Suite française – Tempête de juin de Emmanuel Moynot

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Juin 1940, la capitulation de la France provoque un exode massif vers la zone libre. Le destin de plusieurs familles se croisent : les Péricand, grands bourgeois catholiques dont l’aîné des enfants aimerait s’engager ; les Corte, Gabriel un écrivain sur le déclin et sa maîtresse, l’abbé Philippe Péricand qui doit accompagner les petits repentis du XVIème sur les routes de France ; les Michaud qui doivent se débrouiller pour retrouver à Tours leur patron, le banquier Corbin. Sur les routes se révèlent les caractères des uns et des autres. La lâcheté, l’égoïsme, la violence, la misère, la faim, le désespoir accompagnent l’exode des personnages. Tous les milieux sociaux se mélangent, les points de repère sont abolis. Chacun doit sauver sa peau.

On se souvient du destin incroyable du dernier roman écrit par Irène Nemirovsky et qui a reçu le prix Renaudot à titre posthume. Emmanuel Moynot adapte le premier volet du roman intitulé « tempête de juin ». Le dessinateur a gardé la composition  chorale du roman, on suit successivement la destinée de chaque famille. On retrouve bien également le ton d’Irène Nemirovsky qui décrivait avec réalisme et ironie, la vilenie, la bassesse de ses contemporains. La vérité des caractères est mise à nu lorsque l’urgence, le danger se présentent.

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Le trait d’Emmanuel Moynot n’est pas sans évoquer celui de Tardi. Il choisit, pour dessiner cette histoire, le noir et blanc, le gris pour montrer l’incertitude de la période historique. Les heures sont graves et le dessin l’est aussi.

Le roman d’Irène Nemirovsky est respecté, il se prêtait d’ailleurs parfaitement à une adaptation en bande-dessinée. Le graphisme, aux traits rapides et en noir et blanc, souligne l’urgence et la noirceur de ce moment de notre Histoire.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

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Juliette de Camille Jourdy

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Juliette est de retour chez son père. Elle vit à Paris mais avait besoin de changer d’air. Elle se réinstalle dans sa chambre et elle ne sait pas pour combien de temps. Elle écoute régulièrement son pouls qui lui semble irrégulier, dort mal. Sa sœur aînée, Marylou, est restée dans leur ville de province. Elle est mariée, a deux enfants mais elle s’ennuie. Pour égayer son quotidien, elle a pris un amant qui tient un magasin de déguisements. Celui-ci vient la surprendre dans son jardin habillé en ours, en fantôme, etc… Les parents des deux sœurs ont divorcé depuis longtemps. Le père est resté seul, la mère change sans cesse de compagnons qui sont de plus en plus jeunes. Un environnement pas forcément très reposant pour l’angoissée Juliette !

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J’ai retrouvé avec grand plaisir Camille Jourdy dont j’avais particulièrement aimé la bande-dessinée précédente « Rosalie Blum » (son adaptation au cinéma était également très réussie). Camille Jourdy décrit une petite ville de province, pavillonnaire, de manière réaliste, très détaillée. Elle se penche sur la vie quotidienne de la famille de Juliette avec une infinie tendresse et une grande sensibilité. L’album montre un moment de doute dans la vie de son héroïne, elle s’interroge sur le sens à donner à sa vie et son retour aux sources va lui révéler un secret de famille. Des non-dits, des regrets, des petites jalousies, des petits riens parfois insignifiants qui font tout le sel de cet album et donnent de l’épaisseur aux personnages de Camille Jourdy. Le retour de Juliette permettra aux membres de la famille de s’expliquer, de régler certains comptes. Et puis, il y a Polux… un quadragénaire qui passe son temps au café pour oublier qu’il est seul et qui redonnera le sourire à Juliette.

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Les images de l’auteur sont très colorées, très joyeuses, complètement à l’opposé de la morosité de Juliette. Dans l’album, il y a de pleines pages peintes à la gouache, qui sont de véritables petits bijoux, des respirations entre les pages. Le quotidien est sublimé par le trait simple de Camille Jourdy.

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Mélange de mélancolie, de douceur et d’humour, « Juliette » est un roman graphique particulièrement réussi aux personnages attachants. C’est délicat, subtil et touchant.

Le grand méchant renard de Benjamin Renner

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Comment réussir à manger à sa faim lorsque l’on est un renard pas du tout effrayant ? Conseillé par un loup ténébreux et flegmatique, notre renard trouve la solution : voler des œufs, les couver, les engraisser pour enfin les manger. Mais notre renard n’a rien d’une bête sauvage et sanguinaire, c’est un vrai gentil. Une fois les poussins sortis de leurs coquilles, son instinct maternel (j’ai bien dit maternel puisque les poussins l’appellent maman !) s’éveille et il est devenu hors de question de les manger. Malheureusement, le loup n’est pas du même avis.

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J’ai découvert cette bande-dessinée chez Leiloona juste avant que Benjamin Renner n’obtienne le prix de la BD Fnac. Et c’est bien mérité car cette bande-dessinée peut être lue aussi bien par des enfants que des adultes et qu’elle est tour à tout drôle et tendre.

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Notre pauvre renard est un loser complet. Il n’arrive à effrayer personne avec ses pitoyables « Graou », les poules ont systématiquement le dessus et il finit par manger des navets pour combler sa faim. Ses tentatives infructueuses furent tellement nombreuses que tout le monde le connaît à la ferme, il est même devenu ami avec le chien de garde paresseux, le cochon jardinier et le lapin crétin.

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Benjamin Renner joue sur les stéréotypes avec son renard pathétique. L’animal est supposé être rusé mais ici nous sommes bien loin du compte ! Et il s’avère être une vraie mère-poule pour ses petits. Les poules sont également loin de l’image de la proie facile. Elles forment un commando anti-renard, prennent des cours d’auto-défense et apprennent  les mille et une façon de décapiter leur ennemi ! Et pour le coup, les poussins sont plus méchants que leur mère d’adoption puisqu’il se prennent pour des renards et qu’ils terrifient les autres poussins une fois retournés à la ferme. Ces décalages créent bien évidemment de l’humour et notre ami renard (qui m’a fait penser au Coyote du cartoon) est tout à fait attendrissant.

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« Le grand méchant renard » est une bande-dessinée hautement sympathique, s’amusant des clichés qui collent aux basques de nos amis les animaux  et où chacun doit apprendre à s’accepter tel qu’il est.

Le chasseur de Darwyn Cooke et Richard Stark

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John Dortmunder, créé par Donald Westlake, est un de mes personnages littéraires préférés. Cambrioleur brillant et ingénieux, il manque de chance et ses coups échouent souvent spectaculairement. Dans la bibliographie foisonnante de Donald Westlake existe le double sombre de Dortmunder : Parker. Voleur lui aussi, il est froid, brutal et d’une efficacité redoutable.

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Avant de me lancer dans la découverte de la série de romans consacrée à Parker (écrite sous le pseudonyme de Richard Stark), j’ai commencé par la bande-dessinée de Darwyn Cooke adaptée du premier volet : « Le chasseur » (merci aux éditions Dargaud d’avoir conservé le titre original « The hunter », qui a été traduit par « Comme une fleur » lors de sa publication chez Gallimard). Parker sort d’un séjour en prison après s’être fait doubler par sa femme et un partenaire engagé sur un gros casse. En sortant, il n’aura de cesse de se venger et de récupérer l’argent qui lui est dû.

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Le graphisme de cette bande-dessinée de Darwyn Cooke évoque le New York des années 60. Nous sommes plongés dans la belle époque du hard-boiled et du film noir hollywoodien. Les femmes ont la taille cintrée et le verre de whisky n’est jamais loin. Le style est épuré, il joue avec les ombres, la bichromie et rend parfaitement la noirceur des romans de Richard Stark. L’entrée en matière est absolument brillante : 13 pages quasiment muettes qui présentent le personnage de Parker, sa détermination, sa brutalité et son talent de cambrioleur. Le découpage des scènes est très cinématographique comme l’écriture de Donald Westlake (je suppose que cette caractéristique reste vraie chez Richard Stark).

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Cette adaptation du premier roman des aventures de Parker est une belle réussite grâce à un dessin sombre, contrasté qui rend bien l’ambiance des romans noirs et permet de découvrir un personnage de dur à cuire à l’ancienne, toujours prêt à jouer des poings pour s’imposer.

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Catharsis de Luz

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« Catharsis » est bien le terme qui exprime ce que Luz a voulu faire avec cette bande dessinée et son utilité pour lui. Après les attentats de Charlie-Hebdo, auxquels Luz échappa grâce à l’achat d’une galette des rois, le dessinateur n’arrivait plus à pratiquer son art. Ne sortaient de son stylo que de petits personnages aux yeux gigantesques, images de la sidération de Luz face à la mort violente de ses amis. Le dessin est revenu peu à peu et il exprime toute la douleur, la culpabilité d’être encore en vie.

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Luz raconte dans « Catharsis » le jour de l’attentat (le jour de son anniversaire) et la vie d’après, celle des médias, des gardes du corps, de l’angoisse qui le tenaille sans cesse (pour l’apprivoiser, Luz l’appelle Ginette !) et du deuil impossible (très belles pages intitulées « Faut que je te raconte » où Luz discute devant la tombe ouverte de Charb comme pour achever un dialogue brutalement interrompu).

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Mais il y a aussi de la lumière dans « Catharsis », des frémissements de retour à la vie : la lecture de « Shining » qui fait taire Ginette, un rêve autour de l’architecture de Frank Lloyd Wright, l’évasion imaginaire de la surveillance des gardes du corps et surtout l’amour. La compagne de Luz est très présente dans l’album et c’est sa présence, ses caresses qui ramènent le dessinateur du côté de la vie.

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« Catharsis » est un album douloureux, désespéré mais il est également empreint de poésie, d’espoir. Jamais larmoyant, il montre juste un homme essayant de rester debout.

Merci au site de bandes dessinées en ligne Sequencity pour cette lecture.

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Literary life de Posy Simmonds

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« Literary life » est un recueil de chroniques publiées entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review par Posy Simmonds. Il s’agit du supplément littéraire du grand quotidien et c’est bien de la vie littéraire  dont nous parle l’auteur de « Gemma Bovery ». Et plus précisément des coulisses de la vie littéraire : la solitude de l’écrivain devant la feuille blanche, les séances de dédicace où personne ne vient, les cocktails de maison d’édition mais également la vie d’une petite librairie de quartier et l’impact du métier d’écrivain sur l’entourage. Posy Simmonds nous montre des écrivains à l’ego démesuré, malmenés, qui sont souvent coupés du monde réel et à la sensibilité à fleur de peau. Le regard de l’auteur est très acide, ironique sur ce monde littéraire mais il y a aussi de la tendresse envers les écrivains qui souffrent souvent de solitude et sont habités par le doute.

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Elle nous entraîne également dans la fiction pure avec deux personnages récurrents : Rick Raker, agent spécial qui fait penser à Bogart quand il incarnait Marlowe, et le docteur Derek assisté de nurse Tozer. Le premier peut vous aider à ruiner la réputation d’un adversaire écrivain. Le second soigne tous les bobos de l’écrivain : la panne d’écriture, l’étreintement par les critiques, l’accouchement de l’œuvre, la diarrhée verbale. Le docteur Derek a une solution à tous les problèmes ! C’est un personnage très réussi, très drôle et l’on prend plaisir à le retrouver.

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La dessinatrice alterne aussi les formats avec des pages de bandes dessinées classiques en noir et blanc et des dessins pleine page en couleurs.

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L’ensemble est très homogène et très plaisant avec des moments touchants mais surtout avec beaucoup d’humour. Mention spéciale à la page consacrée à Jane Austen qui se demande si elle va revenir du pays des morts pour recevoir les nombreux éloges qui lui sont adressés de nos jours. Je vous laisse découvrir si elle choisit où non de passer de l’autre côté !

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Lulu, femme nue de Étienne Davodeau

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Lulu passe un entretien d’embauche après s’être occupée pendant seize ans de ses trois enfants. Son manque d’expérience et de confiance est rédhibitoire pour l’employeur potentiel. Déprimée, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle le soir même. Elle dîne  avec une femme rencontrée dans l’hôtel où elle passe la nuit. Elle propose à Lulu de la déposer le lendemain sur la côte vendéenne. Lulu refuse puis change d’avis le lendemain matin. Une fois sur la côte, elle se promène, observe les gens et surtout décide de profiter de quelques jours de liberté loin de ses proches pour faire un point sur sa vie. L’errance de Lulu lui fera rencontrer de belles personnes comme Charles et ses frères, Marthe une vieille femme qui l’hébergera pendant quelques temps.

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J’avais absolument adoré le film de Sólveig Anspach tiré de la bande dessinée de Étienne Davodeau. J’ai retrouvé dans la bande dessinée des personnages originaux et attachants ainsi qu’un magnifique souffle de liberté. Lulu semble être happée par le vent du large, l’horizon immense de la mer. Au fur et à mesure de son errance, elle se libère de son quotidien morose et ankylosé. Elle apprend à écouter les autres, à les observer, à agir selon ses envies. Les conversations de ses amis, réunis pour tenter de comprendre sa fugue, montrent une femme éteinte, fatiguée et attestent de l’audace de son geste. Cette bande dessinée est pleine d’humanisme, de tendresse pour les personnages. Lulu y découvre que les petits riens peuvent produire de grandes histoires et qu’ils font parfois le sel de la vie. Une femme ordinaire de quarante ans qui s’évade pour se retrouver, qui n’a pas rêvé un jour de vivre une telle parenthèse enchantée loin du train-train de la vie ?

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Mon seul bémol par rapport à cette bande dessinée concerne la fin. Le film présentait une fin quelque peu différente qui me semble mieux souligner le changement de Lulu, sa capacité à se prendre à nouveau en main et signait son indépendance.

Cette bande dessinée démontre encore une fois l’humanisme de l’auteur qui sait être attentif et en empathie avec ses personnages. Une jolie ode à la liberté.

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Une lecture commune avec Noctenbule.

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet

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Louise Landy et Paul Grappe se rencontrent avant la 1ère Guerre Mondiale. A peine sont-ils mariés que Paul part pour le front. Subissant l’horreur de la vie dans les tranchées et voyant ses camarades périr, Paul décide d’échapper à la guerre en se tranchant l’index de la main droite. Une fois son doigt cicatrisé, il doit retourner au front. Impossible, inimaginable, Paul devient déserteur. Louise et Paul vivent alors dans une petite chambre avec le salaire de couturière de la première. Paul tourne en rond, s’ennuie, boit de plus en plus. Un soir, il essaie les vêtements de sa femme et sort dans la rue. Voilà la solution pour retourner dans le monde ! Louise va aider son mari à devenir Suzanne, à lui trouver un travail. Mais Paul va finir par se prendre au jeu et va être véritablement Suzanne : une femme libre, rayonnante et passant ses soirées au bois de Boulogne. La vie de couple entre Louise et Paul devient vite très compliquée.

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J’avais lu beaucoup de billets élogieux sur la bande-dessinée de Chloé Cruchaudet et le mien sera du même acabit. Le sujet est déjà passionnant et étonnant puisqu’il s’agit d’une véritable histoire. Paul a dû se cacher pendant dix ans avant que les déserteurs ne soient amnistiés. Quand on connaît la monstruosité de la 1ère Guerre Mondiale, on ne peut que comprendre son acte. A cet égard, il faut souligner la capacité de Chloé Cruchaudet à montrer l’horreur de la vie des soldats à travers les pages où Paul est au front mais également à travers les saisissantes images de ses cauchemars.

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Subtilement, l’auteur nous montre le basculement de Paul qui peu à peu devient totalement une femme. Ce sont de petits détails qui nous le signalent : Paul dort en nuisette, se rase les poils du torse, reste habillé en femme lorsqu’il est dans l’appartement. Et durant toutes ces années, Louise est restée avec lui, amoureuse malgré tout de son homme. Leur relation passe de la tendresse à la violence, on sait dès le départ que leur histoire va mal se terminer mais entre ces deux-là l’amour est passionné, fiévreux. Chloé Cruchaudet étudie avec finesse ses deux personnages et rend parfaitement compte de la complexité de leur relation.

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Enfin, il faut noter la beauté des dessins façon fusain, tout en nuance de gris et avec une utilisation particulièrement originale de la couleur (notamment le rouge signe de l’affirmation de la féminité).

« Mauvais genre » est une bande-dessinée particulièrement réussie de par la qualité de son intrigue et la beauté de ses dessins. A lire absolument !

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Les vieux fourneaux de Lupano et Cauuet

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Après 50 ans de vie commune, Antoine doit dire adieu à sa femme Lucette. A la crémation doivent le rejoindre ses deux grands amis d’enfance : Pierrot et Mimile. Lucette et Antoine ont tous deux travaillé dans le laboratoire Garan-Servier. Elle quitta ce travail  pour créer le théâtre de marionnettes du loup en slip et parcourait la campagne avec sa camionnette rouge. Pierrot, anarchiste pur et dur, passa un an en prison pour avoir démoli une machine chez Garan-Servier. A contre-courant toute sa vie, il continue à être un activiste au sein de son groupe de non-voyants anarchistes « Ni yeux, ni maître » ! Émile, quant à lui, a fait plusieurs fois le tour du monde , a joué au rugby aux Iles Samoa et a fait des affaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lucette a laissé une lettre à Antoine chez le notaire. Lui qui vénérait sa femme, a la mauvaise surprise de découvrir qu’elle a eu une aventure avec le directeur de Garan-Servier. Sa jalousie le pousse à prendre la route pour le retrouver et le tuer. A sa suite, Pierrot et Mimile cherchent à l’arrêter à bord de la camionnette rouge de Lucette. C’est Sophie, la petite-fille d’Antoine, qui les conduit.

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Voilà une bande-dessinée extrêmement réjouissante et réussie. Les trois amis d’enfance sont des personnages haut en couleur et absolument attachants. Les trois caractères sont tout de suite bien croqués. Toujours en colère, toujours prêts à en découdre, les vieux camarades nous entraînent dans un road-movie joyeusement décalé.

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Le ton est truculent, impertinent et les dialogues sont savoureux. Mais il y a aussi beaucoup d’émotions, de sensibilité. Les flashbacks nous montrent nos trois amis enfants, jouant aux pirates, une amitié profonde et inébranlable. Il nous montrent également l’histoire d’amour de Lucette et d’Antoine nous permettant de mieux comprendre la réaction violente et viscérale d’Antoine. Cette bande-dessinée met également en avant l’engagement des trois hommes. Syndicaliste, anarchiste ou baroudeur, chacun à sa manière a su défendre ses idéaux et les appliquer. Et quel plaisir de voir ces trois vieillards indignes tenir la vedette d’une bande-dessinée !

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Le scénario, les dialogues, les dessins réalistes et précis contribuent à la réussite de cette bande-dessinée. Un véritable régal que je vous recommande de toute urgence. Vivement la lecture du tome 2 !

Moby Dick de Chabouté

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« Moby Dick » d’Hermann Melville est un livre qui n’a cessé d’inspirer d’autres créateurs depuis son écriture. Cette fois, c’est Chabouté qui se mesure au mythe du cachalot blanc.

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Chacun connaît l’histoire. Le capitaine Achab est décidé à tuer la baleine blanche qui un jour lui arracha la jambe. Sa vengeance est devenue une obsession et sa seule et unique raison de vivre. Il entraîne malgré lui tout un équipage sur le Pequod et une fois le rivage de Nantucket loin des yeux, il révèle son véritable dessein. A bord, un jeune homme, novice de la chasse à la baleine et qui a suivi son ami harponneur Queequeg, porte le nom d’Ismaël. Dans le roman de Melville, c’est lui le narrateur de cette dantesque chasse à la baleine.

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L’adaptation de Chabouté est tout simplement superbe et je remercie Jérôme d’en avoir parlé. Je n’ai pas lu le roman de Melville mais je l’imagine comme la bande-dessinée de Chabouté : tragique, sombre, tendu, poétique et mystique. Tous les dessins sont en noir et blanc. Les contrastes, le noir profond rendent parfaitement l’atmosphère pesante, le poids du destin qui pèse sur les épaules des différents protagonistes. Chabouté a le sens de la mise en scène dans ses cases et ses pages. Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait du roman qui donne le ton, l’esprit de ce qui va suivre.

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Il y a un vrai souffle épique dans cette bande dessinée en deux volumes et esthétiquement elle est remarquable. Je joins mes louanges à celles de Jérôme et je vous conseille chaleureusement de monter à bord du Pequod.

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