La mariée disparue – Une enquête des sœurs Brontë de Bella Ellis

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Yorkshire, 1845, Matilda French, gouvernante, découvre avec effroi la chambre de sa patronne transformée en bain de sang. S’il s’agit d’un meurtre, le corps de Mme Chester reste introuvable. La nouvelle de ce drame parvient aux oreilles de la fratrie Brontë, qui vit à Haworth, tout près du lieu de résidence des Chester. Deux des sœurs, Charlotte et Emily, sont allées à l’internat avec Matilda French et elles décident de lui rendre visite. Rapidement, les sœurs Brontë sont captivées par le mystère qui entoure la disparition de Mme Chester. Elles décident alors de mener l’enquête.

J’ai toujours du mal à résister à un roman dont le héros est un de mes auteurs préférés tout en étant méfiante quant au résultat. « La mariée disparue » est plutôt une bonne surprise. Bella Ellis exploite bien la biographie de la famille Brontë et elle dépeint chaque membre de manière crédible : la fougueuse et asociale Emily, la douce et posée Anne, les excès de Branwell, la force et la sensibilité de Charlotte. Il est à noter également qu’aucune sœur ne prend plus de place qu’une autre, Anne n’est pas écrasée par ses aînées (et si vous n’avez jamais lu ses romans, je ne peux que vous encourager à le faire). Des clins d’œil aux romans des trois sœurs sont également disséminés dans le cour de l’enquête. L’autrice nous plonge dans les paysages du Yorshire, nous invite au presbytère d’Haworth, l’ambiance du roman est très réussie. Quant à l’enquête, elle tient la route et se lit de manière plaisante même si le suspens n’est pas à couper le souffle.

« La mariée disparue » est un roman qui se lit sans déplaisir. Écrit par une admiratrice des sœurs Brontë, il rend bien compte de leur univers.

Traduction Karine Forestier

Les secrets de ma mère de Jessie Burton

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En 1980, Élise Morceau croise la route de Constance Holden à Hampstead Heath. Cette dernière est plus âgée et est l’autrice d’un roman à succès « Cœur de cire ». Élise se cherche encore, elle exerce plusieurs petits boulots. Les deux femmes tombent sous le charme l’une de l’autre. Le roman de Constance va être adapté par Hollywood et les deux femmes partent s’installer à Los Angeles. Élise s’y sent rapidement perdue.

Trois décennies plus tard, Rose Simmons cherche des réponses sur l’histoire de sa mère qui l’a abandonnée lorsqu’elle était bébé. Il se trouve que sa mère a connu Constance Holden et Rose va tenter de rentrer en contact avec elle. Mais l’écrivaine sort peu et vit en recluse.

J’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de Jessie Burton et mon à priori, avant la lecture de celui-ci, était donc positif. « Les secrets de ma mère » reprend le principe narratif des « Filles du lion ». L’autrice développe en parallèle l’histoire d’Élise et celle de Rose, les deux ayant se déroulant à des époques différentes. Au travers du récit de ces deux femmes, Jessie Burton questionne la maternité, comment elle peut perturber la vie d’une femme, comment la fibre maternelle peut ne pas être une évidence. Ces deux parties comportent quelques longueurs et auraient sans doute gagné à être plus courtes pour être plus percutantes. Le personnage le plus intrigant du roman est sans aucun doute Constance Holden. Je crois que j’aurais aimé qu’elle soit au centre du roman et notamment que Jessie Burton interroge davantage son rapport à la fiction.

« Les secrets de ma mère » est une petite déception. Le point de départ du roman m’a plu mais mon intérêt s’est peu à peu émoussé. J’espère que le prochain livre de Jessie Burton sera à la hauteur des deux premiers.

Traduction Laura Derajinski

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les enquêtes de Jane Austen, le fantôme de l’abbaye de Julia Golding

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1789, la jeune Jane Austen va devoir remplacer sa sœur Cassandra comme dame de compagnie auprès de Lady Cromwell à l’abbaye de Southmoor. A 13 ans, cette semaine passée loin des siens s’annonce comme ennuyeuse et une pénible corvée. Son frère Henry arrive à réveiller un peu sa curiosité en lui parlant du fantôme du moine qui hanterait les ruines de l’abbaye. Jane, accompagnée de son fantasque chien Grandison, part à Southmoor avec une mission  : prouver que le fantôme n’existe pas. Mais bien d’autres évènements vont venir perturber son séjour.

J’avais lu il y a quelques années « Jane Austen à Scargrave manor » où Stephanie Barron transformait l’autrice en détective. Le roman était sympathique mais je n’en garde que peu de souvenir. J’étais donc curieuse de découvrir ce que Julia Golding allait faire avec la même idée de départ. La bonne idée est d’avoir choisi une jeune Jane Austen en laquelle les jeunes lecteurs, à qui s’adresse le roman, pourront s’identifier. Julia Golding dresse le portrait d’une jeune fille intelligente, facétieuse et pleine d’esprit. Il y a beaucoup d’humour dans ce texte notamment à travers ses lettres et ses encarts comme sa page nécrologique pour sa robe mousseline ou sa non-invitation au bal d’anniversaire du fils de Lady Cromwell. J’ai apprécié les références, les clins d’œil à l’œuvre de Jane Austen et particulièrement à « Northanger Abbey ». L’intrigue se tient et comme souvent chez la romancière anglaise, la question de l’héritage est centrale.

« Les enquêtes de Jane Austen, le fantôme de l’abbaye » se lit avec beaucoup de plaisir. Les personnages sont attachants, l’ironie mordante de Jane Austen m’a enchantée et j’espère que cette série donnera envie à de jeunes lecteurs de découvrir son œuvre.

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Séducteurs en Équateur de Vita Sackville-West

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« C’est en Égypte qu’Arthur Lomax contracta l’habitude qui, à la suite d’expériences diverses, le conduisit finalement à l’échafaud. » C’est dans son club que notre héros croise le chemin de M. Bellamy. Ce dernier partait en bateau pour l’Égypte et l’un de ses passagers lui avait fait faux bond. Il proposa donc à Arthur Lomax de l’accompagner modifiant ainsi la destinée du jeune homme.

« Séducteurs en Équateur » est une étrange novella qui ne ressemble en rien à ce que Vita Sackville-West a l’habitude d’écrire. Ce texte fut le premier qu’elle publia à la Hogarth Press, la maison d’édition des Woolf. « Séducteurs en Équateur » est d’ailleurs dédié à Virginia Woolf. Et on sent que Vita Sackville-West a voulu rendre hommage ou faire un clin d’œil à son amie. L’autrice s’est en effet inspiré du stream of consciouness de Virginia mais en le maitrisant moins bien !

L’idée de départ de ce texte me plaisait beaucoup : qu’a fait Arthur Lomax pour finir sur l’échafaud ? Mais Vita n’est pas Agatha Christie et elle nous le dit très clairement ! Ce qui l’intéresse ici, c’est de questionner la perception de la réalité qui diffère d’une personne à l’autre. Arthur Lomax découvre lors de son voyage en Égypte qu’il peut travestir la réalité pour la rendre plus agréable. La métaphore utilisée par Vita est légèrement trop appuyée et des ellipses rendent la narration un peu étrange. « Séducteurs en Équateur » finit par ressembler uniquement à un exercice de style.

Ce texte de Vita Sackville-West est une curiosité pour ses admirateurs mais je vous déconseille de commencer par lui si ne l’avez jamais lue.

Traduction  Brigitte Carcenac de Torné

Le festin de Margaret Kennedy

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1947, Cornouailles, le révérend Gerald Seddon vient passer quelques jours à St Sody chez son ami le révérend Samuel Bott. Balades, observation des oiseaux, parties d’échecs, voilà les activités qui ponctuaient habituellement les vacances des deux compères. Mais cette fois, le révérend Seddon trouve son ami fort préoccupé. Ce dernier doit en effet écrire une oraison funèbre. L’hôtel de Pendizack a été entièrement détruit après l’éboulement d’une falaise. Celle-ci avait été fragilisée par l’explosion d’une mine dans une crique. Des résidents de l’hôtel ont péri dans la catastrophe.

Quel grand plaisir de lire ce texte de Margaret Kennedy si singulier et intelligemment construit. Suite au prologue entre les deux révérends, le roman est un long flash-back qui revient sur les jours précédents le drame. La narration est déjà par ce fait originale mais Margaret Kennedy nous propose également différents modes narratifs : le journal de l’un des personnages, des notes dactylographiées du révérend Bott, différents points de vue développés dans le même chapitre (la messe du dimanche et le débat politique sont des bijoux, des moments de bravoure dans la construction narrative). A cela, s’ajoute le fait que « Le festin » est à la fois une comédie sociale, un roman à suspens (durant tout le livre, le lecteur se demandera qui va périr dans l’accident et Margaret Kennedy nous rappelle régulièrement l’épée de Damoclès qui est suspendue au-dessus de ses personnages) et un conte moral. En effet, le thème des sept péchés capitaux a présidé à la rédaction du roman et ils se retrouvent dans le caractère des personnages.

La galerie de personnages est savoureuse et nous propose un large panel de la société anglaise : un Lord et sa famille, un couple brisé par la mort de leur enfant, un chanoine colérique et sa fille, une écrivaine bohême et son chauffeur, une veuve désagréable et ses trois filles, une femme de chambre bienveillante, une intendante envieuse et curieuse. Au fur et à mesure, certains personnages dévoilent des secrets, un côté sombre et vil. D’autres au contraire, se révéleront altruiste, courageux et plein d’espoir. Le choix de la période de l’après-guerre n’est pas un hasard : les difficultés matérielles sont de bons révélateurs de la nature humaine. Le gouvernement socialiste ne fait qu’exacerber les différences de classes sociales dans la population anglaise et a fortiori chez les résidents de l’hôtel de Pendizack.

« Le festin » est un roman aussi divertissant que profond dans son analyse de la nature humaine, qu’elle soit sombre ou lumineuse. Margaret Kennedy revisite le roman anglais avec talent, brio et une dose bienvenue d’ironie.

Traduction Denise Van Moppès

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette belle découverte.

Une chambre au soleil de John Braine

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« Nul rêve n’était possible à Dufton où la neige semblait noircir avant même de toucher le sol. Là-bas, Noël paraissait toujours un peu honteux de lui-même, comme s’il avait trop conscience de n’être qu’un gaspillage d’argent. Tout simplement, Dufton et la gaieté n’allaient pas ensemble. » C’est cette ville que Joe Lampton veut fuir à tout prix. Il part s’installer à Warley, une ville plus prospère, où il compte réussir. Comptable, il est embauché à l’Hôtel de ville. Par le biais de ses logeurs, il intègre la troupe de théâtre des Thespians et y fait de nombreuses rencontres notamment féminines. Son intérêt se porte rapidement sur Susan qui appartient à un milieu social élevé. Un bon argument pour notre jeune héros ambitieux et envieux des richesses des autres.

Les éditions du Typhon continuent à nous faire découvrir le mouvement littéraire des angry young men qui écrivirent dans les années 50-60 en Angleterre. Le livre de John Braine fut d’ailleurs adapté au cinéma en 1959 par Jack Clayton et il valut le prix d’interprétation à Cannes et l’oscar de la meilleure actrice à Simone Signoret. L’auteur disait s’être inspiré de « Bel ami » pour écrire « Une chambre au soleil ». Et effectivement, le roman est le récit d’une ascension sociale. Joe rejette son milieu (son père était ouvrier), sa ville d’origine. Il ne rêve que de luxe, de confort, d’un statut imposant. Il compte sur son charme et ses compétences professionnelles pour y parvenir. Mais Joe va rapidement réaliser que la guerre n’a rien changé à la hiérarchie des classes sociales, l’ancien monde est toujours là et Joe subira la condescendance et le paternalisme de ceux qui ont le pouvoir et l’argent.

Ce qui rend « Une chambre au soleil » passionnant, c’est la psychologie de Joe Lampton. Certes, il est prêt à tout pour réussir mais la culpabilité l’habite sans cesse. Son conflit intérieur est au cœur du roman et c’est ce qui humanise Joe. Il veut pénétrer le monde des puissants mais il craint de devenir aussi cynique qu’eux. La lucidité de Joe lui permet de ne jamais être dupe. Mais cette mutation sociale aura un goût extrêmement amer, le prix à payer pour changer de vie sera plus lourd que ce que notre héros imaginait.

« Une chambre au soleil » est un roman très cruel, rageur et politique dans son constat sans concession de la société anglaise d’après-guerre. Merci aux éditions du Typhon de nous permettre de découvrir cette pépite de la littérature anglaise.

Traduction Sarah Londin

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Vacances de Noël de Somerset Maugham

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Contrairement à la tradition familiale, Charley Mason va passer Noël à Paris, loin de ses parents qui iront passer les fêtes dans la belle demeure de son oncle. Charley va retrouver un camarade de classe, Simon, qui est devenu journaliste. Les retrouvailles ne sont pas à la hauteur de ce qu’espérait Charley. Simon se montre distant et froid. Les vacances de Noël ne se déroulent pas vraiment comme prévu et cela n’est qu’un début. Charley croise la route d’une belle jeune femme russe dans un bordel, celle-ci est également l’épouse d’un criminel. Notre jeune anglais décide néanmoins de passer la soirée avec elle.

Le début de « Vacances de Noël » me plaisait énormément. Somerset Maugham dépeint avec beaucoup d’ironie la famille bourgeoise de Charley, engoncée dans ses habitudes et son confort. Je m’attendais donc à une comédie légère et pleine d’humour. Le ton change radicalement à l’arrivée de notre héros à Paris. Le roman devient un récit d’apprentissage. Charley, couvé et choyé, est confronté à un univers qu’il n’imaginait pas. Ce qu’a vécu la jeune russe, ce qu’elle a enduré et ce qu’elle s’inflige, bouleverse le jeune homme. Son destin à lui est tout tracé, il doit prendre la suite de son père. Charley ne questionnait ni sa vie, ni son monde avant son séjour à Paris. Cette idée était intéressante et d’ailleurs la dernière phrase du livre illustre parfaitement ce qui est arrivé au héros. Mais à l’intérieur de l’histoire de Charley, se développe celle du mari de la jeune russe et de son crime. Et là, Somerset Maugham m’a perdue. J’ai trouvé que cette histoire s’étirait en longueur et elle m’a ennuyée.

Ma lecture de « Vacances de Noël » fut mitigée. J’ai apprécié l’ironie du début mais malheureusement l’ennuie m’a gagnée au fur et à mesure. 

Traduction E.R. Blanchet

Peter Ibbetson de George du Maurier

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Du fond de sa cellule, Peter Ibbetson décide d’écrire ce que fut sa vie. Son enfance, dans le 16ème arrondissement de Paris, fut bienheureuse et laissa des souvenirs indélébiles. Par la suite, le malheur frappa la famille de Peter qui fut envoyé en Angleterre chez un oncle inconnu de lui. Loin de son éden de Passy, Peter ne trouve satisfaction nulle part. Après l’école, il s’engage dans la Garde de sa Majesté pour la quitter rapidement et devenir architecte. La vie réelle n’est pas à la hauteur des souhaits de notre héros. « Je tâchais d’écrire, je tâchais de dessiner, je m’efforçais de me créer une vie intérieure, loin de la sordide et vulgaire laideur, et dans laquelle je puisse me réfugier, une oasis bien à moi afin de m’élever un peu, ne serait-ce que spirituellement, au-dessus des contingences dans lesquelles il avait plu au Destin de me plonger. » Ce monde intérieur va se développer de manière surprenante après la rencontre de Peter avec Mary, duchesse de Towers.

George du Maurier (1834-1896), le grand-père de Daphné, nous offre là un très surprenant roman. Entré tardivement en littérature, George du Maurier écrit « Peter Ibbetson » en 1891, il s’agit de son premier roman. Il connut ensuite un succès fracassant avec son deuxième roman « Trilby », au grand désespoir de son ami Henry James (David Lodge en parlait avec beaucoup d’humour dans « L’auteur ! L’auteur ! »).

« Peter Ibbetson » semble contenir plusieurs romans en un seul : roman d’apprentissage, roman d’amour, roman fantastique. Le début du livre est le récit réaliste de l’enfance et du commencement de la vie d’adulte de Peter. Le ton change ensuite pour l’histoire d’amour qui est la plus insolite que j’ai eu l’occasion de lire. Elle est extrêmement romantique, lyrique et le merveilleux la magnifie sans que je puisse vous en dévoiler plus. La vie intérieure l’emporte sur la vie réelle. Finalement, l’intrigue du roman tourne essentiellement autour de l’enfance du héros, il est hanté, habité par ses souvenirs heureux à Paris. Peter cherche toujours à retrouver son paradis perdu.

Malgré quelques longueurs, je vous conseille la lecture de « Peter Ibbetson », roman dont l’intrigue est surprenante et originale. Peter Ibbetson est un personnage attachant et qui vit une histoire hors-norme et merveilleuse.

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Nouveau départ d’Elizabeth Jane Howard

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Juillet 1945, la guerre est terminée et les membres de la famille Cazalet vont peu à peu quitter la demeure de Home Place pour regagner Londres. Chacun tente de retourner à sa vie mais rien ne pourra véritablement être comme avant. Londres porte les stigmates profonds des années de guerre : « L’état de Londres l’horrifiait. Sacs de sable, fenêtres obstruées par des planches, bâtiments sales, peinture écaillée – une impression générale d’épuisement, de sordide. Les gens dans la rue avaient la mine grise, l’allure miséreuse et attendaient, fatigués, en files désordonnées aux arrêts de bus. » La famille Cazalet, comme la capitale anglaise, mettra du temps à se reconstruire et à panser ses plaies.

« Nouveau départ » est déjà le quatrième tome de la saga consacrée à la famille Cazalet à laquelle chaque lecteur s’est terriblement attachée. On retrouve la narration alternée qui ici offre plus de place à des personnages secondaires comme Christopher, le cousin de Louise, qui m’avait tant touché dans « A rude épreuve ». Archie, l’ami de Rupert, prend encore de l’importance et il devient le proche confident de plusieurs membres de la famille.

Bien entendu, nous continuons à suivre l’évolution des trois cousines : Louise, Polly et Clary, qui grandissent dans un monde bien différent de celui de leurs mères. Les femmes ont pris une place importante dans la société durant la guerre et cela a ouvert des possibilités aux trois jeunes femmes. Elles travaillent pour être indépendantes, pour s’épanouir. Le patriarcat n’a bien-sûr pas disparu et les regards, les gestes déplacés des hommes ponctuent leur quotidien. Le monde change, les conservateurs ont perdu les élections, mais certaines choses prendront du temps. La force de cette saga familiale est vraiment la possibilité que nous offre Elizabeth Jane Howard de voir évoluer ses personnages dans le temps et la manière dont elle les inscrit fortement dans le contexte sociétal et historique.

« Nouveau départ » sonne vraiment comme la fin de la série romanesque et pour cause, Elizabeth Jane Howard écrivit « La fin d’une ère », le tome V, dix-huit ans après les autres volumes et l’intrigue se déroulera neuf ans après la fin de « Nouveau départ » rompant ainsi la continuité historique et narrative. Dans ce quatrième tome, chaque personnage semble avoir trouvé sa place ou s’en approche. L’auteure nous donne des nouvelles de nombreux membres de la famille comme si nous n’allions plus les retrouver. J’appréhende donc un peu la lecture du dernier volume et j’espère qu’il ne me paraitra pas superficiel par rapport aux quatre autres.

« Nouveau départ » complète à merveille la fresque romanesque écrite par Elizabeth Jane Howard. L’élégance de son écriture, l’intelligence de sa construction, son sens de l’ellipse m’ont à nouveau permis de me régaler.

Traduction Cécile Arnaud

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La sirène, le marchand et la courtisane de Imogen Hermes Gowar

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A Deptford en 1785, Jonah Hancock est un marchand qui vit de manière austère. Veuf, il mène son commerce sérieusement et sans extravagance. Mais M. Hancock est actuellement très inquiet. L’un de ses navires, la Calliope, n’est pas revenu à la date prévue et il n’a aucune nouvelle de son capitaine. Ce dernier finit par réapparaitre un soir de septembre. Il a vendu la Calliope et revient avec une bien étrange marchandise : une sirène. Le sage M. Hancock est au départ effaré par cette transaction qui met en péril sa réputation. Néanmoins, il finit par accepter d’exposer sa chimère :  l’engouement est immédiat et va mener M. Hancock jusqu’à Londres et à un monde qui lui était inconnu.

« La sirène, le marchand et la courtisane » est le premier roman d’Imogen Hermes Gowar qui se déroule dans l’Angleterre géorgienne et elle y distille une pointe de conte. La reconstitution historique est l’un des points forts du roman. L’auteure nous plonge dans les bas-fonds comme dans la haute société avec beaucoup de facilité. Les descriptions des mœurs de l’époque, notamment le monde des courtisanes, sont crédibles et semblent bien documentées.

Imogen Hermes Gowar nous propose une belle galerie de personnages qui, sans la sirène, n’auraient jamais eu l’occasion de se croiser. La créature n’est d’ailleurs pas un prétexte et j’ai trouvé que l’auteure utilisait bien son idée de départ. La sirène est le fil rouge de l’intrigue et des nombreux rebondissements qui interviennent dans la vie de M. Hancock. La lecture est plaisante, fluide mais le roman m’a semblé un peu trop long. L’auteure a voulu abordé beaucoup de sujets dans son livre et certains ne me paraissent pas aboutis (l’histoire de Polly, la jeune courtisane noire notamment).

« La sirène, le marchand et la courtisane » est un divertissement de qualité, l’idée de la sirène est bien exploitée mais le roman aurait sans doute gagné à être un peu élagué.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Traduction Maxime Berrée