juste le plaisir de vivre à l’heure anglaise ! Alors amusez-vous bien, profitez de ce mois anglais et nous avons hâte de vous lire !

Côté cinéma, voici mes films préférés du mois :

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David, grand séducteur, est importuné par les assiduités d’une jeune femme, Florence, follement éprise. Même si elle est très belle, David ne souhaite pas poursuivre cette relation et cherche à pousser Florence dans les bras de son ami Willy. C’est en tout cas ce qu’il lui explique longuement en marchant au bord d’une route. De son côté, Florence souhaite présenter David à son père. Les quatre protagonistes se retrouvent dans un restoroute.

Cette mince intrigue n’est qu’une des strates qui composent le dernier film de Quentin Dupieux qui est passé maître dans l’art de la mise en abime. Film dans le film, film sur un tournage, la réalité et la fiction ne cessent de se mélanger et de surprendre le spectateur. Les personnages changent, ne sont pas ce qu’ils paraissaient au départ. Pour incarner ce quatuor à géométrie variable, il fallait quatre grands acteurs : Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon et Raphaël Quenard font ici montre de toute l’étendue de leur talent. Un cinquième larron vient se joindre à cette troupe : Manuel Guillot joue le patron du restoroute. Dans cette satire souvent percutante du monde du cinéma et de son égocentrisme, ce personnage introduit de la gravité, de l’émotion et un brin de malaise. Beaucoup de thématiques actuelles sont également abordées dans « Le deuxième acte » ce qui donne de l’épaisseur à cette comédie fantasque et inventive.

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Chiara Mastroianni passe un casting pour Nicole Garcia et donne la réplique à Fabrice Luchini. La réalisatrice n’est pas satisfaite de la scène et demande à son actrice d’être plus Marcello que Catherine. Toujours renvoyée à sa prestigieuse ascendance, Chiara finit par avoir le cafard et rêve de s’effacer entièrement. Elle se met alors à s’habiller comme son père et à obliger son entourage à l’appeler Marcello. Le seul qui accepte de rentrer dans son jeu est Fabrine Luchini qui aurait aimer tourner avec le grand acteur italien.

Christophe Honoré s’amuse à brouiller les pistes dans son film où les acteurs jouent leur propre rôle ou presque. La perplexité, l’acceptation, la colère, chacun réagit de façon différente à la réapparition de Marcello. Le film suit Chiara dans une balade qui nous entraine jusqu’à Rome et est une belle évocation de la carrière de son père. « Marcello mio » est vertigineux, troublant dans ce jeu entre la réalité et la fiction. Chiara Mastroianni, actrice fétiche de Christophe Honoré, est absolument formidable, d’une fantaisie folle et d’une douce mélancolie. Le rôle était risqué et le pari est réussi. Il y a également beaucoup d’humour dans les répliques, les situations. Fabrice Luchini apporte beaucoup au film, il est pétillant et léger. Le film se déploie comme un songe habité par le fantôme de Marcello Mastroianni. Touchant, drôle, poétique, un régal de cinéma.

Et sinon :

  • Un homme en fuite de Baptiste Debraux : A Rochebrune, petite ville qui décline avec la probable fermeture de son usine, Johnny a disparu après le braquage d’un fourgon blindé qui a mal tourné. L’un des passagers est mort. Une capitaine de gendarmerie est chargée de l’enquête et le recherche activement. Elle n’est pas la seule puisque Paul, l’ami d’enfance de Johnny, est revenu dans sa ville natale pour essayer de l’aider. Le premier film de Baptiste Delvaux est une réussite. Il sait rendre parfaitement l’atmosphère tendue, explosive d’une ville au bord du drame de la désindustrialisation, du chômage et des horizons qui semblent soudain totalement bouchés. Sur ce fond social très fort vient s’inscrire une amitié dense et indéfectible entre Johnny, issu d’un milieu défavorisé et vivant avec une mère fragile, et Paul, bourgeois qui, devenu adulte, a fui son milieu pour devenir écrivain. Leur histoire se développe en flash-backs parfaitement distillés tout au long du film. Pierre Lottin, Bastien Bouillon et Léa Drucker partagent l’affiche de ce film noir et intense.

 

  • L’esprit Coubertin de Jérémie Sein : 2020, qualifié aisément pour les Jeux Olympiques, Paul ne pourra pourtant pas participé suite au baiser enthousiaste de sa coach qui lui refile la mononucléose. Notre champion de tir sera cloué au lit. 2024, cette fois Paul ne va pas rater sa chance. Son talent pour le tir lui promet à coup sûr la médaille d’or. Il est d’ailleurs la dernière chance de la France qui n’a récolté aucune médaille en dix jours ! Mais le très sérieux et rigide Paul va devoir partager sa chambre avec un athlète frivole et plein de charme. De quoi perturber sa concentration mais ce qui pourrait également lui permettre de perdre enfin sa virginité. Après nous avoir régalé avec la série « Parlement », Jérémie Sein nous offre une comédie potache sur les JO. On y retrouve la légèreté, l’esprit piquant de sa série. Le réalisateur s’intéresse surtout aux coulisses des JO, au village olympique qui ressemble ici plus à une cour de maternelle qu’à un lieu de préparation sportive. Les enjeux politiques et les récupérations du gouvernement sont moqués car les athlètes ne sont intéressants que lorsqu’ils gagnent. Benjamin Voisin, totalement méconnaissable, est drôlissime en champion de tir coincé et pas futé. Emmanuelle Bercot semble beaucoup s’amuser dans le rôle de sa coach hyper cool.

 

  • Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen: Dans les années 1860, Vivienne Le Coudy, jeune femme indépendante, fait la connaissance de Holger Olsen, un immigrant danois. Ensemble ils décident de s’installer dans un endroit très reculé du Nevada. Leur maison se situe dans un canyon désertique. A peine le couple installé, Holger décide de s’engager dans l’armée nordiste laissant seule Vivienne. Pour son second film en tant que réalisateur, Viggo Mortensen choisit le cadre très classique du western. Mais ici, la place centrale est occupée par une femme, Vivienne, incarnée par l’éclatante et merveilleuse Vicky Krieps. Les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle, entre le mari qui s’enfuit à peine installé, les membres officiels de la communauté tous corrompus et le fils brutal et violent du maire. Cette touche féministe et la performance de Vicky Krieps font tout l’intérêt de ce western.

 

  • Le tableau volé de Pascal Bonitzer : André Masson est commissaire-priseur dans une société de ventes aux enchères internationale. Il est aussi habile qu’odieux, aussi ambitieux que froid.  Une toile d’Egon Schiele aurait été retrouvé chez un jeune ouvrier chimiste de Mulhouse. André s’y rend avec son ex-épouse, elle aussi du métier, pour authentifier ce tableau et peut-être le mettre en vente. L’histoire du dernier film de Pascal Bonitzer semble improbable mais elle s’inspire de faits réels. L’œuvre, retrouvée miraculeusement, avait été volée à un collectionneur juif pendant la guerre. Avec des dialogues ciselés et un casting impeccable, le réalisateur nous plonge dans le milieu de l’art et dans la sombre histoire de certaines œuvres. Cela aurait du suffire mais Pascal Bonitzer s’éparpille en voulant changer de points de vue à plusieurs reprises (les aventures mythomanes de l’assistante d’André Msason n’apportent par exemple rien au film).

De mes nouvelles de Colombe Boncenne

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« Les espaces que j’habite sont remplis de livres. Et lorsque je me déplace il y a toujours un volume (au moins) dans ma poche, dans mon sac, dans mes bagages. Chez moi, ils agissent comme des remparts, des forteresses, trimballés, ils font office de talismans, d’amulettes. » Le lien à la littérature et à la fiction est extrêmement fort pour la narratrice de ce recueil de textes qui pourraient  presque former un roman. Cette narratrice est écrivaine et chaque nouvelle nous parle du processus créatif, de la naissance de l’inspiration. Le réel et la fiction s’entremêlent, se répondent, s’emboitent comme des matriochkas.

Je découvre Colombe Boncenne avec ce livre dont je suis ressortie enchantée. « De mes nouvelles » a quelque chose de très ludique, qui m’a réjoui, par les correspondances qui se font entre les textes. Une histoire lue au début du livre s’invente au fil d’une conversation quelques chapitres plus loin ; la narratrice farfouille dans son bureau parmi des textes que nous venons de lire. Ce dialogue entre les différents chapitres est délectable et correspond parfaitement à l’idée de la frontière ténue entre réalité et fiction. Le jeu se poursuit par des thèmes récurrents comme le brossage de dents ou la relation entre patient et analyste.

« De mes nouvelles » abordent également le sujet de l’amitié, de l’amour, de la filiation et surtout des disparus. La littérature, celle que l’on lit comme celle que l’on écrit, est un lieu où peuvent exister nos fantômes. Colombe Boncenne le démontre avec beaucoup de douceur et de tendresse.

Aussi touchantes que drôles, les nouvelles, que nous offre Colombe Boncenne, sont une merveille à lire. Merci  à Vleel pour la découverte !

Brancusi contre États-Unis d’Arnaud Nebbache

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1927, la Brummer Gallery de New York prépare une exposition sur le travail de Constantin Brancusi. Son ami, Marcel Duchamp, va la superviser pendant que le sculpteur sera à Paris. Mais l’une des œuvres est retenue par la douane. « Oiseau dans l’espace » est taxée de 4000$ comme un objet manufacturé. Brancusi, furieux, a décidé d’attaquer les États-Unis. Un procès s’ouvre pour déterminer si la sculpture est une œuvre d’art originale ou un simple objet métallique industriel.

La bande-dessinée d’Arnaud Nebbache s’inspire du véritable procès intenté par Brancusi à l’état américain. Il fait de Marcel Duchamp notre témoin, il assiste à toutes les audiences et dessine ce qui s’y passe. Des marchands d’art, des sculpteurs, des collectionneurs, des journalistes se succèdent à la barre pour donner leur avis sur « Oiseau dans l’espace. » Le propos du procès est passionnant et pose de nombreuses questions : qu’est-ce qui définit une œuvre d’art ? Doit-elle forcément être figurative pour émouvoir ? La question de la reproduction de l’œuvre présente également : est-ce une fonte originale ? L’artiste peut-il la reproduire au-delà de deux répliques ?

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En parallèle du procès, on découvre un Constantin Brancusi miné par ce qui se joue à New York. Il peste contre l’incompréhension des américains. « Est-ce qu’ils vont faire chier Claude Monet, lui ? Est-ce qu’ils vont lui demander si ses cathédrales sont des copies sous prétexte que le sujet est trente fois le même ! » Arnaud Nebbache nous montre le milieu culturel dans lequel évolue le sculpteur : Fernand Léger, Jean Cocteau, Man Ray, Satie, Alexander Calder, etc… Un Paris qui bouillonne d’artistes modernes et originaux. Le graphisme de la bande-dessinée, un peu vintage, les gammes chromatiques réduites m’ont beaucoup plu.

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« Brancusi contre États-Unis » est une BD réussie qui permet de découvrir un moment important dans l’histoire de l’art et la reconnaissance de l’abstraction. Et si vous vous demandez si « Oiseau dans l’espace » est bien une œuvre d’art, je vous invite à découvrir l’exposition consacrée à Brancusi au Centre Pompidou.

Un amour de poisson rouge de Kanoko Okamoto

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Après des études dans un institut d’ichtyologie, Kukuichi revient à Tokyo pour reprendre le vivier à poissons rouges de ses parents adoptifs. Il y retrouve Masako, sa voisine depuis l’enfance. Issue d’une famille aisée, c’est son père qui a financé les études de Fukuichi. Après avoir longtemps moqué sa voisine, notre jeune héros en est tombé amoureux. La beauté de Masako le fascine mais lorsqu’il rentre à Tokyo, elle est déjà mariée et a une petite fille. Elle possède un bassin à poissons rouges et elle demande de Fukuichi de créer un poisson incroyablement beau qui fera tout oublier à celui qui le contemple. Rapidement, cette quête du poisson parfait devient obsessionnelle et l’animal va devenir pour Fukuichi une évocation de la beauté de Masako.

« Un amour de poisson rouge » a été publié en 1937 par Kanoko Okamoto (1889-1939), poétesse et nouvelliste japonaise. Ce court texte est le récit, dont une partie est en flash-back, d’un amour contrarié entre Masako et Fukuichi. Leur amour reste à jamais platonique et il sera l’objet d’une cristallisation stendhalienne de la part de Fukuichi. Il sublimera son amour à travers ses recherches du poisson d’ornement parfait. La différence de classe est l’un des obstacles à la réalisation de cet amour mais la personnalité du héros y est également pour beaucoup (Fukuichi est misanthrope, froid et obsessionnel). Kanoko Okamoto décrit parfaitement la complexité psychologique de son personnage.

Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce roman, la relation ténue entre les deux protagonistes est aussi l’occasion pour l’autrice de déployer une atmosphère, des impressions écrites dans une langue luxuriante, poétique, précieuse et riche d’images. La nature tient une place importante dans le roman : « Avant qu’il ne s’en rendit compte, les dernières chaleurs de la journée se dissipèrent dans l’air de plus en plus frais à mesure que la voûte céleste pâlissait, aussi claire et luisante que l’acier poli. Lorsque le ciel prit cette teinte de l’âme resplendissante, les boucles de nuages pourpres qui s’y éparpillaient comme des copeaux de bois se désagrégèrent en un blanc poudroiement de mica. »

Raffiné et subtil tant dans la forme que dans le fond, « Un amour de poisson rouge » m’a séduite et j’ai été ravie de découvrir la plume de Kanoko Okamoto.

 Traduction Lucien d’Azay

Utrillo, mon fils, mon désastre selon Suzanne Valadon de Corinne Samama

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1935, Suzanne Valadon est hospitalisée à l’hôpital américain après une crise d’angoisse. Elle vit un moment critique de sa vie : son mari, André Utter, l’a quittée pour une femme plus jeune et son fils, Maurice Utrillo, veut épouser la meilleure amie de sa mère. Suzanne va se retrouver seule dans son appartement-atelier de Montmartre. 

Corinne Samama prend ce moment comme point de départ à son livre, ainsi que le portrait de Maurice Utrillo peint par sa mère en 1921 et qui se trouve au musée Montmartre où son atelier a été conservé. « Utrillo, mon fils, mon désastre » est le récit du parcours de Suzanne Valadon et de la relation complexe qu’elle a eu avec son fils. Devenue mère à 18 ans, elle ne ressent aucun lien avec le bébé qu’on lui présente. Après avoir été modèle pour Renoir, Toulouse-Lautrec ou Puvis de Chavanne, Suzanne compte bien à son tour devenir une artiste et elle se forme auprès de ceux pour qui elle pose. Pas question de s’embarrasser d’un enfant qu’elle laisse à sa mère qui, elle aussi, a été fille-mère.

Et pourtant, Suzanne Valadon va aussi l’aimer profondément ce fils qui sera toujours tourmenté par les démons de l’alcool, ce qui le conduira à plusieurs reprises à l’asile. Elle initie son fils à la peinture, l’encourage à travailler sans cesse. Maurice Utrillo devient d’ailleurs plus célèbre que sa mère qui gère, avec son mari, son argent pour lui éviter de la ruine. 

Le roman de Corinne Samama souligne bien la modernité et la grande liberté de Suzanne Valadon vis-à-vis des conventions sociales de son époque. Elle eut une vie hors normes :  en s’affranchissant de ses maîtres pour affirmer son talent de peintre et en ayant une vie sentimentale mouvementée. Son œuvre originale et audacieuse est à l’image de sa vie. Un destin atypique qui sera également celui de son fils. 

« Utrillo, mon fils, mon désastre » nous replonge dans l’ambiance de la butte Montmartre à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle au cœur de la relation ambivalente de Suzanne Valadon avec son fils Maurice Utrillo. Leurs vies sont aussi passionnantes que leurs œuvres et je ne peux que vous conseiller de visiter l’atelier de Suzanne Valadon, aujourd’hui intégré au musée de Montmartre,  qui est un lieu habité.