La femme qui fuit de Anaïs Barbeau-Lavalette

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Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu sa grand-mère, Suzanne Meloche. Elle l’a seulement croisée à trois reprises, dont l’une le jour de sa naissance. Après la dernière visite d’Anaïs et sa mère chez Suzanne, cette dernière passe un coup de fil à sa fille : « Le téléphone de ma mère sonne. C’est toi. Tu lui dis de ne plus faire ça. Tu lui dis que tu ne veux plus nous revoir, jamais. » On comprend la détestation de la petite fille envers cette grand-mère si froide, si lointaine. Et pourtant, c’est bien elle qui fait revivre Suzanne Meloche dans les pages d’un livre poignant.

Après la mort de Suzanne, Anaïs et sa mère débarrassent son appartement. Anaïs tombe sur des livres, des poèmes, des lettres et une photo qui l’intrigue. Sur celle-ci figure un bus en feu en Alabama en 1961, à côté du véhicule de jeunes noirs rescapés des flammes et une femme blanche : Suzanne. C’est la découverte de cette photo et des questions qu’elle génère qui pousseront Anaïs Barbeau-Lavalette à enquêter sur la vie de sa grand-mère.

Comme l’indique le titre du livre, Suzanne Meloche aura passer sa vie à fuir ou à s’affranchir selon son point de vue à elle. Elle naquit à Ottawa en 1926 dans une famille pauvre. A l’adolescence, elle cherche à quitter sa famille, elle participe donc à un concours oratoire à Montréal. C’est là qu’elle rencontre Claude Gauvreau, écrivain et dramaturge. Il fait partie d’un groupe d’artistes réunis autour d’un professeur à l’école du meuble de Montréal, Paul-Emile Borduas. Claude invite Suzanne à les rejoindre. Elle n’hésite pas et quitte définitivement ses parents.

Le groupe d’artistes se nomme « Les automatistes ». Marcel Barbeau, peintre, en fait partie. Suzanne et Marcel ne tardent pas à se marier et à fonder une famille. Ils auront deux enfants. C’est la vie de bohème, Suzanne s’essaie à l’écriture automatique. Le groupe publie alors un manifeste : « Le refus global » où les libertés individuelles prennent le pas sur la morale. Les valeurs traditionnelles sont rejetées. Le manifeste coûte cher aux différents artistes qui ne sont plus exposés nulle part.

Pendant que Marcel essaie de trouver de l’argent, Suzanne s’ennuie, dépérit. Elle prend alors une décision terrible, celle d’abandonner ses deux enfants avec l’accord de Marcel. La mère d’Anaïs Barbeau-Lavalette a trois ans. Suzanne mène alors la vie dont elle rêve, se laissant porter par ses envies, allant de Londres à New York. Elle se veut intensément libre et sans attache.

Au travers de courts chapitres, en s’adressant directement à sa grand-mère, Anaïs Barbeau-Lavalette dresse le portrait d’une femme incroyable aussi admirable que détestable. L’auteur ne juge pourtant pas la femme qui a blessé si profondément sa mère. Elle n’excuse pas non plus. Elle dresse un portrait très juste et passionnant de cette artiste avant-gardiste. Le ton direct, sans fards, accroche le lecteur dès les premières pages. Il est impossible de le lâcher ensuite tant la vie de Suzanne Meloche recèle de surprises, de revirement. A travers son livre, l’auteure renoue un lien brisé, tente d’apaiser les douleurs de sa mère.

« La femme qui fuit » est un livre admirable au ton original qui dresse le portrait d’une artiste avide de liberté. L’auteur y questionne avec subtilité et finesse la famille, la maternité, la filiation et l’art. Un livre profondément touchant que je vous conseille vivement de découvrir.

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Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins

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« Une sécheresse interrompue, sourde à la prière, grâce à quoi les rivières, les lacs, les réservoirs et les nappes aquifères se vidaient, les cultures et les élevages succombaient, la végétation dépérissait, ne laissant derrière elle que des ravines sèches couvertes de résidus alcalins. » Les habitants de la Californie désertent peu à peu la région. Une immense dune de sable mobile avance inexorablement et assèche tout sur son passage. Le fleuve Colorado disparaît. Pourtant, quelques intrépides restent dans l’Etat. C’est le cas de Luz, ancien mannequin, et de Ray, un ancien militaire. Ils habitent une maison abandonnée par une starlette à Los Angeles. Lors d’un ravitaillement dans les anciennes canalisations de la ville, Luz se prend d’affection pour une enfant livrée à elle-même. Elle arrive à convaincre Ray de prendre l’enfant avec eux. Le couple prend alors la décision de quitter la Californie pour un état plus sûr. Mais les frontières sont protégées et surveillés. Ray avoue à Luz qu’il a déserté l’armée et qu’ils vont devoir emprunté des chemins de traverse pour rejoindre l’Est des Etats-Unis.

« Les sables de l’Armagosa » est le premier roman de Claire Vaye Watkins et il m’a beaucoup fait penser à « Sur la route » de Cormac McCarthy. Le contexte reste vague, on ne sait pas vraiment à quelle époque se déroule l’histoire ni comment la catastrophe a débuté. Quelques êtres résistent comme ils peuvent à la chaleur étouffante et à l’invasion du sable qui se glisse même dans les draps du lit. Claire Vaye Watkins a un don pour décrire la nature et rend parfaitement compte de la situation climatique. Son écriture sait décrire l’oppression de la chaleur, la soif, la domination de la dune dans le paysage, le désespoir qu’engendre la situation.

« Les sables de l’Armagosa » n’est pourtant pas un roman écologiste puisque l’origine de la sécheresse n’est pas explicitée (même si bien entendu, la situation du roman semble découler naturellement de ce que nous vivons actuellement). Claire Vaye Watkins aborde d’autres thèmes comme celui de la secte, de la crédulité, des complotistes mais également de la construction de la famille. Les différentes thématiques s’imbriquent autour de la personnalité de Luz. Enfant sacrifiée sur l’autel de la communication, Luz a quelques difficultés dans son rapport aux autres. Sa construction personnelle chaotique la pousse à chercher une figure tutélaire, une personne sur laquelle s’appuyer et se relâcher totalement. Luz se laisse donc facilement manipuler. Claire Vaye Watkins crée avec Luz, un personnage d’une grande complexité, aussi attachante que détestable.

« Les sables de l’Armagosa » est une dystopie singulière, qui parle autant du climat que du parcours chaotique de Luz, son personnage central. L’écriture fortement évocatrice de Claire Vaye Watkins m’a séduite même si le roman comporte des maladresses. Je suivrai cette jeune auteure avec grand intérêt.

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Le cœur battant de nos mères de Brit Bennett

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Nadia a 17 ans, elle vit à Oceanside, dans la banlieue de San Diego. Sa vie d’adolescente paisible va pourtant basculer et être marquée par une double absence. Celle de sa mère qui se suicide, une balle dans la tête, sans laisser un mot d’explication. Celle de son bébé car Nadia sort avec Luke, le fils du pasteur, et tombe enceinte. Pour la jeune femme, la question ne se pose pas, elle doit avorter. Sa mère l’avait eu à 17 ans et avait du renoncer à ses projets d’études. Nadia ne veut pas faire une croix sur son avenir, ses études de droit dans une grande université du Michigan. Nadia quitte Oceanside durant plusieurs années sans y revenir. Elle y sera pourtant forcée lorsqu’un grave accident arrive à son père. Là, elle découvrira que son choix d’avorter n’est pas une page tournée et qu’il affecte encore la vie de Luke et de Aubrey, la meilleure amie de Nadia, qu’elle avait rencontrée au Cénacle, l’église protestante de ses parents.

« Le cœur battant de nos mères » est le premier roman de Brit Bennett et il montre une belle maturité dans l’écriture, dans la construction du roman et surtout une belle sensibilité dans la description des sentiments de ses personnages. Le roman suit Nadia, Luke et Aubrey durant une décennie. La décision prise par Nadia va influer sur leurs trois destinées. Le secret autour de ce choix, la manière dont la situation a été gérée par les parents de Luke vont un jour remonter à la surface. Les affres des trois personnages, leurs blessures liées souvent à l’enfance, leurs espoirs sont très finement analysés par l’auteur. Brit Bennett a beaucoup d’empathie pour ses trois personnages. Elle choisit la fin de l’adolescence pour étudier leur évolution vers l’âge adulte, elle les accompagne sans jamais porter de jugement moral sur leurs choix.

Les trois personnages s’inscrivent dans un cadre très particulier. Oceanside est une petite communauté au cœur de laquelle se trouve le Cénacle, sorte d’église protestante. Les trois adolescents portent sur leurs frêles épaules le poids de la religion, du regard des pratiquants qui les observent. Luke est le fils du pasteur, Aubrey a trouvé refuge au Cénacle après avoir quitté le foyer de sa mère et la mère de Nadia commença à s’y rendre avant son suicide. Le père deviendra l’un des piliers de cette communauté après le suicide de sa femme, il s’y réfugie. Brit Bennett rend parfaitement compte de la pression subie par les trois adolescents en faisant parler les mères du Cénacle comme un chœur antique. Elles observent et commentent sans relâche leurs faits et gestes. Aucun secret ne leur résiste et leur jugement est implacable.

Brit Bennett est une nouvelle voix très prometteuse de la littérature américaine. Son premier roman, « Le cœur battant de nos mères », m’a totalement convaincue par sa maîtrise et l’empathie de l’auteur envers ses personnages.

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Attachement féroce de Vivian Gornick

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« Je n’ai pas de bonnes relations avec ma mère et à mesure que nos vies avancent, il semblerait que ça empire. Nous sommes toutes deux prisonnières d’un étroit tunnel intime, passionné et aliénant. Parfois, pendant plusieurs années, l’épuisement prédomine, il y a une sorte de trêve entre nous. Puis la colère ressurgit, brûlante et limpide, érotique tant elle force l’attention. » 

« Attachement féroce » a été publié en 1987 aux Etats-Unis, cette autobiographie de Vivian Gornick est devenue immédiatement un classique. Vivian Gornick, journaliste et essayiste, est née en 1935 dans une famille d’origines juives et aux convictions communistes. La famille habite un immeuble dans le Bronx principalement habité par des familles juives. A l’époque, le Bronx est un « patchwork de territoires ethniques imbriqués », chaque communauté occupe un quartier bien délimité. L’immeuble de Vivian Gornick est essentiellement un territoire féminin et c’est d’ailleurs le cœur du livre : la féminité et le féminisme. Vivian Gornick est élevée dans un monde presque exclusivement féminin et sa relation avec sa mère est au centre de sa vie. Cette relation est à la fois fusionnelle et toxique. Les deux femmes ne se quitteront jamais. Une fois adulte, Vivian vivra à 1 km de sa mère dans Manhattan Sud.

Vivian Gornick se construit en réaction à sa mère. Cette dernière a du abandonner son travail pour élever ses enfants, c’est son mari qui lui demande. A l’époque, la place de la femme ne se discute pas, même si elle se rend compte qu’elle perd son autonomie : « Elle ne faisait pas mystère qu’elle avait détesté renoncer à son travail après le mariage (elle tenait la comptabilité dans une boulangerie du Lower East Side), que c’était agréable d’avoir de l’argent à soi dans sa poche sans dépendre d’une allocation comme un enfant, que sa vie était devenue sans intérêt, et qu’elle aurait aimé travailler de nouveau. S’il n’y avait pas eu l’amour de papa. » Quand son mari décède, la mère de l’auteure se noie dans un chagrin infini, son identité devient la douleur de la perte de son grand amour. Vivian Gornick deviendra donc une femme libre, une intellectuelle féministe contre et pour sa mère. Sa vie sentimentale sera également fait d’attachements féroces, compliqués et étouffants. Mais Vivian Gornick a construit une vie intellectuelle riche, « (…) Les idées sont excitantes et d’une compagnie exaltante. » 

New York est également au cœur du livre. Vivian et sa mère font de longues balades dans la ville, l’explorent et la parcourent sans cesse. La ville, ses rues imprègnent le livre. : Manhattan, qu’elles arpentent de long en large, et surtout le Bronx qui restera toujours leur quartier. Le bouillonnement de celui-ci, le bruit de la rue, les femmes de l’immeuble restent centraux dans la mémoire des deux femmes et lient leurs souvenirs de manière indélébile.

C’est avec beaucoup de verve et de lucidité que Vivian Gornick évoque ses souvenirs et ses attachements féroces avec des hommes et surtout avec sa mère. Le livre est le récit d’une émancipation, d’une femme, d’une intellectuelle libre. Il faut remercie les éditions Rivages de nous avoir fait connaître ce très beau texte superbement écrit. La suite, « La femme à part », sort ce mois-ci.

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Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin

Deux hommes sont condamnés à vivre ensemble tant que l’hiver durera. Le premier, le narrateur, est revenu dans son village où son père, mécanicien, est en train de mourir. Victime d’un accident, il n’arrivera pas à temps pour revoir son père vivant. Ne pouvant plus se déplacer en raison de ses blessures, il est confié à un vieil homme, Matthias, depuis peu au village. Contrairement au narrateur, il n’est pas d’ici, il a été piégé par le mauvais temps. Il accepte de soigner le jeune homme contre une place dans le premier convoi qui rentrera en ville. Sa femme, malade, l’attend là-bas. Mais la neige n’a pas fini de tomber, empêchant petit à petit toute communication, tout voyage vers l’extérieur. Le village, loin de tout, est privé d’électricité. Comment survivre dans une nature si hostile ?

« La neige et le vent ont cessé subitement ce matin. Comme une bête qui, sans raison apparente, abandonne une proie pour en chasser une autre. Le silence nous a surpris, dense et pesant, alors que nous avions encore l’impression que les rafales allaient arracher le toit et que nous serions aspirés dans le vide. Quand on regarde par la fenêtre, on dirait qu’on est en pleine mer. Partout, le vent a soulevé d’immenses lames de neige qui se sont figées au moment même où elles allaient déferler sur nous. » 

L’ambiance du roman de Christian Guay-Poliquin est apocalyptique. On ne sait pas à quelle époque il se déroule. Il nous parle de « grandes guerres » qui restent indéterminées et cette atmosphère de survie en milieu hostile m’a fait penser à « La route » de Cormac McCarthy. Christian Guay-Poliquin réussit à créer, avec une économie de mots, une tension sourde. Une menace indéfinie grandit au-dessus des deux hommes qui vivent presque en huis-clos. Le village se vide petit à petit de ses habitants, la nourriture se fait de plus en plus rare. Chacun est de plus en plus sur les nerfs.

Les paysages semblent maléfiques et à l’origine de la menace même. La neige, qui devient inquiétante, rythme les chapitres et la vie des deux hommes qui se trouvent de plus en plus seuls au fil des pages et de plus en plus hostiles l’un envers l’autre.

« Le poids de la neige » est un roman remarquable, à l’atmosphère mystérieuse et inquiétante. Christian Guay-Poliquin sait subtilement créer la tension, l’angoisse dans un huis-clos presque muet entre deux inconnus piégés par la neige. Roman d’anticipation, de survie face à une menace climatique, « Le poids de la neige » se dévore.

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Un autre Brooklyn de Jacqueline Woodson

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« Peut-être cela a-t-il commencé ainsi pour toutes les quatre – des adultes projetant leur avenir avorté sur nous. D’après mon père, j’étais assez intelligente pour être professeur, mais moi je voulais être avocate, cela faisait partie du rêve d’être dans la peau de Sylvia. La mère d’Angela lui avait transmis son rêve de danse. Quant à Gigi, capable de toutes nous imiter, elle pouvait être qui elle souhaitait, fermer les yeux et s’en aller. N’importe où. » A l’enterrement de son père, August, la narratrice, se remémore son enfance à Brooklyn où elle arrive à l’âge de douze ans. Elle vient du Tennesse avec son père et son frère. Elle espère chaque jour que sa mère va les rejoindre. August se fait des amies dans le quartier : Sylvia, Angela et Gigi. Les quatre adolescences deviennent vite inséparables. Elles s’épaulent, se confient, rêvent ensemble d’un meilleur avenir. Dans les années 70, Brooklyn n’est pas un quartier très sûr, la pauvreté y est très présente. La Nation de l’Islam prend de plus en plus d’importance dans la communauté noire. Difficile pour ces quatre jeunes filles d’imaginer une vie ailleurs.

Jacqueline Woodson est connue pour ses romans jeunesse aux Etats-Unis. « Un autre Brooklyn » est son premier roman adulte, il est à la fois très intéressant et inabouti. Le récit de l’adolescence d’August et de ses copines se fait rétrospectivement et de manière fragmentaire. Ce sont des bribes de souvenirs, des instants de vie qui lui reviennent à l’esprit. Cette manière de présenter son histoire est très intéressante puisqu’elle évoque bien le fonctionnement de notre mémoire avec des moments forts qui nous marquent plus que d’autres. Ces petites touches donnent également beaucoup de rythme au récit. Le défaut est intrinsèque à cette forme. Les personnages, à part August, restent des silhouettes qui manquent de profondeur et auxquels on n’a pas le temps de s’attacher réellement.

En revanche, Jacqueline Woodson rend très bien compte de l’ambiance du quartier de Brooklyn dans les années 70. C’est un endroit où règne la pauvreté, où la violence monte en puissance. Elle montre aussi très bien que face à la violence, c’est une pratique religieuse très stricte et austère qui semble être la solution pour les habitants. L’auteur évoque aussi la guerre du Vietnam où bien souvent les afro-américains étaient envoyés en première ligne. Leur place aux Etats-Unis est ici parfaitement cerné en quelques lignes, en quelques paragraphes.

« Un autre Brooklyn » est un roman court, rythmé qui met en lumière le quotidien de quatre adolescences dans les années 70. Sa forme fragmentaire, quoi qu’intéressante, ne permet pas de s’attacher aux personnages. C’est fort dommage et prometteur à la fois.

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Les aventures de Tom Sawyer de Mark Twain

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Dans la petite ville de St Peterburg, dans le Missouri, vit Tom Sawyer avec son frère Cid chez leur tante Polly. Tom est un garçon facétieux qui aime faire tourner sa tante en bourrique ! Même si elle le punit, sa tendresse pour le jeune garçon refait vite surface. Tom n’aime pas beaucoup l’école ou aller à l’église. Il préfère largement jouer aux pirates avec son meilleur ami et un jeune vagabond du nom de Huckleberry Finn. Tom n’est pas qu’un jeune plaisantin, c’est également un cœur tendre qui fond littéralement devant la jolie Becky Thatcher qui vient d’arriver dans la communauté. La vie est douce sur les bords du Mississippi pour Tom et ses amis. Mais les choses vont s’assombrir avec le meurtre d’une homme dans le cimetière. Un habitant de St Petersburg est accusé du meurtre et il risque la pendaison. Mais Tom et Huckleberry savent qu’il n’a rien fait. Les deux garçons ont tout vu et c’est le terrifiant Injun Joe qui a fait le coup. Les deux amis auront-ils le courage de le dénoncer ?

Tom Sawyer est un héros de mon enfance. Je n’aurais rater sous aucun prétexte un épisode du dessin-animé qui, après relecture du roman, s’avère fidèle au travail de Mark Twain. J’avais également lu le roman mais dans une version jeunesse et je ne suis pas sûre qu’il ne s’agissait pas d’une version allégée. J’ai donc retrouvé Tom Sawyer avec un immense plaisir grâce à la nouvelle traduction des éditions Tristram. Mark Twain a publié ce roman en 1876 et il s’est beaucoup inspiré de son enfance dans le Missouri dans les années 1840 pour écrire les aventures de Tom.

Le roman montre les nombreuses péripéties de Tom, ses facéties comme ses moments plus sombres. C’est un garnement plein d’imagination et de ressources. Il est immédiatement sympathique, il fait les 400 coups mais il n’y a jamais de méchanceté chez lui. Il cherche seulement à s’amuser et à passer pour un héros aux yeux de Becky ! Ce qui ne fonctionne pas toujours, loin de là. Mark Twain ne se contente bien entendu pas de cette légèreté. Il insuffle également de la gravité dans ce récit d’enfance. C’est le cas avec le menaçant Injun Joe ou lorsque Tom et Becky se perdent dans une grotte.

L’auteur en profite également pour critiquer la société américaine avec beaucoup d’ironie. C’est notamment le cas pour les superstitions. Cette communauté de St Pétersburg est pétrie de croyances ridicules. Pour tout et pour rien, les habitants se réfugient dans des rituels surprenants. Il moque les travers de cette société à la morale rigide et aux croyances dépassées. Mais il reste bienveillant envers ses personnages.

« Tom Sawyer » est un roman qui peut se lire aussi bien enfant qu’adulte. C’est drôle, rythmé, espiègle, tendre, les deux personnages centraux, Tom et Huck sont extrêmement attachants. « Tom Sawyer » est une superbe ode à l’enfance et à la liberté que j’ai pris un plaisir fou à redécouvrir.

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Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch

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« Je ne me souviens pas d’une époque où je n’aie pas été obnubilée par un profond désir de voyager, d’atteindre je ne sais quel horizon éloigné. Ce lointain nébuleux était un rêve miroitant et omniprésent qu’entretenait le rituel des histoires qu’on me lisait une fois couchée, histoires pas toujours des plus classiques mais je n’en voulais pas d’autres. « Je te chanterai des chants d’Arabie et des contes du beau Cachemire… », psalmodiait mon père lorsqu’il s’installait pour me lire quelque chose sur des personnages tels que Pocahontas, Lalla Rookh ou Lord Byron. Ces figures aux noms romantiques se déplaçaient sur un arrière-plan mystérieux, cet « Ailleurs » qui se formait déjà dans mon esprit d’enfant. Un pays magique auquel j’accèderais un jour par le fait tout aussi magique de partir, de me mettre en route, bref, de voyager. »

« Croquis d’une vie de bohème » est fait de différentes sources : les souvenirs d’enfance de Lesley Blanch écrit à l’initiative de sa filleule Georgia de Chamberet, des articles de l’édition britannique de vogue, un long récit sur son mari Romain Gary et l’ouvrage se termine par des récits de voyage. On trouve également dans le livre de nombreux dessins de Lesley Blanch, raffinés et élégants à l’image de leur auteure. Lesley Blanch est inconnue en France mais ses livres, « Vers les rives sauvages de l’amour » ou « Sabres du paradis », furent d’énormes succès en Angleterre. Cette autobiographie est vraiment passionnante, elle montre les multiples facettes de cette femme fascinante : journaliste, décoratrice de théâtre, voyageuse, collectionneuse d’objets d’art. Lesley Blanch a été élevée dans une famille bourgeoise dans la banlieue édouardienne de Chiswick. Sa curiosité est vite développée par des parents atypiques et cultivés. Toute sa vie, elle cultivera le côté bohème de ses parents et son indépendance. Elle devra l’être d’ailleurs rapidement car ses parents manquent d’argent. C’est ainsi que débutent ses multiples carrières.

C’est son immense amour de la Russie et de sa littérature qui lui permettront de séduire Romain Gary. Celui-ci est alors diplomate ce qui permet à Lesley d’assouvir son goût des voyages. Le couple vivra à Sofia, Paris, New York, en Bolivie et enfin à Hollywood. La vie avec Romain Gary n’est pas des plus reposantes, Lesley Blanch décrit un homme d’une incroyable complexité et d’un charme irrésistible. Beaucoup de femmes y succombent d’ailleurs. Leur mariage est libre, hautement intellectuel et littéraire.

Après que Romain Gary l’eut quittée pour Jean Seberg, Lesley Blanch se lance dans l’exploration des pays qui la faisaient rêver depuis l’enfance : l’Afghanistan, la Turquie, l’Iran, la Sibérie, l’Egypte, etc… Lesley Blanch fait partager son amour du voyage, de sa lenteur, du plaisir de la route en elle-même qui fait partie intégrante du plaisir de voyager.

Lesley Blanch est pétillante, spirituelle, extrêmement cultivée (sa passion pour la littérature est contagieuse) mais on sent également beaucoup de nostalgie dans ses récits. Elle sait notamment que sa manière de voyager est vouée à disparaitre pour laisser place à la vitesse et au tourisme de masse.

Je vous invite à découvrir la personnalité de Lesley Blanch, une voix érudite, lumineuse et extrêmement moderne. Le livre lui-même est magnifique, les éditions de la Table Ronde nous offre un objet magnifiquement mis en page et richement illustré de photos et de dessins de l’auteur.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde.

 

Un manoir en Cornouailles de Eve Chase

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1968, la famille Alton quitte leur appartement de Fitzroy Square pour leur résidence de vacances en Cornouailles : le manoir de Pencraw autrement appelé le manoir des lapins noirs. La vie y est paisible, simple, un véritable refuge pour les quatre enfants et leurs parents. Les vacances s’y déroulent toujours de la même façon, dans une nonchalance bien heureuse et rêveuse : « Rien ne change. Le temps passe avec une lenteur sirupeuse. Dans la famille, on dit, pour rire, qu’une heure aux lapins noirs est deux fois plus longue qu’une heure à Londres, sauf qu’on y fait pas le quart de ce que l’on fait là-bas. »  Tout semble immuable et pourtant ces vacances de Pâques 1968 vont transformer la vie de la famille Alton.

Plus de trente ans plus tard, une jeune femme, Lorna, cherche avec son fiancé, Jon, l’endroit où ils célèbreront leur mariage. Lorna veut absolument que l’évènement se déroule en Cornouailles. Elle cherche un lieu très précis, un manoir qu’elle a visité enfant avec sa mère.

Comment résister à une si jolie couverture et à l’appel de la Cornouailles ? C’est quasiment impossible dans mon cas. Mais cela ne suffit pas à faire un grand livre et je ressors de cette lecture avec un avis mitigé. La partie la plus intéressante est celle qui concerne la famille Alton. Leur histoire est racontée par les yeux de Amber, l’aînée avec son frère jumeau Toby. Ce qui se joue au sein de la famille est bien mené même si la suite des évènements est assez prévisible. Les caractères des enfants sont bien affirmés et cela leur donne chair. On a de la sympathie pour ces quatre enfants frappés par le drame.

En revanche, la partie concernant Lorna n’est pas très réussie. Elle semble plaquée à côté de celle de la famille Alton uniquement pour créer un suspens qui paraît artificiel. Je pense même que l’intrigue est rendue plus prévisible en raison du récit de Lorna. Ce qui rend cette partie quelque peu contre-productive. Je n’ai vraiment pas accroché à l’histoire de Lorna et ne l’ai pas trouvé particulièrement attachante. Une autre chose m’a chiffonnée, on ne sent aucune différence temporelle entre les deux époques alors qu’il y a plus de trente ans d’écart. C’est un peu perturbant lorsque l’on passe d’une période à l’autre.

« Un manoir en Cornouailles » est un roman sympathique qui se lit facilement mais qui pêche par son intrigue trop prévisible et par une partie contemporaine qui manque de profondeur.

Merci aux éditions Nil.

 

Le mangeur de citrouille de Penelope Mortimer

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Le roman s’ouvre sur une séance chez un psychologue. Mrs Armitage tente de régler ses problèmes de couple. Jack est son quatrième mari et elle a eu un nombre important d’enfants avec ses différents maris. Jack est scénariste, il est le père des deux derniers enfants et il a accepté tous les autres avec générosité. Mais il ne veut pas en avoir d’autres contrairement à Mrs Armitage. Lorsque celle-ci tombe à nouveau enceinte, son mari l’oblige à avorter et en profite pour demander au médecin de la rendre stérile. A sa sortie de l’hôpital, Mrs Armitage apprend que son mari la trompe avec une de ses collègues sur le tournage de son dernier film. Mrs Armitage perd alors pied et sombre dans la dépression.

Le roman, en grande partie autobiographique, de Peneloppe Mortimer a été adapté en 1964 par Jack Clayton. Le rôle titre était interprété par Anne Bancroft que j’imagine parfaitement dans ce rôle de femme partant à la dérive. « Le mangeur de citrouille » souligne bien l’enfermement de Mrs Armitage et des femmes en général dans l’Angleterre des années 60. Le personnage central du roman est complètement enfermé dans une vision stéréotypée de la femme. Elle se doit de tenir son intérieur et d’avoir des enfants. Ceux-ci semblent juste combler un vide chez Mrs Armitage, même si elle avoue les aimer. Leur nombre significatif conforte sa position sociale. Tout comme le fait d’être mariée alors qu’elle trouve son dernier époux : « lâche, fourbe, mesquin, vaniteux, cruel, rusé, négligent. » Le texte fait des va-et-vient dans la vie de Mrs Armitage. Il est déconstruit comme une confession faite à quelqu’un de façon décousue. Le texte montre à quel point les jeunes filles sont conditionnées très tôt pour leur futur rôle dans la société et le peu de cas que l’on fait de leur éducation. Mrs Armitage est totalement prise au piège et ne trouve aucune échappatoire. Même si le texte est très intéressant, j’avoue être restée en retrait et n’avoir pas été touchée par l’histoire de Mrs Armitage. Je ne saurais expliqué pourquoi mais je ne suis pas rentrée dans ce texte qui avait tout pour me plaire.

La lecture du « Mangeur de citrouille » fut une petite déception pour moi, peut-être en attendais-je trop. Il n’en reste pas moins un texte, un témoignage intéressant qu’il était important de publier.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.