Le chasseur de Darwyn Cooke et Richard Stark

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John Dortmunder, créé par Donald Westlake, est un de mes personnages littéraires préférés. Cambrioleur brillant et ingénieux, il manque de chance et ses coups échouent souvent spectaculairement. Dans la bibliographie foisonnante de Donald Westlake existe le double sombre de Dortmunder : Parker. Voleur lui aussi, il est froid, brutal et d’une efficacité redoutable.

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Avant de me lancer dans la découverte de la série de romans consacrée à Parker (écrite sous le pseudonyme de Richard Stark), j’ai commencé par la bande-dessinée de Darwyn Cooke adaptée du premier volet : « Le chasseur » (merci aux éditions Dargaud d’avoir conservé le titre original « The hunter », qui a été traduit par « Comme une fleur » lors de sa publication chez Gallimard). Parker sort d’un séjour en prison après s’être fait doubler par sa femme et un partenaire engagé sur un gros casse. En sortant, il n’aura de cesse de se venger et de récupérer l’argent qui lui est dû.

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Le graphisme de cette bande-dessinée de Darwyn Cooke évoque le New York des années 60. Nous sommes plongés dans la belle époque du hard-boiled et du film noir hollywoodien. Les femmes ont la taille cintrée et le verre de whisky n’est jamais loin. Le style est épuré, il joue avec les ombres, la bichromie et rend parfaitement la noirceur des romans de Richard Stark. L’entrée en matière est absolument brillante : 13 pages quasiment muettes qui présentent le personnage de Parker, sa détermination, sa brutalité et son talent de cambrioleur. Le découpage des scènes est très cinématographique comme l’écriture de Donald Westlake (je suppose que cette caractéristique reste vraie chez Richard Stark).

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Cette adaptation du premier roman des aventures de Parker est une belle réussite grâce à un dessin sombre, contrasté qui rend bien l’ambiance des romans noirs et permet de découvrir un personnage de dur à cuire à l’ancienne, toujours prêt à jouer des poings pour s’imposer.

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Catharsis de Luz

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« Catharsis » est bien le terme qui exprime ce que Luz a voulu faire avec cette bande dessinée et son utilité pour lui. Après les attentats de Charlie-Hebdo, auxquels Luz échappa grâce à l’achat d’une galette des rois, le dessinateur n’arrivait plus à pratiquer son art. Ne sortaient de son stylo que de petits personnages aux yeux gigantesques, images de la sidération de Luz face à la mort violente de ses amis. Le dessin est revenu peu à peu et il exprime toute la douleur, la culpabilité d’être encore en vie.

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Luz raconte dans « Catharsis » le jour de l’attentat (le jour de son anniversaire) et la vie d’après, celle des médias, des gardes du corps, de l’angoisse qui le tenaille sans cesse (pour l’apprivoiser, Luz l’appelle Ginette !) et du deuil impossible (très belles pages intitulées « Faut que je te raconte » où Luz discute devant la tombe ouverte de Charb comme pour achever un dialogue brutalement interrompu).

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Mais il y a aussi de la lumière dans « Catharsis », des frémissements de retour à la vie : la lecture de « Shining » qui fait taire Ginette, un rêve autour de l’architecture de Frank Lloyd Wright, l’évasion imaginaire de la surveillance des gardes du corps et surtout l’amour. La compagne de Luz est très présente dans l’album et c’est sa présence, ses caresses qui ramènent le dessinateur du côté de la vie.

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« Catharsis » est un album douloureux, désespéré mais il est également empreint de poésie, d’espoir. Jamais larmoyant, il montre juste un homme essayant de rester debout.

Merci au site de bandes dessinées en ligne Sequencity pour cette lecture.

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Literary life de Posy Simmonds

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« Literary life » est un recueil de chroniques publiées entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review par Posy Simmonds. Il s’agit du supplément littéraire du grand quotidien et c’est bien de la vie littéraire  dont nous parle l’auteur de « Gemma Bovery ». Et plus précisément des coulisses de la vie littéraire : la solitude de l’écrivain devant la feuille blanche, les séances de dédicace où personne ne vient, les cocktails de maison d’édition mais également la vie d’une petite librairie de quartier et l’impact du métier d’écrivain sur l’entourage. Posy Simmonds nous montre des écrivains à l’ego démesuré, malmenés, qui sont souvent coupés du monde réel et à la sensibilité à fleur de peau. Le regard de l’auteur est très acide, ironique sur ce monde littéraire mais il y a aussi de la tendresse envers les écrivains qui souffrent souvent de solitude et sont habités par le doute.

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Elle nous entraîne également dans la fiction pure avec deux personnages récurrents : Rick Raker, agent spécial qui fait penser à Bogart quand il incarnait Marlowe, et le docteur Derek assisté de nurse Tozer. Le premier peut vous aider à ruiner la réputation d’un adversaire écrivain. Le second soigne tous les bobos de l’écrivain : la panne d’écriture, l’étreintement par les critiques, l’accouchement de l’œuvre, la diarrhée verbale. Le docteur Derek a une solution à tous les problèmes ! C’est un personnage très réussi, très drôle et l’on prend plaisir à le retrouver.

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La dessinatrice alterne aussi les formats avec des pages de bandes dessinées classiques en noir et blanc et des dessins pleine page en couleurs.

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L’ensemble est très homogène et très plaisant avec des moments touchants mais surtout avec beaucoup d’humour. Mention spéciale à la page consacrée à Jane Austen qui se demande si elle va revenir du pays des morts pour recevoir les nombreux éloges qui lui sont adressés de nos jours. Je vous laisse découvrir si elle choisit où non de passer de l’autre côté !

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Lulu, femme nue de Étienne Davodeau

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Lulu passe un entretien d’embauche après s’être occupée pendant seize ans de ses trois enfants. Son manque d’expérience et de confiance est rédhibitoire pour l’employeur potentiel. Déprimée, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle le soir même. Elle dîne  avec une femme rencontrée dans l’hôtel où elle passe la nuit. Elle propose à Lulu de la déposer le lendemain sur la côte vendéenne. Lulu refuse puis change d’avis le lendemain matin. Une fois sur la côte, elle se promène, observe les gens et surtout décide de profiter de quelques jours de liberté loin de ses proches pour faire un point sur sa vie. L’errance de Lulu lui fera rencontrer de belles personnes comme Charles et ses frères, Marthe une vieille femme qui l’hébergera pendant quelques temps.

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J’avais absolument adoré le film de Sólveig Anspach tiré de la bande dessinée de Étienne Davodeau. J’ai retrouvé dans la bande dessinée des personnages originaux et attachants ainsi qu’un magnifique souffle de liberté. Lulu semble être happée par le vent du large, l’horizon immense de la mer. Au fur et à mesure de son errance, elle se libère de son quotidien morose et ankylosé. Elle apprend à écouter les autres, à les observer, à agir selon ses envies. Les conversations de ses amis, réunis pour tenter de comprendre sa fugue, montrent une femme éteinte, fatiguée et attestent de l’audace de son geste. Cette bande dessinée est pleine d’humanisme, de tendresse pour les personnages. Lulu y découvre que les petits riens peuvent produire de grandes histoires et qu’ils font parfois le sel de la vie. Une femme ordinaire de quarante ans qui s’évade pour se retrouver, qui n’a pas rêvé un jour de vivre une telle parenthèse enchantée loin du train-train de la vie ?

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Mon seul bémol par rapport à cette bande dessinée concerne la fin. Le film présentait une fin quelque peu différente qui me semble mieux souligner le changement de Lulu, sa capacité à se prendre à nouveau en main et signait son indépendance.

Cette bande dessinée démontre encore une fois l’humanisme de l’auteur qui sait être attentif et en empathie avec ses personnages. Une jolie ode à la liberté.

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Une lecture commune avec Noctenbule.

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet

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Louise Landy et Paul Grappe se rencontrent avant la 1ère Guerre Mondiale. A peine sont-ils mariés que Paul part pour le front. Subissant l’horreur de la vie dans les tranchées et voyant ses camarades périr, Paul décide d’échapper à la guerre en se tranchant l’index de la main droite. Une fois son doigt cicatrisé, il doit retourner au front. Impossible, inimaginable, Paul devient déserteur. Louise et Paul vivent alors dans une petite chambre avec le salaire de couturière de la première. Paul tourne en rond, s’ennuie, boit de plus en plus. Un soir, il essaie les vêtements de sa femme et sort dans la rue. Voilà la solution pour retourner dans le monde ! Louise va aider son mari à devenir Suzanne, à lui trouver un travail. Mais Paul va finir par se prendre au jeu et va être véritablement Suzanne : une femme libre, rayonnante et passant ses soirées au bois de Boulogne. La vie de couple entre Louise et Paul devient vite très compliquée.

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J’avais lu beaucoup de billets élogieux sur la bande-dessinée de Chloé Cruchaudet et le mien sera du même acabit. Le sujet est déjà passionnant et étonnant puisqu’il s’agit d’une véritable histoire. Paul a dû se cacher pendant dix ans avant que les déserteurs ne soient amnistiés. Quand on connaît la monstruosité de la 1ère Guerre Mondiale, on ne peut que comprendre son acte. A cet égard, il faut souligner la capacité de Chloé Cruchaudet à montrer l’horreur de la vie des soldats à travers les pages où Paul est au front mais également à travers les saisissantes images de ses cauchemars.

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Subtilement, l’auteur nous montre le basculement de Paul qui peu à peu devient totalement une femme. Ce sont de petits détails qui nous le signalent : Paul dort en nuisette, se rase les poils du torse, reste habillé en femme lorsqu’il est dans l’appartement. Et durant toutes ces années, Louise est restée avec lui, amoureuse malgré tout de son homme. Leur relation passe de la tendresse à la violence, on sait dès le départ que leur histoire va mal se terminer mais entre ces deux-là l’amour est passionné, fiévreux. Chloé Cruchaudet étudie avec finesse ses deux personnages et rend parfaitement compte de la complexité de leur relation.

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Enfin, il faut noter la beauté des dessins façon fusain, tout en nuance de gris et avec une utilisation particulièrement originale de la couleur (notamment le rouge signe de l’affirmation de la féminité).

« Mauvais genre » est une bande-dessinée particulièrement réussie de par la qualité de son intrigue et la beauté de ses dessins. A lire absolument !

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Les vieux fourneaux de Lupano et Cauuet

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Après 50 ans de vie commune, Antoine doit dire adieu à sa femme Lucette. A la crémation doivent le rejoindre ses deux grands amis d’enfance : Pierrot et Mimile. Lucette et Antoine ont tous deux travaillé dans le laboratoire Garan-Servier. Elle quitta ce travail  pour créer le théâtre de marionnettes du loup en slip et parcourait la campagne avec sa camionnette rouge. Pierrot, anarchiste pur et dur, passa un an en prison pour avoir démoli une machine chez Garan-Servier. A contre-courant toute sa vie, il continue à être un activiste au sein de son groupe de non-voyants anarchistes « Ni yeux, ni maître » ! Émile, quant à lui, a fait plusieurs fois le tour du monde , a joué au rugby aux Iles Samoa et a fait des affaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lucette a laissé une lettre à Antoine chez le notaire. Lui qui vénérait sa femme, a la mauvaise surprise de découvrir qu’elle a eu une aventure avec le directeur de Garan-Servier. Sa jalousie le pousse à prendre la route pour le retrouver et le tuer. A sa suite, Pierrot et Mimile cherchent à l’arrêter à bord de la camionnette rouge de Lucette. C’est Sophie, la petite-fille d’Antoine, qui les conduit.

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Voilà une bande-dessinée extrêmement réjouissante et réussie. Les trois amis d’enfance sont des personnages haut en couleur et absolument attachants. Les trois caractères sont tout de suite bien croqués. Toujours en colère, toujours prêts à en découdre, les vieux camarades nous entraînent dans un road-movie joyeusement décalé.

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Le ton est truculent, impertinent et les dialogues sont savoureux. Mais il y a aussi beaucoup d’émotions, de sensibilité. Les flashbacks nous montrent nos trois amis enfants, jouant aux pirates, une amitié profonde et inébranlable. Il nous montrent également l’histoire d’amour de Lucette et d’Antoine nous permettant de mieux comprendre la réaction violente et viscérale d’Antoine. Cette bande-dessinée met également en avant l’engagement des trois hommes. Syndicaliste, anarchiste ou baroudeur, chacun à sa manière a su défendre ses idéaux et les appliquer. Et quel plaisir de voir ces trois vieillards indignes tenir la vedette d’une bande-dessinée !

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Le scénario, les dialogues, les dessins réalistes et précis contribuent à la réussite de cette bande-dessinée. Un véritable régal que je vous recommande de toute urgence. Vivement la lecture du tome 2 !

Moby Dick de Chabouté

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« Moby Dick » d’Hermann Melville est un livre qui n’a cessé d’inspirer d’autres créateurs depuis son écriture. Cette fois, c’est Chabouté qui se mesure au mythe du cachalot blanc.

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Chacun connaît l’histoire. Le capitaine Achab est décidé à tuer la baleine blanche qui un jour lui arracha la jambe. Sa vengeance est devenue une obsession et sa seule et unique raison de vivre. Il entraîne malgré lui tout un équipage sur le Pequod et une fois le rivage de Nantucket loin des yeux, il révèle son véritable dessein. A bord, un jeune homme, novice de la chasse à la baleine et qui a suivi son ami harponneur Queequeg, porte le nom d’Ismaël. Dans le roman de Melville, c’est lui le narrateur de cette dantesque chasse à la baleine.

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L’adaptation de Chabouté est tout simplement superbe et je remercie Jérôme d’en avoir parlé. Je n’ai pas lu le roman de Melville mais je l’imagine comme la bande-dessinée de Chabouté : tragique, sombre, tendu, poétique et mystique. Tous les dessins sont en noir et blanc. Les contrastes, le noir profond rendent parfaitement l’atmosphère pesante, le poids du destin qui pèse sur les épaules des différents protagonistes. Chabouté a le sens de la mise en scène dans ses cases et ses pages. Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait du roman qui donne le ton, l’esprit de ce qui va suivre.

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Il y a un vrai souffle épique dans cette bande dessinée en deux volumes et esthétiquement elle est remarquable. Je joins mes louanges à celles de Jérôme et je vous conseille chaleureusement de monter à bord du Pequod.

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Moderne Olympia de Catherine Meurisse

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 « Moderne Olympia » est au départ une commande du musée d’Orsay, coéditeur de l’album avec Futuropolis. Olympia, celle du célèbre tableau de Manet, rêve de premiers rôles et elle aimerait surtout jouer la Juliette de Shakespeare. Malheureusement, elle n’obtient que des rôles de figuration dans les « Romains de la décadence » de Thomas Couture ou dans « Les Oréades » de Bouguerau. Elle a également été doublure cuisses dans « L’origine du monde » de Courbet ! Elle se désespère et voit Vénus rafler tous les premiers rôles. Contrairement à celle-ci, Olympia ne fait pas partie des officiels. Mais sur l’un de ses tournages, elle fait la connaissance de Romain. C’est l’amour fou ! C’est cette histoire entre un officiel et une refusée qui va mettre le feu aux poudres au musée d’Orsay.

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Quel régal absolu ! « Moderne Olympia » est un énorme coup de cœur. Je trouve l’idée de départ excellente : faire sortir les personnages de leur toile et les faire vivre, les faire se rencontrer. Catherine Meurisse mélange les toiles du musée d’Orsay avec deux comédies musicales américaines : West Side Story et Chantons sous la pluie. Les officiels et les refusés s’affrontent comme les Sharks et les Jets ; « Inondation à Port-Marly » de Sisley nous permet de retrouver Gene Kelly ! Le mélange est réjouissant et surtout particulièrement réussi.

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L’humour est bien évidemment très présent. J’ai vraiment beaucoup ri  des détournements des œuvres (et des plaisanteries idiotes du fifre de Manet !). Par exemple, « Les Oréades » de Bouguereau devient un saut sans parachute d’une nuée de figurantes. L’asperge, servant de modèle à Manet, permet à Olympia, toujours nue, de vérifier que ses seins ne tombent pas ! Mon préféré est l’utilisation des Nymphéas qui permettent une fuite discrète du fifre (instrument de musique qui trouve une utilité inattendue) et de Romain. Je ne vais pas tout vous raconter, chaque page recèle des trouvailles drôlissimes.

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En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, je me suis également amusée à retrouver et à identifier les oeuvres utilisées par Catherine Meurisse. Je n’ai pas réussi à toutes les repérer mais on y trouve aussi bien Manet que Cabanel, Courbet, Van Gogh, Couture, Messonier, Monet, Degas, Le douanier Rousseau, … Cela donne bien entendu envie de retourner explorer les allées du musée d’Orsay.

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« Moderne Olympia » est une bande dessinée parfaitement réussie qui sait rendre hilarantes et accessibles les œuvres du musée d’Orsay.

Le chien qui louche d’Etienne Davodeau

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Voilà bien longtemps que je voulais découvrir cette BD, c’est enfin chose faite. Fabien est surveillant au musée du Louvre. Loin des stéréotypes, il prend plaisir à son métier. Il aime discuter avec les habitués, les passionnés comme M. Baloutchi. Sa vie privée se passe également très bien. Fabien est en couple depuis peu avec Mathilde, une jeune femme libre et vive. Celle-ci décide de présenter son amoureux au reste de sa famille. Son père et ses frères travaillent ensemble dans une entreprise de meubles. Ils sont un peu rustres mais attachants. Lorsqu´ils découvrent le métier de Fabien, ils décident de lui montrer le tableau de leur aïeul. La toile représente un chien qui louche et est très loin d’être un chef-d’œuvre ! Fabien est bien trop poli pour donner son avis et se retrouve embarqué dans une drôle d’aventure : la famille de Mathilde veut faire rentrer « Le chien qui louche » au Louvre !

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La thématique ne pouvait que me plaire et Étienne Davodeau rend un bel hommage au Louvre et aux gens qui y travaillent. J’ai beaucoup aimé le passage où les gardiens parient sur le temps qu’il leur faudra pour avoir la première personne de la journée à demander la Joconde ! On comprend dans cette page, et dans d’autres, toute la problématique du musée : comment faire pour que les touristes ne se contentent pas de la Joconde et de la Victoire de Samothrace ? Les salles du musée sont très joliment mises en scène dans cette BD et cela donne envie d’y retourner pour explorer les salles désertées par les hordes de visiteurs. Et puis, il y a la République du Louvre, une société secrète très « Da Vinci code ». Une société d’amoureux du musée qui regardent les œuvres d’art avec un regard neuf et beaucoup de bienveillance.

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Les personnages sont tous parfaitement croqués. Le couple Fabien et Mathilde est plein de tendresse, de fraîcheur. On sent bien les débuts du couple, on ne sait pas encore bien quels sont les réactions, les traits de caractère de l’autre. La famille de Mathilde est aussi parfaitement rendue. Ce sont des hommes du terroir, terre à terre, loin des considérations artistiques de Paris mais avec la main sur le cœur. Et il y a les histoires touchantes des membres de la société secrète qui tous ont un rapport très personnel au musée. Étienne Davodeau est doué pour créer des personnages attachants, sympathiques et très humains.

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« Le chien qui louche » est une très belle bande dessinée qui rend un bel hommage au musée du Louvre et à ses admirateurs.

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Blacksad de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido

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Grâce à Miss Léo, j’ai découvert « Blacksad » et je la remercie car c’est une excellente bande-dessinée. Elle reprend les codes des romans noirs américains des années 50 notamment ceux de Dashiell Hammett ou Raymond Chandler.

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John Blacksad est un Philip Marlowe tout en poils en en vibrisses. Il est solitaire, un brin désabusé mais néanmoins séducteur et ne se laisse pas facilement impressionné. Et il porte l’immanquable imper, uniforme de tout détective privé qui se respecte. Dans le premier tome, il doit enquêter sur le meurtre d’une actrice, Natalia Wilford, qui se trouve être un ancien amour. L’enquête est, dans ce premier volume, très classique avec son lot de corruption, de bagarres musclés et se déroulant dans une mégapole inspirée de  New York. Les tomes suivants s’emparent de thèmes très différents, moins abordés dans les romans noirs : le deuxième parle du racisme avec des pseudos nazis qui font régner la terreur, le troisième porte sur la période du maccarthysme et de la bombe H.

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Les dessins sont absolument magnifiques. Juanjo Guarnido joue avec les couleurs, passant au sépia pour les flashbacks et intensifiant les teintes pour les moments plus joyeux. Le découpage est très cinématographique. Il surprend souvent le lecteur avec des changements de rythme, d’affichage (par ex : un dessin pleine page ou une case incongrue par rapport aux précédentes). L’ensemble est extrêmement dynamique, Guarnido instille beaucoup de mouvement dans ses dessins.

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Pour ce qui est de l’anthropomorphisme des animaux, je rejoins totalement l’avis de Miss Léo quant au choix judicieux des races par rapport aux caractères des personnages : une fouine journaliste, un chat détective nonchalant, un chien un chef de la police ou encore un crapaud magnat infâme et louche.

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« Blacksad » est une BD totalement réussie qui plaira à tous les amateurs de roman noirs dont je fais partie comme vous l’aurez compris. Soignée, originale, surprenante, cette BD m’a complètement emballée. Merci Miss Léo !