Gioconda de Nikos Kokantzis

Adolescent à Thessalonique au moment de l’occupation allemande, Nikos connait ses premiers émois amoureux. Il succombe au charme de sa voisine Gioconda, d’un an sa cadette. Alors que l’atmosphère devient de plus en plus irrespirable et que les persécutions contre les juifs s’intensifient, les deux adolescents vivent une histoire d’amour incandescente et découvrent la sensualité.

« Les gens meurent seulement quand nous les oublions. Gioconda doit rester vivante aussi longtemps que je vivrai – et plus longtemps que moi. Vivante ainsi que je l’ai connue, s’épanouissant sous mes regards, mes caresses, mes baisers. » Voilà le but de ce court texte autobiographique, unique écrit de Nikos Kokantzis qui rend hommage à son premier amour. Dès le départ, nous avons connaissance du destin tragique de Gioconda, ce qui rend le texte encore plus vibrant et poignant. Gioconda et Nikos vivent leurs étreintes comme si elles étaient les dernières, en cachette et dans l’urgence. La pureté et la beauté de leur amour ont marqué à jamais le jeune homme, habité pour toujours par une tristesse infinie et par la grâce de Gioconda.

Le texte de Nikos Kokantzis est bouleversant, sensible, sensuel et profondément douloureux. Le plus bel hommage que l’auteur pouvait rendre à la douce Gioconda.

Traduction Michel Volkovitch

Vine street de Dominic Nolan

2002, Billie et son époux Mark Cassar reçoivent une drôle de visite à leur domicile. Deux inspecteurs de police leur annoncent que deux corps ont été trouvés dans un champ des Cotswolds, l’un d’eux semble être Leon Geats qui fut sergent de la police de Westminster avant la deuxième guerre mondiale. Billie et Mark étaient également policiers et ont travaillé avec lui à Londres. Juste avant et pendant la guerre, tous trois enquêtaient sur une série de meurtres sordides.

« Vine Street » est le premier roman de Dominic Nolan traduit en français et l’auteur a écrit une fresque historique allant de 1936 à 2002. Très solidement documenté, le roman nous plonge dans le quartier de Soho où Leon Geats travaille à la brigade des mœurs et night-clubs. Un Soho, interlope dans les années 30, où la vie nocturne est intense et sulfureuse. Leon croise aussi bien des prostituées, que de mafieux mais également des personnalités de la haute société venues s’encanailler. C’est le cas de Unity et Diana Mitford que l’on croise à plusieurs reprises. Dominic Nolan mélange habilement la fiction et la réalité. Il excelle à rendre l’atmosphère de Londres à différentes époques montrant son évolution et celle de la criminalité que ce soit durant le Blitz ou les années 60. Sur ce fond historique, se noue une enquête extrêmement bien construite et maitrisée qui ne s’essouffle à aucun moment.

« Vine Street » est un excellent roman noir, aux personnages tenaces et réalistes. Un portrait saisissant de Londres et d’un quartier de Soho sombre et dangereux.

Traduction Bernard Turle

Après de Raphaël Meltz

Lucas enfile sa tenue de cycliste. Après avoir travaillé d’arrache-pied pour un client, il va enfin pouvoir s’évader et pédaler pendant toute une matinée. Il dépose un baiser sur la nuque de sa femme, professeure de piano, qui pour l’heure travaille les variations Goldberg. Un aller-retour à Cassis pour se dégourdir les jambes et il sera de retour pour le déjeuner. Mais le destin en décidera autrement. Au bout de la rue, les freins du vélo en carbone lâchent. Lucas ne peut pas s’arrêter et est percuté par une camionnette.

Après avoir beaucoup aimé « 24 fois la vérité », j’ai eu un immense plaisir à retrouver la plume délicate de Raphaël Meltz. Comme dans ce roman, se dégage d' »Après » une infinie et profonde douceur. Pour un livre portant sur la mort d’un homme encore jeune, père de deux enfants, c’est une gageure. Après l’accident, Lucas devient le narrateur omniscient et extérieur du roman. Que se passe-t-il une minute, une heure, une semaine, un mois, un an après la mort ? Lucas ressent tout de façon plus intense, ses sens sont décuplés avant de disparaître les uns après les autres. Il observe sa famille plongée dans une peine immense, leur regret de ne pas lui avoir dit certaines choses, de n’avoir pas eu plus de temps à ses côtés. Les petites choses du quotidien prennent toute leur importance, souligne l’absence comme elles rendent hommage à celui qui n’est plus. Chacun fait son deuil comme il peut et se reconstruit peu à peu. Lucas voit tout cela avec distance : « Sans tristesse. Cela ne fait plus partie de lui : ni la tristesse, ni la peur, ni la peine, ni l’effroi. Faire le deuil, pour lui, c’est juste se préparer à perdre leur présence – par vagues. »

« Après » est un roman court, d’une grande force, bouleversant, original, magnifiquement juste et subtil.

La place du mort de Pascal Garnier

Quand Fabien revient de quelques jours passés chez son père, il trouve son appartement vide. Sa femme, Sylvie, n’a laissé aucun mot sur la table expliquant son absence. Sur le répondeur attendent trois messages dont le dernier indique que Sylvie a été victime d’un grave accident de la route. Fabien doit contacter les urgences du CHU de Dijon. Mais que faisait sa femme là-bas ? Notre veuf apprendra par la suite que Sylvie était en compagnie de son amant, mort lui aussi. Tout d’abord abasourdi, Fabien sent rapidement monter en lui une envie de revanche. Après avoir trouvé l’identité de l’amant, il décide de suivre la femme de celui-ci et de la séduire. Pas la meilleure idée qu’il ait eu…

Je découvre Pascal Garnier avec « La place du mort » et son univers grinçant m’a beaucoup plu. La noirceur, un héros assez pitoyable et ordinaire, un engrenages d’évènements menant au crime, j’ai eu l’impression d’être dans un film de Claude Chabrol. Mais il y a également un peu de « Misery » dans ce qui va se dérouler dans les pages de ce court roman. L’intrigue est resserrée, Pascal Garnier va à l’essentiel. Fabien n’est pas un personnage extrêmement sympathique, il se révèle plutôt médiocre et sans volonté. L’auteur ne l’épargne pas pour notre plus grand plaisir ! Sa vie banale va virer au thriller le plus sombre sans qu’il ne s’en rende compte !

Caustique, noir, « La place du mort » me semble une bonne et convaincante entrée en matière dans l’univers de Pascal Garnier. 

Narcose de Christianna Brand

A Heresford dans le Kent, l’ancien sanatorium est transformé en hôpital pendant la seconde guerre mondiale. Des volontaires arrivent nombreux, comme les patients, militaires et civils, victimes des bombardements allemands. Joseph Higgins, facteur de son état, s’y fait hospitaliser pour une fracture du fémur. Son opération n’a rien d’inquiétant pourtant le vieil homme ne se réveillera pas. L’inspecteur Cockrill est mandaté pour attester qu’il s’agit bien d’un accident et que le protocole médical a bien été respecté. Ce qui se présentait comme une banale enquête de police va rapidement se compliquer et la mort d’Higgins est requalifiée en meurtre. Six suspects sont identifiés, six membres du personnel médical qui travaillaient le jour de l’opération et se connaissent très bien. « C’était l’évidence même. La raison leur prouvait que l’un d’entre eux était un assassin. Mais leurs sentiments leur interdisaient de croire à une réalité aussi atroce. Car, après tout, qui avait tué ? Pas le bon vieux Moon ! Pas Gervase, cet être si plein de charme ! Et en tout cas pas Barnes ! Et pas Esther, la douce et fière Esther ! Ni l’adorable Freddi ! Ni cette brave grosse Woods au cœur si généreux ! « 

« Narcose » (« Green for danger ») fait partie des romans de l’âge d’or des whodunits anglais et il a été publié en 1944. Il s’agit presque d’un huis clos puisque l’intrigue se déroule entièrement dans les locaux de l’hôpital. Le lieu est particulièrement bien choisi, il est anxiogène en soi puisque la vie des patients est en jeu, se rajoutent à cela des bombardements réguliers qui accentuent la tension. Le roman est très bien écrit et surtout très bien construit. Christianna Brand sème habilement des petits cailloux pour nous mettre sur une fausse piste, tout en plaçant également des indices menant à l’assassin. La révélation finale est une surprise totale et Christiana Brand tient son lecteur en haleine jusqu’au bout.

Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que j’affectionne les whodunits de l’âge d’or. « Narcose » en est un très bon représentant, l’enquête est certes classique mais le lieu est original et la fin surprenante.

Traduction Michel Averlant,

Le jardin sur la mer de Mercè Rodoreda

« Moi, j’ai toujours aimé connaître tout ce qui arrive aux gens, bien que je ne sois pas bachelier… C’est parce que j’aime les gens. Et les propriétaires de cette maison, je les aimais. Mais cela fait si longtemps, de tout ça, dont je ne me souviens plus. Je suis trop vieux et parfois je m’embrouille malgré moi… » Un vieux jardinier se remémore les six étés où il travailla pour Mme Rosamaria et M. Francesc dans leur superbe villa surplombant la mer. Le jeune couple, issu de la bourgeoisie barcelonaise, arrive chaque année à la belle saison avec des amis comme le peintre Feliu qui ne peint que la mer. De somptueuses fêtes sont organisées dans le luxuriant jardin, des feux d’artifice, un lion et une guenon feront également partie des divertissements qui se déroule sous le regard amusé et indulgent du jardinier. Mais l’insouciance prendra fin avec l’arrivée d’un nouveau voisin qui fait construire une villa pour sa fille et son mari.

Je découvre Mercè Rodoreda grâce au « Jardin sur la mer » pour la première fois traduit en français. L’histoire du couple est vu au travers des yeux bienveillants de leur jardinier. Cet homme modeste, amoureux de la nature, est aussi attentif aux plantes qu’aux personnes qui vivent dans la villa. Il observe avec finesse, écoute avec patience et se dessine, grâce à lui, par petites touches la vie des autres. Les premiers étés ont un côté fitzgeraldien mais les bulles de champagne vont bientôt laisser la place à un drame poignant. Le passé des personnages jette une ombre sur ce lieu idyllique et le charme se rompt. Le récit du vieux jardinier, personnage infiniment touchant, se fait mélancolique et emprunt de désenchantement. Mercé Rodoreda décrit avec finesse et subtilité les sentiments, les actions de ses personnages, comme leurs secrets les plus enfouis.

Délicat, nostalgique, poétique, « Le jardin sur la mer » est un splendide roman qui me donne envie de découvrir toute l’œuvre de Mercé Rodoreda.

Traduction Edmond Raillard

Juno et Legs de Karl Geary

Dublin, années 80, Juno a 12 ans et c’est une boule de rage. Son père, alcoolique, comate toute la journée dans leur logement. Sa mère doit travailler sans arrêt pour que la famille ne sombre pas totalement. Elle est couturière mais ses clientes ne lui versent que de très modestes acomptes. A l’école, rien ne va non plus : Juno ne se laisse pas faire, elle se bagarre s’il le faut, se rebelle contre la sœur et le père de son école catholique. Ces deux-là infligent humiliation, punitions physiques à ceux qui sortent du rang. C’est le cas de Sean, un garçon timide et frêle qui se voit affliger de rubans roses devant toute la classe. Juno vole à son secours et nait alors une indéfectible amitié avec Sean qu’elle rebaptise Legs.

« Juno et Legs » (en vo « Juno loves Legs ») est le deuxième roman de Karl Geary et Juno est la narratrice de cette histoire déchirante. Un drame terrible va séparer les deux enfants qui ne se retrouveront que des années plus tard. La misère sociale, le peu d’entraide dans le quartier où vit Juno sont frappants, la brutalité et l’autoritarisme des religieux l’est encore plus. Comment deux enfants comme Juno et Legs peuvent-ils se construire dans un tel environnement ? Nous assistons à la chute de ces deux écorchés vifs. Le tableau est très noir mais Karl Geary ne tombe pas non plus dans le mélo larmoyant grâce à son écriture vive, rythmée et à la lumière que constitue l’amitié de Juno et Legs. Des images très fortes restent à l’esprit lorsque l’on referme ce roman comme celle de deux gamins qui sèchent l’école pour se balader dans les rues de Dublin, une bouffée de liberté dans un quotidien gris et violent.

« Juno et Legs » est un splendide et tragique roman de formation, aux personnages incroyablement incarnés que l’on aimerait sauver. « Vera », le premier roman de Karl Geary publié en 2017, est dans ma pal, il devrait plus y rester bien longtemps !

Traduction Céline Leroy

Divorcée d’Ursula Parrott

« C’est une chose étrange que d’être quittée par son mari à vingt quatre ans. Ce n’est pas exactement la vie que j’avais imaginée. » Pourtant le couple formé par Patricia et Peter semblait avoir tout pour conquérir le New York des années 20. Travaillant tous les deux, participant à de nombreuses fêtes arrosées, s’accordant une certaine liberté à l’intérieur de leur mariage, ils semblaient incarnés la modernité des années folles. Mais les mœurs ne s’affranchissent pas de la morale de la même façon lorsque l’on est un homme ou une femme… Après avoir enduré les infidélités de Peter, Patricia se laisse tenter par le charme d’un autre homme et l’avoue à son mari. Après quatre ans de vie commune, leur mariage prend l’eau jusqu’au divorce qui déstabilise totalement Patricia.

Les éditions Honorine ont eu l’excellente idée de publier dans une nouvelle traduction le roman d’Ursula Parrott. Il fut publié en 1929, il remporta un énorme succès et il fut d’ailleurs adapté au cinéma par Robert Z. Leonard en 1930 (il est globalement fidèle au roman à l’exception de la fin et Norma Shearer est une parfaite incarnation de Patricia). 

« Divorcée » évoque immanquablement l’univers de F. Scott Fitzgerald : l’élégance des années folles, le champagne et les cocktails qui coulent à flot, les bars clandestins de la Prohibition, la mauvaise absinthe, les crêpes Suzette de chez Dante’s, tout ce qui faisait l’attrait et l’atmosphère du jazz age à New York. Une insouciance, une légèreté qui s’accompagnent toujours de désabusement et d’amertume. Patricia a beaucoup de mal à se faire à son statut de femme divorcée. Elle se rendra rapidement compte que les femmes, qui se comportent avec frivolité et collectionnent les aventures, ne sont pas regardées de la même façon que les hommes. Même si l’entre-deux-guerres semble une période de libération des mœurs, les femmes se retrouvent dans une position ambigüe et inconfortable. Certaines ne sont pas enthousiasmées par l’émancipation des ex-femmes : « Qu’elles sont libres ? Tu parles ! Libres de payer toutes seules leur loyer, leurs vêtements, libres d’obéir à huit hommes au bureau plutôt qu’à un seul à la maison, oui ! » Ursula Parrott peint finement ce moment dans l’histoire des femmes en retraçant la quête d’indépendance et d’affirmation de soi de Patricia, personnage hautement touchant, complexe et digne.

La lecture de « Divorcée » fut une très belle découverte, le ton lucide et désenchanté à la fois, les dialogues plein d’esprit m’ont totalement enchantée. 

Traduction Sarah Tardy

Les effacées de Marine Carteron

Suite à une sortie scolaire au musée d’Orsay, Joséphine se retrouve enfermée dans un placard à balais. La jeune fille est harcelée depuis des mois par un groupe de garçons. Quand Joséphine réussit à sortir, la nuit est tombée et elle n’en revient pas d’avoir été oubliée par tous. Elle commence à errer dans les salles du musée et s’arrête devant « L’origine du monde » de Gustave Courbet. C’est là qu’elle est interpellée par une voix, celle de Virginie qui émane de « L’homme blessé », également peint par Courbet. Elle fut la compagne du peintre et était présente dans le tableau. Mais suite à leur séparation, Courbet décida de l’effacer. Virginie raconte à Joséphine sa vie et celles d’autres femmes victimes des repentirs du peintre, ou oubliées comme le modèle de « L’origine du monde ». 

« Les effacées » est un formidable roman qui fait dialoguer deux jeunes femmes dont les destinées entre en résonnance malgré  les années qui les séparent. Leur rencontre met en lumière la place des femmes, la domination masculine, l’importance du consentement. L’histoire de Joséphine et celle de Virginie s’entremêlent avec intelligence et habileté.

Le propos féministe lié à une plongée dans l’œuvre de Gustave Courbet font des « Effacées » un roman captivant qui donne envie de parcourir les allées du musée d’Orsay à la recherche de celles qui ont été invisibilisées. (Dans « L’atelier du peintre », Jeanne Duval, la compagne de Baudelaire réapparaît comme un fantôme dans la toile). Le roman de Marine Carteron est très joliment illustré par Mathilde Foignet. 

L’année du jardinier de Karel Capek

Karel Capek, grand écrivain tchèque mort en 1938, nous propose un almanach du jardinier avec les tâches à réaliser selon les mois de l’année. Entre ces chroniques, il y a d’autres textes portant sur les semences, la pluie bienfaisante, les amateurs de cactus, les beautés de l’automne, etc… L’ouvrage est agrémenté de dessins humoristiques réalisés par le frère de l’auteur. L’ensemble est désopilant, Karel Capek épingle les manies des jardiniers comme celle de vouloir toujours ramasser le crottin de cheval même si la bienséance l’empêche. « Seul un blâmable respect humain empêche le jardinier d’aller ramasser dans les rues l’engrais qu’y déposent les chevaux ; mais chaque fois qu’il aperçoit sur le pavé un joli tas de crottin, il gémit sur ce gaspillage des dons de Dieu. » 

L’ouvrage date de 1929 mais si vous avez des jardiniers autour de vous, vous allez forcément reconnaître certaines de leurs habitudes ou travers. Il en ressort que la principale qualité d’un jardinier est la patience (l’attente est bien longue durant les mois d’hiver), que l’on reconnaît l’arrivée du printemps au nombre de catalogues de jardineries dans sa boite aux lettres, qu’il ne faut jamais accepté de s’occuper du jardin d’un ami quand il est en vacances sous peine de crouler sous les taches et qu’il vaut mieux éviter de planter des légumes si on ne veut pas se retrouver à manger 120 radis par jour ! Ces chroniques sont vraiment savoureuses et cocasses mais Karel Capek y glisse également des réflexions plus profondes sur le temps qui passe notamment. « Le jardin n’est jamais fini. En ce sens, le jardin ressemble au monde et à toutes les entreprises humaines. »

« L’année du jardinier » est un texte qui peut se picorer tout au long des saisons pour suivre le parcours difficile et laborieux des jardiniers. Bien évidemment il n’est pas réservé qu’aux accros du jardin et j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire alors que je n’ai pas spécialement la main verte !

Traduction Joseph Gagnaire