Police lunaire de Tom Gauld

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Le policier lunaire arpente continuellement les vastes étendues rocailleuses. Son taux de résolution des crimes est de 100%. Et c’est bien normal puisqu’il n’y a aucun crime à résoudre sur la lune. La vie du policier se résume à surveiller des espaces vides, à manger des donuts (même dans l’espace, les policiers gardent leurs bonnes habitudes !) et à dormir ! Le policier voit son immeuble se réduire et ses voisins quitter la lune pour rejoindre la terre.

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« Police lunaire » m’a fait penser à Samuel Beckett, le policier semble remplir une mission parfaitement absurde. Pourquoi avoir un policier alors qu’aucun crime n’est commis ? Pourquoi doit-il rester sur la lune alors que tout le monde part ? La bande-dessinée de Tom Gauld nous surprend par son vide, les dessins sont épurés, presque enfantin et l’intrigue est réduite à son minimum. Cela nous fait bien ressentir la mélancolie, la solitude du policier à qui on livre un robot-psy !

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Tom Gauld nous montre au travers de sa bande-dessinée qu’il ne sert à rien de changer de planète. Sur la lune, l’homme reproduit les mêmes habitudes que sur la terre : les donuts du policier, la vieille dame qui promène son chien, le supermarché. Et les machines sont omniprésentes et remplacent petit à petit les hommes qui repartent sur terre. La solitude du policer n’en est que plus forte, plus prégnante.

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La bande-dessinée de Tom Gauld est surprenante par son vide, par sa mélancolie et nous offre un étonnant voyage sur la lune.

Merci à Anne et Arnaud.

« Police lunaire » fait partie de la sélection BD du prix polars SNCF.

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Quatre sœurs – Enid de Malika Ferdjoukh et Cati Baur

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Les cinq sœurs Verdelaine (Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie) vivent seules à la Vill’hervé au bord de la falaise et de la mer. Leurs parents sont morts deux ans auparavant dans un terrible accident de voiture. Charlie, l’aînée, a laissé tomber ses études pour s’occuper de la tribu. Elle essaie de tout gérer mais ce n’est pas simple tous les jours. Entre Enid qui croit entendre ses fantômes, Bettina qui passe deux heures dans la salle de bain et Hortense qui se réfugie continuellement dans les livres et l’écriture de son journal, Charlie a de quoi occuper ses journées ! Heureusement, il y a Geneviève qui s’occupe de faire à manger, de repasser et des bobos de toute la famille. Il y a aussi le doux Basile, l’amoureux de Charlie qui est toujours prêt à donner un coup de main à la famille Verdelaine. Leur quotidien va être chamboulé par l’arrivée de Colombe, la fille d’une collègue de Charlie.

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Honte à moi, je n’ai toujours pas lu les quatre romans de Malika Ferdjoukh consacrés aux sœurs Verdelaine ! Mais pour célébrer la sortie de « Geneviève », le quatrième tome dessiné par Cati Baur, le forum littéraire Whoopsy Daisy nous a proposé une relecture des quatre bande-dessinées. J’ai donc relu avec un très grand plaisir ce premier tome consacré à la plus jeune des sœurs : Enid.

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C’est un personnage tout particulièrement attachant. Enid est intrépide lorsqu’elle se lance à la recherche de sa chauve-souris au fond d’un puits mais reste encore une enfant sensible et fragile qui a perdu ses parents trop tôt. Chaque sœur a un caractère bien trempé et on prend plaisir à apprendre à les connaître dans ce premier volet (sauf Bettina qui est vraiment infect dans ce premier tome !)

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Le dessin de Cati Baur est une merveille. Les pages sont colorées, les quatre sœurs formidablement expressives ; chaque lieu, chaque paysage est incroyablement détaillé. L’ambiance dans la Vill’Hervé est énergique, vivante mais Enid représente l’automne et l’album est parcouru de mélancolie (la mort et l’absence des parents, la tempête, la disparition des animaux sauvages d’Enid, l’histoire tragique de Guillemette Auberjonois) et d’un soupçon de fantastique. Les couleurs, les dessins de Cati Baur rendent aussi parfaitement compte de cette dimension automnale. Mais les quatre sœurs, c’est aussi beaucoup d’humour avec les dialogues piquants et ciselés de Malika Ferdjoukh.

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« Quatre sœurs-1-Enid » est une bande-dessinée indispensable, à découvrir ou à redécouvrir d’urgence. Une bande-dessinée vers laquelle on a envie de retourner pour se blottir auprès des quatre sœurs Verdelaine magnifiquement dessinées par Cati Baur et pour retrouver les mots de Malika Ferdjoukh. Et promis, dès que j’ai relu toutes les bande-dessinées, je m’attaque aux romans !

 

Le joueur d’échecs de David Sala

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David Sala a choisi d’adapter la dernière nouvelle de Stefan Zweig, écrite en 1943, « Le joueur d’échecs ». En 1941, sur un paquebot allant vers Buenos Aires, une partie d’échecs est organisée entre le champion du monde et un groupe d’hommes. Ces derniers perdent immanquablement jusqu’à l’arrivée d’un homme mystérieux, Monsieur B, qui les conseillent. Le champion demande une partie d’échecs exclusivement avec Monsieur B, un gentleman autrichien, qui semble à la mesure de son propre génie.

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Le travail de David Sala sur cette bande-dessinée est absolument remarquable. Le fond et la forme s’allient pour retranscrire les mots de Stefan Sweig. Chaque planche est un véritable chef-d’œuvre. Les splendides aquarelles de David Sala évoquent la Sécession viennoise, les peintures de Gustav Klimt mais aussi les dessins de Egon Schiele. David Sala n’a rien laissé au hasard, chaque détail est extrêmement travaillé, chaque décor, chaque couleur sont finement choisis. Les pages de cette bande-dessinée sont un enchantement visuel. On pourrait presque se contenter de les admirer !

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Mais David Sala a également réalisé un très beau travail de mise en scène, de découpage de l’histoire de Stefan Sweig. Au travers des pages, le motif de l’échiquier est sans cesse présent. On le retrouve dans les décors : les sols, les plafonds, les draps de la cellule du mystérieux Monsieur B. Mais ce motif est également décliné dans la forme même des planches, dans le découpage des images. Cette répétition du motif souligne l’obsession pathologique de Monsieur B pour les échecs en raison de son incarcération par les nazis. Ce jeu était devenu sa seule échappatoire durant cette période. David Sala met parfaitement en images la folie qui gagne peu à peu le personnage durant son emprisonnement. Le personnage se dédouble, il joue contre lui même, jusqu’à en perdre la raison. Une magnifique planche illustre parfaitement cette idée, le personnage, démultiplié, est enfermé dans une pièce-échiquier. David Sala rend également très palpable la tension qui augmente durant la partie d’échecs opposant le champion du monde à Monsieur qui semble véritablement au bord de l’implosion.

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« Le joueur d’échecs » est un immense coup de cœur. Le travail visuel, le découpage sont absolument extraordinaire. C’est une totale réussite, un véritable ravissement pour le lecteur.

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Opération Copperhead de Jean Harambat

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Le Caire, octobre 1977, David Niven et Peter Ustinov tournent ensemble « Mort sur le Nil ». Les deux acteurs sont des amis de longue date, ils se sont connus pendant la seconde guerre mondiale. Entre les prises du film, il se remémorent ce qui les avait réunis à l’époque : l’opération Copperhead. Le lieutenant-colonel Niven et le soldat de deuxième classe Ustinov ont été engagés dans la réalisation d’un film de propagande. Parallèlement, David Niven est contacté par Churchill pour mener une opération top secret. Il doit trouver un sosie du général Montgomery  pour tromper l’armée allemande. Le sosie devra être vu en Afrique du Nord pour faire croire à l’imminence d’un débarquement dans cette zone. David Niven et Peter Ustinov se mettent donc en quête d’un sosie plausible.

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« Dans les pages qui suivent, tout n’est pas entièrement vrai, mais tout n’est pas entièrement faux ». Jean Harambat s’inspire librement des autobiographies de David Niven, Peter Ustinov et Clifton James, le sosie de Montgomery, pour écrire le scénario de sa formidable bande-dessinée. Les extraits de ce trois textes s’inscrivent aux côtés des dessins qui nous racontent cette rocambolesque aventure. Les services secrets anglais et allemands jouent à un poker menteur, à des coups de bluff pour gagner la guerre. L’intrigue est menée à un rythme trépidant. Cette histoire d’espionnage m’a rappelé les films anglais d’Alfred Hitchcock comme « The lady vanishes ». J’ai retrouvé dans la BD de Jean Harambat la même fantaisie, le même entrain et surtout le même humour anglais. Les répliques sont ciselées et empruntes de flegme. Jean Harambat saupoudre le tout d’un zeste de romantisme et d’amour impossible dans les rues londoniennes. Le graphisme de la BD est, de plus, extrêmement plaisant et coloré.

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« Opération Copperhead » est une bande-dessinée pétillante, drôle et pleine de rebondissements. Si vous appréciez l’humour anglais, ne vous en privez pas !

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A year in England

La forêt des renards pendus de Nicolas Dumontheuil

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Raphaël Juntunen revient sur les lieux de son enfance pour récupérer son butin : 36 kg de lingots d’or. Il s’installe dans une forêt, loin de tout, y plante sa tente pour réfléchir à la suite. Malheureusement pour lui, un militaire alcoolique va s’intéresser à son campement. L’intrus va se transformer en aubaine : Raphaël va l’emmener chercher de l’or dans la rivière et essayer de faire passer ainsi ses lingots sous forme de pépites.

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Cette Bande-dessinée est l’adaptation d’un roman de Arto Paasilinna. N’ayant pas lu le livre, je ne peux pas juger de la fidélité de l’adaptation. Elle a été sélectionnée dans le cadre du Prix Polar SNCF 2018. Ce qui est certain, c’est que la lecture de la BD ne m’aura pas donné envie de découvrir le roman. Il y a des moments amusants mais dans l’ensemble, je me suis plutôt ennuyée. J’ai trouvé la mise en route longue et fastidieuse. L’intrigue m’a semblé manquer totalement de suspens et le côté polar n’est pas du tout évident. Le dessin léger aux formes rondes m’évoque une comédie plutôt qu’un polar. La tonalité, certains personnages (les prostituées, la vieille dame perdue dans la forêt) confirment l’atmosphère humoristique et insouciante.

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Une bande-dessinée qui n’est pas désagréable à lire mais qui, à mon sens, n’a rien à faire dans une sélection pour un prix polar.

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Tu sais ce qu’on raconte… de Gilles Rochier et Daniel Casanave

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Tu sais ce qu’on raconte, le môme Gabory est de retour en ville. C’est ainsi que débute la rumeur. Chacun pense l’avoir vu. Chacun a un avis sur la raison qui l’a fait partir : un accident de la route qui a coûté la vie à une adolescente. Le fils Gabory est-il responsable ou non ? Que revient-il faire alors que sa famille n’habite plus dans la région ? Les questions se multiplient, la rumeur enfle, la tension monte de plus en plus.

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« Tu sais ce qu’on raconte… » est une formidable bande-dessinée qui démonte le mécanisme de la rumeur. L’excellente idée de cette BD est de faire parler les habitants de la ville d’une seule et même voix. Chaque propos d’un habitant poursuit ou rebondit sur ce qu’a dit le précédent. Chacun a un avis définitif sur la question et tient à l’exprimer aux autres même s’il ne connaît rien à l’affaire. Les propos contradictoires montrent à quel point la rumeur est alimentée par les fantasmes, les peurs, les aigreurs des uns et des autres. La rumeur prend la place de la vérité et emporte tout sur son passage. Les protagonistes de l’affaire ne sont plus là mais qu’importe, cela n’empêche personne de parler. C’est d’autant plus symptomatique dans une petite ville de province. Tous les habitants se connaissent plus ou moins. Chacun pense connaître la vie de ses voisins.

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Avec une palette de tons réduits et un dessin rapide, « Tu sais ce qu’on raconte… » fait mouche. La tension monte progressivement et nous tient en haleine. La bande-dessinée se lit rapidement, trop même car j’aurais aimé qu’elle dure plus longtemps tant son ton est juste.

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Bâtard de Max de Radiguès

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L’histoire débute dans un snack où April vient acheter des tacos pour elle et son fils Eugene. Mais un homme dans la file d’attente la reconnaît et l’appelle « May ». April fuit le snack pour retrouver son fils dans un motel où ils se sont installés. Il faut faire les bagages et décamper dare-dare. April et Eugene sont recherchés par la police de plusieurs états. Ils ont en effet participé à un braquage d’envergure : cinquante-deux banques à la même heure le même jour. Mais il semble que la police n’est pas la seule à poursuivre la jeune femme. L’un des braqueurs semble vouloir garder l’ensemble du butin pour lui seul et élimine tous les autres. Commence alors une cavale pour April et Eugene qui doivent sauver leur peau.

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« Bâtard » est une bande-dessinée en format poche au dessin épuré et tout en noir et blanc. J’ai beaucoup apprécié le contraste entre la douceur du dessin, tout en aplats, et la violence de ce qu’il raconte. April et Eugene sont poursuivis par des hommes dangereux, qui ont comme seul but de les tuer. April n’hésite d’ailleurs pas utiliser cette même violence pour se défendre. Elle s’avère assez extrémiste. Max de Radiguès nous donne à lire une bande-dessinée rythmée, extrêmement fluide à lire. Il utilise des principes assez cinématographiques avec des gros plans, des dessins qui occupent une double-page. Cela donne des moments d’accélération à son intrigue.

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Même si « Bâtard » est bel et bien un polar, Max de Radiguès n’a pas oublié de traiter la psychologie de ses personnages. La relation entre April et Eugene est au cœur de la bande-dessinée et elle s’avérera complexe et très étrange. Je me suis très rapidement attachée à ces deux personnages au parcours cabossé.

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« Bâtard » est une bande-dessinée très prenante, très bien rythmée et dont l’intrigue est parfaitement construite.

 

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La loterie de Miles Hyman

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Le soir du 26 juin, à l’arrière d’une boutique, se prépare le rituel du lendemain. Une grande urne est exhumée et remplie, par deux hommes, de morceaux de papier blanc pliés en deux. Sur l’un d’eux est dessiné un rond noir. Depuis des lustres, dans ce village de l’Amérique rurale, a lieu le 27 juin le tirage d’une loterie. C’est une cérémonie qui perdure à travers le temps. Certes, l’incantation de début de cérémonie ou le salut rituel n’existent plus. Mais l’essentiel a été sauvegardé : le tirage au sort. Tessie Hutchinson aurait presque oublié que le jour de la loterie était venu. Elle profite du calme de la maison, prend un bain avant de comprendre. Et cette journée va changer sa vie. Les trois cents habitants sont réunis devant l’urne. Chaque homme, représentant sa famille, tire un morceau de papier. C’est Bill, le mari de Tessie, qui tire celui marqué d’un rond noir. L’ensemble de sa famille doit ensuite piocher à nouveau dans l’urne. Le papier au rond noir est remis en jeu. Qui va être le gagnant de cette année ?

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Miles Hyman est le petit-fils de Shirley Jackson. Celle-ci écrivit la nouvelle « La loterie » en 1948 et elle fut publiée dans The New york Magazine. Le texte provoqua un véritable tollé. Shirley Jackson fut obligée de changer de boîte aux lettres tant elle recevait de plaintes de ses lecteurs ! Il est vrai que l’histoire racontée est des plus dérangeantes. Elle décrit le quotidien paisible d’un village des Etats-Unis dans les années 50. Celui-ci semble sans problème et chacun connaît tout le monde. Le terrible et inattendu final de « La loterie » questionne en fait le mal ordinaire, celui que chacun porte en soi. Pas étonnant, dès lors, que certains se soient offusqués d’une pareille intrigue qui révélait les pires instincts de l’âme humaine et entachait l’image de l’Amérique d’après-guerre.

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Miles Hyman a produit une adaptation remarquable de ce texte. Ses dessins sont très cinématographiques, certaines pages ou cases m’ont évoqué le travail de Edward Hooper. Le dessinateur joue avec la structure de ses pages, ses découpages varient d’une page à l’autre. Très peu de textes, de paroles complètent les images, ce qui donne un côté épuré à cette bande dessinée. Mais cela crée également une ambiance inquiétante qui va crescendo avec quelques indices du drame à venir disséminés au fil des pages. Le dessin joue beaucoup avec les contrastes d’ombre et de lumière. Les expressions des visages des personnages sont très marquées. Le rituel, qui semble au départ anodin, gagne en gravité au fur et à mesure qu’il se déroule. Le silence, la dureté des visages finissent par nous glacer le sang.

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« La loterie » est une bande dessinée très réussie mettant en images une nouvelle cauchemardesque de Shirley Jackson.

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L’été Diabolik de Smolderen et Clerisse

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A l’été 1967, Antoine a quinze ans. Il est en vacances avec son père ; sa mère et sa sœur sont parties en Irlande. Le jeune adolescent est laissé assez libre ce qui lui permet de lier connaissance avec un nouvel ami Erik avec qui il partage la passion du tennis. Par l’intermédiaire de son père, Antoine est invité dans une villa luxueuse et y rencontre Joan, une jeune américaine. Un été lumineux où notre héros connaitra ses premiers plaisirs sensuels et les effets surprenants de la drogue. Malheureusement pour Antoine, cet été sera aussi celui de la disparition de son père. Celle-ci fut précédée d’évènements bizarres et inexplicables. Cet été 1967 hantera Antoine pendant des années, jusqu’à ce qu’il finisse par comprendre ce qui se tramait réellement.

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La bande-dessinée de Smolderen et Clerisse a gagné cette année le 5ème prix BD Fnac et elle a également été sélectionnée pour le prix SNCF du polar 2017. Bien entendu, l’histoire qui nous est racontée est un polar, Antoine cherche à élucider la disparition soudaine de son père. Mais elle n’est pas que ça. « L’été Diabolik » est également un récit initiatique, où les évènements poussent Antoine vers l’âge adulte, et une histoire d’espionnage. La bande-dessinée est parsemée de courses-poursuites, de bagarres, de découvertes surprenantes et d’un personnage maléfique et masqué. Smolderen et Clerisse évoque Diabolik, une sorte de Fantomas italien dont les aventures étaient extrêmement populaires dans les années 60. Leurs références culturelles ne s’arrêtent néanmoins pas là et elle symbolisent parfaitement la fin des 60’s : James Bond, Andy Warhol, Monsieur Hulot, etc…

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J’ai tout particulièrement apprécié le changement de couleurs en fonction des époques. L’été 67 est une explosion de couleurs psychédéliques. C’est l’adolescence d’Antoine, le moment des découvertes : la liberté sexuelle et le pouvoir des drogues qui illustrent bien l’ambiance de la fin des 60’s. On retrouve Antoine vingt ans après les faits, il a écrit un livre sur son père. C’est l’automne, l’innocence a passé et les couleurs sont plus sombres et seules quelques teintes apparaissent : beige, rouge, bleu, noir.

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« L’été Diabolik » m’a séduite par son splendide graphisme, son choix de couleurs mais aussi par son histoire, où s’entrelacent différents genres, et qui est particulièrement bien menée.

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Merci au Prix SNCF du polar pour cette découverte.

Culottées, tome 1 de Pénélope Bagieu

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Pénélope Bagieu nous propose, dans ce premier tome de « Culottées », quinze portraits de femmes hors du commun. Ces portraits avaient été pré-publiés sur un blog avant de paraître en volume.

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Chaque portrait occupe une dizaine de pages et montre les moments marquants dans la vie de ces femmes de caractère. Pénélope Bagieu souligne le courage de ces femmes capables à travers les siècles, les pays de dépasser les clivages et d’imposer leur volonté.

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Il y a des femmes célèbres comme Joséphine Baker, Margaret Hamilton qui jouait la méchante sorcière de l’Ouest dans « Le magicien d’Oz » ou Tove Jansson créatrice des Moumines. Les autres sont des inconnues que Pénélope Bagieu met en lumière : certaines dépassent les interdits comme Josephina Van Gorkum, jeune femme catholique qui en 1842 épouse un protestant ; d’autres savent surmonter leurs handicaps comme Clémentine Delait, la femme à barbe ou Annette Kellerman atteinte de la polio et qui devient nageuse, d’autres mènent des combats politiques comme Las Mariposas, des sœurs luttant contre la dictature de Trujillo ; d’autres enfin veulent la même place que les hommes comme Lozen, guerrière et chamane apache ou Wu Zetian qui deveint impératrice de Chine en 690.

C’est toujours avec beaucoup d’humour et un trait vif que Pénélope Bagieu nous présente ces destins de femmes exceptionnelles. Son propos féministe montre que le genre ne doit pas être un frein à la destinée des femmes. A la fin de chaque portrait, Pénélope Bagieu nous offre de superbes dessins peints en double page pour magnifier chaque femme. Merci à elle d’avoir exhumé les vies de ces femmes vraiment culottées !

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