Brancusi contre États-Unis d’Arnaud Nebbache

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1927, la Brummer Gallery de New York prépare une exposition sur le travail de Constantin Brancusi. Son ami, Marcel Duchamp, va la superviser pendant que le sculpteur sera à Paris. Mais l’une des œuvres est retenue par la douane. « Oiseau dans l’espace » est taxée de 4000$ comme un objet manufacturé. Brancusi, furieux, a décidé d’attaquer les États-Unis. Un procès s’ouvre pour déterminer si la sculpture est une œuvre d’art originale ou un simple objet métallique industriel.

La bande-dessinée d’Arnaud Nebbache s’inspire du véritable procès intenté par Brancusi à l’état américain. Il fait de Marcel Duchamp notre témoin, il assiste à toutes les audiences et dessine ce qui s’y passe. Des marchands d’art, des sculpteurs, des collectionneurs, des journalistes se succèdent à la barre pour donner leur avis sur « Oiseau dans l’espace. » Le propos du procès est passionnant et pose de nombreuses questions : qu’est-ce qui définit une œuvre d’art ? Doit-elle forcément être figurative pour émouvoir ? La question de la reproduction de l’œuvre présente également : est-ce une fonte originale ? L’artiste peut-il la reproduire au-delà de deux répliques ?

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En parallèle du procès, on découvre un Constantin Brancusi miné par ce qui se joue à New York. Il peste contre l’incompréhension des américains. « Est-ce qu’ils vont faire chier Claude Monet, lui ? Est-ce qu’ils vont lui demander si ses cathédrales sont des copies sous prétexte que le sujet est trente fois le même ! » Arnaud Nebbache nous montre le milieu culturel dans lequel évolue le sculpteur : Fernand Léger, Jean Cocteau, Man Ray, Satie, Alexander Calder, etc… Un Paris qui bouillonne d’artistes modernes et originaux. Le graphisme de la bande-dessinée, un peu vintage, les gammes chromatiques réduites m’ont beaucoup plu.

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« Brancusi contre États-Unis » est une BD réussie qui permet de découvrir un moment important dans l’histoire de l’art et la reconnaissance de l’abstraction. Et si vous vous demandez si « Oiseau dans l’espace » est bien une œuvre d’art, je vous invite à découvrir l’exposition consacrée à Brancusi au Centre Pompidou.

Un amour de poisson rouge de Kanoko Okamoto

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Après des études dans un institut d’ichtyologie, Kukuichi revient à Tokyo pour reprendre le vivier à poissons rouges de ses parents adoptifs. Il y retrouve Masako, sa voisine depuis l’enfance. Issue d’une famille aisée, c’est son père qui a financé les études de Fukuichi. Après avoir longtemps moqué sa voisine, notre jeune héros en est tombé amoureux. La beauté de Masako le fascine mais lorsqu’il rentre à Tokyo, elle est déjà mariée et a une petite fille. Elle possède un bassin à poissons rouges et elle demande de Fukuichi de créer un poisson incroyablement beau qui fera tout oublier à celui qui le contemple. Rapidement, cette quête du poisson parfait devient obsessionnelle et l’animal va devenir pour Fukuichi une évocation de la beauté de Masako.

« Un amour de poisson rouge » a été publié en 1937 par Kanoko Okamoto (1889-1939), poétesse et nouvelliste japonaise. Ce court texte est le récit, dont une partie est en flash-back, d’un amour contrarié entre Masako et Fukuichi. Leur amour reste à jamais platonique et il sera l’objet d’une cristallisation stendhalienne de la part de Fukuichi. Il sublimera son amour à travers ses recherches du poisson d’ornement parfait. La différence de classe est l’un des obstacles à la réalisation de cet amour mais la personnalité du héros y est également pour beaucoup (Fukuichi est misanthrope, froid et obsessionnel). Kanoko Okamoto décrit parfaitement la complexité psychologique de son personnage.

Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce roman, la relation ténue entre les deux protagonistes est aussi l’occasion pour l’autrice de déployer une atmosphère, des impressions écrites dans une langue luxuriante, poétique, précieuse et riche d’images. La nature tient une place importante dans le roman : « Avant qu’il ne s’en rendit compte, les dernières chaleurs de la journée se dissipèrent dans l’air de plus en plus frais à mesure que la voûte céleste pâlissait, aussi claire et luisante que l’acier poli. Lorsque le ciel prit cette teinte de l’âme resplendissante, les boucles de nuages pourpres qui s’y éparpillaient comme des copeaux de bois se désagrégèrent en un blanc poudroiement de mica. »

Raffiné et subtil tant dans la forme que dans le fond, « Un amour de poisson rouge » m’a séduite et j’ai été ravie de découvrir la plume de Kanoko Okamoto.

 Traduction Lucien d’Azay

Utrillo, mon fils, mon désastre selon Suzanne Valadon de Corinne Samama

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1935, Suzanne Valadon est hospitalisée à l’hôpital américain après une crise d’angoisse. Elle vit un moment critique de sa vie : son mari, André Utter, l’a quittée pour une femme plus jeune et son fils, Maurice Utrillo, veut épouser la meilleure amie de sa mère. Suzanne va se retrouver seule dans son appartement-atelier de Montmartre. 

Corinne Samama prend ce moment comme point de départ à son livre, ainsi que le portrait de Maurice Utrillo peint par sa mère en 1921 et qui se trouve au musée Montmartre où son atelier a été conservé. « Utrillo, mon fils, mon désastre » est le récit du parcours de Suzanne Valadon et de la relation complexe qu’elle a eu avec son fils. Devenue mère à 18 ans, elle ne ressent aucun lien avec le bébé qu’on lui présente. Après avoir été modèle pour Renoir, Toulouse-Lautrec ou Puvis de Chavanne, Suzanne compte bien à son tour devenir une artiste et elle se forme auprès de ceux pour qui elle pose. Pas question de s’embarrasser d’un enfant qu’elle laisse à sa mère qui, elle aussi, a été fille-mère.

Et pourtant, Suzanne Valadon va aussi l’aimer profondément ce fils qui sera toujours tourmenté par les démons de l’alcool, ce qui le conduira à plusieurs reprises à l’asile. Elle initie son fils à la peinture, l’encourage à travailler sans cesse. Maurice Utrillo devient d’ailleurs plus célèbre que sa mère qui gère, avec son mari, son argent pour lui éviter de la ruine. 

Le roman de Corinne Samama souligne bien la modernité et la grande liberté de Suzanne Valadon vis-à-vis des conventions sociales de son époque. Elle eut une vie hors normes :  en s’affranchissant de ses maîtres pour affirmer son talent de peintre et en ayant une vie sentimentale mouvementée. Son œuvre originale et audacieuse est à l’image de sa vie. Un destin atypique qui sera également celui de son fils. 

« Utrillo, mon fils, mon désastre » nous replonge dans l’ambiance de la butte Montmartre à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle au cœur de la relation ambivalente de Suzanne Valadon avec son fils Maurice Utrillo. Leurs vies sont aussi passionnantes que leurs œuvres et je ne peux que vous conseiller de visiter l’atelier de Suzanne Valadon, aujourd’hui intégré au musée de Montmartre,  qui est un lieu habité. 

Janvier noir d’Alan Parks

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1er janvier 1973, l’inspecteur McCoy est appelé à la prison de Barlinnie à la demande d’un détenu. Ce dernier, dont le comportement très violent est bien connu, informe le policier que le lendemain une certaine Lorna va se faire assassiner. Le seul indice , dévoilé par le détenu, est que la jeune femme travaille dans un restaurant chic du centre de Glasgow. McCoy peine à croire à cette histoire mais il enquête néanmoins le lendemain. Il finit par identifier la fameuse Lorna et l’attend à la gare routière où elle est supposée arriver pour aller travailler. C’est sous les yeux de l’inspecteur et de son adjoint Wattie que la jeune femme femme se fait abattre par un homme d’à peine vingt ans. Les policiers n’ont pas le temps de réagir avant qu’il retourne l’arme contre lui. Ces deux morts ne sont que le début d’une longue liste qui va donner son nom de Janvier noir à ce premier mois de l’année 1973.

Je découvre enfin la série d’Alan Parks qui porte sur les années 70 à Glasgow et dont cinq volumes ont déjà été publiés aux éditions Rivages. L’ambiance est âpre et l’auteur nous plonge dans les tréfonds de la ville de Glasgow. D’ailleurs, ce ne sont pas les quartiers les plus pauvres qui abritent les habitants les plus pervers et cyniques. Les descriptions de la ville, qui apparait plus noire que noire, sont très réussies. Le personnage de l’inspecteur McCoy l’est tout autant. Pessimiste, franc-tireur, McCoy a un très lourd passé qu’il essaie d’oublier dans l’alcool et la drogue. Entre ombre et lumière, il se révèle un policier acharné mais qui fait preuve de loyauté envers Cooper, l’un des pires malfrats de la ville. Son adjoint Wattie vient tout juste d’intégrer la police et il sera intéressant de voir comment il évolue au fil des différents volumes de la série.

Dans un style simple et incisif, Alan Parks nous offre un roman policier classique, extrêmement sombre et désespéré. De quoi donner envie de retourner rapidement dans le Glasgow des années 70.

Traduction Olivier Deparis

Le sang des innocents de S.A. Cosby

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« Violence et chaos, sang et larmes, amour et haine… Autant de pierres sur lesquelles s’était bâti le Sud, autant de fondations sur lesquelles se dressait désormais le comté de Charon. » C’est pourtant là que Titus Crown, après des années au FBI, a été élu shérif devenant ainsi le premier homme noir à occuper ce poste. Un an après son élection, un professeur du lycée, apprécié de tous, est abattu par un ancien élève noir. Malgré les tentatives de Titus pour le raisonner, le jeune homme refuse de déposer son arme et il est tué par les adjoints blancs du shérif. Un fait divers qui va réactiver les haines, les antagonismes à Charon. Titus n’avait pas besoin de ça, d’autant plus que la fusillade révèlera la présence dans le comté d’un tueur pervers particulièrement cruel.

« Le sang des innocents » est un roman palpitant, extrêmement efficace et sombre. Ce que va découvrir Titus est odieux et monstrueux. Un mal profond, violent habite les entrailles de Charon et semble resurgir. S.A. Cosby dresse dans son roman un portrait sans concession du Sud des États-Unis. La nostalgie de la Confédération est toujours très présente avec des groupuscules très actifs. Avoir un shérif noir est un affront pour eux. Charon, petite ville rurale, est gangrénée par la corruption et les opioïdes. De très nombreuses congrégations religieuses, plus ou moins extrémistes, s’affrontent également. Autant dire que le shérif n’a pas le temps de s’ennuyer.

En plus de ce contexte sociétal très précis, l’autre point fort du roman de S.A. Cosby est son personnage principal. Titus est très attachant, très humain et tourmenté par son passé (une affaire au FBI autant que le décès de sa mère). En tant que premier shérif noir, il veut être irréprochable moralement, il cherche la justice pour tous, y compris pour ceux qui le méprisent et il demande la même rigueur à ses adjoints. Un personnage impliqué, tenace, marqué par des traumatismes comme savent nous en offrir les meilleurs romans noirs.

Avec « Le sang des innocents », je découvrais enfin le talentueux S.A. Cosby et après cette lecture, il est évident que je vais lire ses deux autres romans.

Traduction Pierre Szczeciner

Copenhague de Pandolfo et Risbjerg

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Suite à un burn out, Nana Miller quitte Paris pour Copenhague. Elle pense y rester une semaine mais un corps a été retrouvé dans le port. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel corps puisque c’est une sirène qui s’est échouée. Le Danemark est en deuil et le pays est bouclé. L’heure est grave : « Quelque chose de précieux a été perdu, on a touché à un trésor national, à notre cœur, à notre poésie, à notre enfance à tous. » Nana ne peut plus rentrer chez elle où l’attend sa fille de 14 ans. Dans l’hôtel où elle réside, elle fait la connaissance du volubile et sympathique Thyge Thygesen. Il est accompagné d’un splendide caniche rose appelé Nom d’un chien. Pour pouvoir rentrer chez elle, Nana ne voit qu’une solution : résoudre le mystère de la mort de la sirène. Elle entraine dans son aventure Thyge et Nom d’un chien. Au travers des rues de Copenhague, ils vont poursuivre leurs recherches tambour battant croisant un club de propriétaires de caniches, une secte inquiétante, une fanfare dépressive et la reine.

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Quel régal de plonger dans les pages de la bande-dessinée de Pandolfo et Risbjerg ! J’ai eu plaisir à retrouver la capitale danoise que j’avais visitée l’année dernière, même si la sirène a un peu changé de position…je vous laisse la découvrir. L’enquête de Nana et Thyge est décalée, proche du conte et pleine de fantaisie. Le trait est vif, extrêmement dynamique comme le montre une incroyable et spectaculaire course-poursuite dans les jardins de Tivoli. Les personnages virevoltent d’une case à l’autre ! Ils sont d’ailleurs très attachants avec une mention spéciale pour Thyge au français approximatif et aux tenus colorées.

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Réjouissante, loufoque, drôle et tendre « Copenhague » m’a totalement conquise et j’ai passé un excellent moment aux côtés de Nana, Thyge et Nom d’un chien !

Katie de Michael McDowell

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1871, New Egypt, New Jersey, Philomena Drax vit avec sa mère, Mary, dans une grande pauvreté depuis la mort de son père. Sa mère se tue à la tâche pour essayer de subvenir à leurs besoins mais elle s’est considérablement endettée pour garder un toit sur leurs têtes. A un moment critique de leurs vies, Philomena reçoit une lettre de son grand-père qui avait coupé les ponts suite à la mésalliance de Mary. Le courrier est un appel au secours. Richard Parrock, riche propriétaire terrien, est en effet devenu invalide et il est tombé sous la coupe de la famille Slape qui veut l’extorquer. Philo quitte immédiatement New Egypt pour rejoindre son grand-père. Une fois sur place, elle va devoir affronter la terrible et cruelle Katie Slape, douée d’un don de voyance.

Après m’être régalée à lire « Blackwater » et « Les aiguilles d’or », j’étais enchantée de retrouver l’univers de Michael McDowell et j’ai dévoré « Katie ». C’est à nouveau un roman extrêmement divertissant, plein de rebondissements qui vous empêchent de le lâcher. On suit les Slape et Philo à travers les Etats-Unis dans une course-poursuite infernale. Même si la destinée de Philo est assez prévisible (le roman est très victorien en ce qui la concerne), sa lecture n’en est pas moins savoureuse. Et il ne vous aura pas échappé que Michael McDowell a choisi de nommer son roman « Katie » et non « Philomena ». Comme le disait Alfred Hitchcock, un film est réussi lorsque le méchant l’est aussi. Michael McDowell a ici créé un personnage totalement détestable, sanguinaire et d’une violence hallucinante. Encore un personnage féminin inoubliable comme nous en avons déjà rencontrées dans les pages des précédents romans de l’auteur.

« Katie » est un pur régal, un divertissement de grande qualité et totalement addictif !

Traduction Jean Szlamowicz

Rose à l’île de Michel Rabagliati

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Après le décès de son père et la séparation d’avec sa femme, Paul avait besoin d’un grand bol d’air. Il part donc en vacances avec sa fille, Rose, âgée de 23 ans, sur l’île verte dans l’estuaire du Saint Laurent. Ils y ont loué un petit chalet, loin de tout et niché au cœur de la forêt. Ce sont leurs premières vacances en tête-à-tête et cela va leur permettre de se retrouver mais aussi de se balader à la découverte de l’île.

Après la série des Paul (que je n’ai pas encore terminée), Michel Rabagliati nous offre avec « Rose à l’île » son premier roman illustré. Cette forme libère le dessinateur, lui redonne un nouveau souffle. Le paysage s’étire, s’épanouit dans les pages du livre, loin de la rigueur des cases. Même chose pour le texte qui s’affranchit de la forme courte des bulles. La nature console et répare, tout comme les relations amicales imprévues. Michel Rabagliati illustre avec beaucoup de minutie et de précision la faune et la flore de l’île. On sent sa délectation à dessiner ce qui l’entoure.

En plus des thématiques récurrentes chez l’auteur, comme la solitude ou le vieillissement, il questionne également la création et son inspiration. Il sent que celle-ci s’assèche, que l’autofiction n’est pas la seule voie possible pour s’exprimer. Son séjour sur l’île lui laisse entrevoir d’autres possibilités de création.

La poésie, la douceur des paysages, la simplicité des relations avec les autres, l’humour, tout concourt sur l’île verte à apaiser Paul. Malgré la mélancolie qui transparait par moments, « Rose à l’île » est lumineux et particulièrement savoureux.

La boule de neige de Brigid Brophy

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En cette nuit du réveillon du nouvel an, une large assemblée se réunit dans le manoir georgien d’Anne et de son mari Tom-Tom. Les invités doivent se présenter déguisés. Anna, une amie de longue date de la maitresse de maison, porte le costume de Donna Anna. Elle semble s’ennuyer au milieu de cette foule joyeuse et alcoolisée. A minuit, un homme, portant bien évidemment le costume de Don Juan, l’embrasse avec fougue. Entre eux, débute alors un jeu de séduction ambigu.

La quatrième de couverture du roman de Brigid Brophy était prometteuse mais j’ai eu beaucoup de mal à achever ma lecture. Plusieurs couples sont observés par l’autrice : Anne et son mari, récemment mariés (Anne a été mariée plusieurs fois), et qui sont encore habités par le désir ; Ruth et Edward sont au début de leur vie d’adultes et ils découvrent les sentiments et les pulsions sexuelles ; Anna et Don Juan flirtent durant le bal mais tous les deux semblent désabusés. Anna est divorcée, elle joue avec l’anonymat, le mystère que lui offrent les masques portés durant la soirée. Le sujet du livre porte sur Eros et Thanatos, sur le désenchantement d’Anna face à ses relations avec les hommes. L’ambiance du bal reflète cet état d’esprit, on sent une certaine décrépitude, une lassitude profonde.

Brigid Brophy évoque aussi les jeux de pouvoir, d’argent et la place des femmes dans cette société du milieu des années 60. Malgré ces thématiques intéressantes et des images fortes (le bal comme une mer agitée par exemple), je suis restée à distance de ce roman, n’arrivant pas totalement à me sentir concernée par les propos (les personnages sont très bavards) d’Anna et de son Don Juan d’un soir.

J’étais enchantée à l’idée de découvrir une autrice anglaise dont je ne connaissais pas le travail. Malheureusement cette comédie de mœurs, inspirée du Don Giovanni de Mozart, ne m’a pas séduite.

Traduction Léo Lack

Hors d’atteinte de Marcia Burnier

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« Mais elle sait que quelques années après son départ, quand il était entré dans sa vie, il avait fini par la convaincre qu’elle avait peur de tout, tout le temps. Peur du froid. Peur d’être seule. Peur de ne pas savoir comment faire pour vivre. Qu’elle était une chose fragile, qu’il fallait protéger, isoler et enfermer, pour éviter qu’elle se blesse. Après cinq ans passés sous l’emprise  de son compagnon, Erin a tout quitté pour se réfugier dans les Pyrénées. Dans une maison isolée, elle pose ses bagages avec sa chienne Tonnerre. Loin de tout, elle va essayer de se reconstruire notamment grâce aux randonnées en pleine nature. Elle a grandi dans les Alpes mais ne pouvait retourner en montagne en raison de sa soit disant fragilité. En raison des brimades, des remontrances, Erin est devenue peu à peu invisible. Elle doit réapprendre à se faire confiance, a effacé la peur.

Après la rage des « Orageuses », j’ai retrouvé une Marcia Burnier plus apaisée dans « Hors d’atteinte ». Comme dans son premier roman, elle traite du thème des violences faites aux femmes. Mais ici point de vengeance mais une reconstruction qui se fait lentement, au rythme de la nature qui entoure Erin. Le roman est une ode à la nature, à sa beauté qui peut émerveiller mais surtout consoler. Le personnage principal du roman retrouve des sensations oubliées et redonne toute sa place à son corps malmené. La compagnie des animaux, Tonnerre et le chat Idéfix, l’aidera également sur le chemin de la guérison. Au fur et à mesure, les flash-backs de sa vie d’avant deviennent de moins en moins présents, preuve qu’Erin se sent mieux.

Comme chez Jean-François Beauchemin, la beauté du monde, de la nature sauvage peut aider à surmonter sa peine. L’héroïne du deuxième roman de Marcia Burnier l’expérimente et nous explorons avec elle les sublimes paysages des Pyrénées. L’autrice nous offre à nouveau un très beau portrait de femme qui fuit pour mieux se retrouver.